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Publié par Edouard Boulogne

François Fillon et Philippe Seguin.

François Fillon et Philippe Seguin.

François Fillon a peu parlé depuis sa large désignation par des millions de Français « de droite » ( et malgré le vote de près de 600.000 électeurs de gauche qui voulaient tenter de faire élire Alain Juppé, le candidat qui les gênait le moins ) sa large désignation, donc, à la candidature pour 2017.

Il a peu parlé, et il a eu raison je crois, car il n'est pas encore le chef de l'Etat.

Il lui faut d'abord faire le point, avec les tendances de son électorat qui ne sont pas en accord sur tout, voir quelles sont les concessions qu'il peut faire, à des fins politiciennes, à ces gens là, et aux centristes, sans pour autant décevoir la majorité de son électorat personne, qui ne le lui pardonneraient pas. Une telle « trahison » serait d'autant plus grave que les Français aujourd'hui deviennent de plus en plus sceptiques sur le sérieux de la classe politique, et que ce scepticisme est lourd de menaces pour ce que que beaucoup appellent encore la « démocratie ».

Ceux que j'appelle les « vieillards de la République » assez bien représentés par Alain Juppé n'ont pas encore désarmé, ni enregistré le rejet aux élections primaires des années de centrisme mou, paresseux et aboulique du chiraquisme des années 1995 à 2007. La candidature de madame Alliot-Marie, est peut-être, comme me le dit un lecteur agacé « le scud » lancé par ce camp là contre l'effort rigoureux, en dehors de toute démagogie, qui s'impose pour relever une France au bord de la dépression.

C'est ce qu'explique avec talent l'historien et journaliste François Huguenin dans une édition récente du Figaro ( 02/ 12/ 2016 ).

 

Le Scrutateur.

 

François Huguenin : «Tout oblige François Fillon à se rapprocher du regretté Philippe Séguin»

 

( http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2016/12/02/31001-20161202ARTFIG00194-francois-huguenin-tout-oblige-francois-fillon-a-se-rapprocher-du-regrette-philippe-seguin.php )

 

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN - François Fillon est critiqué par certains pour son libéralisme économique. Pour l'historien François Huguenin, le député de Paris ne doit pas être seulement le héraut de la rigueur budgétaire car «le conservatisme sera social ou ne sera pas».


François Huguenin, historien des idées et essayiste, est l'auteur d'une Histoire intellectuelle des droites (éd. Tempus, 2013) et dernièrement Les grandes figures catholiques de France (éd. Perrin, 2016).


FIGAROVOX. - Alors qu'il était le quatrième homme de la primaire il y a encore quelques mois, comment expliquez-vous la remontée et finalement la victoire de François Fillon à la primaire de la droite?

 

François HUGUENIN. - Je crois que comme toujours, il n'y a pas qu'une réponse, mais un faisceau convergent, en l'occurrence de trois raisons. Le rejet de Nicolas Sarkozy, prévisible parce que ce qu'il dégageait était ressenti comme un corps étranger dans une droite policée, mais aussi celui d'Alain Juppé, représentant d'un chiraquisme qui apparaît avec le recul comme ayant sinon usurpé, tout au moins dégradé le nom de droite en s'engluant dans un libéralisme sans vision et sans conviction. Mais il y a aussi les thèmes que François Fillon a mis en avant dans sa campagne: l'autorité de l'État, le courage de la réforme, l'amour de la France, l'attention aux questions de l'école et de la famille. Et enfin, chez lui ça sonnait juste: c'est là qu'intervient contre toute attente la personnalité. Le tempérament sobre et réservé de Fillon a été compris comme un gage de sérieux et il faut dire qu'il a gagné en présence et en épaisseur ces derniers mois en crédibilisant son étoffe d'homme d'État. Les trois conjugués, nul ne pouvait l'empêcher de triompher de ces primaires. Je le dis d'autant plus que j'y croyais vraiment depuis quelques mois.

À quelle droite François Fillon appartient-il? Est-il un libéral comme certains le jugent ou un conservateur comme d'autres le déplorent? Ou les deux...

Historiquement, le conservatisme n'existe pas en France, l'espace de la droite étant saturé par la réaction et le libéralisme.

