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Publié par Edouard Boulogne

10 mai. La journée nationale de commémoration de l'esclavage, de la traite, et de leurs abolitions. Quelques documents qui s'équilibrent pour tenter de distinguer le regard historien, de la propagande politicienne.
10 mai. La journée nationale de commémoration de l'esclavage, de la traite, et de leurs abolitions. Quelques documents qui s'équilibrent pour tenter de distinguer le regard historien, de la propagande politicienne.
10 mai. La journée nationale de commémoration de l'esclavage, de la traite, et de leurs abolitions. Quelques documents qui s'équilibrent pour tenter de distinguer le regard historien, de la propagande politicienne.

Comme l'indique le titre ce jour du 10 mai est devenu un anniversaire. Il y a des anniversaires joyeux, roboratifs, féconds, et d'autres qui le sont moins. Qui sont même plutôt névrotiques, et d'ailleurs « fêtés » pour cela même : avec entretien plus ou moins savant de la névrose, ce que l'on pourrait appeler le raclage de grattelle.

L'anniversaire dont nous parlons ressortit des deux genres.

Le dossier qui suit, réalisé par Le Scrutateur se réclame de la thérapie. Ici l'on n'écrit pas pour exaspérer les conflits, mais pour tenter de rendre la vie acceptable, de faire reculer les professionnels de la division, et les poux de la mémoire.

Dans le dossier quatre documents, différents, choisis pour leur qualité ( que l'on peut reconnaître même quand on ne partage pas toutes les vues des auteurs ).

Je souhaite que nos lecteurs fassent, surtout quand ils sont d'accord avec tel ou tel de ces textes, la publicité nécessaire auprès de leurs amis, et qu'ils partagent ces documents, y compris sur facebook.

Sinon j'en conclurais que je suis le seul à militer pour ce que j'aime et que je crois ( et je sais que beaucoup d'autres partagent mes engagements. Ils me le disent, et le crois. Mais ils ne le disent pas assez aux autres ) Je finirais presque par me convaincre qu'il ne vaut pas la peine de continuer à consacrer tant de temps à ce travail quotidien, et assez fatigant. Et à en tirer les conclusions.

J'ai pourtant dit : « presque ».

 

Le Scrutateur.

 

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( I ) Le film Bois d'ébène, jugé intéressant par le Figaro.

 

 Le docufiction  Bois d’ébène évoque avec force le destin de deux esclaves. L’histoire du commerce triangulaire est racontée en évitant tout sensationnalisme.

 

http://tvmag.lefigaro.fr/programme-tv/france-2-passe-la-traite-negriere-a-la-loupe_3ab58cc6-1687-11e6-a89c-1994fe330d86/

 

Pas simple d’évoquer l’esclavage sans verser dans le pathos et le sensationnalisme. Le réalisateur sénégalais Moussa Touré et le scénariste français Jacques Dubuisson ont évité l’écueil dans le docufiction Bois d’ébène, diffusé ce mardi sur France 2. Cette œuvre, proposée à l’occasion de la Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions, mêle très intelligemment des éléments historiques avec le destin poignant, inhumain, de deux personnages fictifs: Yanka (Adja Katy Touré) et Toriki (Kahdim Séne).

Le parcours tragique de ces deux Africains, depuis leur village du golfe de Guinée où ils sont capturés en 1825, jusqu’à leurs vies d’esclaves aux Antilles françaises, en passant par leur terrible traversée de l’Atlantique, sonne juste. Grâce au remarquable jeu des acteurs, mais aussi parce qu’une voix off lit des extraits de récits authentiques d’esclaves, de capitaines de navires négriers ou encore d’armateurs et de colons.

Le docufiction réussit à éviter tout manichéisme. Ainsi montre-t-il le rôle décisif des petits rois africains qui participaient activement à la traite négrière. Par exemple, en échange de deux cent quatre-vingt-six hommes, femmes et enfants, un souverain local pouvait recevoir, d’un capitaine français venu de Nantes, trois mille pièces d’étoffe, mille quatre cents armes à feu, ou encore quatre cents pièces de vaisselle de faïence et dix mille litres d’eau-de-vie.

Le trafic d’êtres humains était si lucratif que, même en 1825, alors que la traite était devenue illégale en France depuis sept ans, elle se poursuivait dans les faits. Sans que les autorités françaises ne s’y opposent efficacement. Quant à l’esclavage lui-même, aboli en 1794, il sera rétabli par Napoléon avant d’être définitivement interdit en 1848.

Scène effrayante et surréaliste

Pour se rendre compte des conditions de vie sur les navires négriers, les écrits du carnet de bord d’un capitaine sont éloquents: «Le petit espace qu’occupent les captifs, la nécessité de les tenir attachés contribuent à une fermentation dont on préviendra les funestes suites en faisant passer les captifs sur le pont pour les laver à l’eau de mer.» Et pour les esclaves qui décédaient en route, les instructions sont claires: «Vous aurez soin de faire des procès-verbaux de tous ceux qui mourront et vous observerez de ne les jeter à la mer que la nuit, pour éviter que ce triste spectacle n’attise un sentiment de révolte chez les “nègres”.»

Après une traversée de quarante-six jours, Yanka, Toriki et leurs compagnons d’infortune débarquent aux Antilles. La scène montrant le marché aux esclaves, digne d’une foire aux bestiaux, avec notamment une vente aux enchères, est à la fois effrayante et surréaliste. La cruauté de certains colons saute aux yeux, dans le cadre d’un système répressif ahurissant. Mais le combat de certains Européens pour limiter les injustices et les violences est aussi montré. Le combat d’Adolphe Juston (excellent Jean-Paul Rouve), un magistrat venu de métropole qui a réellement existé, illustre l’âpre combat entre ceux qui voulaient améliorer la situation et les autres.

 

 

( II ) Serge Romana : « La fracture mémorielle, c'est se battre au nom de l'histoire »

 

http://www.guadeloupe.franceantilles.fr/actualite/societe/serge-romana-la-fracture-memorielle-c-est-se-battre-au-nom-de-l-histoire-373716.php

 

Serge Romana, président du Comité pour la marche du 23 mai 1998 (CM98), lance, avec des personnalités comme Bernard Hayot, la fondation Esclavage et réconciliation dans le but d'apaiser les mémoires, alors qu'est célébrée ce mardi à Paris, la journée nationale de commémoration de l'esclavage, de la traite et de leurs abolitions.

