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Publié par Edouard Boulogne

1 000 professeurs du monde entier réunis pour défendre le français.
1 000 professeurs du monde entier réunis pour défendre le français.
1 000 professeurs du monde entier réunis pour défendre le français.

 

L'apprentissage du meilleur français possible, en France, est un enjeu capital, car la langue d'un pays est le capital spirituel de ce pays, et de l'âme du peuple.

L'expansion du Français dans le monde est aussi un enjeu capital pour son expansion économique, et le maintien de l'humanisme universaliste qui le caractérise depuis des siècles.

C'est de la situation de notre langue dans le monde actuel et dans l'avenir qu'il a été question ces jours-ci à Liège comme le rapporte Caroline Beyer dans le Figaro.

 

Le Scrutateur.

 

A la suite de l'article de madame Beyer, je propose pour ceux qui en auront le loisir, et le goût, deux lectures supplémentaires que l'on pourra faire ou non, les deux, ou une seule. La seconde de ces lectures est le poème pathétique A Villequiez, écrit par Victor Hugo, après la mort, par noyade dans la Seine, de sa fille Léopoldine.

___________________________________________

 

La semaine dernière, un congrès mondial s’est tenu à Liège pour promouvoir notre langue. Il manquera, d’ici à 2020, 180 000 enseignants de français, notamment en Afrique.

Caroline Beyer


 

( http://kiosque.lefigaro.fr/ouvrir-liseuse-milibris/le-figaro/5d203037-5bb2-401d-9258-ab039f8f6d81 ).


 

EDUCATION Ils sont environ un million à enseigner le français aux quatre coins de la planète. Dans tous ces pays où « l’on naît et l’on vit en français » - de la France à l’Afrique, en passant par le Québec et le Liban -, mais aussi au Mexique, en Inde, en Chine, aux États-Unis, où l’on apprend le « français langue étrangère », ces professeurs sont les porte-drapeaux de la langue de Molière et de la culture qu’elle véhicule.

C’est à Liège, en terre francophone, que s’est tenu le XIVe Congrès mondial des professeurs de français, la semaine dernière. Plus de 1 000 enseignants avaient fait le déplacement pour parler du métier, du rayonnement de la langue, de son enseignement, de sa difficile grammaire et de sa sacro-sainte orthographe. L’espace de quelques jours, l’université de Liège s’est transformée en une tour de Babel, ayant pour langage commun le français. Et non l’anglais…

« Que font nos décideurs politiques pour promouvoir l’enseignement du français dans le monde ? Ils semblent s’être totalement dessaisis de la question », déplore Jean-Pierre Cuq, président de la Fédération internationale des professeurs de français (FIPF), présente dans 140 pays. « Les Anglo-Saxons, eux, ont compris qu’il y avait là des enjeux économiques », ajoute le linguiste, professeur à l’université de Nice. Si l’on en croit les projections de l’Unesco, il manquera, d’ici à 2020, 180 000 professeurs de français dans le monde, essentiellement en Afrique. Quant aux conditions d’exercice du métier, elles sont parfois très problématiques. « Dans beaucoup de pays d’Afrique, il n’est pas rare de voir les enseignants cumuler un autre job, comme taxi. Un salaire de 100 à 150 euros, c’est insuffisant », résume le président de la fédération.

Développer l’apprentissage du français et promouvoir la langue dans le monde comme une alternative à l’uniformisation. Tels sont les objectifs des organisateurs du Congrès, qui veulent aussi en découdre avec les représentations associées au français. Celle d’une langue de culture et non des affaires. Celle aussi d’une langue difficile, réservée à une élite. Parmi ses résolutions, le Congrès en appelle ainsi à « une nouvelle réforme cohérente et ambitieuse de l’orthographe », après celle de 1990. Pourtant, le français se porte plutôt bien. Et son avenir est prometteur. Cinquième langue du monde par le nombre de locuteurs, troisième langue des affaires après l’anglais et le chinois, c’est aussi la deuxième langue étrangère enseignée dans le monde. Entre 2010 et 2014, le nombre de personnes qui l’étudient a progressé de 6 % en moyenne, selon le rapport 2014 de l’Observatoire de la langue française (OLF) *. Une progression portée par l’Afrique subsaharienne qui, à elle seule, enregistre une croissance de 44 %. « C’est là-bas que la langue française se déploie le plus rapidement et le plus dynamiquement. Et que tout va se jouer », observe Alexandre Wolff, le responsable de l’OLF.

