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Publié par Edouard Boulogne

Arès ( ou Mars ) dieu de la guerre.

Arès ( ou Mars ) dieu de la guerre.

Petite rubrique matinale, qui à partir d'un texte, d'un événement, d’une œuvre d’art, etc, s'efforce de dégager une signification, un effort à faire, une direction à prendre, que l'on partage ou non cette analyse. Il s'agit de butiner, et d'élaborer son propre miel.

 

Le Scrutateur.

 

Vous aimez la guerre ? Moi non plus. D’ailleurs qui peut aimer cette bête fauve aux multiples trognes ? Les seigneurs de la guerre, peut-être, et je n’en suis même pas certain. Ces saigneurs d’humanité, ces vampires gloutons, affamés du sang des hommes, de préférences des pauvres, ou du moins des fragiles, possédés de la fameuse « auri sacra fames » ( cette exécrable faim de l’or ), ces êtres là, eux-mêmes, pourraient ne pas l’aimer tant qu’il parait à un regard trop rapide. Dans le film des Sept samouraïs, de Akira Kurosawa ( version japonaise, antérieure aux Sept mercenaires, américains, qu’il inspira, avec cette note aristocratique propre à l’empire du Soleil levant, qui lui vaut son incontestable supériorité, sur le film pourtant honorable de John Surgess ), que j’ai vu l’autre nuit, à une heure où ne blanchit pas encore la campagne, je les ai observés, ces bandits, cavaliers intrépides, coiffés de casques cornus de bisons.

Comme le dit entre leur deuxième et troisième assaut du village paysan, un sage samouraï à un jeune paysan pour le rassurer : «Ils ont faim, eux aussi, et eux aussi, ils ont peur ».

Et de fait ils mourront tous, et qui sait si certains n’ont pas invoqué leurs mères au moment du suprême passage.

Eussent-ils survécus qu’ils eussent remplacés les morts, et repris le cours de leur vie aventureuse.

Les paysans, eux-mêmes, ces pauvres, qui selon notre grille des valeurs ( il est plus difficile à un riche d’entrer dans le royaume des cieux, qu’à un chameau… » etc ) appellent nôtre sympathie, ces paysans donc ne font pas montre d’un esprit plus « charitable », dès qu’ils ont pris le dessus sur leurs oppresseurs séculaires, ni d’une reconnaissance visible pour leurs protecteurs samouraïs.

Ainsi va la vie et la violence est là, toute prête à surgir, de presque rien, «  de rien ».

La violence, ou la guerre.

Nous en avons peur, peut-être plus ou moins conscients des effroyables pulsions qui jaillissent de nos profondeurs aussitôt que nos intérêts, nos sentiments, le culte que nous vouons à nos ridicules petits « moi » sont froissés par un mot, un regard, un certain sourire.

Nous avons inventé des systèmes de lois régulatrices, des philosophies de la paix, etc, etc, pour tenter de juguler cette violence et cette guerre.

Mais l’expérience nous instruit de la fragilité de ces édifices. C’est au nom du droit que l’on fait la guerre, entre systèmes juridiques, principes contre principes.

Et qui croit, vraiment, franchement, à la justice de ces guerres menées camp des droits de l’homme, contre camp des droits de l’homme ( dont par exemple la femme est exclue, ou les étrangers, ou les blancs, ou les noirs, etc ).

Oui, nous avons peur de la guerre. Comment l’éviter ? Je ne suis pas prophète, et ne ferai nulle révélation.

Mais je ne crois pas que l’on puisse extirper la guerre, alors que je le voudrais tant. Je l’avoue, ma fidélité catholique ne m’a pas empêché de trouver ridicule le propos du pape Paul VI ( homme par ailleurs estimable ), dans les années 70, qui dans un discours à l’ONU ( ceci explique cela peut-être, et les fumées de Satan y furent sûrement pour quelque chose ) s’écria : « Plus jamais la guerre ». Paroles de politicien plus que de pontife.

On ne l’extirpera pas. Mais à défaut de la paix définitive ( dont les cimetières nous donnent peut-être une idée, diront les tenants de l’humour noir ), il est permis de travailler à éviter le pire, à pratiquer une politique de « containment », de limitation dans le moins mauvais des mondes possibles.

Certains croient réaliser ce « containment », par l’éducation, par le discours philosophique bien pensant, par l’apprentissage de l’humanisme et des « bons principes ».

