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Publié par Edouard Boulogne

1 ) Une image trop réelle et fréquente de ce que nous vivons. 2 ) Un ouvrage utile à consulter d'Errol Nuissier.
1 ) Une image trop réelle et fréquente de ce que nous vivons. 2 ) Un ouvrage utile à consulter d'Errol Nuissier.

1 ) Une image trop réelle et fréquente de ce que nous vivons. 2 ) Un ouvrage utile à consulter d'Errol Nuissier.

La violence est un phénomène universel et sans doute aussi ancien que l'humanité. Sans doute la rareté des biens de consommation courante y est-elle pour quelque chose. Mais elle est insuffisante pour rendre compte de la chose.

Car si le lion tue l'antilope et la dévore, il n'en est pas de même pour l'homme qui peut tuer gratuitement, ajoute au crime la torture, physique ou mentale, qu'il retourne d'ailleurs fréquemment contre lui-même comme le rappellent celle pratiquée contre autrui et contre soi-même, sous des formes multiples.

Le problème est considérable, et d'une très redoutable complexité, dont le présent article ne prétend pas faire le tour complet tant il faudrait mobiliser pour cela les études de domaines multiples et vastes, l'économie, la psychologie, la sociologie, la philosophie, la polémologie, la « science politique », etc.

Le Scrutateur a déjà consacré plusieurs articles à ce sujet, de plusieurs auteurs, auxquels à plusieurs reprises je me suis permis de renvoyer, plus loin

La violence est déchainée actuellement, dans le monde, et notamment en Guadeloupe et en Martinique.

L'entreprise actuelle de Daesh, est extrêmement redoutable, apparemment très différente de celle qui se développe en France et dans nos départements d'outre mer.

Mon idée directrice dans cet article est que par delà toutes les différences apparentes entre elles, la violence omniprésente se rattache à des causes universelles profondes et, osons le dire, d'ordre métaphysique.

Un site frère, et martiniquais, du Scrutateur, consacrait récemment à cette violence antillaise, un article intéressant. Il déplorait l'influence des médias, des clips, et de ce que certains appellent « notre culture » ( clips violents, et à la limite de la pornographie, détestable spectacle du comportement dévoyé des politiciens, et de beaucoup de ceux qui, traditionnellement étaient présentés comme des modèles, le chômage qui laissant désoeuvrée une partie importante des jeunes gens les expose à la délinquance, etc ) sur le dévoiement, notamment de la jeunesse.

Sur le rôle souvent délétère des médias, notre confrère semblait reprendre à son compte les éléments d'un rapport sur ces médias et la violence, qui pour avoir été publié en 2002, n'a hélas rien perdu de sa pertinence ( Les medias et la violence : http://www.lescrutateur.com/2016/01/montee-en-puissance-de-la-violence-en-gpe-comme-ailleurs-pourquoi-taubira-doit-partir.html ).

Toutes ces analyses sont intéressantes, comportent leur part de vérité, ( on lira par exemple du psychologue Errol Nuissier l'ouvrage intéressant Les violences dans les sociétés créoles. Caraïb-éditions ) mais je les crois insuffisantes.

Je suggérais, en commençant que des causes plus générales et fondamentales existent, qui donnent à la crise actuelle une gravité qu'elle pouvait ne pas avoir eu en d'autres temps, une crise métaphysique et spirituelle, une crise du sens. Et tant pis pour les « importants » qui hausseraient les épaules.

Gabriel Marcel disait qu'un homme agit toujours en fonction de l'idée qu'il se fait de lui-même. Et un autre penseur, le célèbre Alain ( Emile Chartier ) disait, dans le même sens, aux instituteurs : «  ne dites jamais à un enfant qu'il est un voleur. S'il allait vous croire! ».

Il en est de même des peuples ou si l'on veut « de l'Homme ».

Kant posait quatre questions auxquelles, selon lui, il était de la vocation des philosophes de tenter de répondre.

La quatrième de ces questions était : « qu'est-ce que l'homme »?

Or prenons un texte célèbre et représentatif d'une grande culture, qui est par ailleurs une des références de la culture européenne : la culture de la Grèce antique.

Le texte que j'évoquerai est du grand dramaturge Sophocle.

 

L'homme selon Sophocle :

 

chant de l'homme

 

« Nombreuses sont les merveilles du monde,

Mais la plus grande des merveilles reste l'homme.

A travers la mer blanchissante,

II court, le vent du Sud en poupe,

II va, sous les vagues gonflées

Dont le bruit l'environne.

Et la divinité qui ne cède à personne,

La terre inépuisable et porteuse de grains,

Au soc de ses charrues chaque année ramenées,

II l'a usée et, retournée

Avec les fils de ses poulains.