Un « rapport ambivalent » 

Selon les projections de l’observatoire, sur les 715 millions de locuteurs de français que comptera la planète d’ici à 2050 - ils sont 212 millions aujourd’hui -, 85 % seront en Afrique. « À condition que le système éducatif suive », observe Alexandre Wolff. Compte tenu de l’histoire, c’est au Maghreb que l’on compte le plus grand nombre d’élèves qui apprennent le « français langue étrangère » (sur un total de 49 millions d’apprenants, 52 % sont en Afrique du Nord et au Moyen-Orient). Poète et universitaire tunisien, Samir Marzouki décrit un « rapport ambivalent » à la langue française, compte tenu du passé colonial. « Ni je t’aime, ni je peux me passer de toi, résume-t-il. Au Maghreb, on a dix fois plus de chances de trouver du travail si l’on parle français. » Professeur à l’université de Batna, en Algérie, ­Djamel Bendiha évoque, lui, une situation extrêmement tendue. L’enseignant, qui intervenait au congrès autour du thème « L’école, un rempart face aux dérives sectaires », décrit un « rejet épidermique de la culture française », « une attitude xénophobe » et « un monde où les valeurs universelles prennent la clé des champs ». « Beaucoup d’élèves refusent d’apprendre la culture française. Peut-on étudier une langue en la dépouillant de sa culture ? » interroge-t-il, perplexe. Le XIVe Congrès des professeurs de français s’est achevé sur un appel à la mobilisation des enseignants « en faveur des valeurs universelles et de la culture humaniste, de la liberté, de la tolérance, de la fraternité ». Le prochain se tiendra en 2020 à Nabeul, en Tunisie.

( II ) Voir aussi :


 

Mon amie la langue française
Valentina VLADIMIROVA
La langue française à travers les âges


 

( http://fra.1september.ru/view_article.php?ID=200901706 ).


 

L’article 2 de la Constitution de 1958 dit : « La langue de la République est le français ». De tous les liens que nouent les hommes dans la cité, le lien de la langue est le plus fort, car il fonde le sentiment d’appartenance à une communauté. Parce que la mondialisation des échanges et les progrès de la construction européenne ne cessent de le faire évoluer, les pouvoirs publics sont appelés à réaffirmer une politique de la langue qui, tout en veillant à garantir la primauté du français sur le territoire national, participe à l’effort de cohésion sociale et contribue à la promotion de la diversité culturelle en Europe et dans le monde.

Depuis l’Édit de Villers-Cotterêts (1539), la langue française est un élément constitutif de l’identité nationale. La langue française est au cœur de l’identité française. Elle est, au plus profond, le lien, qui la ressemble autour des valeurs de la République. Elle permet de s’ouvrir à la diversité du monde, non seulement parce qu’elle sert d’outil de communication entre les peuples au sein de l’ensemble francophone, mais aussi parce que le recours éventuel à d’autres langues suppose toujours un rapport de confiance avec la sienne propre. La langue est aussi un élément essentiel du patrimoine de France : son histoire, ses accents, ses variations, bref, son immense richesse doivent être valorisés et mis à la disposition du grand public, au même titre que le patrimoine matériel. Aujourd’hui, l’usage du français, langue de la République, est garanti sur le territoire de France, en vertu de la Constitution, dans une perspective d’ouverture aux autres langues. Les pouvoirs publics disposent d’un service chargé d’animer, au plan interministériel, la politique linguistique de l’État : la Délégation générale à la langue française et aux langues de France (DGLFLF). Rattachée au ministère de la Culture et de la Communication, elle joue un rôle de réflexion, d’impulsion et de coordination.

Présente sur les cinq continents, dans 130 pays, avec 180 associations et 80 000 professeurs, la langue française est le lien fondateur d’une communauté de 63 membres, associés ou observateurs de l’organisation internationale de la francophonie (OIF). 29 pays l’ont choisi pour langue officielle. Il est également l’une des deux langues officielles du comité international olympique et langue officielle et de travail de la plupart des organisations internationales, notamment celles du système des Nations Unies et de l’Union européenne (UE) conformément au règlement CE N° 1/ 1958 du 6 octobre 1958. Sur le territoire de l’UE, le français est la seule langue à être officiellement parlée dans plus de deux États (comme l’allemand) et à bénéficier d’un rayonnement international (comme l’anglais ou l’espagnol). La langue française est un outil de lien social et d’épanouissement personnel, à travers de nombreuses manifestations originales. Le vade-mecum de l’usage du français dans les institutions de l’UE dit que : a) dans les réunions, les représentants de la France s’expriment en français, qu’il y ait ou non interprétation ; b) le Conseil des ministres de l’Union européenne ne délibère et ne décide que sur la base de documents et de projets établis dans les langues officielles et donc en français ; c) lors des réunions informelles, les représentants français s’expriment exclusivement dans leur langue ; d) ils s’assurent qu’il n’y a pas d’abus de réunions informelles sans interprétation ; e) dans les relations bilatérales informelles, il convient d’utiliser le français ou, à défaut, la langue maternelle de l’interlocuteur chaque fois que la diversité linguistique peut être encouragée.

