Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Pages

Publié par Edouard Boulogne

1 ) Photo saisissante de vérité. Mitterrand debout, le visage dur, y domine M. Rocard, le ragard exprimant à la fois la crainte et une haine rentrée. 2 ) Miterrand à Vichy, décoré par le maréchal Pétain. 3 ) Mitterans accouplé dans les années 70 avec le partic communiste ( Marcais ) et les radicaux de Gauche.
1 ) Photo saisissante de vérité. Mitterrand debout, le visage dur, y domine M. Rocard, le ragard exprimant à la fois la crainte et une haine rentrée. 2 ) Miterrand à Vichy, décoré par le maréchal Pétain. 3 ) Mitterans accouplé dans les années 70 avec le partic communiste ( Marcais ) et les radicaux de Gauche.
1 ) Photo saisissante de vérité. Mitterrand debout, le visage dur, y domine M. Rocard, le ragard exprimant à la fois la crainte et une haine rentrée. 2 ) Miterrand à Vichy, décoré par le maréchal Pétain. 3 ) Mitterans accouplé dans les années 70 avec le partic communiste ( Marcais ) et les radicaux de Gauche.

1 ) Photo saisissante de vérité. Mitterrand debout, le visage dur, y domine M. Rocard, le ragard exprimant à la fois la crainte et une haine rentrée. 2 ) Miterrand à Vichy, décoré par le maréchal Pétain. 3 ) Mitterans accouplé dans les années 70 avec le partic communiste ( Marcais ) et les radicaux de Gauche.

Michel Rocard : mort mort d'un militant.

 

Une chose est certaine la mort de Michel Rocard nous vaudra un déluge de commentaires, où l'emphase laudatrice le disputera à l'hypertrophie récupératrice, à un moment où l'idée d'une gauche idéalisée ( qui fut celle de M. Rocard ) est au plus bas, laissant la place à la réalité nettement plus terre à terre, voire sordide, ornée des tristes figures de Jospin, Martine Aubry, Manuel Valls, ou des masques grimaçants de Dominique Strauss-Khan, Cambadelis, ou de l'insignifiant jouisseur François Hollande.

Ils feront tous d'autant plus l'éloge de Rocard que durant son existence d'honnête homme sincère, ils l'auront méprisé et tenu à l'écart, un peu comme Pierre Mendès-France, qui fut, à gauche, l'homme qui pouvait lui être comparé, et qui connut le même destin.

Je pourrais avoir eu de l'estime pour Michel Rocard, à titre individuel, s'il n'avait pas voulu un destin national par la politique, et si l'aune de la valeur politique était la sincérité.

Charles de Gaulle était-il sincère dans son action? Peu de gens ( sauf quelques hystériques dont la rancoeur et l'hubris personnelles sont l'unité de mesures des êtres et des choses ) parleront d'insincérité en évoquant le général. Mais ce ne peut être la sincérité qui peut être considérée comme la marque de sa grandeur. Sa dimension était autre, même ses adversaires en conviennent.

Il se trouve que mon âge, et l'intérêt que j'ai toujours porté à la politique, font qu'il y a longtemps que j'observe Michel Rocard.

Il était doué incontestablement. Il aurait pu être un premier ministre brillant, s'il avait été taillé d'un autre bois que celui du militant socialiste, c'est-à-dire continuant, à quarante ans et au-delà, à considérer le monde au travers d'une vision tout affective, et idéalisante, comme il en est chez beaucoup d'adolescents, entre 15 et 25 ans.

La réalité politique est différente. Rocard fut un disciple du théoricien aujourd'hui relativisé J-M Keynes, qui fut, et demeure la figure tutélaire de générations d'énarques. C'était le tuteur de sa génération; donc pourquoi pas. Mais que n'a t-il muri? Et que n'est-il sorti de cette étroite tutelle pour méditer l'oeuvre de Machiavel, le guide nécessaire de ceux qui s'aventurent sur les sentiers tordus et mal fréquentés de la « haute » politique. Un Machiavel qui n'incite pas aux pires débordements que lui prètent ceux qui ne l'ont pas lu, mais à apprendre à regarder pour voir clair dans ce qui est.

