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Publié par Edouard Boulogne

Les extrémistes de la tolérance et leurs dégâts, par Karim Akouche.
Les extrémistes de la tolérance et leurs dégâts, par Karim Akouche.

À l’attention d’Edwy Plenel et consorts

 

(Cet article était rédigé et prêt à la publication dès 09 heures ce matin 18 février. Mais des « incidents sur le réseau" m'ont contraint à attendre 20 heures du même jour, pour vous les communiquer. Toutes mes excuses. LS )


 

« On n'attrape pas les mouches avec du vinaigre »! Ce proverbe devait être commenté , dès l'école primaire, à tous les écoliers de France, de Navarre et des Antilles. Et plus tard encore dans la vie, pour les étudiants de Sciences-Po, de l'école militaire de Saint-Cyr, et même pour les évêques, et le Pape lui-même dont l'infaillibilité supposée est limitée à des points particuliers, et dans des bornes très précises de la théologie.

Oui, à tous, la validité du proverbe, ne s'impose pas avec suffisamment d'évidence, quoique pourtant reprise à leur compte par bien des sages : La Fontaine ( Le corbeau et le renard ) Kipling, dont le vieux Baloo du Livre de la jungle ne cesse de mettre en garde Moogli; l'enfant loup, contre les embûches de la Jungle, et les maléfices de tous les Bandar-Logs du monde.

Car nous prenons trop à la légère les leçons de la vie et de l'histoire, et l'expérience rappelle comment les bonnes gens sont continuellement leurrés par l'esprit Malin qui toujours prend les apparences les plus conformes à notre sensibilité, et à notre éducation, pour nous investir, souvent de l'intérieur, avant de nous croquer bel et bien.

Rappelons-nous le « bon vieux » Raminagrobis, ce chat soyeux et doux, bien fourré gros et gras, auquel, se fiant aux apparences, recourent la belette et le petit lapin pour résoudre leur conflit, et qui , « aussitôt qu'à portée il vit les contestants, les croqua l'un et l'autre ».

 

Comment croyez vous que pensent à investir l'Europe, les ennemis mortels de la liberté qui nous ont déclaré la guerre?

Il y a bien sûr les moyens classiques, militaires et terrorisants.

L'ennemi sait pourtant que la faiblesse de l'Europe, et du monde occidental n'est pas militaire et technologique. Il préfère rechercher le point faible, et croit le trouver dans le « mental » de l'Europe actuelle. 

Pour lui, l'ennemi c'est bien paradoxalement Le roumi, Le chrétien. Ceci est assez paradoxal à un moment de notre histoire où le christianisme semble en déclin, ses temples désertés par le plus grand nombre, ses ministres si souvent inhibés par une caricature de morale où la « charité » est confondue avec la bénévolence, et où l'esprit de légitime défense est prise pour de l'agressivité impérialiste.

Mais si, apparemment, le christianisme est malade et affaibli, ( tant pis pour les niais qui s'en réjouissent ) une part de lui, certes abâtardie, mais point morte, habite toujours l'âme de ceux qui firent les croisades : l'esprit d'ouverture à l'autre, le bon accueil à l'étranger, au pauvre, à l'orphelin présumé ( ou non. Pensons à la célèbre photo du « petit Aylan » ).

Victor Hugo a résumé cela. Dans un poème célèbre, connu, jadis de tous les enfants de France, Le mendiant, il écrit :

 

«  Un pauvre homme passait dans le givre et le vent.

(…..........................................................................)

Devant la cheminée, il s'approcha du feu.

Son manteau, tout mangé des vers, et jadis bleu,

Etalé largement sur la chaude fournaise,

Piqué de mille trous par la lueur de braise,

Couvrait l'âtre, et semblait un ciel noir étoilé.

Et, pendant qu'il séchait ce haillon désolé

D'où ruisselait la pluie et l'eau des fondrières,

Je songeais que cet homme était plein de prières,

Et je regardais, sourd à ce que nous disions,

Sa bure où je voyais des constellations ».

( In La récitation Française, au cours moyen et au cours de fin d'études primaires, certificat d'études. Fernand Nathan ).

 

C'est beau, et nous aurions tort d'oublier ces vers ( qui ne sont toutefois pas du meilleur Hugo POETE ) où resplendissent quelques-unes des vertus de notre héritage chrétien.

MAIS, la vraie morale se moque de la morale, comme disait Pascal, ou « le mieux est l'ennemi du Bien » comme le rappelle la sagesse des nations.