Pourquoi lancer une telle fondation ?

Pour soutenir et amplifier le travail que l'on a commencé depuis 20 ans. Le CM98 est un entrepreneur de la mémoire, la fondation aidera le travail des entrepreneurs de la mémoire.

N'est-ce pas le rôle du Comité national pour la mémoire et l'histoire de l'esclavage ?

Le CNMHE doit être le bras armé de la politique mémorielle du gouvernement. Et pour être juste, elle doit faire l'objet de discussions avec les entrepreneurs de mémoire sur le terrain. La plupart des Français se foutent de l'esclavage parce qu'il n'a pas sévi dans l'Hexagone et qu'ils ont d'autres problèmes. Et comme on ne leur parle pas de la République abolitionniste, ils ne voient pas à quoi ça sert! Ces Français voient des groupes activistes qui leur demandent des réparations. Ils se sentent culpabilisés et, peu à peu l'esclavage, devient un élément de division au sein du peuple français. Comme en plus, ils ne voient que des Noirs au jardin du Luxembourg, ça donne la fracture mémorielle. Lorsque vous ne considérez pas les victimes de l'esclavage, ce sont leurs descendants, voire des Français d'origine africaine qui se prennent pour des victimes. Alors, ils vous demandent réparation. Cela s'appuie sur la réalité d'aujourd'hui où sévit le racisme, l'exclusion, la discrimination. Alors là, on n'est plus dans le schéma de la lutte des classes, c'est au nom de l'histoire qu'on se bat. C'est ça la fracture mémorielle : se battre au nom de l'histoire. Il n'y a rien de plus dramatique.

Qu'attendez-vous du CNMHE ?

Un Comité digne de ce nom doit être une haute autorité dont il faudrait vraiment redéfinir les missions. L'actuel comité ne propose pas de politique mémorielle au gouvernement. Quelle est sa position sur l'inversion du stigmate de l'esclave, sur le travail généalogique, sur la façon dont il faut allier mémoire de l'abolition et mémoire des victimes ? Quelle est sa position sur les commémorations et les lieux de mémoire comme en province ? C'est invraisemblable qu'une commémoration nationale de l'esclavage n'aille pas au Panthéon pour honorer Victor Schoelcher, l'abbé Grégoire, Louis Delgrès et Toussaint Louverture! L'erreur congénitale du 10 mai est d'avoir voulu intégrer les deux mémoires, celles des abolitions et celles des victimes. Les Français de l'Hexagone ne peuvent pas se reconnaître là-dedans. Ce qui peut leur parler, c'est la mémoire de l'abolition. La République a établi le suffrage universel et aboli l'esclavage ; soyons fiers de ce que les révolutions républicaines ont fait! Le rôle du CNMHE n'est pas le passé chocolat! Le 10 mai devrait être un outil politique pour pouvoir dire aux jeunes qu'ils vivent dans une République qui, lorsqu'elle applique ses valeurs, abolit l'esclavage. Voilà ce qu'on est en droit d'attendre du CNMHE.

La fondation esclavage et réconciliation n'a pas pour vocation d'endosser la mission du CNMHE, alors quel est son rôle ?

L'esclavage aux Antilles ou à La Réunion a été source de division profonde. Ce qui a été malheureux par rapport à la Shoah ou au génocide arménien, c'est que les Juifs comme les Arméniens existaient avant ces tragédies. Nous n'existions pas avant l'esclavage. Il y a 380 ans de présence française aux Antilles dont 213 ans d'esclavage. C'est le temps de fondation de ces sociétés, un temps dramatique qui a été qualifié de crime contre l'humanité. Les Antillais, les Guyanais, les Réunionnais sont nés dans un crime. Avec une telle naissance, lorsque l'esclavage disparaît, chacun veut oublier. Mais aucun n'a oublié la violence, la souffrance, la haine, le rapport conflictuel avec ceux qui, dans le passé, étaient en position antagoniste. Ce qui en a résulté, c'est la honte des origines, une intense atteinte de l'estime de soi, un ressentiment très profond, une incapacité d'affiliation... Un peuple qui ne peut pas s'affilier à ses aïeux est un peuple en errance identitaire, incapable de produire un projet commun. C'est impossible!

Votre projet ?

D'abord la réconciliation des descendants d'esclaves avec eux-mêmes et leurs aïeux. C'est le gros travail de généalogie que nous avons fait avec le CM98. Les gens ne veulent pas entendre parler de l'esclavage ; nous ne leur parlons que de l'aïeul qui a été le premier à porter leur nom. Cette approche de l'esclavage n'est pas idéologique ni historique, c'est une approche familiale et c'est que nous avons trouvé de mieux pour rapprocher les gens de leur histoire, par leur famille. Ils voient des hommes politiques qui honorent leurs grands-parents - je dis bien leurs grands-parents, pas des ancêtres imaginaires, ceux que recherchaient Césaire - qui ne sont donc pas des gens honteux! C'est ce que nous disons avec la formule « limyè ba Yo » . Cette force nous a permis de ne plus avoir de problèmes dans nos discussions avec les békés, mais également avec les Africains. Lorsque le roi d'Abomey, le descendant de Ghézo (1818-1858, NDLR), l'un des plus grands négriers, m'a présenté ses excuses, je lui ai demandé : « Pourquoi ? Je suis en vie... Je ne suis pas venu pour ça ; l'histoire est comme elle est. Des élites africaines et européennes ont fait la traite et je ne vais pas refaire le match! » A Ouidah, nous aurons une stèle sur un terrain près de la porte des départs pour ramener chez elles les 11000 personnes nées en Afrique que nous avons trouvées dans nos recherches. Ça, c'est de la réconciliation avec l'Afrique.

Et la réconciliation avec les békés ?

