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Publié par Edouard Boulogne

Qui se souvient de J-J S-S ? par Marc Décap.
Qui se souvient de J-J S-S ? par Marc Décap.

C'est un bon exercice pour mémoriser, et pour fixer sa pensée, que de prendre des notes, régulièrement, de copier des textes, sinon tous importants, du moins représentatifs d'un souci personnel, d'une époque, de certains milieux, de certaines modes, même superficielles, mais parfois susceptibles de conséquences fâcheuses .

 

C'était en 1969. A l'époque le magazine l'Express connaissait son âge d'or, entrainé par le duo coruscant : Jean-Jacques Servan-Shreiber / Françoise Giroud.

Qui, aujourd'hui parmi les moins de quarante ans sait qui furent ces deux là? Le microcosme parisien bruissait de leurs paroles, de leurs éclats, de leurs ambitions qui étaient grandes.

J-J S-S ne se voyait, malgré sa jeunesse alors, qu'en président de la République. « l'avenir, l'avenir est à moi » semblait-il penser, après quelques autres qui connurent, avant lui, les inconvénients de la présomption.

Je n'aimais pas M. Servan-Shreiber. J'avais noté dans un de mes cahiers de notes, en 1969, ce texte tiré de son livre, Le défi américain, qui faisait alors un vrai tabac en librairie : «  Une société tout-à-fait nouvelle est en vue, qui émergera avant que les hommes de trente ans aient pris leur retraite. Cette société sera-t-elle plus heureuse? C'est une autre question, qui ne comporte sans doute pas de réponse. Mais il est certain qu'elle représentera l'avant-garde de l'histoire humaine, et ceci nous regarde ». (Défi américain, p/ 57 ).

Je ne voyais nulle originalité dans cette prose, qui ne faisait que reprendre à son compte, lyrisme en moins, les prophéties malheureuse de Hugo dès 1820, ou de ces précurseurs d'énarques que furent les disciples du comte de Saint-Simon.

Plus tard, dans la même année, mais dans l'Express je notai cette autre « pensée » de Servan-Shreiber : « Consommer, c'est former mieux un plus grand nombre d'hommes et les rendre plus heureux. C'est la grande aventure de notre époque. Et au bout il y a la liberté ».

J'avais 27 ans en 1969, et je détestais, sinon JJ SS, du moins sa pensée : cette platitude imbécile, cet hédonisme de super marché.

Servan-Shreiber est mort, mais son "idéal" s'est réalisé. Nos sociétés occidentales, malgré la crise, ont fait de la surconsommation leur idéal. Des enfants de 11 ans tannent leurs parents pour qu'ils leur achètent des vêtements, des chaussures de marque. Les mêmes veulent des gadgets de plus en plus perfectionnés, mais pour s'adonner à des jeux débiles.

Madame Rossignol, ministre de « la famille » voudraient interdire que l'on suggère aux jeunes filles, sur internet et ailleurs, que l'avortement n'est pas une solution digne et humaine quand on se trouve enceinte.

L'Europe n'aime plus la vie, qu'elle confond avec la pléthore et l'indigestion alimentaire.

Faire de la politique, peut-être ceux qui pensent encore, un peu, doivent-ils persuader les plus jeunes, ceux qui ont encore un peu d'ambition proprement humaine, que  c'est tout autre chose, et de la vérité de cette autre pensée, que j'apprécie, celle-là, et qui est de l'écrivain Eugène IONESCO : «  Lorsque l'homme ne se préoccupe pas du problèmes des fins dernières, lorsque seule l'intéresse le destin d'une nation politique, de l'économie, lorsque les grands problèmes métaphysiques ne font plus souffrir, laissent indifférents, l'humanité est dégradée, elle devient bestiale ».

 

Peut-être, après trop d'années confiées en France, pour la diriger, à des comptables, des voyageurs de commerce, politiciens sans envergure spirituelle qui ne considère l'homme que comme une matière première à modeler, sans respect, dans le seul souci de les faire servir à leur ambitions et à leur soif de pouvoir et de consommation, peut-être est-il donc nécessaire de confier, avec prudence, mais avec détermination la direction de la France, à de véritables hommes d'Etat.

 

Marc Décap.

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