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Publié par Edouard Boulogne

La chute inattendue de deux grands barons antillais, selon le journal Le Monde.

LE MONDE | 15.12.2015 à 11H12

Fort-de-France et Pointe-à-Pitre, correspondance

 

Aux Antilles françaises, un séisme s'est produit, dimanche 13 décembre, durant le second tour des élections régionales. Alors qu'ils partaient favoris, deux barons ont lourdement chuté : Victorin Lurel, le président sortant (PS) de la région Guadeloupe, et son homologue martiniquais, Serge Letchimy, par ailleurs député (apparenté PS). Leurs adversaires, Alfred Marie-Jeanne et Ary Chalus, ont déjoué les pronostics en formant des coalitions hétéroclites.

 

Espoirs déçus et aspiration au changement

 

Lorsqu'il avait conquis la région en mars 2010, Serge Letchimy avait suscité beaucoup d'espoirs, notamment en annonçant la création de 5 000 emplois. Cinq ans plus tard, difficile de soutenir que cette promesse électorale a été tenue. Son bilan est terni, aussi, par la persistance des embouteillages et le coût élevé des travaux pour mettre en service un transport en commun en site propre entre Fort-de-France et Le Lamentin. Si sa probité n'est pas discutée, il en va différemment de ses soutiens et amis politiques dont les noms sont apparus dans des enquêtes judiciaires. Exemple : Catherine Conconne, première vice-présidente de région, a été mise en examen pour recel d'abus de biens sociaux dans une affaire privée. Le fait que celle-ci ait rendu hommage, sur sa page Facebook, à l'un des protagonistes d'une fusillade meurtrière dans une boîte de nuit de l'île, durant laquelle il est mort, a renforcé le malaise dans une société martiniquaise gangrenée parla violence.

S'agissant de Victorin Lurel, c'est moins son bilan au terme de deux mandatures à la présidence de la région que sa personnalité qui a joué. Le leader de la gauche guadeloupéenne est accusé d'être un « dictateur», un président qui « décide sans consulter » et qui préfère le « je » au « nous », martèle l'un de ses plus vigoureux détracteurs, Guy Losbar, maire (divers gauche) de Petit-Bourg et président de la formation Guadeloupe unie, socialisme et réalités (GUSR).

 

Des alliances hétéroclites

 

Le camp des « patriotes », emmené par Alfred Marie-Jeanne, et la droite insulaire ont décidé de fusionner leurs listes afin, disent-ils, de sauver la Martinique. Leur pacte, jugé contre-nature par beaucoup d'observateurs, a provoqué un choc dans l'île. « Je ne lui ai pas demandé de se renier et il ne m'a pas demandé de me renier», justifie M. Marie-Jeanne en parlant de son partenaire, le chef d'entreprise Yan Monplaisir. Le leader du Mouvement indépendantiste martiniquais (MIM), qui, à l'Assemblée nationale, siège au sein du groupe Gauche démocrate et républicaine (majoritairement composé d'élus communistes), assure mettre en avant l'intérêt général au-dessus de tous les clivages politiques. S'il l'a emporté, dimanche, c'est surtout grâce à sa personnalité.

En Guadeloupe, Ary Chalus avait décidé de se lancer à la conquête de la région, peu de temps après la victoire socialiste aux départementales de mars face au divers gauche Jacques Gillot-dont il est proche. Aidé du parti GUSR, l'élu sans étiquette va monter une liste composée de personnalités politiques diverses : des déçus de Victorin Lurel, des nationalistes, des personnalités de droite - comme Marie-Luce Penchard, secrétaire d'Etat chargée de l'outre-mer dans le gouvernement Fillon —, des représentants de l'UDI... Le député (membre du groupe Radical, républicain, démocrate et progressiste) bénéficie d'une réelle côte de confiance au sein de la population. Le développement de la ville qu'il administre, Baie-Mahault, plaide en sa faveur.

 

Vers des mandatures mouvementées ?

 

A la Martinique, MM. Marie-Jeanne et Monplaisir se sont engagés autour d'un contrat de mandature. Un document que la plupart des électeurs n'ont pas consulté pour faire leur choix dans l'isoloir. Lorsqu'il était à la tête de la région entre 1998-2004 et 2004-2010, M. Marie-Jeanne avait démontré qu'il pouvait travailler avec ses opposants en élargissant sa majorité, surtout à droite mais aussi à gauche. Il a d'ores et déjà indiqué que la question statutaire ne sera pas mise à l'ordre du jour d'ici à 2021, date des prochaines élections. A 79 ans, son âge est devenu un label de sagesse, pour bon nombre de Martiniquais. Mais certains considèrent qu'il lui sera impossible de conduire sereinement une action avec son nouvel allié, compte tenu de leurs divergences.

 

La question se pose aussi pour Ary Chalus : réussira-t-il à maîtriser une majorité aux sensibilités si multiples? Le nouveau président de la région Guadeloupe a souligné, ces jours-ci, que, pour lui, la brûlante question de l'évolution institutionnelle de l'île était réglée. Sous-entendu : pas question de raviver les divisions à ce sujet. Argument de campagne ou position ferme ?

 

 

Hervé Brival et Olivier Lancien

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