Le peuple des oiseaux légers, II le capture et l'emprisonne;

Les bandes des bêtes sauvages,

Les tribus marine des vagues,

Dans les replis de ses filets tressés,

II a cent ruses pour les prendre.

Il dompte aux lacets de ses pièges

La bête fauve des hauteurs et des espaces,

Et sous le double joug il mène

Le cheval au col chevelu,

Et le fier taureau des montagnes.

Et le langage, et la pensée ailée,

Et l'esprit poli des cités,

II a appris à les connaître.

Il sait fuir sous son toit les coups de la gelée,

Et ceux de la pluie importune.

Il est l'.Être aux mille ressources,

Et jamais l'avenir ne le prend -dépourvu.

Il sait l'art d'échapper aux maux inguérissables.

Seul le pays des morts peut arrêter sa course.

Sage dans ses moyens,

Inventif au-delà de toutes espérances,

II va tantôt au mal et tantôt vers le bien.

Quand il est Maître des cités,

II mêle les lois de sa terre

Aux droits qu'il a juré par les dieux d'observer.

Il n'est point digne de régner,

S'il fait le mal et s'il persiste dans l'audace.

Qu'il ne soit point assis à mon foyer,

Qu'il n'ait point avec moi une pensée commune,

L'homme mauvais!

( Sophocle, in Antigone.  Traduction Robert Brasillach )

 

L'Homme selon Nietzsche .

 

Or la Grèce antique s'effaça peu à peu de l'horizon culturel de l'antiquité, et fut comme on sait « colonisée » par Rome, la nouvelle étoile montante de l'imperium. Or l'ambitieuse Rome, était plus pragmatique qu'intellectuelle mais, heureusement pour elle, non dénuée de cette intelligence qui oblige à la reconnaissance chez l'autre des vertus qui vous manquent. Rome, admirant les « grands Grecs » s'incorpora leurs vertus intellectuelles; ses élites s'hellénisèrent. On connait la formule célèbre du poète Horace : « La Grèce conquise conquit son farouche vainqueur et porta les arts au sein du Latium rustique ». 
Et quand vint le tour de Rome de tomber sous les coups des barbares, vers le V ème siècle de notre ère, l'Eglise catholique entreprit de fonder la nouvelle civilisation européenne, qui atteignit son apogée aux XII et XIII ème siècle après Jésus-Christ, synthèse d'Athènes, de Rome et de Jérusalem.

Civilisation qui commença, dès le XIV ème siècle ( Guillaume d'Ockham et la querelle des Universaux ) a être taraudée par un nouveau virus.

Quoiqu'il en soit c'est sur les données reçues de Rome, Athènes et Jérusalem que vit encore ( de moins en moins ), l'idée organisatrice, l'architectonique de notre civilisation, et l'idée de l'homme dont elle se nourrit, et dont au XX ème siècle encore le père Festugière décrivait le bel idéal : : « Une âme s’élève au contact de l’héroïsme et de la beauté. S’il n’a jamais dans quelque salle de collège, pleuré avec Achille sur le cadavre de Patrocle, ou pris la main d’Antigone quand elle descend à la tombe ; s’il n’a point contemplé sur le radeau d’Ulysse la mer immense, ou soutenu le vieil Œdipe à l’orée du bois de Colône, ni dansé avec les mystes, ni poursuivi dans la nuit des bacchantes, un garçon a perdu son temps ».

Mais au XIX ème siècle ce bel idéal était déjà fortement ébranlé.

Frédéric Nietzsche, dans son célèbre ouvrage Ainsi parlait Zarathoustra, voit très bien le ver qui de l'intérieur ravage le fruit. Il décrit le nouveau « modèle » qui s'affirme, et que l'on propose, en 2016, à la jeunesse de nos nations.

Il le définit sous l'appellation de « dernier homme ».

Je ne peux reproduire ici l'ironique et éclatante beauté, tragique aussi, du texte nietzschéen, que je résumerai en cinq points :

 

1 ) Le dernier homme se caractérise par l'impuissance, l'impuissance de la création. Il ignore  le sens des mots amour, création, étoile, désir.

 

2 ) Il ne comprend pas vraiment le monde, car ne supportant pas le soleil ( une image symbole, bien sûr ) il ne peut répondre aux questions qu'on lui pose à cet égard. Le soleil l'insupportant, il répond par des clignements d'yeux complices, à la façon d'une fille de joie, qui ne peut donner, évidemment que ce qu'elle a.

 

3 ) Appauvrissement du regard, d'où amenuisement de toute chose à sa propre mesure de puceron de la culture.

 

4 ) Héraut de l'insignifiance, il proclame la venue du bonheur, conçu à la mesure d'un GO du Club Méditerranée.

 

5 ) Et, il incarne, si l'on peut dire l'épuisement de tout idéal, perçu comme une illusion, au niveau du « jouir sans entrave » qui triomphe depuis mai 68.

