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Publié par Edouard Boulogne

François-Xavier Bellamy.

François-Xavier Bellamy.

 

L’ancien professeur de philosophie que je suis souscrit pleinement à ce qu’écrit aujourd’hui dans le Figaro son jeune collègue, dans la même discipline François-Xavier Bellamy.

 

Le Scrutateur.

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De la salle de classe dépend le sursaut ou le déclin de la France

La génération sur les bancs du collège et du lycée en sortira moins instruite que celle de ses parents, s’alarme le professeur de philosophie*.

François-Xavier Bellamy

(http://kiosque.lefigaro.fr/ouvrir-liseuse-milibris/le-figaro/bd0b54bd-c07a-4caf-93b2-6a58b651e5e0 )

 

François-Xavier Bellamy

En 2017, aucun sujet ne sera plus vital que l’école. Non que les autres problèmes qui touchent notre pays soient insignifiants, bien sûr ; ils sont d’une importance cruciale. Mais leur résolution passe à chaque fois, si l’on veut agir en profondeur, par le chemin de l’école. Vous voulez reconstruire une économie forte et innovante ? Commençons par refaire l’école. Lutter contre la désaffection de la politique et restaurer un débat d’idées digne de ce nom ? Commençons par refaire l’école. Sauver l’unité de la société française en empêchant une fraction de la jeunesse de sombrer dans les délires de l’islamisme ? Commençons par refaire l’école.

La crise que traverse notre pays, sous toutes ses formes, est profondément liée à sa faillite éducative. L’école est le premier lieu de notre défaite collective. Ne gardons qu’une seule statistique, l’une des plus récentes : l’enquête Cedre, publiée par le ministère de l’Éducation nationale en juillet dernier, se concentrait cette année sur la maîtrise de la lecture. Cette enquête statistique officielle fait apparaître que, parmi tous les collégiens en fin de 3e, seul un quart peut être considéré comme « bon lecteur ». De l’autre côté du spectre, 15 % des élèves « s’avèrent n’avoir pratiquement aucune maîtrise ou une maîtrise réduite des compétences langagières » ; cette situation, qui selon le ministère lui-même les rend « incapables de poursuivre leurs études », concerne donc chaque année près de 125 000 jeunes… Entre les deux, des centaines de milliers d’autres naviguent dans le flou, ayant passé des milliers d’heures sur les bancs de nos classes sans avoir pu même devenir « bons lecteurs ». Cette pauvreté langagière, culturelle, intellectuelle est une bombe à retardement pour notre pays.

Devant ce drame, la politique de la gauche aura consisté à aggraver avec méthode et persévérance tous les facteurs d’échec possibles. La maîtrise de la langue française est très fragile ? Surchargeons les élèves d’une première langue étrangère au CP, et rajoutons encore le « code informatique » en CE1. Les élèves en difficulté sont de plus en plus nombreux ? Supprimons les heures d’accompagnement éducatif. Les inégalités ne cessent de croître, condamnant à un échec toujours plus massif les établissements dans les quartiers défavorisés ? Retirons-leur les options qui leur permettaient de surnager.

On ne dénoncera jamais assez les mensonges tragiques qui auront marqué toutes les réformes de ce quinquennat, les millions d’heures d’enseignements fondamentaux sacrifiées à l’invasion du « périscolaire » dans l’école, à la déconstruction des disciplines par les enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI), ou à un « accompagnement personnalisé » effectué… en classe entière.

Le résultat ne se verra pas tout de suite, la ministre ayant consacré beaucoup d’efforts à faire disparaître les symptômes du mal qu’elle entretenait avec tant de soin. En interdisant le redoublement, sans lui substituer aucune stratégie de remédiation, elle a facilité l’accès à un bac déjà dévalué, et renforcé la contrainte imposée à l’université, sommée d’accueillir, sans en avoir les moyens, un nombre toujours plus important d’élèves toujours plus fragiles. Mais qu’importe, elle les gardera jusqu’au master, puisque Najat Vallaud-Belkacem vient d’annoncer que même cette ultime sélection serait interdite… Comme l’État faussaire faisait tourner la planche à billets quand il ne savait plus créer de la richesse, il sait encore multiplier des diplômes à défaut de transmettre des savoirs.

En attendant que la gauche de gouvernement, dont beaucoup avaient tant espéré, fasse son examen de conscience, il faut donc préparer l’alternance. L’école est peut-être un investissement de long terme, mais ce long terme est aujourd’hui la plus immédiate urgence. Paradoxalement, pour que l’école puisse jouer son rôle dans la préparation de la société de demain, il faut que la France cesse de la charger de tous ses problèmes du moment, et la laisse se concentrer sur sa seule et unique mission : la transmission du savoir.

Les enseignants peuvent lutter contre la radicalisation, contre le chômage, contre le sexisme, contre les incivilités et même contre le réchauffement climatique si l’on veut, à condition seulement qu’on les laisse enfin faire leur métier : enseigner. Car c’est de la culture que nous avons à partager, dans sa gratuité première, que viendra toute la créativité, toute la liberté, toute l’humanité même du monde de demain. C’est parce que nous l’avons oublié que nous avons cessé de transmettre, et que notre école est devenue ce vide saturé de fictions pédagogiques et de complexités artificielles.

