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Publié par Edouard Boulogne

"Le Marché des amants", de Christine Angot : à la recherche de l'amant
"Le Marché des amants", de Christine Angot : à la recherche de l'amant

Nos lecteurs s'interrogent peut-être sur cette « femme » qui s'en est pris hier soir à Francois Fillon, avec la haine froide et pateline d'un démon succube, partagé entre la fièvre copulatrice, et la soif d'égorger sauvagement un François, heureusement très maître de lui-même, le regard à la fois sombre et amusé.

Un plus petit nombre s'y intéressera par souci d'une connaissance plus grande des bas fonds du psychisme, pour tenir à jour leur culture psychiatrique des déserts de l'amour, ou, plus littérairement de ce qu'un grand critique littéraire, Léon Daudet, désigna par cette formule si adéquate à son objet : « le romantisme de l'ordure ».

Pour les aider dans leur recherche j'ai choisi de publier un article de 2008 du journal Le Monde.

Oui, Le Monde, qui se présente comme le « journal de référence » et qui depuis la mort de son fondateur, Hubert Beuve-Méry, est surtout devenu l'orgasme de l'intelligentzia de la gauche pourrie.

« Journal de référence », qui sert d'aiguillon de plus en plus, au fil des années, au « journalisme » parisien. Comment s'étonner dès lors de la lente, mais sûre, décadence des lettres, de la réflexion philosophique, et de la santé de la jeunesse française rongée jusqu'à la moelle par le sida mental que signalait déjà Louis Pauwells il y bien des années.

Voici donc l'article louangeur, suavement nihiliste, de Josyanne Savignot, directrice des pages littéraires du Monde.

 

Le Scrutateur.

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Christine Angot a choisi la voie étroite des écrivains qui ne peuvent pas susciter l'assentiment social.


( http://www.lemonde.fr/livres/article/2008/08/28/le-marche-des-amants-christine-angot-a-la-recherche-de-l-amant_1088735_3260.html#XIZVhdvwMCgFDRFP.99 )

 

Christine Angot a choisi la voie étroite des écrivains qui ne peuvent pas susciter l'assentiment social. Elle s'y tient, et c'est heureux. Mais elle doit affronter l'hostilité grandissante que cela provoque. Elle ne peut que déplaire à beaucoup de femmes en leur proposant d'observer, à la loupe, leurs névroses et leur mauvaise vie. Les névroses, on dirait que sa narratrice les concentre toutes, dans ses relations avec les hommes, ce qui est terrible. Mais Angot sait les décrire, les écrire, les mettre en roman, ce qui dérange.

Quant aux hommes, ils n'aiment guère, sauf exceptions, la manière dont elle dément les clichés qu'ils se fabriquent encore sur "la" femme pour mieux ignorer les femmes. Angot a pourtant ses fidèles, pas inconditionnels - le fanatisme est plutôt du côté de ceux qui la détestent -, mais attentifs, soucieux de comprendre ce qui, depuis 1990 et dix-sept livres, lui donne ce style si singulier, cette manière d'écrire au souffle, à l'oreille, tantôt dans la pulsion, tantôt dans une certaine retenue, comme dans ce Marché des amants.

Elle a voulu, voilà quelques années, dans Les Désaxés (1), montrer qu'elle pouvait faire un roman traditionnel, avec intrigue et péripéties. C'est son livre le moins réussi. Heureusement, avec Rendez-vous (2), elle est revenue à elle-même, à sa manière unique d'explorer la banalité, à sa recherche de la vérité, si cruelle qu'elle soit pour elle comme pour les autres.

"BONS" AMIS

Mais cette fois-ci, avec Le Marché des amants, elle va plus loin, et avec une aisance qu'on ne lui connaissait pas. Sa narratrice, généralement la figure dominante du roman, est ici affrontée à un homme qui la relègue au second plan. Il est le plus beau personnage masculin jamais mis en scène par Angot. Il s'appelle Bruno, est métis, a été élevé dans une cité, et en est sorti en devenant rappeur. Il est connu, à la scène, sous le nom de Doc Gynéco. Il n'a pas très bonne réputation, et, en outre, s'est embourbé récemment dans les méandres du sarkozysme. Peu importe ce que chacun pense de cette image sociale, le Bruno du Marché des amants dit autre chose.

On voudrait croire que dans la petite bourgeoisie intellectuelle de gauche, le racisme et la détestation du déclassement sont de vieilles lunes. Angot montre qu'il n'en est rien. Dès que sa narratrice rencontre Bruno, ses "bons" amis lui expliquent que cela ne pourra jamais marcher. Il est vrai que c'est difficile. Bruno ignore tous les codes de "bonne conduite". Il part en disant "A tout à l'heure" et oublie de revenir. Il mange un sandwich debout alors qu'on l'attend à table. Si l'on s'en plaint, il propose de partager le sandwich...