Car le pauvre d'Hugo est une image idéalisée, et l'on introduit pas n'importe qui chez soi, sans un manquement possible, et parfois même probable, à la charité envers ses proches, son épouse, ses enfants.

Pensons-y à l'heure ou l'on nous incite à la pitié ( sentiment complexe et ambigu ) face à ces centaines de milliers de « migrants » qui investissent présentement,l'Europe, poussés pour certains par la nécessité, mais pour d'autres par des objectifs plus contestables.

J'en viens à cette autre vertu qui est la vertu de prudence.

Ce dont nous avons besoin, à cette heure, c'est de responsables politiques et religieux, qui allieraient, comme le dit quelque part Nietzsche, la vertu de César ( symbole du politique ) à celle du Christ.

Il y dans un monde cruel et tragique une urgence à procéder à une grande infusion de générosité chrétienne, mais tempérée par une indispensable lucidité machiavélienne.

Ce sont les pensées qui me sont venues en guise d'introduction à cet article de l'écrivain Karim Akouche, paru aujourd'hui sur le site du Causeur.

 

Le Scrutateur.

 

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Dans cette tribune libre, l'écrivain Karim Akouche refuse une «tolérance sans limites» car elle met «en péril la démocratie, la liberté et la justice».

 

http://www.causeur.fr/plenel-todd-charlie-36761.html

 

La démocratie est saine si la liberté de pensée et de conscience y est autorisée. La démocratie est forte si le citoyen bénéficie du droit à la tolérance. Si aucun démocrate sincère ne remet en cause la nécessité de la tolérance, il y a, en revanche, ceux qui s’opposent sur sa définition, ses attributs, son élasticité et l’étendue de l’espace qu’elle doit occuper dans la société et dans l’État.

Le problème, ce n’est pas la tolérance, mais l’extension donnée à celle-ci. Comment la mesurer ? Que doit-on tolérer ? Y a-t-il une vraie et une fausse tolérance ? Qu’est-ce qu’une vraie tolérance ? Comment saisir cette valeur fugitive qui échappe aux définitions figées des dictionnaires ? Comment la planter dans les chartes des droits humains ? Comment l’inscrire à l’Unesco ? Comment l’enseigner aux enfants ? Où la dessiner ? Quand la chanter ? Comment la célébrer ?

Sans faire appel aux concepts pointus des philosophes, la tolérance implique un double exercice : l’effort sur soi, et la vigilance. Celui qui s’en réclame doit non seulement être généreux, mais également attentif.

Autrement dit, l’ouverture à l’autre doit être accompagnée de vigilance, pas envers tout le monde, mais vis-à-vis de ceux qui voudraient s’en servir à des fins perverses. La générosité consiste à accepter et à respecter les idées, les opinions, les comportements, les croyances et les coutumes d’autrui même s’ils sont à l’encontre de nos propres convictions. Le rôle de la vigilance est de circonscrire les limites souvent confuses de la tolérance : aussi bien l’intolérance que l’intolérable, comme la xénophobie, le sexisme, le rejet de l’autre, l’exclusion, la violence, etc.

La tolérance doit s’arrêter là où commence l’intolérance de l’autre

La tolérance doit s’arrêter là où commence l’intolérance de l’autre. Ne pas limiter le champ de la tolérance revient à mettre en péril la démocratie, la liberté et, à plus forte raison, la justice. Ne pas tracer les frontières entre la tolérance et l’intolérance, c’est refuser de distinguer le mal du bien, le mauvais du bon, l’injuste du juste, les ténèbres des lumières. Ce faisant, le mot justice n’aurait aucun sens puisqu’il n’y aurait plus de lois, plus de juges, plus d’accusés, plus de coupables, plus d’innocents.

La tolérance sans limites autoriserait le pédophile à abuser des enfants. La tolérance sans bornes accepterait la polygamie, l’excision, la lapidation et autres barbaries. Au nom d’une tolérance insensée, le berger permettrait au loup de s’introduire dans sa bergerie et manger ses agneaux. Les exemples ne manquent pas pour prouver la nécessité de mettre des limites justes et raisonnables à la tolérance démesurée.

