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Publié par Edouard Boulogne

Dans la ligne de M Jackson, l'élection de Donald Trump n'est pas vraiment une surprise.

Précieuse cette revue d'histoire, Hérodote, qui souvent, partant d'un fait d'actualité situe les évènements dans le temps et dans leur contexte.

Ainsi il revient sur l'élection de Donald Trump, hier, ( 1er article ) et le situe par rapport à celle d'un autre président, M. Jackson ( 2ème article ), un nom très répandu aux Etats-Unis.

 

Le Scrutateur.

 

( I ) 9 novembre 2016

Donald Trump, une surprise ? Pas vraiment

( https://www.herodote.net/Donald_Trump_une_surprise_Pas_vraiment-article-1598.php ).

 

Après les référendums de 2005 (France et Pays-Bas) et le Brexit (2016), voici une nouvelle surprise avec l’élection de Donald Trump par une franche majorité d’Américains. À chaque fois, le suffrage universel a eu raison des médias, des sondeurs et de leurs commanditaires (*). On peut au moins se réjouir de cette vitalité démocratique.

Andrew Jackson (1767-1845), président des États-Unis de 1829 à 1837Donald Trump, né le 14 juin 1946 à New York, élu à la Maison Blanche le 8 novembre 2016Les lecteurs et Amis d’Herodote.net peuvent heureusement se féliciter d’avoir accès à des analyses plus fines, parce que fondées sur les enseignements de l’Histoire.

Le 23 octobre 2016, nous avons titré notre lettre sur des élections pleines de surprises aux États-Unis et évoqué un précédent largement ignoré : l’élection du candidat « populiste » et « anti-système » Andrew Jackson, en 1828.

Par bien des aspects de sa personnalité, il n’était pas sans ressembler au nouveau président des États-Unis. Et lui aussi avait été rejeté par les instances de son parti et honni par les élites de la côte Est.

Ce 3 novembre 2016, à la lumière de l’Histoire, nous avons aussi rappelé ce qu’est le libre-échange prôné par ces mêmes élites comme par les fonctionnaires de Bruxelles et les élites françaises : une utopie aussi folle que le communisme soviétique.

C’est en partie en raison du libre-échange (*) et du primat de la finance que les électeurs américains ont voté pour Donald Trump : il a su capter leur colère sourde, tout comme d'ailleurs le candidat démocrate Bernie Sanders, rival malheureux d'Hillary Clinton (*). 

L’autre motif qui a conduit à la victoire de Trump et à l'élimination de Sanders tient à l'exaspération d'une majorité de citoyens face aux tromperies de l’utopie « multiculturaliste » et de la société « ouverte ».

À preuve le vote de l'Iowa en faveur de Donald Trump : dans cet État plutôt prospère, avec un faible taux de chômage, c'est évidemment l'enjeu multiculturaliste qui a fait basculer les électeurs.

En effet, l’élection en 2008 d’un président noir (pas un Afro-Américain mais un métis, fils d’une blanche du Kansas et d’un Kényan) n’a pas empêché le retour à de nouvelles formes de ségrégation raciale. C'est ainsi que la candidate démocrate Hillary Clinton a tenté de jouer la carte « racialiste » en cajolant les électeurs afro-américains et latinos. Mais sans doute s’est-elle trompée dans son évaluation du vote latino : beaucoup d’Étasuniens latino-américains aspirent à leur intégration dans la classe moyenne et ne se sentent guère solidaires des Afro-Américains.

Le même phénomène s’observe en Europe de l’Ouest, sous l’effet d'un emballement migratoire sans précédent dans l’Histoire. Les nouveaux arrivants font bloc avec leur « communauté » dans les quartiers et les écoles : Africains de la zone équatoriale, Sahéliens, Maghrébins, Turcs, Orientaux, Chinois etc. Il compromettent ce faisant l’intégration des immigrants plus anciennement installés (*). À quoi les classes dirigeantes répondent par des propos hors-contexte sur le « vivre-ensemble » et l'occultation de la mémoire.

La chancelière Angela Merkel et même le pape François ont perçu les dangers de cette politique dans leurs dernières déclarations, en novembre 2016. Quant aux élus français, qui ont abandonné leur souveraineté à Bruxelles et Berlin et se tiennent désormais à la remorque des puissants, ils feraient bien de prendre à leur tour la mesure de l'exaspération populaire face au néolibéralisme financier, au multiculturalisme et à l'emballement migratoire. Ils se doivent de nommer et analyser ces phénomènes sans faux-semblants, et de préconiser des solutions respectueuses de la démocratie.