Non que tous les politiques soient des voyous, mais tous devant savoir dans quelle jungle ils évoluent, sous peine d'y périr, et avec eux tous ceux qu'ils auront entrainés avec eux, derrière eux.

Cela est valable à gauche comme à droite.

Plus cynique, et peut-être moins doué que Rocard, son ami de Science-po, Jacques Chirac a été président de la République, mais pas Michel Rocard, qui demeura toujours le scout dont le totem était « hamster érudit ».

Hélas, pour lui, et pour nous « hamster érudit » le demeura jusqu'à sa mort, au point de commettre des erreurs de jugement sur les personnes comme celui-ci où il qualifie François Mitterrand de prototype de l'homme de droite.

Or Mitterrand ne fut ni de droite, ni de gauche, seulement un aventurier de grande envergure, membre d'un cabinet vychiste, et en même temps, avec prudence, proche de milieux de la résistance.

Il s'assurait ainsi qu'à l'issue du conflit, quel qu'en fut le terme, il retomberait sur ses pattes.

Les hommes comme M. Rocard sont certes plus sympathiques et fréquentables que les cyniques que nous ne savons pas assez reconnaître sous leurs masques.

Mais ils n'en sont que plus redoutables en tant que chef de patrouilles innocents dans un monde de sauriens affamés.

Mon jugement sera peut-être perçu comme trop sévère. Prenez-le, quoiqu'il en soit, comme un élément d'indispensable équilibre face au déferlement d'éloges démesurés qui va nous inonder pendant plusieurs jours.

 

Le Scrutateur.

 

PS: Ci-dessous, l'interview accordée au journal Le Point, il y a une semaine par Michel Rocard lui-même.

 

__________________________________________________________________________

 

Michel Rocard : "Mitterrand était un vrai homme de droite !"

VIDÉO. L'ancien Premier ministre ne mâche pas ses mots. Mitterrand, Chirac, Hollande, Juppé, Macron, il livre ici son testament politique.

PROPOS RECUEILLIS PAR EMMANUEL BERRETTACAROLINE GALACTÉROS ET OLIVIA RECASENS

Modifié le 28/06/2016 à 11:41 - Publié le 23/06/2016 à 08:48 | Le Point

Ajouter aux favoris

Commenter

Envoyer par email

 

1 partages

917 partages

 

Le Point : Nous vivons une période de rupture inédite. Quel projet politique crédible peut permettre d'adapter notre société à ces bouleversements ?

Michel Rocard Pour diriger une société, il faut la comprendre. Or on ne peut plus se comprendre. On va rentrer tous ce soir chez nous et regarder les infos. Il y aura 60 % de faits divers. On ne nous donne ni la matière ni le temps pour comprendre. Et la presse écrite se laisse entraîner par l'information continue, la télé, Internet... Le système fonctionne pour le divertissement. Comment, dès lors, comprendre le Moyen-Orient ou la crise économique ? Le monde du savoir ne produit plus de connaissances interdisciplinaires, les sociologues ne travaillent pas avec les économistes, qui ont peu ou pas de contact avec les politiques.

C'est donc une question de temps ?

Les politiques sont une catégorie de la population harcelée par la pression du temps. Ni soirée ni week-end tranquille, pas un moment pour lire, or la lecture est la clé de la réflexion. Ils n'inventent donc plus rien. On sent venir l'élection sans projet de société d'un côté comme de l'autre. La démocratie chrétienne avait un projet de société pour toute l'Europe, qu'elle a fini par abandonner. Le gaullisme a disparu. Le communisme s'est englouti dans son propre archaïsme. Le socialisme porte un projet, mais il n'est plus clair depuis longtemps. D'ailleurs, il n'y a plus guère que moi pour en parler... parce que je suis archaïque, probablement. L'autre projet de société possible, c'était l'Europe. Je suis de ceux qui sentaient qu'elle pouvait être le concentré de tout ce qui s'était fabriqué en France : les droits de l'homme, le respect des pactes et des traités... On a beaucoup rêvé de ce modèle européen, mais il s'est affaibli, grignoté par les souverainetés.

