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Publié par Edouard Boulogne

Maître Félix Rodes est mort, par Edouard Boulogne.
Maître Félix Rodes est mort, par Edouard Boulogne.

J'apprends à l'instant par un appel téléphonique d'un ami commun, qui lui était très proche ( Numéricable n'ayant toujours pas rétabli la télévision dans le quartier de Pointe-à-Pitre où je réside ) la mort de maître Félix Rodes, âgé de 90 ans, éminent Guadeloupéen, avocat célèbre, ancien bâtonnier de l'ordre des avocats de la Guadeloupe, survenue à 16h30 en cette après midi du 1er décembre 2015.

J'apprends cette nouvelle avec une tristesse non feinte, malgré tout ce qui nous séparait sur le plan politique.

J'ai choisi en guise d'hommage deux textes le concernant parus dans le Scrutateur, que je ne modifie en rien. La polémique qui y paraît à plusieurs reprises aurait été acceptée par le défunt, qui s'intéressant à la politique, écrivant sur elle, n'appartenait pas à la classe des flatteurs et des politiciens qui exaltent souvent avec impudence, ce qu'ils ont la veille encore cherché à abattre, par des moyens que la morale et le sens de l'honneur interdisent à toute âme bien née.

Je sais d'ailleurs que le respect que je lui portais ( non la crainte ) était partagé en retour par le célèbre tribun. Je le sais directement, mais aussi par des témoignages indirects d'amis communs, me rapportant des confidences, qui probablement avaient été faites ...pour être rapportées.

Voici donc en deux temps, mon unique hommage à Félix Rodes.

Sans ordre chronologique le premier, qui fut écrit en 2014 quand le bâtonnier Rodes décida, à 89 ans de se retirer du barreau.

Le deuxième, un peu plus ancien date de 2008, quand je rendis compte d'un hommage télévisuel sur RFO-Guadeloupe qui lui fut rendu.

J'illustre ce témoignage de quelques images qui ne font pas de concession à l'usage de ne parler d'un défunt que sur le mode de la mièvrerie. Plusieurs de ces images, notamment des caricatures, ont été d'abord publiées dans le mensuel Guadeloupe 2000.

Je pense que les lecteurs qui comptent à mes yeux ( je suis persuadé qu'il en allait de même pour le disparu ) ne s'y tromperont pas. ( 19h55 ).

 

Edouard Boulogne.

 

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Maître Félix Rodes se retire du barreau. ( 2014 )

 

Je disais récemment, et incidemment, à propos d'autre chose, mon admiration juvénile en....1955, pour Louison Bobet, le champion cycliste de ces années là. Vers 1960, toutefois, le champion, l'âge étant venu, déclinait. Il ne renonçait pourtant pas, semblable à ces vedettes du grand théâtre, ou de l'opéra ( ainsi fut-il par exemple récemment de Luciano Pavarotti ) qui multiplient à l'envi leurs adieux à la scène ( 33 concerts d'adieux avaient été prévus pour Pavarotti, que seule sa mort put interrompre ! ). .

Pour Louis Bobet, en 1960, je crois, le col du Grand Saint-Bernard porta le coup de grâce. L'interminable montée fut un calvaire. Louis le Grand ( deuxième du nom, pour le futur scrutateur ) allait abandonner. Il monta cependant jusqu'au sommet, et là, noblement, il descendit du vélo ( Mercier-Bobet ) et, au journaliste qui lui disait «  donc vous abandonnez » il répondit « un Bobet n'abandonne pas. Il se retire ». Ainsi parlait-on, dans les milieux sportifs en ces temps archaïques.

Ainsi pourrait-on dire de maître Félix Rodes, ancien bâtonnier de l'ordre des avocats de la Guadeloupe, dont la presse nous apprend qu'il prend à presque 90 ans, sa retraite. Félix, n'abandonne pas. Il se retire. Sans doute n'a-t-il pas perdu ses moyens intellectuels, sa fougue, son caractère. Mais la résistance physique compte aussi dans les joutes oratoires des prétoires de justice. Et la cause, occasionnelle, de ce regret, la perfide chicungunya dont il vient d'être atteint, n'est certainement pas pour rien dans cette, probablement, sage décision.

L'on s'étonnera peut-être de cet avis, somme toute sympathisant, que je donne de l'illustre basse-terrien, dont beaucoup de choses me séparent sur le plan politique.

Mais, outre que Me Rodes, dans une interview à France-Antilles, déclare ne plus être « indépendantiste », et qu'il est un Français de raison ( je le suis, moi, de raison, et de coeur ), il faudrait toutefois finir par convenir qu'il n'y a pas que la politique dans la vie, que d'autres qualités existent aussi qui conditionnent ou non le don de l'estime.

