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Publié par Edouard Boulogne

1 ) Ingrid Riocreux.  2 ) Téléspectateurs devant leur boite aux mirages.
1 ) Ingrid Riocreux.  2 ) Téléspectateurs devant leur boite aux mirages.

1 ) Ingrid Riocreux. 2 ) Téléspectateurs devant leur boite aux mirages.

 IL Y A 5 MOIS, LE JEUDI 28 AVRIL

Lire cet article, se procurer l'ouvrage pour le décortiquer et en tirer profit dans la perspective d'une prophylaxie de l'esprit, pourrait bien être un « devoir » de l'homme en nos temps de manipulations médiatiques généralisées.

Le Scrutateur.

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( Article d'abord publié par le Site de Causeur. Les passages soulignés en gras l'ont été par LS ).

C’est un livre au propos ravageur mais en tout point percutant que nous propose Ingrid Riocreux, agrégée de Lettres modernes. Sobrement intitulé La Langue des médias, son sous-titre éloquent en condense parfaitement la substantifique moelle et prévient d’emblée le lecteur : destruction du langage et fabrication du consentement.

La thèse centrale de l’auteur est séduisante car convaincante. Le Journaliste (on notera l’emploi de la majuscule) participe de l’abaissement du niveau général de la société.

Par le biais d’une parlure dégénérescente et sans goût qui lui est propre, celui-ci « prenant pour des données objectives et évidentes des opinions qui sont en fait identifiables comme des points de vue propres à des courants de pensée, contribue à répandre une doxa faite de préjugés, de stéréotypes et de présupposés qui sont au fondement des croyances de notre société ». ( doxa est un terme venu du grec. Il désigne la simple opinion par rapport au savoir fondé rationnellement, et plus généralement dans la philosophie platonicienne le monde des pré-jugés, mortel ennemi de la philosophie et de la recherche du vrai. Note du Scrutateur ).

 

Négligeant à dessein la qualité de la langue, le Journaliste en vient logiquement à cesser de réfléchir sur les implications implicites d’un tel relâchement syntaxique, terminologique et sémantique.

Pour notre universitaire, cet aspect est d’autant plus rédhibitoire que « la langue du Journaliste est investie d’une autorité qui lui confère un pouvoir fortement normatif ».

Véritable traité de linguistique et de grammaire, le propos se veut impitoyable et, en même temps, didactique et pédagogique. L’auteur ne fait pas mystère de son intention : « Le but est de proposer une grille d’analyse afin de former les réflexes d’écoute » (et de lecture, ajouterait-on), en s’adossant à ce qu’Aristote dénommait la « capacité d’étonnement » et « avec ce principe : ne jamais accepter comme une évidence ou une nécessité ce qui relève d’un choix – donc d’une sélection, consciente ou non. » Bref, une nécessaire mise à distance critique entre le récepteur (lecteur, auditeur, téléspectateur) et l’émetteur (le Journaliste), visant, notamment, à « lutter contre deux attitudes aussi répandues l’une que l’autre : la naïveté et la paranoïa complotiste ».

L’ouvrage dissèque, par le menu, les rapports complexes qui unissent le Journaliste avec les consommateurs-récepteurs, relation ambiguë que l’on pourrait résumer à l’aune d’une immaturité structurelle, quasi infantile, des uns comme des autres.

Ainsi, tour à tour, le Journaliste est justement épinglé comme la version moderne du « Torquemada bienveillant », ( Torquemada fut un célèbre inquisiteur espagnol, au XVème siècle. Note du Scrutateur ) gardien auto-promu de l’ordre social (« l’éthique du journalisme n’est pas une éthique du vrai mais une éthique du bien »), excellent dans « l’entre-soi idéologique » (constat qui permet à l’auteur d’avancer « l’hypothèse d’une possible continuité des méthodes entre les régimes totalitaires et les régimes démocratiques », attendu qu’il existerait « une continuité fonctionnelle entre propagande totalitaire et matraquage médiatique en contexte démocratique », rien de moins).

La pensée-robot du Journaliste, encasernée dans une vision roman-photo de la réalité, est, de surcroît, servie par un sabir journalistique que l’auteur brocarde de manière jubilatoire (mais tout de même assez consternante). ( cette précédente parenthèse n'est pas de LS, mais du … journaliste qui écrit l'article. A tout péché, miséricorde ! PSC . Note du scrutateur ).

En moraliste impartial, l’auteur pointe également les défauts de la « réinfosphère » qui, selon elle, « recourt aussi volontiers aux méthodes des désinformateurs qu’elle prétend dénoncer », en ne répugnant pas, par exemple, « à utiliser les mêmes techniques que les médias officiels ». Bien plus : notre essayiste estime que les médias « alternatifs » ne font guère preuve d’imagination en adoptant « les mots de l’adversaire », courant ainsi le risque d’être « happés par lui » car « pensant dès lors à travers lui, ils ne peuvent plus le combattre ».

 

 

 

3 ) Sur le même sujet, une page éclairante de Jean-François Revel dans son très beau livre : La Connaissance inutile.

3 ) Sur le même sujet, une page éclairante de Jean-François Revel dans son très beau livre : La Connaissance inutile.

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Dissident 17/09/2016 13:07

Ce qui a de sidérant avec les ténias télévisuels des jitésduvingtheures, c'est qu'aussitôt après nous avoir été infligés à coups de clystères et de redevances, ces ectoplasmes écrivent presque tous un bouquin.