img2Le français est également l’une des trois langues de travail du Comité des Représentants Permanents (CoRePer) (français, anglais, allemand). Le français est la langue du délibéré dans le système juridictionnel communautaire. Les arrêts et les avis de la Cour de justice des Communautés européennes et du Tribunal de première instance sont ainsi rendus en français, des traductions étant ensuite disponibles dans toutes les autres langues. Dans tous les cas, le français doit être utilisé comme langue officielle et de travail. Les représentants français rédigent les documents en français et demandent à recevoir en français tout document de l’UE dans les conditions rappelées par la circulaire du 30 novembre 1994. Tout représentant français utilise la langue française lors de ses contacts avec l’une des institutions de l’UE : courrier, téléphone, télécopie, courrier électronique, etc. Les informations disponibles sur les sites internet doivent tenir compte de la diversité linguistique propre à l’Europe et comporter ainsi une version française de nature à fournir une information aux internautes. Les sites internet institutionnels des organismes de recherche sont en général intégralement en français et les informations principales sont traduites dans différentes langues. Les rapports d’activité sont souvent établis en deux langues (français et anglais). Pour les colloques tenus en France, la langue française est très majoritairement la langue de communication.

La situation du français comme langue de communication scientifique est contrastée. Si la langue de l’enseignement supérieur reste le français, l’anglais tend à devenir la langue véhiculaire au sein de la communauté des chercheurs notamment dans les sciences dites exactes où les chercheurs publient directement dans cette langue. Le français demeure plus présent dans le secteur des sciences humaines et sociales. La place du français au sein des institutions européennes connaît un nouveau recul en 2006. Le français devient une langue de traduction et non plus de conception : en 1997, 40 % des documents produits à la Commission faisaient l’objet d’une rédaction initiale en français (contre 45 % pour l’anglais). Ce chiffre est de 14 % en 2006 (contre 72 % pour l’anglais). Au Conseil de l’Europe, si l’usage du français est protégé par son statut de langue officielle et favorise par l’implantation strasbourgeoise de l’organisation, l’anglais y progresse néanmoins, en particulier dans le travail avec le cabinet du Secrétaire général, dans les relations extérieures de l’organisation et dans ses programmes conjoints avec la Commission européenne. L’usage de l’anglais est répandu, mais la vigilance des représentations diplomatiques des nombreux pays francophones permet au français de conserver une position enviable.

Et maintenant passons directement à l’histoire de la langue française.

Les origines

D’où vient le français ? En grande partie du latin populaire, parlé en Gaule depuis la conquête romaine. La langue gauloise était fort riche en voyelles : chaque consonne était accompagnée d’une voyelle au moins. La langue française contient encore environ 250 mots gaulois, comme : balai, bouleau, rave, etc. Le français a aussi un fonds celtique ; avec des mots surtout champêtre, alouette, arpent, des noms de lieu. En même temps, on peut dire que c’est « la plus germanique des langues romanes », du fait de l’influence des peuples germaniques, qui durant des siècles ont occupé le Nord du pays. L’histoire de la langue française commence avec l’invasion de la Gaule par les armées romaines sous Jules César de 58 à 50 avant Jésus-Christ. On considère que la Gaule comptait alors environ 10 millions d’habitants. Après la conquête, les soldats et les commerçants romains ont importé avec eux le sermo cotidianus, ou latin vulgaire. L’assimilation est lente puisqu’elle se complète après plusieurs siècles, probablement après l’évangélisation des milieux ruraux sous Dagobert. Le latin fonctionne comme langue de l’écrit et de l’administration, tandis que le gaulois, de tradition orale puisqu’il ne s’écrivait pas ou peu, conserve alors une fonction de langue d’échange.