Combat. Le 10 janvier 1970, Michel Rocard, alors secrétaire général du PSU, défile à Paris au côté de Jean-Paul Sartre pour rendre hommage à cinq travailleurs immigrés africains morts asphyxiés dans un foyer d’Aubervilliers. © Rue des Archives

 

Dans ce cas, pourquoi êtes-vous favorable au Brexit ?

Parce que la Grande-Bretagne ne conçoit pas l'Europe comme une entité politique... Elle ne souhaite pas qu'elle soit un pouvoir de régulation mondiale. Or l'Europe est en train de disparaître, elle est absente de cette partie du monde où un milliard d'hommes pensent « musulman », et qui est la source de notre alimentation en pétrole. La présence de la Grande-Bretagne depuis 1972 dans l'Union européenne nous interdit d'avancer. Donc, je souhaite le Brexit. Mais il n'est pas sûr que nous sachions en profiter.

Vous ne faites pas confiance à François Hollande et Angela Merkel pour relancer l'Europe après le référendum britannique ?

Ce n'est pas une question de personne. Mais je fais confiance au peuple. Le vide que laissera éventuellement le Brexit va générer des mouvements sociaux. Si bien que la pression des peuples européens peut conduire l'Europe à se reconstituer et à construire, enfin, par exemple, une relation avec la Chine.

Cameron a-t-il « joué avec les allumettes »?

Ça, vous pouvez le dire. Il y a une sorte de stupidité britannique récente. Pendant toute la période où cette grande nation a dominé le monde, elle n'a jamais été xénophobe. Elle a essaimé mieux que d'autres son modèle démocratique. Et puis, à partir du milieu du XXe siècle, le développement d'une presse de caniveau sous l'influence de deux magnats étrangers, l'Australien Rupert Murdoch et le Canadien Conrad Black, a fait émerger la haine en libérant la presse de toute exigence de respect de l'autre. Les Anglais ont aussi eu la hantise de voir leur langue céder du terrain au profit d'autres langues européennes, et ils redoutaient qu'un système de décision né sur le continent européen ne contrecarre leurs intérêts marchands.

 Macron comme Valls ont été formés dans un parti amputé. Ils sont loin de l'Histoire. 

En France, on ne parle plus que d'Emmanuel Macron. Est-ce un homme de gauche ?

La vérité française, c'est que l'on ne sait plus ce qu'est la droite et la gauche. Autrefois, les critères étaient la proximité avec le PC et un degré d'étatisme important, préservé même à droite par de Gaulle. Deux archaïsmes dont Macron s'est totalement affranchi, mais il reste du côté du peuple, donc de la gauche. Assurer un bien meilleur niveau d'emploi, Macron ne pense qu'à ça. Réduire les inégalités, on peut encore faire avec lui. Reste le vrai signal de gauche qui consiste à donner à l'homme plus de temps libre pour la culture, les choses de l'esprit, le bénévolat associatif, etc. Le capitalisme doit ménager cet espace. C'est le modèle du socialisme démocratique à la scandinave.

Genèse. Le PSU se joint à l’Unef pour un ­rassemblement de la gauche non communiste, à Paris, le 27 mai 1968. Dans le cortège, Pierre Mendès France. Un prélude à la ­deuxième gauche ? © Fondation Gilles CARON

 

Emmanuel Macron et Manuel Valls affirment que vous êtes leur mentor. Qu'est-ce que cela vous inspire ?

Ils le font tout le temps, c'est gentil à eux et je les en remercie... Mais ils n'ont pas eu la chance de connaître le socialisme des origines, qui avait une dimension internationale et portait un modèle de société. Jeune socialiste, je suis allé chez les partis suédois, néerlandais et allemand, pour voir comment ça marchait. Le pauvre Macron est ignorant de tout cela. La conscience de porter une histoire collective a disparu, or elle était notre ciment. Macron comme Valls ont été formés dans un parti amputé. Ils sont loin de l'Histoire.

Une partie de la gauche rejette Macron...