Joseph Savès

 

( II ) Andrew Jackson (1767 - 1845)

Un self made man à la Maison Blanche

( https://www.herodote.net/Andrew_Jackson_1767_1845_-synthese-1830.php )

 

Andrew Jackson est le premier président des États-Unis d’extraction modeste. Homme de l'Ouest, avocat autodidacte d'une honnêteté scrupuleuse, c'est aussi un self made man énergique et fonceur, impétueux et même brutal.

Il a 61 ans quand il est élu une première fois à la Maison Blanche en 1828. Il clôt pour de bon l'ère « des bons sentiments » et des patriciens de la côte Est et du Sud. Avec lui, les États-Unis accèdent à la maturité.

Andrew Jackson prêtant serment lors de son investiture le 4 mars 1829

Mauvais garçon au grand cœur

Enfant posthume d’un immigrant irlandais, né dans une petite ferme de Caroline du Sud, rebelle aux études et joueur, Andrew Jackson prend part à la guerre d’indépendance dès l’âge de treize ans.

Rendu à la vie civile après la guerre, il apprend assez de droit pour entrer comme avocat au barreau de Caroline du Nord. Il s'enrichit dans la spéculation foncière et prend des cours de bonnes manières pour se faire admettre dans la bourgeoisie locale.

Il se lance dans la bataille politique, participe à la Convention qui rédige la Constitution du Tennessee et se fait élire représentant (« député ») de ce nouvel État quand il entre dans l'Union en 1796. 

Il en devient sénateur l'année suivante  puis est élu en 1802 général de la milice du même État.

Alors s'affirment ses qualités de chef de guerre. À la tête d’une armée débraillée, il triomphe des Indiens Creeks et s’empare de leur territoire. Il adopte en passant un bébé orphelin pour lequel il s’est pris de pitié.

C’est toutefois la guerre avec l’Angleterre, en 1812, aussi qualifiée de « Seconde guerre d’indépendance », qui lui vaudra la célébrité. Avec l’aide du pirate français Jean Laffitte, il reconquiert La Nouvelle Orléans.

Naissance au forceps du Parti démocrate

Le président Monroe ayant annoncé son intention de ne pas se représenter au terme de son deuxième mandat, il s'ensuit une débauche de candidatures. Andrew Jackson arrive en tête du vote populaire et également du vote des grands électeurs. Mais avec 99 grands électeurs, il est encore loin des 131 voix de la majorité absolue. Du coup, il revient à la Chambre des représentants de désigner le futur président ! Elle fixe son choix sur le notable John Quincy Adams.

Indigné, Jackson démissionne du Sénat et se retire dans sa propriété de L'Hermitage, près de Nashville. Mais ses amis ne renoncent pas. Ils refondent le Parti républicain-démocrate et le rebaptisent Parti démocrate (Democratic party). C'est sous ce nom qu'il est aujourd'hui connu.

Président à poigne

Andrew Jackson, président des Etats-Unis (1767-1845)Élu enfin en 1828, Andrew Jackson s'en prend d'emblée à la corruption qui gangrène l'administration fédérale et destitue près de la moitié des fonctionnaires installés à des postes de responsabilité.

Il inaugure ce faisant le spoils system ou « partage des dépouilles », qui consiste à changer tout ou partie partie du personnel politique après chaque élection. Lui-même s'entoure d'un petit groupe de conseillers sans titre officiel : le kitchen cabinet ou « gouvernement de la cuisine ».

Fort de son assise électorale, le président engage un bras de fer avec le Congrès. Il oppose son veto à douze lois votées par le Congrès, soit plus que tous ses prédécesseurs.

Ses opposants dénoncent son emploi abusif du veto tout comme son clientélisme et le surnomment « roi Andrew ».

Lutte des classes

Pour la première fois, l'économie et la finance entrent dans les prérogatives présidentielles. Fidèle à l'idéal rousseauiste de Jefferson, Jackson défend les droits des États et engage la lutte contre la finance de New York : il s'oppose en particulier à la reconduction de la Banque fédérale des États-Unis fondée par Hamilton en 1791.

Mais dans le même temps, en 1832, Andrew Jackson sévit avec vigueur contre la prétention de la Caroline du Sud à « nullifier » les droits de douane de la fédération qu'elle juge trop élevés.

Il oblige la Caroline du Sud à s'incliner et n'hésite pas à agiter la menace d'une intervention militaire. La Caroline du Sud et les autres États sudistes repartiront à l'aventure 28 ans plus tard en faisant sécession mais c'est une autre histoire...

 

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