IVe-XIIe siècles. Le « roman » et l’ancien français

img3Il y a d’abord une période dite gallo-romane (du IVe au VIIIesiècle environ) puis romane (IXe-XIe siècles), avec une langue et une culture fondamentalement liées aux traditions latines, très fortes dans le Sud. Les premiers textes en « roman » (nom donné alors à la langue) sont rares (Serments de Strasbourg, signé en 842, premier acte officiel écrit du français). Mais cette langue latine que les soldats romains ont apporté en Gaule, ressemblait aussi peu au latin classique de Cicéron et de Virgile. À Rome aussi il y avait deux langues bien distinctes : celles du peuple et des paysans, le latin populaire ; celle des savants et des écrivains, désignée sous le nom de latin classique oulittéraire. Les deux langues employaient souvent des mots différents pour exprimer les mêmes idées.

À partir des XIe-XIIe siècles, c’est une période dite gothique,avec influence des pays du Nord et surtout de l’Angleterre, qui occupe une bonne partie de la France jusqu’à la fin de la Guerre de Cent ans. C’est la période anglo-normande, avec des écritures à jambages (прямая черта, палочка в буквах) compliqués qui rappelle l’art des cathédrales. Il n’y a pas au Moyen Âge une langue, mais des langues parlées, non pas unfrançais, mais des français, avec une grande liberté de structures et de tournures. De plus, on parle roman, mais on écrit latin.

De même que le latin populaire a donné en Gaule le français, il devient l’italien en Italie, l’espagnol en Espagne. En France même, la langue romane se partage en deux langues principales parlées par les races rivales du Nord et du Midi. Au sud de la Loire, le pays ayant moins souffert était resté plus indépendant et la civilisation romaine n’avait pas été entièrement déracinée; la langue y était plus harmonieuse, plus brillante. Au nord de la Loire on parlait donc la langue d’oïl ou le français, au sud de la Loire, la langue d’oc ou le provençal. Les termes de langue d’oc et de langue d’oïl proviennent de ce que oïl était oui au Nord, et oc était oui au Sud.

XIVe-XVe siècles. Le moyen français

À partir de la fin du XIIIe siècle, la « langue du roi » est mieux reconnue et devient une langue de prestige. Mais la France reste un pays bilingue. Aux XIVe-XVe siècles, c’est la période des humanistes: sous l’influence de la Renaissance italienne, on assiste par rapport au latin à un renouvellement et un développement considérable du français. Sous l’effet de bouleversements majeurs (Guerre de Cent ans) et aussi d’évolutions internes, cette langue se transforme rapidement. Proche à l’origine de ses sœurs latines, italien et espagnol, elle s’en éloigne, devient plus savante. Son écriture garde les lettres muettes de l’époque précédente, qui ne sont plus prononcées. Les anciennes déclinaisons disparaissent, l’ordre des mots change, la cor li roi devient la cour du roi, Dieu, en cui nom, devient Dieu, au nom de qui. Le vocabulaire s’enrichit avec des formes venues directement du latin, commeindubitable, rotule, captif, etc. Il présente depuis, jusqu’à nos jours, ce double caractère à la fois populaire et savant que l’on retrouve dans l’ensemble de la langue. Vieux latin et germanique a été à plusieurs reprises renouvelé par les emprunts, des remaniements et des doublets. C’est avant tout par la traduction à partir du latin que se répandent les ouvrages en langue française nécessaires au développement de la nouvelle culture.

XVIe siècle. La Renaissance

img5Avec l’invention de l’imprimerie, et surtout à partir de la Renaissance, la question de la fixation de la Langue du roi se pose encore plus fortement. Il faut écrire les lois, traduire la Bible, et les partisans du protestantisme, souvent des artisans et des gens des villes, vont faire beaucoup à cet égard.

Les interventions royales bannissent le latin en faveur du français dans les arrêts de justice : ordonnances successives de 1490, 1510, et enfin de 1539, avec le célèbre édit de Villers-Cotterêts, qui entérine en bonne part une situation déjà existante. C’est aussi l’âge d’or des grands dictionnaires avec le Dictionnaire françoislatin de R. Estienne, 1539 et 1540, le Trésor de la langue française de Nicot, 1606, etc.

La Renaissance est de loin l’époque qui a connu la plus grande richesse lexicale, due aux emprunts au latin et surtout à l’italien (près de 1 000 mots). On publie des Arts poétiques, des grammaires. On prend la défense du français contre les langues anciennes (Deffence et illustration de la langue françoyse, 1549, de Joachim du Bellay). Ronsard et la Pléiade prennent la tête d’une vaste campagne en faveur du renouvellement de la langue et surtout de l’orthographe, et ils connaissent le plus grand succès.

