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Publié par Edouard Boulogne

Que veut dire "lutte fraternelle" ?
Que veut dire "lutte fraternelle" ?
 
Il n'est pas impossible que certains "frères" en aient une idée précise. En ce cas, ils seraient bien les seuls.
 
En tout état de cause, ce cher Raffarin fait preuve d'un talent à toute épreuve, ressuscitant la fraîcheur de ses raffarinades que l'on avait déjà oubliées, car, il faut bien le dire, c'est peut-être la seule trace qu'il aura laissé de son passage à Matignon. Une multitude d'improbables saillies (comme on dit dans le langage d'aujourd'hui) déclinant toutes les palettes du grotesque, sans jamais faillir à une béatitude certaine de leur auteur quant à l'évaluation de ses propres mérites. 
 
Peut-être M. Raffarin pourra-t-il espérer, en raison du service rendu, une place d'huissier à Matignon. Qui sait peut-être pourra-t-il même accéder au grade d'aboyeur à l'Élysée ?
 
Quand on pense que Mitterrand avait traité Giscard, à la télévision, de "petit télégraphiste de Varsovie" ! Mais là n'est pas le sujet.
 
La dernière fois que les stratèges de la "droite" ont eu une idée aussi magistrale, c'était en 1997. L'idée était si bonne qu'elle est définitivement associée à M.M. de Villepin et Juppé, promoteurs de cette riche initiative et par ailleurs premier et dernier Premier ministre de Chirac.
 
Revenons en arrière, et observons que depuis des lustres, la “droite” la toujours eu besoin de préalables. La lutte contre le Front National en est un exemple : son éradication est, depuis 1986 déjà, la condition nécessaire et suffisante, à la fois pour l’exercice de la démocratie, pour le triomphe politique des formations installées qui se prétendent de droite (ce que contredisent tous les indicateurs depuis 40 ans, à l'exception de la période héroïque allant de 1981 à 1986) et pour la victoire de la France sur la malédiction de ses configurations exceptionnellement françaises. Revenons pour cela en 1997, précisément, puisque M. Raffarin fait partie du triumvirat des Premiers ministres de Chirac - dont il faut exclure M. Jospin pour des raisons évidentes) - et que n'ayant pas été personnellement partie prenante dans la très tactique dissolution de cette année-là, il faut bien qu'il se rattrape, quitte à le faire 18 ans plus tard, par une manœuvre destinée, elle aussi, à remettre en selle la gauche au moment où les Français ont exprimé de la manière la plus formelle leur exaspération pour l'exercice du pouvoir par les socialistes de François Hollande.
 
La dissolution de 1997 fut "vendue" à l'opinion sous le double argument de conforter dans le temps la majorité présidentielle à la Chambre (arme infaillible du succès, évidemment) afin de mener à bien la l'action du providentiel tandem Chirac-Juppé. À l'arrivée aux manettes de ces deux-là, ils ne disposaient que de 85% des sièges. Seulement ! C'est sans doute pourquoi les stratèges du RPR ont eu l'intuition très inspirée de se priver d'une pareille représentation en interrompant le cours de la législature après que Juppé eut exaspéré les Français pendant deux ans et avant que "le meilleur d'entre nous" pût profiter de l'année restante pour se rattraper éventuellement. Sans doute les cerveaux mobilisés autour de cette réflexion stratégique espéraient-il 110 ou 115 % des sièges ? Les raisonnements de la "droite" sont parfois si surprenants !
 
L'autre motif impératif de se priver d'une représentation aussi inespérée que celle en place en 1997 était la nécessité de lutter contre le Front national. Priorité prioritaire, à n'en pas douter.
 
Hé oui ! le Front national, déjà, faisait partie des leviers de la pensée de la "droite", en particulier pour ce qui est de la dissolution de 1997. Or, lorsqu’un chef de l’État inscrit  la lutte contre le Front National au cœur de la décision qui le font dissoudre l’Assemblée Nationale, quelqu’un pourrait lui suggérer que le moyen n’est pas infaillible. Pas davantage pour détruire le Front national que pour retrouver une majorité de confort. Du reste, Jospin succéda alors à Juppé, ce dont les Français - même lorsqu'ils n'étaient pas socialistes, ne se plaignirent pas trop. Certes, il institua les 35 heures, mais c'était peut-être le prix à payer - quand on n'aime pas, on ne compte pas - pour se débarrasser de l'arrogant M. Juppé et de son élocution à la ventilation un peu forcée qui ne donne qu'à lui l'illusion qu'il s'exprime comme les gens bien nés. 
 
Par la suite, personne n'ayant expliqué leur erreur aux grands sachants du RPR, les animateurs de cette formation politique beaucoup plus forte de ses réseaux que de ses convictions n'ont toujours pas compris que pour faire de la gauche, les Français considèrent à juste titre la gauche beaucoup plus qualifiée que le RPR (autrement dénommée l'UMP ou Les Républicains) qui, pour sa part, n'a n'ont jamais su s'il était à droite, au centre ou à gauche, et ne sachant même pas quels principes fondamentaux peut revendiquer la droite. Le créneau de la gauche étant occupé par une concurrence jalouse de son appartenance, quelques quêteurs de gloire, souvent issus de l'École Nationale d'Ambition, on cru que l'étiquette ferait le vin. 
 
Bref ! Raffarin a rejoint ses prédécesseur et successeur - collègues Premier ministre - au Panthéon de ceux qui s'assurent l'immortalité par la qualité exceptionnelle de leurs initiatives.
 
Il y a fort à parier que la "lutte fraternelle contre le chômage" aura pour seul résultat le partage fraternel de la responsabilité du fiasco de la politique idiote et suicidaire poursuivie par Hollande depuis son accession au pouvoir, et dont le chômage n'est jamais qu'une des conséquences directes.
 
M. Raffarin, et le parti qu'il engage aujourd'hui dans ses élans fraternels nous fait une fois de plus la démonstration du boomerang français, celui qui ne revient jamais là où l'attend celui qui l'a lancé, et l'hypothèque du chômage sur la candidature de Hollande en 2017 s'en trouvera levée. Certes, connaissant les usages de la maison elle l'aurait été de toutes les façons, mais il vient de passer commande auprès de M. Raffarin de la caution solidaire dont il avait besoin en termes de bla-bla-bla. Un peu comme les Allemands, grâce au pacte germano-soviétique, devinrent caution solidaire des Soviétiques pour le massacre de Katyn et durent supporter tous les dépens au procès de Nuremberg.
 
Mais n'en doutons pas : M. Raffarin aura droit aux plus chaudes félicitations de la presse sous toutes ses formes. Voilà qui fera certainement très plaisir à M. Raffarin.
 
 
 
 
 
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