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Publié par Edouard Boulogne

LA HOULE DU BREXIT CONFRONTE LA CARAIBE A UNE PASSE INCERTAINE

Universitaire martiniquais connu et apprécié ( https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Crusol ) M. Jean Crusol livre son analyse sur certaines des conséquences du Brexit pour les pays de la Caraïbe. Réflexions qui intéresseront nos lecteurs, et peut-être nos hommes politiques.

 

Le Scrutateur.

 

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LA HOULE DU BREXIT CONFRONTE LA CARAIBE A UNE PASSE INCERTAINE

Jean Crusol·dimanche 3 juillet 2016

 

( .https://www.facebook.com/notes/jean-crusol/la-houle-du-brexit-confronte-la-caraibe-a-une-passe-incertaine/10209784939089919?qid=6303116661180805745&mf_story_key=-2857849150253856122 )

 

"C'est une houle majeure »… « qui a frappé le monde, et nous l'avons ressenti à la Dominique depuis hier soir". C’est ce que déclarait sur les ondes de Kairi FM, une radio locale, le Premier Ministre de la Dominique Roosevelt Skerrit, au lendemain du Brexit. Et d’ajouter que, la décision de quitter l'Union Européenne (UE) aura un impact majeur sur les économies en développement comme la Dominique qui reposent, en grande partie, sur l'aide au développement de l'UE » … Quoiqu’indépendants, les pays de la Caraïbe insulaire, comme tous les pays en relation étroites avec l’Union Européenne, sont touchés de manière plus ou moins forte pour la houle créée par le Brexit. Dans la Caraïbe, les premiers concernés sont les pays du CARIFORUM (27 millions d’habitants), et parmi eux, les 12 pays anglophones du CARICOM (6 millions d’habitants) qui ont signé en 2008, avec l’Union Européenne, l’Accord de Partenariat Economique (APE), successeur des accords de Lomé. Cet accord global règle dans un même « package », les relations commerciales, les conditions et montant de l’aide technique et financière au développement, et même certains engagements politiques, entre ces pays et l’UE. Sont aussi concernés, mais de manière différentes, les habitants des Pays et Territoires d’Outremer Britanniques (PTOM) : Anguilla, les Iles Vierges Britanniques, les îles Cayman, Montserrat, Bermuda et les Îles Turks et Caicos, soit un plus de 130 000 personnes.

Des effets qui se manifesteront à terme

A première vue, le départ de la Grande Bretagne ne change rien aux relations avec l’UE avec le CARIFORUM, puisque l’APE, signé pour une durée illimitée, engage les cosignataires dans un processus de libéralisation et de marche vers la réciprocité commerciale sur 25 ans, et fixe le montant de l’aide sur le 11e Fonds Européen de Développement à 346 millions d’euros pour le période 2014-2020. Pourtant, le premier ministre de la Dominique ne semble pas rassuré, en ce qui concerne certaines aides d’urgence. N’exprimait-il pas son inquiétude, dans l’interview évoqué plus avant, concernant des dossiers pour lesquels son pays était dans l’attente de quelques 30 millions d’euros, suite à la tempête tropicale Erika? Bien qu’ils soient liés à l’UE par le biais de leur appartenance au Royaume Uni, les PTOM britanniques ont un statut ambigu. Ils ne sont pas intégrés à l’UE mais, par la Décision du Conseil de l’UE de 2013, ils bénéficient du libre accès au marché européen (en franchise de droit et de quota), d’une dotation financière de 76,8 millions d’euros sur le 11e FED et, depuis 2014, les Citoyens Anglais d’Outremer (BOT) bénéficient de la libre circulation dans l’espace Schengen. A moins d’obtenir un statut qui leur permettrait d’avoir des liens directs avec l’UE, alors que leur métropole n’en fait plus partie, c’est l’ensemble de ces avantages qui pourrait être mis en cause. Sans parler de ce qui pourrait advenir dans une perspective plus longue, lors du renouvellement de ces accords après 2020!