L’enjeu est simple : il faut tout remettre à plat pour permettre à nouveau que soit transmis à chaque enfant le meilleur de la culture dont il est, d’où qu’il vienne, un légitime héritier. Et pour y parvenir, il faut repartir du terrain, de ce que nous savons faire - et non pas, comme depuis trente ans, des couloirs du ministère ; refaire confiance aux enseignants, aux cadres qui, envers et contre tout, font vivre nos établissements ; aller voir partout dans le monde les méthodes qui fonctionnent, et abandonner celles qui échouent ; s’inspirer des réussites concrètes obtenues dans nos banlieues et accompagner réellement la créativité pédagogique.

Un immense travail attend la droite, si elle veut se montrer à la hauteur du défi en cas d’alternance. Elle est très largement comptable de la déroute actuelle de notre école ; mais si elle savait la retrouver avec assez d’humilité, et une claire conscience de l’enjeu, elle aurait devant elle une occasion historique de contribuer à sa reconstruction. Peut-être la dernière occasion. Car le savoir ne se conserve pas tout seul : quand une culture n’est plus transmise, tôt ou tard, elle disparaît. Si nous voulons que vive encore la France, l’école est notre seule urgence.

FRANÇOIS-XAVIER BELLAMY

 

 

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Etzol 22/09/2016 04:29

S'il y a alternance - ce qu'on souhaite pour que la France renoue avec le bon sens,la réflexion et la rigueur - il est indispensable de SUPPRIMER cette monstrueuse réforme.

Elle a été imposée à tous les niveaux en même temps, du CP à la classe de Troisième.
Jusqu'à présent, ce qui semble le plus normal, une réforme commençait dans le niveau le plus bas, et montait, avec les élèves, aux classes supérieures

Les classes ont été réunies par groupe de trois, dans des cycles,dont certains chevauchent l'école et le collège : ainsi le cycle 3 correspond aux classes de CM1, CM2 et SIXIEME.

Mais pour faire disparaître tous repères et compliquer encore la tâche des enseignants, les programmes d'enseignement sont indiqués par cycle et non plus par classe.Et les enseignants de ces niveaux doivent se rencontrer pour décider entre eux de ce que fera chacun.
Or,sauf cas exceptionnel, un collège reçoit en sixième des enfants venants de 4,5,voire plus d'écoles primaires différentes et parfois éloignées...

Précisons en outre que, dans un tel contexte, il faut pratiquer une progression spiralaire (revenant chaque année sur un même thème,mais de manière plus approfondie), chaque "équipe disciplinaire" de chaque collège détermine ce qui sera étudié dans sa discipline, pour chaque classe. Il n'y a plus aucune harmonisation académique et encore moins une unité nationale;ce qui est le but :c'est bien la déconstruction dont parle M.Bellamy .
Les quelques livres qui ont eu le temps de paraître n'ont édité les programmes que par cycle.
Par contre Le DNB est maintenu et les exigences seraient les mêmes pour tous

Enfin,il ne s'agit plus d'évaluer des connaissances, mais des compétences...Tous les grands mots ! L'inquiétude est soulevée par la relativisation du savoir que cela entraîne, car il a été dit que les connaissances n'avaient pas d'importance. C'est plutôt la méthode ou le savoir faire.qui seront évalués.L'élève cherche par lui-même et la véracité d'un contenu transmis par l'enseignant n'a plus d'importance.

Dans le même temps,des universités françaises, font suivre à leurs élèves des cours d'orthographe,et de grammaire en vue de leur faire passer des tests de niveau (à bac +3)...

Je rejoins totalement le diagnostic et l'appel de M Bellamy, en espérant que la droite se penche sérieusement sur l'enseignement et l'éducation des enfants; et surtout qu'elle ne
cède pas devant les blocages de syndicats de gauche et les théories fumeuses des pédagogistes.

JG 21/09/2016 09:19

Enfoncer les portes ouvertes pendant encore combien de temps?
Commencer dès la maternelle en supprimant tout laxisme.inculquer les Devoirs et non pas les droits.
Avancement des enseignants au vu de leurs résultats et non pas de l'ancienneté.
etc..etc.

Xam Cirederf 20/09/2016 23:48

Cette situation est bien une vérité et il serait bien imprudent de ne pas rapporter ces statistiques à ce que nous constatons aussi en Guadeloupe. Je suis atterré lorsque j'entends s'exprimer certains élus ou cadres de nos institutions, sans parler des "animateurs et chroniqueurs radio et télé", qui pourtant ont - ou auraient- suivi un cursus scolaire.
Une remise à niveau est évidemment souhaitable au titre de notre Ecole. Alors ce n'est pas en le niant que ou en cherchant le nivellement par le bas que nous y arriverons.
Des anciens "profs retraités" devrons sans doute s'y remettre......
Cdt
XC

Edouard Boulogne 21/09/2016 00:00

Peut-être devront-ils d'abord suivre un entrainement au judo? psc ( petit sourire en coin ).