Il est très difficile de répondre avec certitude. D'abord parce que, historiquement, le conservatisme n'existe pas en France, l'espace de la droite étant saturé par la réaction et le libéralisme. Ensuite parce qu'il existe un écart entre le discours fondamental que je qualifierais à la fois de gaullien et de conservateur et le programme économique qui est assurément libéral. Comment ces deux plans s'articulent-ils? On ne le sait pas encore. Mais je crois que son instance sur la souveraineté de la France, la prise en compte de son histoire dans le temps long, en y intégrant les racines chrétiennes et la construction monarchique, l'attention à l'école et à la famille, le souci de l'autorité de l'État et la valeur donnée au travail, tout cela est digne de l'héritage gaullien, mais aussi de ce qui, en dehors de la France, est défendu par les conservateurs. Avec l'idée que ce qui nous relie, la nation, la famille, les valeurs, mérite d'être conservé car cela scelle notre destinée commune. Après, sur des questions éthiques sensibles chez les catholiques, son discours est très prudent et ne peut être taxé de conservateur. Je pense que somme toute, il y a chez lui un conservatisme libéral qui ressemble à ce que l'Allemagne ou le Royaume-Uni savent produire. Penchera-t-il vers un conservatisme social ou un libéralisme conservateur? Toute l'inconnue est là.

Ancien séguiniste, ayant voté «non» à Maastricht mais oui à «Lisbonne», François Fillon continue de se revendiquer du souverainisme, mais a finalement peu parlé d'Europe. Ne risque-t-il pas de tenter une synthèse instable entre toutes les fractures qui touchent la droite?

François Fillon n'est pas un souverainiste hors-sol comme Marine Le Pen.

C'est une des frustrations de cette primaire. J'émettrais une nuance par rapport à la formulation de votre question. Fillon ne me semble pas se revendiquer du souverainisme, mais attacher du prix à la souveraineté. Ce qui veut dire qu'il n'est pas un souverainiste hors-sol comme Marine Le Pen, mais pense que l'Europe a échoué et doit se réformer autour des nations. Concrètement, comment veut-il mettre en œuvre cette volonté, on l'ignore et c'est dommage. Mais il me semble que le fondement est clair. Certes, tout discours trop radical risque de faire éclater une droite qui est très divisée sur le sujet. Mais avec la légitimité que son triomphe aux primaires lui confère, il aurait intérêt à se dévoiler un peu plus.

Comment expliquez-vous idéologiquement son attachement à la Russie et sa position dite réaliste sur la Syrie? Est-ce le renouveau du gaullisme dans les relations internationales?

Je pense que c'est tout sauf idéologique, mais profondément pragmatique. Cela fait naturellement écho à la politique étrangère de de Gaulle et à celle de la monarchie capétienne. Et c'est un gage de sérieux.

Sérieux, calme, pondéré, imperturbable, mais aussi constant et ferme... le candidat de la droite et du centre est-il finalement celui qui, dans sa posture présidentielle, a le mieux entendu la colère des votes «anti-système»?

Fillon laisse espérer une présidence digne des institutions de la Ve République dont nous sommes orphelins depuis François Mitterrand.

Oui mais pas de la manière démagogique qui serait à craindre. Il y a beaucoup de choses qui nourrissent cette colère anti-système: le chômage, l'insécurité, la menace islamique, le sentiment, parfois lucide, parfois fantasmé, de n'être plus en France. Mais il y a une chose qu'on oublie toujours: c'est la déception envers la classe politique. La fonction présidentielle a été profondément dégradée par les trois derniers présidents de la République. Chirac s'est comporté comme un politicien de la IIIe République, dans la veine radical-socialiste qui fut la sienne, incapable de vision ni de courage. Sarkozy a promis la rupture, mais n'a pas agi en profondeur (même si la période fut économiquement particulièrement difficile) et a manqué de recul et de hauteur de vue. Quant à Hollande, n'en parlons pas. Par les traits de son tempérament, François Fillon laisse espérer une présidence digne des institutions de la Ve République dont nous sommes orphelins depuis François Mitterrand.

Les catégories sociales favorisées ainsi que les personnes âgées étaient surreprésentées au sein de l'électorat de la primaire. La droite de François Fillon peut-elle être vraiment populaire?