Oui, tous ceux qu'on appelle les « frondeurs », c'est-à-dire les gens qui pleurent la perte des signes identitaires de la gauche. Les frondeurs exigent des politiques qui ont gardé le nom de « gauche » dans leur patrimoine qu'ils envoient des ordres politiques au marché, comme corriger les inégalités ou préserver le repos dominical. Mais le marché digère mal les signaux politiques non calibrés

 

Michel Rocard : "Mitterrand était un vrai homme de droite !" - Page 2

VIDÉO. L'ancien Premier ministre ne mâche pas ses mots. Mitterrand, Chirac, Hollande, Juppé, Macron, il livre ici son testament politique. - Page 2

PROPOS RECUEILLIS PAR EMMANUEL BERRETTACAROLINE GALACTÉROS ET OLIVIA RECASENS

Modifié le 28/06/2016 à 11:41 - Publié le 23/06/2016 à 08:48 | Le Point

Ajouter aux favoris

Commenter

Envoyer par email

 

1 partages

917 partages

François Hollande bat des records d'impopularité. S'il ambitionnait un second mandat, quel serait votre conseil ?

Changer ! Le problème de François Hollande, c'est d'être un enfant des médias. Sa culture et sa tête sont ancrées dans le quotidien. Mais le quotidien n'a à peu près aucune importance. Pour un politique, un événement est un « bousculement ». S'il est négatif, il faut le corriger. S'il est positif, en tirer avantage. Tout cela prend du temps. La réponse médiatique, forcément immédiate, n'a donc pas de sens. Cet excès de dépendance des politiques aux médias est typique de la pratique mitterrandienne, dont François Hollande est l'un des meilleurs élèves. Or le petit peuple de France n'est pas journaliste. Il sent bien qu'il est gouverné à court terme et que c'est mauvais. Cela dit, je ne crois pas que François Hollande y puisse quelque chose. D'abord, c'est trop tard. Et puis, on ne change pas comme ça.

Votre pronostic est assez négatif !

L'espoir de l'actuel président de la République de repasser... D'abord, je me demande pourquoi il ferait ça. Il doit commencer à ne plus croire lui-même qu'il fera baisser le chômage. Mais, vous savez, l'attitude de François Hollande n'a pas beaucoup d'importance. Ce qui compte, c'est l'attitude des médias. La France est entrée dans un déclin profond à cause de la manière dont nous communiquons les uns avec les autres, et c'est irrémédiable.

Haine. Juillet 1984 : François Mitterrand ­accompagne son ­ministre de l’Agriculture lors d’un déplacement à Aurillac (Cantal). « Nous avions tellement peu de plaisir à être ensemble que nous travaillions très vite», s’amuse ­aujourd’hui Rocard. © Vincent Leloup

 

Vous évoquiez François Mitterrand. En quoi a consisté votre dernière rencontre ?

Je l'ai vu pour la dernière fois quelques jours après son décès : je suis allé saluer sa dépouille. J'avais cessé de le voir régulièrement. Notre dernière conversation remonte au jour où il a demandé ma démission... À partir de cet instant, j'ai eu un réflexe que n'ont eu ni Giscard ni Fabius : je ne me suis plus occupé de politique française. Je n'ai plus eu de conversation sérieuse avec Mitterrand depuis ce jour-là.

Diriez-vous à la lumière de sa trajectoire que Mitterrand était, en fait, un homme de droite ?

Tout le démontre. C'est évident. Mitterrand était un homme de droite. N'oubliez pas qu'il est devenu premier secrétaire du Parti socialiste moins de trois jours après avoir pris sa carte... Comme accoutumance à une longue tradition culturelle, c'est un peu bref.

Y a-t-il une chose que vous regrettez de ne pas lui avoir dit ?

Non... On s'est tout de même dit beaucoup de choses, par écrit. Ce qui a scellé la qualité de nos relations, c'est quand j'ai écrit, pendant la guerre d'Algérie, qu'il était un assassin. Ministre de la Justice, il refusait d'instruire les demandes de grâce des condamnés à mort. Il faisait la grève administrative pour tuer. Forcément, il n'a pas aimé... Nous n'en avons jamais reparlé.