Il y a deux ans, nous étions place de la Bastille, nous étions avec le Béninois Serge Ghézo, le béké Dominique de la Guigneraye et moi-même. Et nous avons pu le faire parce que nous avions près de vingt ans de travail et de réflexion derrière nous. Ça ne me gênait pas d'être à côté de Dominique de la Guigneraye, à condition qu'il reconnaisse nos aïeux comme des victimes de l'esclavage. La fondation va dans ces trois directions! Réconciliation avec nous-mêmes, avec l'Afrique et avec les autres composantes de nos sociétés, comme la communauté indienne. Parmi les signataires de l'annonce officielle de la fondation, il y a tous ceux-là. Nous ne voulons pas abolir la lutte des classes, mais simplement, cesser de considérer dans un conflit social les individus par rapport à la position qu'occupaient leurs aïeux dans le temps. Sans cela, nous ne réglerons rien.

N'est-ce pas trop insister sur le passé ?

En dehors des problèmes idéologiques, de filiation, d'apaisement de mémoire, il faut montrer que tout cela débouche sur de l'économie, du développement. L'un des objectifs de la fondation est le soutien au tourisme mémoriel. Si nos pays arrivent à développer ces infrastructures, ils deviendront des pays de témoignage de cette histoire-monde qu'on ne doit pas oublier. Mais on doit montrer que cette histoire, violente, a été à la base du développement des sociétés capitalistes modernes et qu'on est capable malgré les drames de construire ensemble, sans refaire le match. Le MACTe, en Guadeloupe, va devenir une étoile qui va briller comme Yad Vaschem brille sur la mémoire de la Shoah, mais il ne brillera pas sans ramifications, sans l'aménagement de lieux de mémoire partout. Le tourisme mémoriel peut lui aussi participer au développement économique et là, on est dans le bon.

Vous avez fédéré des personnalités comme Bernard Hayot, Eric de Lucy ou José Gaddarkhan, mais il n'y a pas de personnalités comme Élie Domota du LKP. Pourquoi ?

Tout d'abord, c'est une fondation et une fondation est un lieu où on apporte de l'argent, ce n'est pas un lieu de débat... Nous voulons avoir des fonds qui viennent d'Afrique, des États-Unis, de France... Alors oui, il manque Élie Domota... Mais également les hommes et femmes politiques parce que c'est un sujet extrêmement clivant. Certains ont voulu signer pour cette fondation, c'est trop tôt.

Quelle sera la place des Réunionnais ou des Guyanais dans cette fondation ?

C'est une question de moment. Nous avons quasiment fini l'élaboration du Mémorial national des victimes de la traite et de l'esclavage qui sera soumis au gouvernement. Il concernera, sur un lieu public prestigieux, à Paris, la mise en valeur des 200000 « prénoms matricules noms » donnés aux Guadeloupéens, Martiniquais, Guyanais et Réunionnais. Pour cela, nous travaillons déjà avec des Guyanais comme Serge Mam Lam Fouk et avec des Réunionnais comme Bruno Maillard. Les rapprochements se font autour de projets concrets.

Propos recueillis par F.-X.G, à Paris

 

 

( III ) Quand la revue Hérodote, avec Frédéric REGENT et Alban DIGNAT, nous parle de l'esclavage, du Code Noir, et la loi Taubira sur la traite, considérée comme « crime contre l'humanité ».

 

http://www.lescrutateur.com/2016/05/quand-la-revue-herodote-avec-frederic-regent-et-alban-dignat-nous-parle-de-l-esclavage-du-code-noir-et-la-loi-taubira-sur-la-traite

 

Les Antillais ( mais pas seulement eux ) connaissent Frédéric Régent, historien de métier, professeur à la Sorbonne, auteur déjà d'une oeuvre importante. La revue d'histoire Hérodote publie un article de lui, et un entretien ( voir lien plus bas ) magnifique de précision, et d'honnêteté.

La même revue, publie aussi un article très remarquable sur la Loi ( dite Taubira ) décrétant la traite ( atlantique ) comme « crime contre l'humanité ». Cet article émane d'un autre historien M. Alban Dignat. Remercions ces deux hommes, et la revue Hérodote, pour la qualité de leur travail, et leurs honnêteté et...courage.

 

Edouard Boulogne.

 

( I ) Frédéric Régent : esclavage, Code Noir et réparations

 

https://www.herodote.net/histoire/synthese.php?ID=2108&ID_dossier=123

 

Le Code Noir

Limiter les abus de l'esclavage au risque de le légitimer


 

L'esclavage jette une ombre tragique sur la France des Temps modernes et des Lumières (XVIIe, XVIIIe et début du XIXe siècles).

Alors que le royaume avait de longue date rejeté le servage et toute forme de servitude, des aventuriers et des marchands renouent avec ces pratiques dans les colonies d'outre-mer, à l'imitation des Portugais et des Espagnols.

Dès le XVe siècle, dans la péninsule ibérique, on a reproduit le modèle oriental des grandes plantations sucrières avec des esclaves africains achetés sur les marchés arabes. La découverte du Nouveau Monde donne un nouvel élan à cette pratique et les colons européens vont dès lors s'approvisionner directement en esclaves dans le golfe de Guinée, auprès des négociants africains.  

Frédéric Régent : esclavage, Code Noir et réparations

Voici le lien avec l'interview de Frédéric Régent / - A diffuser largement sur Internet.

https://vimeo.com/163954920 ) 

 

Maître de conférences à la Sorbonne (Paris), Frédéric Régent est un spécialiste reconnu du premier empire colonial français, du XVIIe au milieu du XIXe siècle. Il nous raconte avec pédagogie la traite et l'esclavage, les règlements et lois connus sous le nom de Code Noir ainsi que les mouvements abolitionnistes. Il exprime sans faux-semblant son opinion sur l'actuel travail de mémoire et les demandes de réparations.

Le Roi doit aussi se faire respecter sur les îles lointaines

L'esclavage réapparaît à grande échelle au-delà des mers sans que les gouvernants européens l'aient sciemment organisé. Mais à la fin du XVIIe siècle, ceux-ci commencent de s'en inquiéter. Ils y voient, plus grave que tout, une menace contre leur autorité. Il ne faudrait pas que le droit colonial échappe à l'emprise des juristes royaux !

À Versailles, à la Cour de Louis XIV, le ministre Jean-Baptiste Colbert est saisi en 1681 de la question de l'esclavage aux colonies en sa qualité de secrétaire d'État à la Marine.

Comme il est devenu impossible d'interdire cette pratique, sauf à se mettre à dos la riche bourgeoisie qui vit du commerce triangulaire et risquer de voir les colons se vendre aux Anglais, le grand Colbert envisage de la codifier ou plutôt de réunir dans un même opus sanctifié par le sceau royal les règlements qui se multipliés dans les îles de façon désordonnée.