A l'évidence, cette femme blanche et cet homme noir ne sont pas du même monde. Mais ils s'aiment. Pas dans cette sorte de troubadourisme amoureux qui ravit les amateurs de romans d'amour. Dans leurs différences et leurs incompréhensions mutuelles. Elle a peur, elle se sent vite menacée, agressée. Lui, jamais : "Faut pasavoir peur. C'est pas bon." Ils tentent de partager les lectures, les musiques"Le soir on s'appelait, on restait des heures l'un avec l'autre, imbriqués, fusionnels au téléphone. Je n'avais eu des coups de fil comme ça avec personne d'autre. J'écoutais ses disques."

Entre en jeu un autre homme, Marc, qui dirige un hebdomadaire culturel. Avec lui, tout serait plus facile. Il fait partie de ceux qui cultivent "la connivence" - totalement étrangère à Bruno, trop brut pour cela. C'est le "bobo" type, sympathique, avenant, de gauche et de la rive gauche, qui a la sensation de s'exiler en traversant la Seine. Il semble être tombé amoureux, et la narratrice aurait envie d'y croire. Mais elle constate qu'on est là dans l'empire du faux : "Or, toi tu n'es pas dans ce que tu dis. Il y a quelque chose de faux dans tout ce que tu m'as dit."

Et puis "ce n'était pas les mêmes sensations qu'avec Bruno. La ville autour avec Bruno, c'était un décor pour une aventure qu'on allait vivre par le simple fait de sortir. Avec Marc c'était un trottoir sur lequel d'autres étaient passés, et passeraient encore". Pire : à cette femme qui a été sauvée par la psychanalyse après avoir tout essayé pour souffrir moins, "la médecine, les médicaments, l'acupuncture...", il dit qu'il aurait aimé en entreprendre une "par curiosité"...

La narratrice et Bruno sont, eux, du côté de la vérité. Elle a de la tendresse pour lui, c'est un artiste, il a le sens du rythme, il a une élégance singulière. Pourtant ils vont se séparer, on le sait très vite, lorsqu'un soir, après une altercation avec un chauffeur de taxi, Bruno passe la nuit en garde à vue. "Je suis avec toi pour en finir avec tout ce qui est les flics, le mal, le danger, c'est la première fois que je passe une soirée chez des amis à toi, et je finis en garde à vue." Il croyait s'échapper avec elle, et soudain se sent renvoyé d'où il vient, du mauvais côté du "marché des amants".


LE MARCHÉ DES AMANTS de Christine Angot. Seuil, "Fiction & Cie", 320 p., 19,90 €.

(1) Stock, 2004, et Le Livre de poche.

(2) Flammarion, 2006, et "Folio" .

Josyane Savigneau


En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/livres/article/2008/08/28/le-marche-des-amants-christine-angot-a-la-recherche-de-l-amant_1088735_3260.html#XIZVhdvwMCgFDRFP.99

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castets 25/03/2017 10:00

Bonjour Mr Boulogne,
J'ai voulu, moi qui ne regarde plus ce genre d'émission depuis Polac, mesurer l'aura de FF et j'ai subi cette émission de bout en bout.
L'intervention de C.A m'a rappelé les heures sombres de la Gestapo ou des polices secrètes des Pays totalitaires...
Peut-être rentrait-elle d'un stage d'aguerrissement en Syrie ?
En tout cas son monologue revendiqué laissait transpirer sa haine féroce contre FF, à tel point qu'elle en perdait ses moyens, sortie de sa lecture préparée .
Je ne sais si cette personne est atteinte psychologiquement, en tout cas elle en révèle tous les stigmates... Si tel n'est pas le cas, et qu'elle est censé représenter le peuple de Gauche, alors j'ai un très grande crainte pour notre avenir et celui de nos descendants.
Le zoo des idées de Gauche est à visiter avec toute la réserve voulue pour préserver notre intégrité future !
Personnes sensibles, restez donc la tête dans le sable, la vaseline sera bientôt offerte par le pouvoir...
Bon WE, cordialement Cjj

kybezki 25/03/2017 09:34

Merci pour cet excellent article qui nous apprend beaucoup sur cette femme éminemment antipathique et qui cependant paraît sincère. Et pourtant, l'hypocrisie de Fillon m'est tout autant insupportable. L'une est victime d'une idéologie dépassée, l'autre submergé par son désir puissance, que ce soit celle de l'argent ou celle que la politique peut apparemment entraîner.