C'est le volet social qui fera la réussite ou l'échec de François Fillon, s'appuyant sur un vrai discours de cohésion et de fierté nationale.

Vous touchez là à la question clef. Il y a une grande interrogation sur le programme économique de Fillon. Non pas que ses mesures soient ultralibérales. Le retour aux 39 heures avec lesquelles nous avons fort bien vécu, l'alignement des régimes de retraite de la fonction publique sur le privé sont des mesures de bon sens. Même le fait de travailler 39 heures pour être payé 37 n'est pas un scandale: tout le monde y gagne. En revanche, qu'en est-il des plus défavorisés, de ceux qui trinquent depuis des années, de cette France des périphéries qui paie le prix fort de la mondialisation, de ces territoires perdus de la République rongés par le désespoir et abandonnés par l'État? Là, il faut impérativement que François Fillon aille plus loin. Qu'il s'engage pour les plus faibles, car c'est la mission du politique! Cela suppose deux choses sur lesquelles il devra évoluer, non seulement pour gagner les élections, mais surtout pour mener le pays: tout d'abord que la France est à la fois colbertiste et libérale ; qu'il faut en même temps libérer les énergies, cesser de pressurer les entreprises, et protéger des filières, garantir les plus pauvres. Et ensuite que la France doit pour cela se donner du mou par rapport au carcan des normes européennes dictées par la finance internationale. En réalité, le volet social de la politique de François Fillon, qui me semble être sa volonté profonde, ne peut pas passer que par la baisse du chômage. Les réformes de structure sont à faire de toute urgence car on a trop attendu. Mais comme on a trop attendu, le nombre des laissés pour compte est devenu considérable. Il faut donc un bouclier social parallèlement à la réforme économique. Ce n'est que justice et ce sera nécessaire pour avoir l'appui du peuple contre les inévitables tentatives de déstabilisation de la gauche et des syndicats. En réalité, c'est le volet social qui fera la réussite ou l'échec de François Fillon, s'appuyant sur un vrai discours de cohésion et de fierté nationale. Au fond, tout oblige François Fillon à se rapprocher de son ancien mentor, le regretté Philippe Séguin. Car le conservatisme sera social ou ne sera pas.

 

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XAM CIREDERF 11/12/2016 13:51

Oui la France et tous ceux qui en sont les "fils" (les outre-mer...) doivent se redresser économiquement et aussi culturellement et socialement. Cependant cessons de seulement critiquer et donnons comme objectif d'aider celui qui devra porter nos couleurs, à faire ce qu'il faut, à lui rappeler les conséquences de ce quinquennat qui s'achève et donc tout faire pour CHANGER RADICALEMENT les choses, car " l'a peu près" ne règlera rien, pas plus que les concerts de vierges effarouchées (y compris de mâles ") qui savent crier, mais refusent aussi de mettre la main à la pâte. Alors Guadeloupéens démocrates et sensibles aux idées de la droite et du centre, cessons d'être des spectateurs et osons descendre dans l'arène et aussi apporter une élan constructif à ce que devra être notre sort. Les idées de changements institutionnels ne mènent à rien sinon à la confusion et à faire perdurer sur la scène politique certains médiocres et dont les "succès" sont bien connus.
Merci.

Antoine de Panou 09/12/2016 23:07

Ce n'est pas depuis François Mitterrand que nous sommes orphelins d'une présidence digne de la Ve République, mais depuis Valéry Giscard d'Estaing. Le temps, les affres de la gauche et la décomposition actuelle de l'essence française ne doit pas nous faire oublier tout le mal que le successeur du grand président Pompidou a pu faire à l'institution présidentielle - avec ses gadgets grotesques, démagogiques et imbéciles. Il a, en cela été très étayé par un certain Chirac, tellement ardent dans son désir d'abîmer la France dans un socialisme (que lui voulait rad' soc') qu'il a même facilité l'élection de Mitterrand en 1981 après que Giscard en eût été le chausse-pied électoral, malgré - et c'est là le paradoxe des politiciens du centre et du centre soi-disant droit - une campagne présidentielle de mise en garde rigoureusement argumentée contre les erreurs, les pièges et les dégâts que la présidence de Mitterrand allait provoquer et qui s'est révélée prophétique.