Homme de bureau, soucieux de rigueur et de précision, il prépare un texte législatif pour encadrer les relations entre maîtres et esclaves et préciser les sanctions qui peuvent s'appliquer à ces derniers.

Mort en 1683, Colbert laisse à son fils, le marquis de Seignelay, secrétaire d'État à la Marine comme son père, le soin d'achever et mettre en œuvre le projet. C'est lui qui apposera la signature au bas de l'édit (...)

 

 

( II ) Alban Dignat : Esclavage

La traite, un crime contre l'humanité ?

 

https://www.herodote.net/articles/article.php?ID=17&ID_dossier=123

 

La loi Taubira (10 mai 2001) est à l'origine de la journée du souvenir de l'esclavage. Cette loi viole la connaissance historique. Et rate l'occasion de réunir les Français autour de leur Histoire commune.

Le gouvernement français a promulgué le 21 mai 2001 la loi n 2001-434 « tendant à la reconnaissance de la traite et de l'esclavage en tant que crime contre l'humanité » (*), à l'égal de la Shoah et des autres génocides du XXe siècle. Et le président Jacques Chirac a décidé d'instaurer une Journée des « Mémoires de la traite négrière, de l'esclavage et de leurs abolitions » le 10 mai, anniversaire du vote de la loi par le Sénat.

Cette loi, inspirée par la députée guyanaise Christiane Taubira, est pavée de bonnes intentions... qui, comme c'est souvent le cas, mènent en enfer ! Elle énonce dans son Article 1er : « La République française reconnaît que la traite négrière transatlantique ainsi que la traite dans l'océan Indien d'une part, et l'esclavage d'autre part, perpétrés à partir du xve siècle, aux Amériques et aux Caraïbes, dans l'océan Indien et en Europe contre les populations africaines, amérindiennes, malgaches et indiennes constituent un crime contre l'humanité ».

On peut adresser à cet énoncé trois critiques majeures :

– L'esclavage ne se réduit pas à la traite européenne :

Le législateur condamne la traite atlantique « à partir du XVe siècle ». Cela concerne l'Espagne, le Portugal, les Pays-Bas et l'Angleterre... plutôt que la France, qui n'a pratiqué la traite qu'à partir du XVIIe siècle.

Il prend aussi un soin maniaque à exclure de la condamnation la traite saharienne, pratiquée depuis plus de mille ans par les Orientaux, ainsi que l'esclavage pratiqué par les sociétés africaines elles-mêmes et plus généralement toutes les formes d'esclavage pratiquées par d'autres peuples que les Européens.

Faut-il en conclure, selon une morale aux relents discriminatoires et racistes, que l'esclavage et la traite sont des péchés mortels de la part des blancs européens et des pratiques anodines dès lors qu'ils sont pratiqués par des Orientaux ou des Africains ?

Rappelons que, jusqu'au XIXe siècle, pratiquement aucun Européen n'a jamais pénétré à l'intérieur du continent africain en raison des risques de fièvres et d'agressions. Aussi les capitaines de navires qui désiraient commercer avec les Africains devaient-ils attendre sur le littoral que ceux-ci veuillent bien leur proposer des marchandises. Les Africains offraient un peu d'or, de l'ivoire et surtout des esclaves, le plus souvent des captifs de case qui étaient nés dans la servitude. En échange, ils attendaient des Européens des armes à feu, des bijoux et différents produits manufacturés.

Ainsi la traite atlantique n'a-t-elle été possible que grâce à la diligence des négriers africains. Rien de tel avec la traite saharienne. Celle-ci fut pratiquée par les musulmans « blancs » de la frange sahélienne (Peuls, Touaregs, Toubous,...) qui lançaient des attaques contre les villages des noirs de la forêt et enlevaient les meilleurs éléments pour les vendre aux habitants de l'empire ottoman ou du Maroc (de là la haine qui perdure entre Sahéliens et noirs au Sénégal, au Mali, en Centrafrique et au Tchad, au Soudan etc).

– La loi pèche par anachronisme et ne dit mot de l'esclavage contemporain :

La loi Taubira apparaît stricto sensu « inutile » voire hypocrite puisque les auteurs des crimes qu'elle dénonce sont morts depuis belle lurette.

Elle prévient par avance toute mise en cause ou condamnation de l'esclavage contemporain, qui perdure et reprend vigueur dans la plus grande partie de la planète, en Afrique noire, dans la péninsule arabe ou encore dans le sous-continent indien. Un Occidental voudrait-il dénoncer ces formes d'esclavage ? On le renvoie honteusement à « son » passé. Les esclavagistes peuvent dès lors prospérer en toute tranquillité.

– La loi divise les Français :

Elle procède d'une tendance contemporaine à instrumentaliser l'Histoire pour satisfaire à bon compte les revendications communautaristes (Arméniens, Antillais, rapatriés d'Algérie...), au détriment de la recherche historique et de la concorde nationale. Elle offre un alibi commode à certaines personnes pour expliquer leur échec scolaire ou professionnel.

L'idée d'une « réparation » financière évoquée par certaines associations communautaristes ne manque pas de sel. Pourquoi des Français de métropole dont les ascendants n'ont jamais, ni de près ni de loin, participé à la traite devraient-ils s'y soumettre ? Et qui devrait bénéficier de ces réparations ? Les ressortissants des Antilles qui, dans leur immense majorité, cumulent les gènes des esclaves et des propriétaires d'esclaves ? Ou les Africains dont les ascendants ont participé à la réduction en esclavage de leurs congénères ?

Histoire raciale ? Histoire nationale ?

On eut aimé que la députée de Guyane se saisisse de la réalité de l'esclavage et de la traite pour bâtir une mémoire nationale propre à unir tous les Français au lieu de les diviser.

En stigmatisant l'esclavage et la traite pratiqués par l'ensemble des Européens et eux seuls, la loi Taubira racialise le phénomène et le réduit à une opposition entre blancs d'Europe et noirs, au mépris de la vérité historique. Elle oublie tout simplement aussi que la plupart des Français de métropole n'ont dans leur passé familial aucun rapport avec la traite atlantique tandis que la plupart des Français d'outre-mer métissés descendent tout à la fois d'esclaves, de propriétaires d'esclaves... et de trafiquants africains d'esclaves.