XVIIe siècle. Le français classique

Au XVIIe siècle, les questions de langage passionnent non seulement la Cour et la « Ville » (de Paris), mais de larges couches provinciales. Faut-il dire sarpe ou serpe, doleur oudouleur ? On blâme des tournures comme je le vous porterai demain [pour je vous le porterai], ou je ne le veux pas faire [pour je ne veux pas le faire]. Richelieu crée l’imprimerie royale (1640) et surtout l’Académie française (1635), chargée de faire un dictionnaire (lequel paraîtra seulement en 1694) et de prendre soin de la langue. Vers 1650 se forme dans les salons une intense vie mondaine, Mme de Rambouillet et les « Précieuses » veulent être des « femmes savantes ». Elles introduisent des façons de parler en partie ridicules, mais d’autres légitimes et qui nous sont restées. Elles veulent faire la loi, y compris sur le terrain de l’orthographe (Dictionnaire des Précieuses). Elles demandent une écriture simple, car elles ne connaissent pas le latin.

Avec le règne personnel de Louis XIV se fait jour une nouvelle « Renaissance » des lettres, des arts, de l’imprimerie française, et la langue en bénéficie. Les premiers dictionnaires entièrement français de Richelet (1680), Furetière (1690), l’Académie (1694) contribuent à répandre le « beau langage ».

XVIIIe siècle. Le Siècle des Lumières

À la période suivante, l’enseignement du français se développe. À côté d’une certaine préciosité des milieux mondains, apparait avec l’extension de la presse une prose nerveuse et incisive, qui s’affirmera chez les Philosophes et surtout dans l’Encyclopédie. L’Académie, elle aussi, innovera constamment au XVIIIe siècle. Elle modifie plusieurs milliers de mots dans ses éditions de 1740, 1762et 1798, abandonnant « l’ancienne orthographe » et mettant en place celle qui est devenue à présent. Elle supprime les consonnes muettes du type bled/blé, crud/cru, apprentif/apprenti, verrouil/verrou, fruict/fruit, et tous les s muets internes qui servaient à noter les différentes voyelles. Elle met en place pour les remplacer un système complet d’accentuation, accents aigus, graves et circonflexes. Le français est devenu une grande langue diplomatique internationale , parlée dans toutes les cour des rois et les ambassades. Voltaire est invité chez Frédéric II de Prusse, Diderot à Saint-Pétersbourg par la grande Catherine de Russie. On prend conscience du prestige ainsi acquis, ce qui ne manque pas d’amener un certain sentiment de supériorité. Ainsi, en 1784, le prix de l’Académie de Berlin est donné à Rivarol pour son discours sur l’universalité de la langue française, où il soutient la thèse d’une perfection de forme propre à la langue française, grâce à sa clarté et sa rationalité.

XIXe siècle. Révolution, Empire. Le français moderne

img4Vers la fin du XVIIIe siècle vient l’époque agitée de la Révolution. Sur le plan du vocabulaire, les mots commegabelle, dîme, sénéchaussée, bailliage, vont disparaître et faire place à de nouveaux termes, politiques, sociaux, institutionnels. On abolit les noms de titres (prince, sire, duc,et même Monsieur, remplacé par Citoyen). On instaure le tutoiement public. La syntaxe évolue également. Mais à la Révolution, une grande partie de la population sur l’ensemble du territoire comprend le français mais ne l’écrit pas et un habitant sur quatre, surtout dans les campagnes, ne parle que le patois ou la langue régionale. Au début, tous les textes publics sont traduits dans le diverses provinces. Puis un retournement se fait, et la politique de la langue devient plus centralisatrice (Rapports de Barrère et de Grégoire, 1794). Les émigrés français maintiennent au dehors des usages désuets, créant ainsi une coupure avec l’évolution interne (on prononce à l’étranger j’avoes pour j’avois, j’avaisen France.

Sous l’Empire, il y aura dans les lycées un retour au latin, avec un grand développement des sciences et des mathématiques. L’Académie est restaurée dans tous ses droits par Louis XVIII en 1816, et publie une édition nouvelle de son dictionnaire en 1835, une autre en 1878, avec des modifications non négligeables. Le français se dote de l’armature nécessaire aux nouveaux impératifs d’une éducation étendue (loi Guizot, 1832-1834). Les dictionnaires se font de plus en plus gros : Larousse, Grand dictionnaire universel en 17 volumes, 1865, puis le Dictionnaire de la langue française de Littré, 1872.

Sous Louis-Philippe, à coté des mots du romantisme, les sciences et les inventions répandent aussi dans l’usage des systèmes entiers de nouvelles nomenclatures, postes, chemin de fer, navigation à vapeur, télégraphe, etc.

