Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Pages

Archives

Publié par Edouard Boulogne

La Chronique d'HECTOR Louis-Maximilien « Bannir le mot opposition : est-ce pour demain ? »

Ça commence mal ! Après deux mois de l’insidieuse rengaine « changez d’avenir », l’on était raisonnablement en droit de s’attendre à un discours fort, énergique et entrainant. Tout au contraire, on a assisté hier, de la part du nouveau Président du Conseil régional de la Guadeloupe, à un discours plutôt convenu qui manquait de souffle, de grandeur et de vision.

 

Si après ce discours la Guadeloupe ne sait toujours pas où elle va, le nouveau Président du Conseil régional de la Guadeloupe sait lui au moins d’où il vient.  

 

Quiconque a dans ses archives le discours du Président Jacques GILLOT, prononcé lors de son intronisation en 2001, à la tête du Conseil général de la Guadeloupe ; quiconque détient donc ce document historique, a dû être terriblement déçu de voir en 2015 Ary CHALUS nous recycler une rhétorique des plus passéistes, un simple discours « gillotiste ».

 

Disons-le sans ambages, hier, de par son discours, le nouveau Président du Conseil régional de la Guadeloupe a fait naitre des doutes et surtout quelques inquiétudes.

 

Comment ne pas douter lorsque l’on entendit Ary CHALUS dire sans aucune gêne « […] je fais appel aux élus de la liste « la Guadeloupe toujours mieux » en leur demandant de me proposer les mesures qui leur paraissent à la fois prioritaires et compatibles avec le projet « changez d’avenir », auquel la Guadeloupe a donné sa préférence ».

 

Quel aveu d’impuissance ! Quelle étonnante reculade !  Où est donc passé celui qui avec l’aplomb d’un magicien affirmait vouloir engager une « nouvelle politique économique » dans le pays ? Où sont donc passées les recettes miracles dites de « croissance verte », « croissance bleue » et autres tutti quanti ?

 

Devons-nous comprendre que tout cela n’était que des couillonnades tout droit sortis des intelligences en surchauffe des officines de communication ?

 

D’où, il faut l’avouer, une gêne indicible mais palpable. Une impression de béance. Une incertitude sur ce qu’il conviendrait de faire immédiatement et sur les priorités à donner dans l’orientation de la gestion du pays.

 

Après toute cette débauche d’arrogance en terme de « nouvelle gouvernance », en appeler aux propositions des élus de la liste « la Guadeloupe toujours mieux », c’est tout simplement consternant et faire montre non seulement d’une certaine faiblesse, mais surtout d’une perplexité sur son propre programme et sa faisabilité.

 

Le doute ne peut dès lors que s’imposer sur ce que cette équipe souhaite exactement pour notre pays. Et surtout, sur les moyens qu’elle compte mettre en œuvre pour y parvenir.

 

Mais plus que des doutes, le discours du nouveau Président du Conseil régional de la Guadeloupe a fait également naitre quelques inquiétudes.

 

Il n’est jamais bon signe de voir un homme politique s’acharner à exercer une police du langage. Et pourtant, sans que personne y trouve à redire, Ary CHALUS affirma avec force et conviction : «…je veux bannir le mot opposition et m’adresser à la minorité… ».

 

Ce faisant, le nouveau Président du Conseil régional de la Guadeloupe affirmait fièrement son héritage « gillotiste ». Car il reprenait exactement les propos tenus en 2001, par le Président Jacques GILLOT, lors de son discours d’intronisation à la tête du Conseil général de la Guadeloupe.

 

« Bannir le mot opposition » ! Vaste programme ! Et paradoxalement, c’est l’homme qui hier encore traitait Victorin LUREL de dictateur, se permet aujourd’hui de proférer une telle mise à l’index espérant ainsi brider la liberté de penser et de dire de ses opposants politiques.

 

Et cela est grave ! Car la démocratie repose sur l’affrontement des idées et la confrontation des projets concurrents. En 2015, la Guadeloupe a plus que besoin de démocratie. Et donc d’opposition. Mais une opposition ferme et respectueuse de la majorité. Une opposition qui s’oppose au projet qu’il a combattu durant la campagne électorale. Une opposition qui enfin contrôle ce que fait la majorité.

 

L’existence d’une opposition ferme et respectueuse de la majorité, est d’ailleurs la condition sine qua non pour que la démocratie guadeloupéenne soit efficiente. Et la Guadeloupe politiquement performante. Dire et laisser penser le contraire est une affligeante aberration, une stupidité politique.

 

De par son essence, la démocratie est la négation du consensus mou, méthode de gestion promue en 2001 et appliquée de 2001 à 2015, par le Président Jacques GILLOT, à la tête du Conseil général de la Guadeloupe. Avec les résultats catastrophiques que l’on sait dans le domaine du transport, de l’eau ou de la petite enfance.

 

En politique, la co-gestion finit toujours dans de dangereuses compromissions et d’inavouables connivences.

 

On peut craindre qu’avec le recours à une telle méthode, le « changez d’avenir » ne se soit rapidement métamorphosé en un dangereux « retour au passé ».

 

Et lorsque l’on connait les parrains idéologiques et politiques du nouveau Président du Conseil régional de la Guadeloupe, comment ne pas être envahi d’inquiétudes quand on entendit Ary CHALUS affirmer : « …je pense avec gravité au mandat que le peuple guadeloupéen m’a confié… » ?

 

Dans un discours d’intronisation, où chaque mot a été pesé puis soupesé, c’est en effet une indication politique des plus inquiétantes.

 

Comment ne pas être des plus inquiets quand de nouveau on entendit dire avec conviction : « … Je l’affirme aujourd’hui, en pesant bien mes mots : nous venons de mener ensemble, notre peuple et nous, un combat qui dépasse l’enjeu de la simple alternance politique.  Un combat pour le respect de la personne humaine, un combat pour la dignité et la responsabilité. Et aussi un combat pour l’identité, car il s’agit bien de révéler au monde qui nous sommes et ce que nous sommes capables d’en faire. Il s’agit de faire en sorte que la Guadeloupe existe… ».

 

J’avoue au lecteur ma consternation et mon ignorance. Que veut dire politiquement tout ceci ? Pourquoi cette insistance sur la notion de peuple ? Et pourquoi mobiliser ici le concept d’identité ? Que veut dire politiquement « faire exister » la Guadeloupe ?

 

A l’aune de l’installation des nouveaux dirigeants de la nouvelle collectivité territoriale de la Martinique, en majorité des indépendantistes et « soixante-quatorzistes » (1), on entrevoit en filigrane où monsieur CHALUS, ses parrains politiques et sa majorité, veulent en définitive en venir.

 

Mais qu’ils soient rassurés, il y aura une opposition ferme et déterminée pour contrecarrer leurs arrières pensées d’autonomistes avançant masqués et d’indépendantistes an ba fey.

 

« Bannir le mot opposition » ! La belle affaire ! En tout cas, c’est pas pour demain !

 

 

HECTOR Louis-Maximilien.

 

***

 

(1) Néologisme pour désigner les partisans pour que la Martinique soit gérée sous le régime constitutionnel prévu par l’article 74 de la constitution française.

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article