Louis DelgrèsLa loi aurait pu se cantonner à l'aspect national de ce crime, décréter que les Français condamnent solennellement la traite et l'esclavage pratiqués autrefois dans leur pays (sans s'occuper des autres) et rappeler les révoltes des esclaves de France contre l'injustice.

Elle aurait pu ériger les héros de cette résistance (Toussaint Louverture, Louis Delgrès...) au rang de héros français, au même titre que Louise Michel, Jeanne d'Arc et Honoré d'Estienne d'Orves. Autant de héros dans lesquels pourraient se reconnaître tous les petits Français sans considération de couleur ou d'origine.

Pouvons-nous suggérer aux pouvoirs publics de rapporter la commémoration du 10 mai non pas à la loi Taubira, paradigme de la  « repentance » hexagonale, mais à la  proclamation de Louis Delgrès (10 mai 1802) ?

Crime contre l'humanité ? Retour à la réalité

Le plus grave, sans doute, est que la loi Taubira se fonde sur une représentation stéréotypée du passé et tombe allègrement dans le péché d'anachronisme. « Est-ce que les Grecs d'aujourd'hui vont décréter que leurs ancêtres les Hellènes commettaient un crime contre l'humanité car ils avaient des esclaves ? Cela n'a pas de sens ! », lance à son propos l'historien Pierre Vidal-Naquet (Le Monde, 17 décembre 2005). Aristote et Platon justifièrent l'esclavage ? Criminels contre l'humanité ! Interdisons la lecture de leurs oeuvres! Voilà qui réjouira beaucoup de lycéens... 

Allons jusqu'au bout. Déboulonnons la statue de Louis XIV, qui édicta le Code Noir. Proscrivons la lecture de Montesquieu, actionnaire de compagnies de traite. Débaptisons les rues et avenues qui portent les noms de George Washington et Thomas Jefferson, grands propriétaires d'esclaves ! Qu'importe que ces Américains d'une grande élévation morale aient sans doute mieux traité leurs esclaves que leurs contemporains, en Europe continentale, ne traitaient leurs ouvriers agricoles !... Qu'importe enfin que le second ait rédigé la Déclaration d'Indépendance des États-Unis d'Amérique : « Nous tenons pour évidentes pour elles-mêmes les vérités suivantes : tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur » ! 

L'exposé des motifs de la loi Taubira survole l'histoire du continent africain en faisant fi de la prudence des historiens. D'un côté, il prend pour argent comptant des légendes et des hypothèses à l'état de friche. De l'autre, il accomplit le tour de force de ne pas évoquer une seule fois la traite transsaharienne pratiquée par les Arabes et l'esclavage pratiqué par les Africains depuis des millénaires !

Que nous enseigne une lecture plus précautionneuse de l'Histoire ? L'esclavage a été pratiqué à des échelles variables dans toutes les sociétés à l'exclusion des communautés de chasseurs-cueilleurs de l'Âge de pierre. Dans l'Antiquité, c'était le sort qui attendait ordinairement les prisonniers de guerre, qu'il eût été inhumain de massacrer et coûteux de nourrir en prison à ne rien faire. Au mot latin servus (qui a donné serf) s'est substitué le mot esclave. Celui-ci vient du mot Slave parce qu'au début du Moyen Âge, les Vénitiens vendaient en grand nombre des Slaves païens aux Arabes musulmans.

Les Arabes faisaient une grande consommation d'esclaves blancs aussi bien que noirs, qu'ils avaient soin de châtrer pour les maintenir plus facilement dans l'obéissance et les empêcher de se multiplier.

Au XVe siècle, les Espagnols et les Portugais sont entrés au contact des musulmans d'Afrique du Nord et ont commencé à leur acheter des esclaves noirs pour les plantations de la péninsule hispanique.

Aux siècles suivants, la colonisation du Nouveau Monde a suscité des besoins de main-d'oeuvre inédits. Les Européens ont alors fait venir des esclaves d'Afrique, où ils n'avaient guère de peine à trouver des vendeurs (marchands arabes ou roitelets noirs). La traite atlantique a seulement été possible parce que, sur les côtes du golfe de Guinée, des chefs africains se montraient désireux de vendre leurs propres esclaves aux navires de passage.  

Assez vite, les souverains, le pape et l'empereur ont condamné l'esclavage mais sans succès faute de pouvoir sévir efficacement contre les planteurs et les négociants des Amériques. Aux Temps modernes (XVIIe et XVIIIe siècles), les gouvernements occidentaux, par une lâcheté habituelle en politique, ont choisi d'encadrer l'esclavage pour en limiter les abus à défaut de pouvoir l'interdire. C'est ainsi que Colbert et son fils, ministres de Louis XIV, ont rédigé le « Code Noir », lequel a été publié en 1685.

Dans le même temps, l'esclavage et la traite ont suscité le développement du racisme et le mythe de la supériorité de la race blanche. Des protestants anglo-saxons ont même emprunté aux Arabes musulmans le mythe biblique de la malédiction de Cham, qui prétend justifier l'esclavage des Noirs.

Puis, les élites éclairées d'Europe et des chrétiens (les Quakers) se sont mobilisés contre cette pratique indigne de la fraction la plus civilisée du monde. Ils s'en sont d'abord tenus au mode compassionnel pour éviter de compromettre les précieux approvisionnements en sucre, chocolat et tabac (à l'image de nous-mêmes qui déplorons les méfaits des compagnies pétrolières en Afrique noire mais évitons de les sanctionner pour ne pas compromettre nos approvisionnements en carburant). 

Enfin, au début du XIXe siècle, les Anglais ont interdit la traite (autrement dit le commerce d'esclaves) puis l'esclavage proprement dit. Notons que la société occidentale est la première qui se soit élevée contre l'esclavage. Ajoutons que l'Europe de l'Ouest est la seule région du monde qui l'ait ignoré, entre le XVIe et le XXe siècle...