Jamais ?

Non, cela nous aurait compliqué le travail. Parce qu'on a bien travaillé ensemble. Avez-vous repéré un détail drôle ? Prenez le sondage de popularité du Journal du dimanche sur cinquante ans. Si vous additionnez les cotes de popularité des présidents et des Premiers ministres, nous sommes le binôme gouvernant le plus populaire ! Nous avions tellement peu de plaisir à être ensemble que nous travaillions très vite. Nous avons fait le RMI ensemble dans l'enthousiasme. Et puis il m'a laissé faire la Nouvelle-Calédonie à ma manière. Et la CSG, certes très discutée, mais qui est tout de même un impôt de justice, et les Français l'ont bien compris.

Pensez-vous, comme Régis Debray, que la gauche française a perdu la bataille des idées ?

Oui, la gauche a perdu la bataille des idées, et pas seulement en France. La crise est profonde, mondiale. Quel que soit le prochain président, il n'aura pas les moyens de résoudre tout seul la crise économique. Je ne me prêterai donc pas au jeu de rôles de savoir qui sera le prochain. On peut toujours s'en prendre au politique, mais ce n'est pas sérieux. Nous sommes passés de 5 à 6 % de croissance économique à 2 ou 3 % au mieux. L'autre phénomène est le mépris pour l'investissement : les détenteurs de fortunes préfèrent désormais jouer avec leur argent plutôt qu'investir. Les actionnaires s'y sont mis. Ils ont réclamé plus d'argent. Pendant les Trente Glorieuses, période de plein emploi, on rémunérait mal les actionnaires, car on payait bien la main-d'oeuvre. Henry Ford avait donné le la en inventant la semaine de cinq jours payés six, « pour que mes travailleurs, disait-il, puissent acheter mes voitures ». Mais voilà, dans les années 70, on a doublé la part distribuée aux actionnaires. D'abord aux dépens des sous-traitants - le patronat a externalisé vers des entreprises petites et peu syndicalisées pour renégocier les contrats -, puis des employés maison. Cela s'est fait dans tous les pays développés.

Premier mandat. En 1969, après s’être présenté au scrutin présidentiel, Michel Rocard est candidat à la législative partielle dans les Yvelines. Il bat le Premier ministre sortant, Maurice Couve de Murville. © Rue des Archives

 

Et l'avènement de la quatrième révolution industrielle ne semble pas générer autant d'emplois que nous pouvions l'espérer...

Les sources d'emploi existent, mais, pour les exploiter, il faut de la connaissance. Qu'on apprenne les biotechnologies comme on apprend l'Égypte ancienne ! Nos chefs d'entreprise et nos syndicalistes n'ont pas une culture économique suffisante. Et notre système social tue les poules aux oeufs d'or. Il naît tous les ans en France autant de start-up qu'en Allemagne, sauf qu'elles meurent dans les cinq premières années à cause de notre fiscalité et du poids excessif de l'administration.

Michel Rocard : "Mitterrand était un vrai homme de droite !" - Page 3

VIDÉO. L'ancien Premier ministre ne mâche pas ses mots. Mitterrand, Chirac, Hollande, Juppé, Macron, il livre ici son testament politique. - Page 3

PROPOS RECUEILLIS PAR EMMANUEL BERRETTACAROLINE GALACTÉROS ET OLIVIA RECASENS

Modifié le 28/06/2016 à 11:41 - Publié le 23/06/2016 à 08:48 | Le Point

Ajouter aux favoris

Commenter

Envoyer par email

 

1 partages

917 partages

Notre passion de l'égalitarisme ne produit-elle pas aussi des effets pervers ?

Nous parlons et écrivons le mot « égalité » partout, mais dans les faits la France est dans la moyenne de l'Europe, entre la Grande-Bretagne, clairement inégalitaire, et l'Allemagne, qui fait mieux que nous. Je le répète, les pays scandinaves montrent la voie, celle d'une organisation sociale plutôt harmonieuse, sans trop de conflits, et respectueuse des biens collectifs : éducation, santé, transports publics et environnement.