Tzvetan Todorov a dit à juste titre : « Le droit de la tolérance illimitée favorise les forts au détriment des faibles. La tolérance pour les violeurs signifie l’intolérance pour les femmes. Si on tolère les tigres dans le même enclos que les autres animaux, cela veut dire qu’on est prêt à sacrifier ceux-ci à ceux-là. »

Qualifier les défenseurs d’une tolérance illimitée d’extrémistes de la tolérance n’est pas un abus de langage. Le Premier ministre du Québec, Philippe Couilllard, qui a déclaré en janvier 2015 que « l’intégrisme est un choix personnel », en est un bel exemple.

Le philosophe Charles Taylor, le pacha du multiculturalisme, qui a apporté son soutien aux islamistes contre la défunte charte de la laïcité, en est un autre. Le directeur du site d’information Mediapart, Edwy Plenel, en expliquant à longueur d’intervention que c’est l’islamophobie qui crée les terroristes, se distingue à cet égard comme chef de file de l’intégrisme de la tolérance en France. Les sentences qu’il rabâche sur les plateaux de télé comme des vérités bouddhistes auront un jour un effet boomerang sur lui. Car « à force d’agiter des épouvantails, il est en train de participer à la production de monstres. »

Quant au démographe et anthropologue agité Emmanuel Todd, il fait, bon gré mal gré, le lit de l’intégrisme islamiste. Dans son dernier brûlot, Qui est Charlie ? (rédigé en un mois, juste après les attentats de Paris, délai très court pour un sociologue sérieux), au lieu de dénoncer la barbarie des frères Kouachi et d’essayer d’en comprendre les mécanismes, il a préféré s’en prendre à l’élan de solidarité du 11 janvier, accusant de racisme les marcheurs, alors que dans leur écrasante majorité ils n’ont manifesté que pour afficher leur soutien aux victimes et défendre la liberté d’expression.

Plusieurs membres du Pen Club américain qui, en refusant de donner le prix à Charlie Hebdo, ont trahi leur déontologie d’écrivain qui consiste précisément à soutenir le droit à la libre création et à combattre l’intégrisme et la censure.

Sacraliser la tolérance, c’est la vider de sa substance

La tolérance est une valeur vulnérable. Comme la liberté, elle doit être défendue sans cesse. Les juristes, les politiques, les journalistes, les écrivains, les artistes et tout citoyen lambda se doivent de la protéger. La banaliser, c’est la fragiliser. La sacraliser, c’est la vider de sa substance.

Les hommes, otages de leurs idéologies, la définissent selon les circonstances et le bord où ils se trouvent. Deux camps, pourtant aux antipodes l’un de l’autre, foulent aux pieds la tolérance : les intolérants et les extrémistes de la tolérance.

Les premiers, par nature et conviction, refusent la tolérance aux tolérants ; les seconds, au nom d’une tolérance extensible à l’infini, accordent aux intolérants la liberté de ne pas tolérer les tolérants.

L’extrémiste de la tolérance a le don de tolérer les extrémistes qui menacent sa liberté. À cet égard, il est aussi dangereux que l’intolérant. Sans s’en rendre compte, il travaille pour les intolérants, contre ses propres valeurs. En tolérant l’intolérable, il commet deux graves erreurs : il sacrifie la tolérance et, avec elle, la démocratie1

Déjà au XVIIIe siècle, Helvétius nous mettait en garde : « Qui tolère les intolérants se rend coupable de tous leurs crimes. » Les belles âmes feront-elles encore la sourde oreille ?

 

 

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sauve qui peut! 19/02/2016 15:18

Tolérance et solidarité mène à la guerre. j'espère que plus vite elle arrivera mieux se sera pour sauver ce qui reste à sauver! plus tard sera trop tard pour tous.
il y a des guerres qui se gagnent par la paix, quand l'occupant ennemi n'a pas a tirer un coup de feu pour s'imposer, la paix est son meilleur allié pour assurer sa victoire.
l'occupant allemand a préféré la paix de vichy à la guerre totale en France ,stratégie payante pour l'Allemagne et perdante pour les français qui ont été incapables de défendre leur pays, ce sont les US qui ont dû intervenir pour les sauver de "la solution finale" leur extinction programmée par les nazis!
pauvres petits français...il eut mieux valu qu'ils soient russes ou ...chinois! beaucoup plus combatifs et pas naïfs du tout!

Livia 19/02/2016 11:19

Tolérance et solidarité, deux mots que je honni, ils nous sont balancés à tout bout de champs, par tout un chacun, fier d'être tolérant! Mais pourquoi devrions-nous être tolérants envers des gens qui sont si intolérants envers nous ? Deux mots que je récuse et que je range au grenier...