 

Le dernier homme est l'enfant d'un crime, dont Nietzsche affirme être lui-même la victime ( tout en s'efforçant d'en trouver le remède dans la création d'un surhomme problématique ),  qu'il regrette, crime qui est l'assassinat de Dieu, par l'humanité en décadence. ( voir la copie d'une page de Nietzsche, parmi les photographies illustrant cet article ).

Nietzsche, penseur ambigu et génial, contradictoire et offrant tour à tour le meilleur et le pire dans son oeuvre tourmentée, a parfaitement prévu l'abaissement de la culture engendré par l'assassinat de Dieu, et le sous-homme qui nait de ce crime.

 

L'Homme selon Deleuze et Guattari.

 

 

De Nietzsche à la deuxième partie du XX ème siècle la décrépitude de l'idée de l'Homme, s'est accentuée au point de devenir une image obscène et décrépite.

Ecce Homo, voici l'homme ( une machine désirante ) tel qu'il est défini par le professeur en Sorbonne Gilles Deleuze  et le psychanalyste Guattari dans leur livre commun, L'anti Oedipe : Cette réalité ( qu'est l'homme ) n'est pas, une substance homogène : elle est faite d'une multiplicité de machines qu'il ne faut surtout pas confondre avec des organes liés voire hiérarchisés dans un organisme. Les machines désirantes sont impersonnelles et toutes égales : « Ça fonctionne partout, tantôt sans arrêt, tantôt discontinu. Ça respire, ça chauffe, ça mange, ça chie, ça baise ! Quelle erreur d'avoir dit le ça. Partout ce sont des machines, pas du tout métaphoriquement : des machines de machines, avec leurs couplages, leurs connexions » (A.O., p. 7). Les machines associées produisent des flux et des coupures de flux : « Une machine-organe est branchée sur une machine-source : l'une émet un flux que l'autre coupe. Le sein est une machine qui produit du lait et la bouche, une machine couplée sur celle-là » (ibid.)... « Le désir fait couler, coule et coupe... flux de cheveux, flux de bave, flux de sperme, de merde ou d'urine qui sont produits par des objets partiels, constamment coupés - par d'autres objets partiels, lesquels produisent d'autres flux, recoupés par d'autres objets partiels » (A.O., pp. il et 12). La loi de la production est que toute machine soit à la fois productrice de flux et « système de cou­pures » (ibid., p. 43), coupure qui est productrice (p. 50) : Ainsi, « la machine-anus et la machine-intestin, la machine-intestin et la machine-estomac, la machine-estomac et la machine-bouche, la machine-bouche et le flux du troupeau » (« et puis, et puis, et puis... ») (A.O., p. 44). « La coupure est productrice » (p. 50). Les objets partiels résultent d'un prélè­vement sur un flux non personnel : « Ils sont des pièces dans les machines désirantes : le prélèvement sur un flux entraîne un détachement fragmentaire. « II faut bien comprendre que les objets partiels ne sont pas, l'expression d'un organisme morcelé » (p. 390). Au contraire, l'organisme est un effet second et illusoire qui opprime les désirs.

Et plus loin le point d'orgue de nos auteurs sur la « réalité humaine » : « S'il est vrai que tout objet partiel émet un flux, ce flux est également associé à un autre objet partiel pour lequel il définit un champ de présence potentielle lui-même multiple (multiplicité d'anus pour le flux de merde) », A.O., p. 388.( sic).

 

Nous voici bien éloigné de Sophocle, de Platon, de Montaigne, de Bergson ou de Gabriel Marcel, ou du modèle humaniste résumé par le père Festugière, et qui était encore celui, proposé, vaille que vaille, par les instituteurs et les professeurs de l'enseignement, en France, jusqu'au milieu des années 1960.

Et si l'homme n'agit qu'en fonction de l'idée qu'il se fait de lui-même, on devine quels peuvent être les objectifs, des éléments les plus avancés de notre société ( comme ces fromages tellement avancés qu'ils sont devenus immangeables ).

On me dira que Deleuze et Guattari ne sont lu que par une minorité d'intellectuels Et c'est vrai, mais cette minorité est celle qui « possède » les esprits ceux qu'ils instruisent et qui peuplent en nombre toujours plus grand les chaires de nos écoles, et les postes d'animateurs sur les grandes chaines de télévisions et de radio, qui fournissent en clips, et en thèmes les jeux videos de toutes sortes, où la violence et la pornographie imbibent les imaginations.