Sous le second Empire, c’est le monde de la presse, des affaires, de la publicité qui multiplie les néologismes et les termes de vulgarisation scientifique. Les anglicismes pénètrent dans les domaines de la mode, de la politique et des sports. La langue populaire et l’argot commencent à avoir droit de cité en littérature (Chanson des Gueux de Richepin, 1876). Les lois de Jules Ferry sur l’Enseignement obligatoire (1882-1885) donnent à l’État des obligations considérables, celles d’apprendre à lire et à écrire le français à l’ensemble de la population.

XXe siècle. Le français contemporain

img5Les progrès de l’instruction publique ont pour effet une meilleure connaissance générale de la langue, l’évolution de la société fait que chaque citoyen a besoin de bien la maitriser pour défendre et exercer ses droits dans la vie quotidienne ; Les questions linguistiques prennent ainsi une importance accrue. Ces derniers temps, la langue orale semble reprendre plus que jamais sa marche en avant. Les troncations de mots se multiplient, métro, Vel d’hiv, Caf conç’, accu, ciné. Les mots s’usent vite J3 a fait place àhippy ; épatant, mini-, maxi-, font place à sensas’, formid’; elle est belle devient elle est « trop », etc. Le domaine des dictionnaires s’enrichit sans cesse. Les médias diffusent en permanence dans le public de nouveaux vocabulaires (sports, cinéma, économie, sciences). Mais inversement, leur influence a tendance à unifier et à normaliser les différentes façons de parler. Une langue a besoin pour se maintenir de se renouveler, elle a également besoin d’être fixée. Il y a aussi l’influence de l’anglo-américain, dont le rôle croissant en tant que la langue de communication internationale ne signifie pas pour autant un recul des langues nationales, qui peuvent et doivent coexister et prospérer. Diverses émissions de radio et de télévision contribuent également à faire connaitre au public le dispositif d’enrichissement de la langue française. Les façons de parler le français sont enfin de plus en plus diversifiées, à travers toute la société et dqns l’ensemble de la francophonie, DOM-TOM, Québec, Afrique.

Pour la première fois dans l’histoire des Jeux Olympiques, l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), forte de ses 68 États membres, a signé le 26 novembre 2007 avec le Comité d’organisation chinois « une convention pour promouvoir le français aux Jeux Olympiques de Pékin », qui prévoit une série d’actions concrètes pour y renforcer la place du français : mise à disposition de traducteurs francophones, traduction de la plate-forme officielle d’information, réalisation d’une signalétique en français, traduction de publications destinées au public, comme le guide du spectateur, ou encore formation au français des volontaires chinois.

L’influence du français dans le monde ne se limite pas à son expansion hors de France, c’est-à-dire à la francophonie ; il ne se mesure pas seulement en nombre de locuteurs du français langue maternelle ou langue seconde. C’est aussi la contribution du français à l’enrichissement lexical d’autres langues. Des domaines attendus, ceux de la cuisine et de la gastronomie ou de l’habillement sont bien représentés : apéritif, dessert, champagne, bonbon ont pénétré l’italien, l’allemand, l’anglais ; le croissant est international ; potage est passé en italien, en catalan, en espagnol, en portugais, en breton. L’anglais a hérité de nombreux mots français. La jelly délicatement teintée de vert par la menthe et qui agrémentait les sangliers d’Astérix chez les Bretons est une version colorée de la gelée. Quant au porridge gris-brun, qui consolide les petits déjeuners anglais, c’est un potage de flocons d’avoine.

Beaucoup de termes français du domaine militaire sont passés dans plusieurs autres langues, alors que le français a hérité de nombreux mots franciques (dard, épieu, guetter, blesser, meurtrir, flèche …).

L’anglais se montre accueillant et riche, depuis fort longtemps, en expressions françaises. Il a hérité du français, on le sait, la moitié de son vocabulaire. En particulier un certain nombre de mots concernant le voyage : l’anglais voyage, to travel « voyager » qui vient de travailler (alliant labeur et loisir); journey est le français journée ; trip est issu d’un ancien françaistreper « marcher, piétiner »; tour (utilisé dans le franglais tour operator) est le françaistour. Juste retour des choses, car touriste et tourisme sont anglais. Dans le vocabulaire courant, d’abord, où abondent les déjà vu ou mal vu, les par excellence, les soi-disant, lesfaux-pas, les tours de force, les vis à vis ou les raisons d’être. Les échanges des mots entre langues voisines en contact est une règle sans exception.

img6

Bibliographie :

  1. Rapport au Parlement sur l’emploi de la langue française. Synthèse 2007.

  2. Langue française et diversité. Délégation générale à la langue française et aux langues de France. Bilan 07.

  3. Nina CATACH La langue française à travers les âges.

  4. Marie-José BROCHARD Le français en voyage.

  5. Le français dans les institutions européennes. Bruxelles. 2007.

TopList


 

( III ) Voir enfin.