Sous des aspects très divers - travail forcé, services sexuels, vente d'adolescents (garçons et filles) -, l'esclavage demeure la pire forme d'exploitation de l'homme par l'homme... À éradiquer où que ce soit et par tous les moyens possibles. Est-ce pour autant un crime ? Un crime contre l'humanité ? Sans doute, dans certaines extrémités. Mais où s'arrête la frontière entre l'esclavage considéré comme « crime contre l'humanité », et l'esclavage considéré comme simple infraction au Code du Travail ? À ces questions, gardons-nous de répondre car il en coûte cher aujourd'hui, en France, de débattre d'un phénomène historique décrété « crime contre l'humanité ».

Laissons la conclusion à Frédéric Régent, historien de l'esclavage et de la Révolution, maître de conférences à la Sorbonne : « Ce ne sont ni l'Occident, ni l'Afrique et encore moins la Nation ou la République qui sont responsables de l'esclavage, mais des hommes avides d'enrichissement et de pouvoir. D'ailleurs l'historien ne réfléchit pas en termes de coupables et de victimes, mais tente d'expliquer les phénomènes historiques. L'historien n'est pas le juge du passé. Il faut bannir toute idée de tribunal de l'histoire ».

Alban Dignat

 

 

( IV ) Pourquoi je ne suis pas antiraciste, par Edouard Boulogne.

 

Pourquoi je ne suis pas antiraciste.


                        « Ce que le pseudo-progressisme nomme racisme est un mélange confus, où les plus équitables mesures de conservation nationale sont sommairement assimilées aux manifestations les plus répugnantes de la haine raciale. A force de trouver partout du racisme et de nommer racisme n?importe quoi, les progressistes banalisent la notion et annulent la culpabilité qu?ils prétendaient renforcer ».
                            Henri Hude.
(In Ethique et politique, éditions Universitaires).



    Je suis Guadeloupéen.
    J'ai fait toute ma scolarité jusqu'au baccalauréat au vieux lycée Carnot de Pointe-à-Pitre. Depuis mon retour en Guadeloupe après des études supérieures à Paris, j'enseigne la philosophie à Pointe-à-Pitre? Quatre classes terminales, plus de cent élèves par an, depuis bientôt quarante ans. Cela fait du monde!
    J'ai beaucoup écrit aussi, me suis beaucoup exprimé, oralement : conférences, causeries, débats radiodiffusés.
    Mes dizaines de condisciples, mes milliers d'anciens élèves, de lecteurs, auditeurs, ne m'ont jamais pris en flagrant délit de racisme. Quelques fanatiques cependant m'accusent d?être, sans le dire, un raciste rentré, refoulé, caché. C'est le classique procès d'intention. Robespierre vous envoyait jadis à la guillotine sur simple suspicion de royalisme. Nazis et communistes pour des "motifs" analogues vous broyaient, torturaient, gazaient.
    Quoique pensent ces inquisiteurs inlassables, ces pourvoyeurs de charniers, ces grossistes du crime, je ne suis pas raciste, je méprise cette abjection; je suis a-raciste!
    Personne cependant ne me fera m'engager sous la bannière de l'antiracisme. Il y a dans les rangs de cette cohorte, quelque chose de fade, fourbe, torve, qui ne me revient pas. Je vais tenter de dire pourquoi.

        (1)Qui est raciste?

            L'observation du monde animal est déjà utile à notre instruction. Partagez en deux par une cloison étanche, une ruche d'abeilles. Au bout de 35 heures l'agressivité croit entre les deux hémi-ruches. Au bout de huit jours si l'on enlève la cloison, les deux groupes, devenus étrangers se livrent une lutte à mort. Si la même paroi est percée de trous de un millimètre, puis de 2,5 millimètres, les abeilles qui peuvent se sentir, ou même échanger de la nourriture, deviennent, en proportion plus ou moins conviviales.1
    L'homme est un animal, aussi. Probablement l'agressivité des groupes humains a-t-elle, parmi d'autres, des causes comparables à celles que l'on vient d'évoquer. On ne parlera cependant pas de "racisme" des abeilles .C'est que l'homme est un animal doué de raison, et d'imagination. Pour qu'il y ait "racisme" il faut que rentre en jeu la capacité de discourir, de rationaliser, de justifier les penchants, les désirs, les passions, les ranc?urs, les intérêts, raisonnables ou non, nobles ou méprisables. Le loup mange l'agneau et va dormir. L'homme tue l'homme et justifie son crime en faisant de sa victime, le méchant dont il fallait purifier l'univers. Et pourquoi ce méchant ne serait-il pas le raciste, réel ou imaginaire, dont il fallait se "protéger"?
    Tel est le racisme : une idéologie, la rationalisation aberrante de l'agressivité entre groupes et individus. Au regard de la science actuelle, cette idéologie n'a rien de scientifique. Les généticiens en tombent à peu près tous d'accord. Le professeur Albert Jacquard, (et la communauté scientifique), écrit que le concept de race ne correspond " à aucune réalité définissable de façon objective". Il existe cependant des groupes biologiquement homogènes qu'on appelle races, à partir de classifications portant sur la couleur de la peau, la souplesse ou le moutonnement des cheveux. A.Jacquard, (en 1981) pense qu'une recherche sur ces groupes n'est nullement raciste tant "qu'elle ne vise pas à fonder une hiérarchie de valeur entre ces groupes."
    Le racisme apparaît donc clairement comme une tentative de hiérarchisation en valeur des races, une idéologie tendant pour les races qui se croient supérieures à éliminer les autres, ou à les asservir. Il consiste en une sorte de diabolisation d'une différence. Et il apparaît comme une tendance très naturelle de tous les groupes humains à se considérer, au départ, comme le prototype de l'humanité.
    Des études philologiques révèlent que les Gitans se dénomment "romanichels"(de "rom", qui signifie homme), de même que les Serbes (de "sar" : homme), et les Bantous, les Aïnous, les Canaques.2
    Grecs et Romains eux-mêmes malgré leur haut degré de civilisation distinguent encore les citoyens de "l'Urbs" ou de la "Polis" et les autres, les" barbares".
    C'est le christianisme qui le premier, condamne le racisme à sa racine en proclamant qu'il n'y a plus ni juifs, ni Grecs, etc, mais des créatures humaines faites à l'image de Dieu.
    Le christianisme nous appelle donc à surmonter une tendance naturelle  au racisme, avatar du péché, notamment par une meilleure compréhension intellectuelle de la nature de ce vice.
    Il y a un racisme d'intérêt. Par exemple l'idéologie du nègre paresseux par nature, qui justifie le maître (à ses yeux) d'exercer un pouvoir de contrainte arbitraire.
    Il y a un racisme, disons "abréactif".3 Le psychanalyste André Stéphane, dans son livre "L'univers contestationnaire" rapporte qu'un soldat Allemand, dans un camp de concentration, transperce d'une baïonnette un prisonnier Russe affamé, qui s'est jeté sur des détritus pour les consommer, en criant : "ce n'est pas un homme, c'est une bête"! Honteux, au fond, de lui-même d'être un rouage du système qui dégrade les prisonniers, le gardien se justifie en transformant, fantasmatiquement, la victime en bête et le bourreau en justicier purificateur.
    Il y a, enfin, aussi, trop souvent le racisme cynique de ceux qui, par pure volonté de puissance, et opportunisme politique, manipulent les masses en leur offrant des boucs émissaires commodes, tout en revendiquant le rôle de sauveur!