Une passe pleine d'incertitudes

Une fois que le Royaume Uni aura notifié sa sortie de l’UE au Conseil Européen, comme l’exige l’article 50 du Traité, il n’existera plus de cadre formel pour les relations commerciales entre le reste du monde et ce pays, lequel disposera d’un temps très court (on l’a vu, les responsables européens actuels, ne sont guère prêts à prolonger le délai des deux ans qui figurent dans les textes!) pour négocier ses nouvelles relations commerciales avec les 27 pays de l’UE, un marché sur lequel il écoule aujourd’hui 45% de ses exportations. Il devra aussi renégocier ses relations économiques qu’avec les autres partenaires mondiaux, y compris ceux de la Caraïbe. Pour ce qui est du commerce des pays du CARICOM, dont la plus grosse part des exportations vers l’UE est écoulée sur le marché Britannique, une telle situation comporte de grandes incertitudes. En effet, si en 1973, au moment de son entrée dans l’UE, la Grande Bretagne avait emmenés et soutenus les pays de Commonwealth, parmi lesquels ceux de la Caraïbe, dans les négociations des accords ACP avec l’Union Européenne - ce qui l’avait renforcé pour ses propres négociations-, aujourd’hui, les intérêts britanniques ont beaucoup évoluées. L’ensemble des pays du Commonwealth absorbent moins de 10% des exportations du Royaume-Uni, et dans ce montant, les principaux participants sont quelques grands pays tel que l’Inde, la Malaysia, le Canada, le Nigéria… Ce sont, d’une manière générale, les grands pays comme les USA, la Chine et des grands ensembles comme l’Organisation de coopération pour l’Asie-Pacifique (APEC) et le Marché Commun du Cône sud (MERCOSUR) qui seront prioritaires dans l’agenda des nouvelles négociations commerciales de la Grande Bretagne. Les petits pays du CARICOM qui ne représentent qu’une proportion négligeable de son commerce, ne le seront pas. De même, la politique d’aide au développement du Royaume Uni a subi une nette inflexion au cours de ces cinq dernières années. Alors que l’aide britannique augmentait de 116% pour le Nigéria, 107% pour le Pakistan et 91% pour le Bangladesh, celle destinée aux pays de la Caraïbe diminuait de 5%, et ne représente plus qu’une faible part de l’aide globale. Ces chiffres donnent une claire indication sur le sens dans lequel cette politique évoluera.

Il faudra trouver des réponses rapidement

Mais les motifs de préoccupations des pays du CARICOM, ne s’arrêtent pas là. Seconde puissance de l’UE, le Royaume-Uni disposait d’un poids politique important au sein de l’UE et apportait une contribution importante à son budget, ce qui leur permettait de jouer un rôle déterminant dans la politique d’aide de l’UE aux pays ACP. Pour ces derniers, son départ signifie non seulement la perte d’un allié qui pouvait influencer les orientations de l’UE, dans le sens d’une meilleure prise en compte de leurs intérêts spécifiques –les responsables britanniques connaissent mieux les réalités de ces pays issus de leur ancien empire colonial, que les dirigeants des nombreux pays d’adhésion récente qui n’ont pas eu d’expérience coloniale- mais il signifie aussi, la disparition d’un gros contributeur au budget de l’UE, ce qui ne pourra se traduire que par une baisse des montants disponibles à l’avenir. Il est vrai que le Royaume Uni a toujours donné la préférence -pour des raisons politiques évidentes- à l’aide nationale directe, contre celle passant par l’UE. Ainsi, alors que l’aide européenne au CARIFORUM, dans le cadre de l’APE, pour la période 2014-2020, s’élève nous l'avons vu, à 346 millions d’euros, soit 13 € par habitant, l’aide Britannique, annoncée par le Premier Ministre David Cameron, pour les seuls pays du CARICOM, lors de sa récente visite en septembre 2015 à la Jamaïque, s’élève à 360 millions, soit 60€ par habitant ! Peut-être y-a-t-il là une perspective positive pour les pays du CARICOM ? En tout cas, le moins que l’on puisse dire, c’est que la houle du Brexit a conduit les pays de la Caraïbe dans une passe incertaine et non-anticipée. Evidemment, on peut noter, avec Sir Ronald Sanders, l’ancien ambassadeur d’Antigua, qu’au référendum du 23 juin, il n’y avait que deux issues possibles : leave or remain ! », et déplorer que trop de responsables caribéens ont ignoré la première et n’y ont pas préparés de réponses. Mais ce qui est certain, c’est que dans le court laps de temps qui leur est imparti, ils devront trouver des réponses afin d’éviter tout échouage ! (Dans un prochain article nous évoquerons ces questions)

 

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