Que peut bien ressentir un jeune qui tire à bout portant sur le visage d'un commerçant lui refusant la recette de la journée. Est-ce le sentiment d'une atteinte fondamentalement injuste et criminelle, où le simple mime de ce à quoi il a pu s'exercer depuis des mois sur des simulacres de jeux videos? Et il n'y a pas que les jeunes des quartiers miséreux qui sont concernés. Pensons à tous ces jeunes de milieux bourgeois, qui en boite de nuit, ou dans leurs chambre de quartiers cossus, se shootent à la cocaïne.

Peut-être comprend-on mieux ce que j'ai voulu dire, non pour désarmer, et décourager, mais pour éclairer, informer, et se donner du coeur pour les combats à venir.

Les causes dénoncées habituellement comme déterminantes des comportements de violence, existent bien sûr, mais il en est d'autres, plus importantes, encore, mais aussi plus subtiles, plus cachées, plus difficiles à détecter.

Le combat intellectuel de déchiffrement est capital. Ce n'est pas celui qui est le plus activement mené dans le monde de peur aveugle mêlé de paresse moite où nous vivons.

Et puis, rien ne ne m'empêchera de penser, et....de DIRE, que l'un des meilleurs bastions de la résistance est l'Eglise catholique. Je ne suis pourtant pas un « cul-béni » comme disent les  Deleuze et Cie, et d'autres bien plus bêtes, eux!.

Mais le bastion dont je parle, malgré ses défauts d'institution humaine, n'a pas perdu le sens de l'idéal, il loue le Soleil ( un symbole, évidemment ) et ses membres ne sont pas tous des pucerons culturels. Et puis, c'est un bastion ouvert, quoique vigilant à l'égard des saboteurs, et puis parce qu'il faut se réserver des « sorties » pour les commandos armées de la lumière.

De bonnes petites échauffourées qui ne font de mal à personne, en particulier à ceux qui, sans le savoir toujours en ont le plus besoin.

Nous avons nos Astérix, ...par Toutatis !

 

E.Boulogne.

 

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Autres articles sur le même sujet publiés ( entre autres ) par Le Scrutateur.

 

( I ) Dolto ( en 2011 ) : Violence :vigilance orange en Guadeloupe : http://www.lescrutateur.com/article-violence-vigilance-orange-en-guadeloupe-par-dolto-87266006.html

 

( II ) D'Errol Nuissier ( psychologue ) en 2009 :

« Il nous semble que le mouvement social du premier trimestre de 2009 (mouvement LKP) de par son jusqu’au boutisme, ses slogans et surtout son incapacité à participer à la vie publique pour faire des propositions et participer à l’évolution des choses, a exacerbé d’une part la souffrance des relations interpersonnelles déjà présente dans le pays, a augmenté les incertitudes et les angoisses des populations les plus fragiles, a accru le mépris de nous-mêmes, a exacerbé le racisme et la xénophobie et au-delà de tout cela, a légitimé la libération sans contrainte, ni culpabilité, de la pulsion de destruction présente chez tout être humain normalement constitué. En effet, il nous a appris à nous haïr nous-mêmes, à cracher sur nos élus, sur nos chefs d’entreprise, sur les gens qui sont représentatifs de ce pays et à défier tout ce qui venait de la France. » ( voir surtout, de cet auteur Les violences dans les sociétés créoles. ).

 

 

( III ) Le transhumanisme : Un rêve de décivilisation ( sur le transhumanisme, ou sur tout autre sujet qui vous intéresse, tapez-en le titre, un mot le concernant dans le petit rectangle « recherche », en haut et à droite de la page d'accueil.  Les liens concernant ce centre d'intérêt vous apparaitront alors, s'ils ont fait l'objet d'article que notre blog, qui comporte tout de même plus de 5400 articles publiés à ce jour.  http://www.lescrutateur.com/2014/10/le-transhumanisme-un-reve-de-decivilisation.html

 

 

3 ) Une page de Nietzsche sur La mort de Dieu. 4 ) Ceux qui ont gardé la lumière ( le soleil ). 5 ) Le transhumanisme. 6 ) Image non dépourvue de signification. .
3 ) Une page de Nietzsche sur La mort de Dieu. 4 ) Ceux qui ont gardé la lumière ( le soleil ). 5 ) Le transhumanisme. 6 ) Image non dépourvue de signification. .
3 ) Une page de Nietzsche sur La mort de Dieu. 4 ) Ceux qui ont gardé la lumière ( le soleil ). 5 ) Le transhumanisme. 6 ) Image non dépourvue de signification. .
3 ) Une page de Nietzsche sur La mort de Dieu. 4 ) Ceux qui ont gardé la lumière ( le soleil ). 5 ) Le transhumanisme. 6 ) Image non dépourvue de signification. .

3 ) Une page de Nietzsche sur La mort de Dieu. 4 ) Ceux qui ont gardé la lumière ( le soleil ). 5 ) Le transhumanisme. 6 ) Image non dépourvue de signification. .

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