        (2)BASTA!

                Nous sommes donc tout à fait portés à croire que tout homme sensé, de tradition chrétienne, devrait être antiraciste.
    L'analyse des groupes qui se réclament de cet "antiracisme" révèle cependant une réalité plus complexe, et appelle à la prudence.
    En France, actuellement, il n'est bruit sur le sujet que des propos de Jean-Marie Le Pen sur "l'inégalité des races". J'ai déjà dit mon exaspération devant ces propos choquants, inutilement provocateurs.
    Mais il faut se garder de faire du président du Front National, le bouc émissaire trop commode des inconséquences de la classe politique devant les vrais problèmes que posent à la nation française l'immigration massive et incontrôlée sur son sol, de millions d'étrangers venus de pays les plus divers, et de m?urs ou de religions les plus variées, parfois incompatibles  avec les nôtres.
    Je ne serai pas de ceux qui défilent sous les bannières d'un antiracisme qui fait de Le Pen le grand méchant blanc qui déteste tout ce qui est basané, le nouvel Hitler, etc!
    BASTA!
    Par l'action de ces gens, subtilement, et constamment relancée par des médias aux ordres des puissants lobbies antiracistes, s'affirme, s'instille, s'insinue dans chaque conscience, l'idée qu'il n'y a qu'un seul racisme, le racisme blanc.
    Et ceci, bien au-delà de la France, dans le monde entier, par le biais d'organisations internationales comme l'O.N.U, l?UNESCO, et d'innombrables associations:(S.O.S-Racisme, la L.I.C.R.A,le M.R.A.P,etc), nonobstant la bonne foi individuelle de nombre des membres de ces associations qui n'ont pas conscience d'être manipulés.

        (3)PETITE PANOPLIE DES RACISMES.

            Car le racisme, quand on a compris sa nature, est comme Protée, il prend bien des visages.
    Il y a le racisme inter-groupe de couleurs.
    -Blancs contre blancs, par exemple. Au siècle dernier Renan,  germanophile, oppose blancs du nord de l'Europe aux blancs du midi "étourdis, légers, paresseux". Son ami Gaston Méry écrit que "Provençaux" Languedociens, Aquitains, ne valent pas plus cher que les juifs".
    -Noirs contre noirs, aussi, comme récemment au Rwanda : Tutsis (peuple supérieur) contre Hutus (race d'esclaves).Un million de morts pour l'instant.
    -Juifs contre Juifs. Pierre-André Taguieff et Gilles Kepel, séparément, dans plusieurs ouvrages ont rappelé les antagonismes et le mépris qui au fil des années, après la création d'Israël en 1946 ont opposé juifs ashkénazes (d'origine européenne ou nord-américaine) et sépharades (juifs d'orient).
    Kepel, par exemple, écrit :"C'eût été déchoir, pour une famille originaire de Pologne, que de donner sa fille, par un de ces mariages arrangés de rigueur pour les étudiants du yeshiva, à un Benssoussan ou un Abitbol, désigné du sobriquet péjoratif de Frenk fût-il une lumière de la Torah!"4
    Il y a même un racisme de certains groupes juifs, fondamentalistes, à l'encontre du reste de l'humanité. Ainsi la revue de la Jeunesse loubavitch de France explique à ses lecteurs : "si Dieu a créé l'univers entier selon la division fondamentale des quatre règnes : minéral, végétal, animal, et humain",[....]"il est écrit qu'il existe en réalité un cinquième genre : Am Israel, le peuple juif. Et l'écart qui le sépare du 4ème genre-l'ensemble de l'espèce" parlante", humaine- n'est pas moindre que l'écart entre l'humain et l'animal".(sic).5
    Ne parlons pas de l'opinion des Japonais sur les Chinois, et réciproquement, opinions à caractère raciste et non seulement nationaliste, comme le révèle l'étude de la formulation idéologique des antagonismes.
    Il faut avouer que du "Nouvel Observateur" à "Tribune juive", en passant par "l'Humanité" ou "l'Express", ces racismes là ne sont guère évoqués. Pas plus que le racisme noir anti-sémite. Ainsi le pasteur noir Jessie Jackson, ancien candidat à la candidature à la présidence des Etats-Unis, a traité New York de "ville youpine" à cause de l'influence qu'y exerce, de fait, la communauté juive.6 Qui le sait en dehors des quelques milliers de lecteurs d'un ouvrage de plusieurs centaines de pages? Mais quelle clameur (justifiée d'ailleurs) si Le Pen avait parlé de Paris ville youpine! Quelle effervescence dans les salles de rédaction!
    Henri Emmanuelli préconisait hier, l'interdiction en France du Front National. Ce propos m'a rappelé un texte du philosophe polonais Leszek Kolakovski 7 :"Si l'on définissait comme racistes les opinions qui proclament la supériorité de certaines races sur d'autres et réclament des privilèges spéciaux pour les races supérieures au détriment des races inférieures, la valeur d'une interdiction légale de telles idées serait dérisoire, car il est rare que les formes de racisme réellement importantes dans les sociétés qui connaissent des conflits raciaux soient formulées de cette manière ; aux Etats-Unis la 1ère et la moins contestable victime d'une telle loi serait le mouvement des Black Muslims."
    En Guadeloupe même, on n'a pas oublié ce leader politique de l'est de la Grande Terre qui protestait contre le vote des "allogènes" (des électeurs européens récemment installés sur le territoire de la commune, que cette personne, alors membre du parti communiste guadeloupéen soupçonnait de ne  pas voter pour elle),ou encore, à la même époque, à propos d'une réélection de M.Lucien Bernier(pourtant métis) à la mairie de St-François, ce propos du Progrès Social, l'hebdomadaire de Me Félix Rodes : "Il faut que le peuple guadeloupéen ouvre grand les yeux pour constater que ce n'est pas en confiant tous les postes à ceux qui n'ont pas ou presque pas de rapport avec sa couleur (souligné par nous), qu'il sera plus heureux".
    Ou encore dans le journal martiniquais "Le Naïf"8  ce propos du journaliste Henri Pied  qui s'adresse à l'homme politique d'extrême gauche Arthur Régis :"Voici des années que Régis s'en prend avec une violence verbale aux "blancs" sans avoir jamais ni battu, ni injurié, ni manifesté concrètement la moindre animosité personnelle  à l'encontre de l'un d'entre eux"!
    Si de tels propos ne tombent pas sous le coup des lois pénales antiracistes, alors les mots n'ont plus de sens. Pourtant ils n'ont pas été sanctionnés, ni même dénoncés sinon par Guadeloupe 2000.Le président de la Licra, de l'époque (section de la Guadeloupe), interpellé par moi dans une lettre ouverte n'y répondit pas.
    Ce vacarme étourdissant d'un côté (contre Le Pen), ce silence énorme des infinies belles consciences de l'autre ne pose-t-il pas problème?