Je le dis, sans ignorer une minute que Félix Rodes peut demain se positionner de telle sorte que je me crois obligé de lui porter la contradiction avec force et sans concession, à ma manière ( qui est aussi, parfois, la sienne ).

Mais enfin je salue celui qui est un homme, qui a du talent, pas seulement d'avocat, mais aussi de comédien et d'acteur, non point sur une scène de théâtre mais sur la place publique. Et je suis certain qu'il ne me contredira pas.

J'expose tout cela, et même un peu plus, dans un article sur lui, que j'avais publié, ici-même, en 2008, et que je vous invite à lire, si je n'ai pas, déjà, abusé de votre temps.

 

Edouard Boulogne.

 

Un portrait de Me Félix Rodes sur RFO-Guadeloupe ( 2008 ).

 

Ce soir (4 juin 2008) l’ancien Bâtonnier de l’Ordre des avocats de la Guadeloupe, maître Félix Rodes, était l’invité de RFO-Guadeloupe dans le cadre de l’émission « Mémoire de la Guadeloupe ».

Je ne m’attarderai pas sur les approximations de l’émission.

Par exemple, Me Rodes affecté selon une journaliste d’une voix gutturale, c’est-à-dire rauque, qu’il n’a pas. Il fallait dire « grave », ou de « basse profonde », de « bronze », ce qui pour un avocat est un atout dont certains savent jouer, et Félix…très bien !

Sur le contenu, glissons aussi, rapidement. Me Rodes est un personnage. Il est Guadeloupéen, il aime la Guadeloupe, c’est son pays. C’est le mien aussi. Je ne l’aime pas moins que lui. Ce qui ne fait pas de moi, un « indépendantiste ».

En choisissant de rester sur RFO, je savais tout (oui, tout !) ce que j’entendrais.

J’ai quand même suivi l’émission, assez brève d’ailleurs, une vingtaine de minutes, avec intérêt, et, je dois le dire, un constant sourire.

D’abord parce que je suis « rodé » si je puis dire au personnage, et puis aussi, dussé-je en étonner quelques-uns parce que le personnage ne m’est pas antipathique.

Félix a donné comme d’habitude, dans l’outrance.

200 morts,  à Pointe-à-Pitre, lors des évènements de 1967 (voir à ce sujet l’article du Scrutateur : Mai 1967 en Guadeloupe).

Seulement ! a t-on envie de dire. Vous verrez que prochainement un de ces petits péteux qui ont entrepris de saouler la Guadeloupe de leurs fantasmes de névrosés, diront 300, 400, ou davantage. Pourquoi pas ? Nous ne sommes pas dans l’histoire, mais dans la « mémoire", ce qui est très différent.

Avec Félix, c’est autre chose. Je ne l’accuse pas de mauvaise foi, mais (c’est encore autre chose, de dangereux, pas pour lui, malheureusement, mais pour la Guadeloupe) de jouer un peu trop, et même de surjouer.

Me Rodes est un acteur. Il en fait trop. Je note tout de même que s’en prenant à l’ex gouverneur Sorin, à rebours de ce qu’ont pensé les hommes du peuple qui l’ont connu, il n’a pas été jusqu’à traiter cet homme remarquable « d’officier allemand, nommé par Hitler », ( Voir mes deux lettres au Recteur de l’Académie de Guadeloupe M.Miossec) ce qui figure sur un site officiel de l’Académie de notre département. ( Figurait. Cette assertion a fini par être supprimée du site en question après que j'en ai parlé personnellement à l'ancien recteur d'Académie, M. Miossec, qui n'était pas au courant des « fantaisies » de certains ( es ) de ses subordonnés. Note du Scrutateur le 05 août 2014 ).

Je connais un peu Me Rodes. Il y a peu d’années, il me demanda par l’intermédiaire du regretté Raymond Viviès de servir de témoin à décharge dans le procès intenté à Ibo Simon, dont il était l’avocat, parmi d’autres, dont Me Tony Jabbour.

J’acceptai parce qu’Ibo Simon, homme du peuple,  maladroit certes dans ses expressions était victime d’une chasse à l’homme menée par d’hypocrites organisations « antiracistes », et une flopée de petits bourgeois avides de promotions et soucieux de se faire, à bon compte,  une notoriété.

 

Je le connais, mieux pour l’avoir lu, durant des années dans son journal « Le progrès Social », qui navigue sur d’autres eaux que celles où je croise d’ordinaire, mais qui, à une époque, eut une certaine tenue.

 

J’ai lu également quelques-uns de ses livres, dont « Le décret du 16 pluviose An II ».