Quel autre tabou la gauche doit-elle faire sauter ?

La gauche française est un enfant déformé de naissance. Nous avons marié deux modèles de société radicalement différents, le jacobinisme et le marxisme. Pas de souveraineté des collectivités territoriales, pas de souveraineté des universités, tout est gouverné par le sommet, ça, c'est le jacobinisme. Avec la prétention d'avoir une analyse rationnelle de la production, ça, c'est le marxisme. Et, particularité française, la volonté révolutionnaire de travailler à la démolition du capitalisme, ce qui explique l'absence de dialogue social et de culture économique. Pourquoi voulez-vous comprendre le système puisqu'il faut en mettre un autre à la place ? La gauche française se raconte aussi à travers la dynastie de ses chefs : Paul Faure, secrétaire général de la SFIO choisissant le ministre du Travail du maréchal Pétain, ou Guy Mollet, inoubliable créateur de la guerre d'Algérie. D'autres leaders ont contesté l'idée du Grand Soir. Ces progressistes qui voulaient faire marcher l'économie s'appelaient Jean Jaurès ou Léon Blum. Blum, qui était le seul de la bande à avoir lu Marx, a eu cette phrase en 1936 : « À l'évidence, la situation n'a rien de révolutionnaire, nous ne pouvons être que de loyaux gérants du capitalisme. » Cette dissidence subversive est restée minoritaire. Les autres pays se sont débarrassés du marxisme. Les Allemands ont, après guerre, envoyé la dictature du prolétariat, la lutte des classes, Karl Marx et ses certitudes, aux oubliettes de l'Histoire pour se rallier à l'économie de marché.

Pas la France, où Mitterrand, qui avait conquis le PS et voulait le pouvoir, avait un besoin stratégique du PC. Très vite, il a affirmé que les nationalisations étaient une revendication du milieu ouvrier, et que n'était pas socialiste qui s'y refusait. Alors que partout émerge une social-démocratie réformiste, ralliée à une économie de marché régulée pour limiter chômage et inégalités, la gauche française se distingue. La drôlerie, c'est le vocabulaire : les termes « socialisme » et « social-démocratie » sont interchangeables, alors qu'ils ne recouvrent pas la même définition.

Team Jospin. Deux jours avant le ­premier tour de l’élection présidentielle de 1995, réunion au sommet. De gauche à droite : le ­candidat, Lionel Jospin, Jacques Delors, dont le renoncement en ­décembre 1994 avait créé la stupeur, Michel Rocard, Martine Aubry et Dominique Strauss-Kahn.   © Pool Merillon/Simon

 

Diriez-vous que la gauche française est la plus rétrograde d'Europe ?

Dans toute l'Europe, la gauche française est celle qui a été la plus marquée par le marxisme. Elle en porte les traces. On peut admettre que la pensée politique marxiste, ou ce qu'il en reste, est rétrograde.

Comment jugez-vous la droite française ?

Tous les pays développés (Amérique du Nord, Europe, Japon) vivent la même multicrise, croissance ralentie, menaces d'explosions financières, drames écologiques et climatologiques auxquels nous ne comprenons rien. Pourquoi voulez-vous que la droite française y échappe ? Elle est même étonnante : la probabilité de l'échec du président actuel a fait l'objet d'une visibilité plus claire et plus précoce que d'habitude. Or la droite française, au lieu de profiter de ce temps libre pour mieux étudier, comprendre et préparer le traitement de ces crises convergentes, a superbement tiré parti de la situation pour intensifier les conflits qui la traversent. Je crains qu'elle n'ait guère augmenté son patrimoine intellectuel pendant ce mandat.

En novembre 2009, vous avez oeuvré avec Alain Juppé en tant que coprésident de la commission chargée de réfléchir à la destination des fonds dans le cadre d'un futur emprunt national. Alain Juppé ferait-il un bon président ?

C'est un homme sage, responsable et compétent, tout cela est déjà beaucoup.

Vous avez gardé une complicité avec Jacques Chirac qui remonte au début des années 50, lorsque vous étiez sur les bancs de Sciences Po. Que partagez-vous avec lui ?