        (4)Les orphelins de Lénine.


                En 1989 tombait le mur de Berlin, et en 1991 s'effondrait à Moscou l'énorme et sanglant mensonge du totalitarisme communiste.
    Restèrent orphelins, ceux qui y avaient cru  et ceux qui en avaient vécu. Les premiers ont, soit sombré dans la morosité, soit ouvert les yeux à une autre lumière.
    J'ai vu se rapprocher de moi des gens qui ne m'avaient pas parlé depuis 20 ans!
Ceux qui en avaient vécu, enseignants marxistes, journalistes, éditeurs, animateurs en cultures diverses, apparatchiks syndicaux, communaux, etc, à l'esprit imprégné de marxisme-Léninisme, et qui ne savent que "faire la Révolution", cherchent aujourd'hui comment la réaliser "autrement".
    Le marxisme repose sur l'idée de lutte, de dialectisation des rapports sociaux : lutte des classes, mais aussi lutte des races, des jeunes contre les vieux, des femmes contre les hommes, etc, etc.
    C'est à cette dialectisation radicale des rapports sociaux sous de nouvelles formes que nous assistons ces temps-ci.9 L'antiracisme est un des moyens de la nouvelle utopie révolutionnaire.


        (5)La face cachée du racisme.


            Un nouveau conformisme s'est créé : le "politiquement correct".
    Si vous n'êtes pas de gauche, vous êtes un nazi, un fasciste, un salaud.
    Si vous prétendez qu'il n'y a pas que les blancs qui sont racistes, c'est que vous en êtes un (et si c'est un noir qui l'affirme, il n'est qu'un traître, un Judas, un "nègre à blancs")etc.
    Si vous n'êtes pas antiraciste vous êtes un suppôt du racisme hitlérien ("Nous avions déjà Le Pen et Debré, nous ne voulons pas en prime Jean-Paul 2"{sic}disait récemment le trotskyste Alain Krivine dans un amalgame vraiment époustouflant!).
    Voici pourquoi je ne suis pas antiraciste.
Je réclame le droit de dire qu'il y a des blancs racistes, mais aussi des noirs, des jaunes, des juifs, des hommes, des femmes, et que l'antiracisme (sauf pour les naïfs de bonne foi qui y adhèrent parce que mal informés, il y en a hélas beaucoup) est un racisme subtil, qui veut tuer, bâillonner, étouffer, au nom de la morale totalitaire du "politiquement correct".
    Devant la montée de cette idéologie pernicieuse, des esprits libres de tous bords politiques s'inquiètent et commencent à réagir. Peu avant sa mort, Annie Kriegel, l'historienne juive, qui fût communiste, écrivait : "La lutte "contre le racisme" est actuellement menée de telle manière qu'on aboutit inéluctablement à une panracialisation des liens sociaux."
    Et Pierre-André Taguieff  : "Quand une idéologie morale ou humanitaire devient souveraine, l'ennemi (celui qu'elle combat) devient(à ses yeux) intrinsèquement coupable, de sorte que l'on rend un service à l'humanité en le faisant disparaître, par euphémisme on dit : "en l'immolant"."10 .
    Je regrette que la droite au pouvoir actuellement en France, (1997) se laisse intimider par le "politiquement correct". Ce refus de prendre en compte les angoisses du petit peuple de France, le premier à souffrir de l'immigration massive de milliers d'étrangers, est la première cause du mécontentement sourd et grandissant (après le chômage ) qui monte des profondeurs et va grossir les rangs du Front National.
    C'est parce que nos gouvernants, par peur du "politiquement correct", du soi-disant antiracisme, par peur d'être disqualifié par le nouveau terrorisme intellectuel, abandonne à Le Pen la charge de  dénoncer d'incontestables périls, que celui-ci voit son influence grandir, malgré ses outrances, ses provocations ineptes.
    Il faut refuser le manichéisme de nos belles consciences néo-marxistes, refuser la pensée binaire, la fausse alternative : Bien - Mal, droite = nazi, gauche = démocrate, blanc = raciste, etc.
    Edgar Morin, un homme de gauche pourtant, écrit :"La projection hors de l'histoire du "fascisme" ou du "nazisme", devenus des repoussoirs exemplaires et des objets de condamnation morale rituelle, ne peut que nourrir un nouvel obscurantisme : l'horreur légitime est alors mise au service du refus de comprendre."
    Nos dirigeants comprendront-ils?
    A nous de les y aider. Après tout, ils ne sont pas propriétaires de nos suffrages.


Edouard BOULOGNE.

 

10 mai. La journée nationale de commémoration de l'esclavage, de la traite, et de leurs abolitions. Quelques documents qui s'équilibrent pour tenter de distinguer le regard historien, de la propagande politicienne.
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