Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Pages

Publié par Edouard Boulogne

Le décès de M. Anatole Louber, par Edouard Boulogne.

Monsieur Anatole Louber était un vieux militant communiste. J'apprends son décès à l'âge de 86 ans,, ce matin, qui sera suivi d'obsèques civiles.

Nous n'étions pas du même bord.

Je n'ai pas l'intention, aujourd'hui, de critiquer ses options. Ce serait contraire à la décence.

Ce que je veux dire, seulement, c'est qu'il appartenait à cette génération qui a cru au communisme, dans les années 40, 50 et soixante du dernier siècle. Il ne fut pas le seul dans ce cas.

Je suivais hier soir ( 12 juillet ) une émission de l'excellente chaine Histoire. Une émission consacrée à l'engouement des artistes et intellectuels français dans les années qui ont suivi la libération, jusqu'en 1956 ( année où la Hongrie se souleva contre l'oppression communiste, entrainant une répression féroce de l'URSS, et des milliers de morts ). C'est seulement alors que les intellectuels et artistes français commencèrent à voir plus clair et à prendre des distances, lentement, TRES lentement, avec le PCF.

Pour les ouvriers communistes, la révision déchirante, dut attendre 1968, et la répression communiste à Prague, en Tchécoslovaquie, pour s'accélérer.

Certains persévérèrent dans le déni jusqu'à leur mort. Ce fut le cas de M. A. Louber.

Je ne l'attaque pas « post mortem », je ne l'accuse pas de méchanceté, de perfidie. M. Louber n'avait pas grand chose de commun avec Sartre, ou le peintre milliardaire Picasso, ou le grand acteur ( et fils d'un célèbre collabo pendant la guerre de 39/45 et qui après le conflit chercha, en faisant du Zèle, à faire oublier cette tare originelle ) Gérard Philippe ) et toute une bande d'arrivistes qui pour la réussite de leurs carrière n'osèrent pas se situer contre le PCF ( stalinien ) alors très puissant et influent.

Et je ne fais pas, non plus, injure à M. Louber en disant qu'il ne fut pas un grand expert en idéologie marxiste-léniniste.

Il fut un Guadeloupéen, d'origine humble.

En Guadeloupe comme ailleurs, il y avait des injustices. Les gens de son milieu social étaient, plus que d'autres, victimes de ces injustices. Il crut le discours de ceux, beaucoup moins excusables qui ratissaient pour les staliniens de ces années là, et s'engagea au PCF ( devenu depuis lors, en Guadeloupe, le PCG ).

Le stalinisme, démasqué, ne découragea pas Anatole Louber qui en demeura un militant.

Que celui qui n'a jamais péché lui jette la première pierre. Nombreux sont ceux qui, par amour propre, ( mal placé sans doute ) persévèrent sur leur ligne. « A gauche » comme « à droite ». Et je ne m'exclus pas, moi-même, de cette faiblesse de la nature humaine.

J'ose donc, sans trop d'hésitation, exprimer ma sympathie, non pour l'idéologie politique du défunt, mais pour sa personne.

J'y suis incliné par une anecdote que je vais conter brièvement.

C'était un jour de 1998 ou 99. Ce matin là, je tombai nez à nez, au coin de la rue Barbès et de la rue Frébault, devant une pharmacie, - qui était encore, je crois, la pharmacie Wang, - sur deux militants communistes qui vendaient le journal de leur parti. L'un d'eux, le plus âgé était Anatole Louber. Il m'interpela : « mais vous êtes M. Boulogne, de Guadeloupe 2000 ! ».

Nous échangeâmes, quelques traits polémiques, quelques sarcasmes, dépourvus pourtant d'animosité. Je le félicitai, à son âge ( âge que j'ai maintenant dépassé ) de la fougue qui l'animait, fougue de camelot non dépourvue de ferveur. Je lui achetai un exemplaire de son journal. Nous nous séparâmes.

Quelques mois plus tard, c'était un dimanche, je corrigeais des copies de philo, devant moi la boussole marine que je consultais souvent dans la pratique de cet exercice ( pour ne pas perdre le nord ! C'était vraiment très utile ! ), à mes côtés le chat Thom, en hommage à Thomas Mann, et qui remuait la queue quand on lui sifflait la Marseillaise.

Le téléphone sonna subitement. Je décrochai. C'était... Anatole Louber. Le « militant » participait ce jour là à un rallye sur la Basse Terre ( en Guadeloupe ), et il me dit, du soleil dans la voix, et j'imagine avec un certain sourire «  j'ai besoin de votre aide, pour répondre à l'une des questions de l'épreuve à laquelle, avec mes amis, nous sommes soumis ».

La question concernait un certain Georges de Bologne, plus connu sous le nom de Chevalier de St-Georges.

Je fis ce que je pus pour aider mon interlocuteur.

Cette anecdote, est plus importante qu'on peut croire de prime abord. Elle n'est pas sans évoquer les relations d'un Pepone et d'un Dom Camillo.

Dans les sociétés, en particulier les micro-sociétés, surtout celles qui n'ont pas encore ( telle la Guadeloupe ) été totalement englouties par le « modernisme » et son froid individualisme, il y a les idéologies et il y a les gens.

Les idéologies ont leur utilités ( même les dangereuses ). Mais le risque principal est qu'elle fassent confondre les gens, les personnes concrètes, avec l'idée abstraite que l'idéologie tend à leur substituer dans nos consciences engagées.

Dès lors, dans le combat politique les militants fanatisés, d'un bord ou de l'autre, peuvent froidement trucider la bourgeoise Aline ( car avocat d'affaire, stipendiée du MEDEF ) ou l'ouvrier syndicaliste ( CGT, Grrr! ou pis : IGTG ! ) transformés en punaise malfaisante, ou en Hyène dactylographe ( comme disait l'intellectuel Jean Kanapa, membre du bureau politique du PCF, dans les années 50, à propos des adversaires DU PARTI, ces ennemis de classe, et seulement cela ).

Anatole Louber ne m'a pas semblé appartenir à cette engeance idéologique. Il appartenait, il est vrai à une génération ancienne de Guadeloupéens, dont je me sens assez proche, ne le suivant qu'à une douzaine d'années près.

Et s'il avait tort, au moins sur un point métaphysique, ce que je lui souhaite, si donc quelque chose de lui survivait à l'apparence matérielle devant laquelle, « civilement », se recueillent en ce moment ses parents, ses amis, j'aimerais que nous nous retrouvions, un jour, au coin d'une autre « rue », en quelque « lieu » non spatial, pour rire, nous « engueuler » en nous tapant sur l'épaule, dans une admiration commune des beautés éternelles.

 

Edouard Boulogne.

 

Bonus : Adieu l'ANATOLE.

 

https://www.youtube.com/watch?v=MB58PuNYO8o

Le chat THOM, autoritairement installé sur un bureau presqu'en ordre, cet "ordre" où allaient ses préférences.

Le chat THOM, autoritairement installé sur un bureau presqu'en ordre, cet "ordre" où allaient ses préférences.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article