 

Ce poème de Victor Hugo, n'est pas, à mes yeux le plus beau de cet auteur, et encore moins de la langue française.

Si je le cite, c'est tout de même parce qu'il « tient la route » comme peut dire familièrement, et aussi parce qu'il exprime admirablement le chagrin d'un homme ( l'auteur ) qui vient de perdre sa fille dans des conditions dramatiques, et expose sa révolte métaphysique à l'encontre du mal, du sort, et même de la Providence.

C'est le poème de révolte A Villequiez, que je vous propose de lire, et de méditer.


 

A Villequier

Maintenant que Paris, ses pavés et ses marbres,
Et sa brume et ses toits sont bien loin de mes yeux ;
Maintenant que je suis sous les branches des arbres,
Et que je puis songer à la beauté des cieux ;

Maintenant que du deuil qui m'a fait l'âme obscure
Je sors, pâle et vainqueur,
Et que je sens la paix de la grande nature
Qui m'entre dans le cœur ;

Maintenant que je puis, assis au bord des ondes,
Emu par ce superbe et tranquille horizon,
Examiner en moi les vérités profondes
Et regarder les fleurs qui sont dans le gazon ;

Maintenant, ô mon Dieu ! que j'ai ce calme sombre
De pouvoir désormais
Voir de mes yeux la pierre où je sais que dans l'ombre
Elle dort pour jamais ;

Maintenant qu'attendri par ces divins spectacles,
Plaines, forêts, rochers, vallons, fleuve argenté,
Voyant ma petitesse et voyant vos miracles,
Je reprends ma raison devant l'immensité ;

Je viens à vous, Seigneur, père auquel il faut croire ;
Je vous porte, apaisé,
Les morceaux de ce cœur tout plein de votre gloire 
Que vous avez brisé ;

Je viens à vous, Seigneur ! confessant que vous êtes
Bon, clément, indulgent et doux, ô Dieu vivant !
Je conviens que vous seul savez ce que vous faites,
Et que l'homme n'est rien qu'un jonc qui tremble au vent ;

Je dis que le tombeau qui sur les morts se ferme
Ouvre le firmament ;
Et que ce qu'ici-bas nous prenons pour le terme
Est le commencement ;

Je conviens à genoux que vous seul, père auguste,
Possédez l'infini, le réel, l'absolu ;
Je conviens qu'il est bon, je conviens qu'il est juste
Que mon cœur ait saigné, puisque Dieu l'a voulu !

Je ne résiste plus à tout ce qui m'arrive
Par votre volonté.
L'âme de deuils en deuils, l'homme de rive en rive,
Roule à l'éternité.

Nous ne voyons jamais qu'un seul côté des choses ;
L'autre plonge en la nuit d'un mystère effrayant.
L'homme subit le joug sans connaître les causes.
Tout ce qu'il voit est court, inutile et fuyant.

Vous faites revenir toujours la solitude
Autour de tous ses pas.
Vous n'avez pas voulu qu'il eût la certitude
Ni la joie ici-bas !

Dès qu'il possède un bien, le sort le lui retire.
Rien ne lui fut donné, dans ses rapides jours,
Pour qu'il s'en puisse faire une demeure, et dire :
C'est ici ma maison, mon champ et mes amours !

Il doit voir peu de temps tout ce que ses yeux voient ;
Il vieillit sans soutiens.
Puisque ces choses sont, c'est qu'il faut qu'elles soient ;
J'en conviens, j'en conviens !

Le monde est sombre, ô Dieu ! l'immuable harmonie
Se compose des pleurs aussi bien que des chants ;
L'homme n'est qu'un atome en cette ombre infinie,
Nuit où montent les bons, où tombent les méchants.

Je sais que vous avez bien autre chose à faire
Que de nous plaindre tous,
Et qu'un enfant qui meurt, désespoir de sa mère,
Ne vous fait rien, à vous !

Je sais que le fruit tombe au vent qui le secoue,
Que l'oiseau perd sa plume et la fleur son parfum ;
Que la création est une grande roue
Qui ne peut se mouvoir sans écraser quelqu'un ;

Les mois, les jours, les flots des mers, les yeux qui pleurent,
Passent sous le ciel bleu ;
Il faut que l'herbe pousse et que les enfants meurent ;
Je le sais, ô mon Dieu !