 

Je l’ai rencontré aussi dans une célèbre émission de télévision , en 1989, où nous nous affrontâmes sur le thème des « Droits de l’homme et de l’esclavage ».

 

L’émission fit date. L’affrontement fut sans concession mais courtois de part et d’autres.

Nous nous serrâmes la main deux fois ce soir là.

 

Avant l’émission dans les coulisses de TV/Eclair au Baillif. Je l’y trouvai seul, en attente dans un studio, tendu. Je ne l’étais pas moins. Il me sourit d’un air contrit.

Et puis après l’émission, plus guillerets, l’un et l’autre ayant conscience d’avoir joué au mieux nos rôles.

 

Entre-temps la joute avait été chaude. Sur TV Eclair, à l’époque on ne savait jamais à quelle heure commençait au juste une émission, ni surtout quand elle se terminerait.

Celle-ci dura plus de deux heures. Il était 23 heures passées quand j’entrepris, fort las, sans avoir soupé ( ni bu le plus petit whisky, ou un bon Bologne ) de rejoindre Pointe-à-Pitre où je devais recevoir mes chers élèves de terminale dès 7h15.

Quelques jours après je vis cette émission en différé (pendant l’émission, on est trop occupé pour "voir" quoi que ce soit) chez mon ami Luigy Colat-Jolivière.

Celui-ci me fit remarquer que pendant que je répondais à l’une de ses assertions, Félix Rodes ne manifestait aucune animosité. « Ce regard n’exprime, me dit-il, aucune animosité, on peut même y lire une certaine bienveillance ». Et il me semblait n’avoir pas tort.

Un acteur donc, non dépourvu d’un certain humour, malgré les apparences ( donc pas de ces cabotins qui prétendent à sa succession ! ). Durant l’émission déjà évoquée, le théâtreux, entre deux mouvements de manche, se compara sans pudeur excessive à …. Mirabeau. Et l’on voit pourquoi, outre le talent d’orateur, il pouvait être justifié d’invoquer un tel patronage.

L’émission, ai-je dit, avait été rude. De sang froid, je songeai à ce poème de « La légende des siècles », de Victor Hugo, dont, il me semble, Félix Rodes ne déteste pas le goût des antithèses, et la rhétorique flamboyante.

C’est à la fin d’un interminable combat de ces géants de la chevalerie que furent Roland et Olivier.

Le poète écrit :

 

            « …Plus d’épées en leurs mains, plus de casques à leurs têtes.

            Ils luttent maintenant, sourds, effarés, béants,

            A grands coups de troncs d’arbre, ainsi que des géants ».

 

Et plus loin, alors que la joute ne finit toujours pas, Olivier s’arrête et dit :

 

            « Roland, nous n’en finirons point.

            Tant qu’il nous restera quelque tronçon au poing,

            Nous lutterons ainsi que lions et panthères.

            Ne vaudrait-il pas mieux que nous devinssions frères ? ».

 

Et Roland y consent, et il épouse la belle Aude, sœur d’Olivier.

 

Mon cher Maître Rodes ne croyez-vous pas qu’Olivier est sage ? D’une sagesse dont aurait bien besoin notre Guadeloupe à vous et à moi ?

Mais cela leur fut plus facile qu’à nous, hommes du 20è siècle, dont le moindre des combats, et les plus mesquins même, est ultra médiatisé, transformant en affaire d’Etat, la peccadille la plus minuscule ?


 

La chevalerie avait ses chances, RFO n’existait pas ! ( RFO....n'existe plus. Et si, de mon point de vue, Guadeloupe 1ère qui l'a remplacée « peut mieux faire », comme disent les professeurs, je reconnais que des progrès sensibles y ont été faits depuis quelques temps. Ajouté le 1er décembre 2015. EB ).

 

Edouard Boulogne.

 

Maître Félix Rodes est mort, par Edouard Boulogne.
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renaud dourges 02/12/2015 23:01

la première fois que je l'ai vu, c'était un 21 juillet, fleurissant le buste de Victor Schoelcher à Basse -Terre un homme de convictions et non de haine comme bien d'autres "nationalistes" guadeloupéens

Louis Phine 02/12/2015 14:15

Une page se tourne. Me Rodes était sans doute un de ces hommes dont le moule est cassé. Le moule "républicain", entre autre. La relève, en principe assurée par la génération des soixantuitards, droidelomistes, pleureuses attitrées, professeurs de morale inexistante et autres fruits de l'Inéducation nationale, associations, pensions et subventions ne vaut pas un clou. C'est pourquoi il est difficile de parler de relève, mais plutôt de fin d'espèce.