L'humour, le refus de l'arrogance, la simplicité.

La parole du politique est aujourd'hui discréditée, elle ne porte plus...

Oui, et elle n'est pas près d'être recréditée ! Rien de ce que je peux vous dire ne se résume en une minute trente à la télévision. Comment réussir à redonner un espoir aux Français si cet espoir n'est pas inscrit dans une durée, au moins celle de la longévité de nos petits-enfants ? Nous sommes aussi vaincus par l'individualisme. J'en ai beaucoup voulu à Manuel Valls de vouloir changer le nom du parti. L'histoire nous a dotés du seul mot qui fait primer le collectif sur l'individu : le « socialisme ». C'est même la seule chose que le socialisme veuille dire, et surtout pas « appropriation collective des moyens de production » ! Mais les frustrations sont telles que d'autres formes de pouvoir émergent. Les partis ne font pas leur boulot, alors les citoyens se prennent en main.

François Hollande a fait du dialogue social l'un des axes de son quinquennat. Cela peut-il fonctionner en France, où les syndicats sont si peu représentatifs ?

Évidemment non. Mais, comme il n'y a pas de substituts, la priorité est à la relance du mouvement syndical, avec interdiction au pouvoir politique ou patronal de trancher à sa place. Le patronat trouve commode d'être bonapartiste et qu'on lui fasse oublier ses partenaires obligés, il lui suffit de négocier secrètement avec l'État. Chaque fois que la gauche centralise trop - c'est l'héritage de Mitterrand -, elle prend le risque de donner un poids excessif au grand patronat. Or je ne crois pas à la symétrie des intérêts. En revanche, on diminue le frottement social avec de bonnes négociations. Mais, pour faire renaître une représentativité des syndicats, il va falloir un demi-siècle...

Distingué. Le président de la République, François Hollande, a remis à Michel Rocard les insignes de grand-croix de la Légion d’honneur, le 9 octobre 2015. © Dominique Jacovides/Bestimage

 

Faudrait-il donc instaurer, avec le contrat de travail, l'obligation d'adhérer à un syndicat ?

J'ai peur dès que j'entends le mot « obligation ». J'aimerais mieux multiplier les facilitations, par exemple, le prélèvement des cotisations sur la paie. Le syndicalisme de services marche bien aussi : chèque-vacances, chèque-restaurant, facilitation de logement, chèque deuxième enfant... La grande Unef, avant la guerre d'Algérie, était un syndicat de services. Nous étions 116 000 adhérents pour 130 000 étudiants. Aujourd'hui, pour 2,2 millions d'étudiants, combien sont-ils à l'Unef ?

Michel Rocard : "Mitterrand était un vrai homme de droite !" - Page 4

VIDÉO. L'ancien Premier ministre ne mâche pas ses mots. Mitterrand, Chirac, Hollande, Juppé, Macron, il livre ici son testament politique. - Page 4

PROPOS RECUEILLIS PAR EMMANUEL BERRETTACAROLINE GALACTÉROS ET OLIVIA RECASENS

Modifié le 28/06/2016 à 11:41 - Publié le 23/06/2016 à 08:48 | Le Point

 

Michel Rocard : mort d'un militant.
Michel Rocard : mort d'un militant.
Michel Rocard : mort d'un militant.

Commenter cet article

Poil à gratter. 03/07/2016 15:10

Cher Scrutateur,
Vous voyez bien Michel Rocard. Mais une face seulement de lui. Voici ce qu'un autre a pu dire de lui sur un autre site.

http://www.bvoltaire.fr/nicolasgauthier/michel-rocard-lun-derniers-grands,266220?mc_cid=fd3d4cad0b&mc_eid=b637f48f19

Henri Andesloy 03/07/2016 00:27

Ce n'était pas le pire des socialistes, loin de là (que diable ! était-il allé faire dans cette galère !). Le temps l'avait rendu meilleur, presque sage. En tous cas, il incarnait une gauche intelligente (un mystère, une contradiction, mais un rempart aussi). On se souviendra que François-le-Fécal le haïssait, ce qui suffit à le distinguer et même à l'honorer.