Dans vos cieux, au-delà de la sphère des nues,
Au fond de cet azur immobile et dormant,
Peut-être faites-vous des choses inconnues
Où la douleur de l'homme entre comme élément.

Peut-être est-il utile à vos desseins sans nombre
Que des êtres charmants
S'en aillent, emportés par le tourbillon sombre
Des noirs événements.

Nos destins ténébreux vont sous des lois immenses
Que rien ne déconcerte et que rien n'attendrit.
Vous ne pouvez avoir de subites clémences
Qui dérangent le monde, ô Dieu, tranquille esprit !

Je vous supplie, ô Dieu ! de regarder mon âme,
Et de considérer
Qu'humble comme un enfant et doux comme une femme,
Je viens vous adorer !

Considérez encor que j'avais, dès l'aurore,
Travaillé, combattu, pensé, marché, lutté,
Expliquant la nature à l'homme qui l'ignore,
Eclairant toute chose avec votre clarté ;

Que j'avais, affrontant la haine et la colère,
Fait ma tâche ici-bas,
Que je ne pouvais pas m'attendre à ce salaire,
Que je ne pouvais pas

Prévoir que, vous aussi, sur ma tête qui ploie
Vous appesantiriez votre bras triomphant,
Et que, vous qui voyiez comme j'ai peu de joie,
Vous me reprendriez si vite mon enfant !

Qu'une âme ainsi frappée à se plaindre est sujette,
Que j'ai pu blasphémer,
Et vous jeter mes cris comme un enfant qui jette
Une pierre à la mer !

Considérez qu'on doute, ô mon Dieu ! quand on souffre,
Que l'œil qui pleure trop finit par s'aveugler,
Qu'un être que son deuil plonge au plus noir du gouffre,
Quand il ne vous voit plus, ne peut vous contempler,

Et qu'il ne se peut pas que l'homme, lorsqu'il sombre
Dans les afflictions,
Ait présente à l'esprit la sérénité sombre
Des constellations !

Aujourd'hui, moi qui fus faible comme une mère,
Je me courbe à vos pieds devant vos cieux ouverts.
Je me sens éclairé dans ma douleur amère
Par un meilleur regard jeté sur l'univers.

Seigneur, je reconnais que l'homme est en délire
S'il ose murmurer ;
Je cesse d'accuser, je cesse de maudire,
Mais laissez-moi pleurer !

Hélas ! laissez les pleurs couler de ma paupière,
Puisque vous avez fait les hommes pour cela !
Laissez-moi me pencher sur cette froide pierre
Et dire à mon enfant : Sens-tu que je suis là ?

Laissez-moi lui parler, incliné sur ses restes,
Le soir, quand tout se tait,
Comme si, dans sa nuit rouvrant ses yeux célestes,
Cet ange m'écoutait !

Hélas ! vers le passé tournant un œil d'envie,
Sans que rien ici-bas puisse m'en consoler,
Je regarde toujours ce moment de ma vie
Où je l'ai vue ouvrir son aile et s'envoler !

Je verrai cet instant jusqu'à ce que je meure,
L'instant, pleurs superflus !
Où je criai : L'enfant que j'avais tout à l'heure,
Quoi donc ! je ne l'ai plus !

Ne vous irritez pas que je sois de la sorte,
Ô mon Dieu ! cette plaie a si longtemps saigné !
L'angoisse dans mon âme est toujours la plus forte,
Et mon cœur est soumis, mais n'est pas résigné.

Ne vous irritez pas ! fronts que le deuil réclame,
Mortels sujets aux pleurs,
Il nous est malaisé de retirer notre âme
De ces grandes douleurs.

Voyez-vous, nos enfants nous sont bien nécessaires,
Seigneur ; quand on a vu dans sa vie, un matin,
Au milieu des ennuis, des peines, des misères,
Et de l'ombre que fait sur nous notre destin,

Apparaître un enfant, tête chère et sacrée,
Petit être joyeux,
Si beau, qu'on a cru voir s'ouvrir à son entrée
Une porte des cieux ;

Quand on a vu, seize ans, de cet autre soi-même
Croître la grâce aimable et la douce raison,
Lorsqu'on a reconnu que cet enfant qu'on aime
Fait le jour dans notre âme et dans notre maison,

Que c'est la seule joie ici-bas qui persiste
De tout ce qu'on rêva,
Considérez que c'est une chose bien triste
De le voir qui s'en va !


 

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