On pourrait les suivre si l’expérience ne prouvait la vanité de leurs prétentions, et que toujours l’enfer est pavé de bonnes intentions.

Dans les années 1930, le camp des pacifistes pensa conjurer la guerre, qui s’annonçait de façon de plus en plus évidente, par le refus d’entrer, comme disait Alain et ses partisans, où les minables parlementaires français et britanniques, qui refusaient, en préparant des armées modernes et efficaces, d’entrer dans « la dialectique de la violence » ( « intellectuel ! », comme disaient les vieux dans le Muppet Show ).

Hitler recevait ces messieurs, parlementait avec eux, ricanant intérieurement jusqu’à ce qu’il fut en mesure de se jeter sur eux comme l’alligator sur le faon assoiffé, au bord du marigot ). Ni de Gaulle en France, ni Churchill en Grande Bretagne, ne furent écoutés. Après Munich, Churchill déclara à propos des plénipotentiaires des pays dits démocratiques : « ils ont sacrifié l’honneur pour éviter la guerre ; ils auront la guerre, et le déshonneur ».

Une autre façon de tenter d’éviter les guerres, et c’est à elle que va ma préférence, est que l’amour de la paix passe par la préparation de la guerre, pour être dissuasif vis-à-vis des « seigneurs de guerre ».

L’adage latin, fort ancien, nous le rappelle : «  Si vis pacem, para bellum », si tu veux la paix, prépare la guerre.

Pour dissuader les violents, il faut être fort. Cela vaut pour les peuples, comme pour les individus.

Ne l’oublions pas dans ce monde de 2015, si perturbé par des Hitler, plus ou moins bronzés, même si les croissants ont remplacé les croix gammées, sur les oriflammes barbares.

Et n’oublions pas que la guerre, depuis toujours, mais de plus en plus, à notre époque ( avec le développement des moyens de communication moderne ) ne se limite pas aux haches de pierre ou de métal, aux arcs et arbalètes, aux tromblons, au fusils modernes, canons, bombes superpuissantes, etc.

La guerre psychologique, insidieuse, perverse, invisible mais présente, est à l’assaut jour et nuit, elle nous pénètre à notre insu.

Il nous faut apprendre, nous qui, éventuellement ne nous faisons pas d’illusion sur le mirage d’une paix universelle et définitive, à la démasquer, à nous en prémunir, à tenter d’en prémunir les autres par une pédagogie adaptée, et inlassable.

C’est à ces conditions que les hommes de bonne volonté, à défaut d’instaurer la mythique paix universelle et définitive, instaureront peut-être des îlots de paix, qu’ils sauront provisoires et fragiles, mais sans prix, et dont la sauvegarde suffirait à justifier bien des vies.

 

Mégistias.

 

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Nota Bene :

 

Les photographies après les articles viennent compléter ou illustrer l’article de Mégistias. Et notamment la reproduction de deux pages de l’ouvrage de souvenir du philosophe ( remarquable ) Julien Freünd, L’aventure du politique, qui précise les résultats de ses recherches sur le phénomène de la guerre. C’est à lire.

Le texte choisi pour cette réflexion matutinale, est celui d’introduction à la dernière parution du journal de Nouvel Académie, à qui je laisse la parole ( LS ).

 

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Tout au long du mois, nous vous proposons en effet de découvrir, sous la forme d'une série inédite, la retransmission in extenso des colloques et journées d’études organisés récemment à l’initiative de Jean Baechler, membre de l’Académie des sciences morales et politiques, dans le cadre du programme de recherche « Guerre et société »

 

 

Programme de recherche « Guerre et société » : cerner la guerre, phénomène universel, total et central

« Tout au long de ma carrière universitaire et scientifique, j'ai pu constater avec étonnement que la guerre, pourtant, était à peu près ignorée par les sciences humaines et sociales, et abandonnée aux soins des militaires et des spécialistes de la stratégie. Cette répartition des tâches me semblait fâcheuse, car, en confondant la science de la guerre avec la guerre pensée et appliquée, elle masquait le rôle manifestement central qu'elle tient dans les histoires et les sociétés humaines depuis l'aube du néolithique. D'autre part, les études sur la guerre actuellement disponibles m'apparaissaient dispersées et confinées sur les aires et les périodes explorées par tel ou tel spécialiste. Or, s'il est un phénomène universel, total et central, c'est bien celui-ci, car, si la guerre retentit sur toutes les dimensions de l'humain, celles-ci ne manquent pas de lui imprimer en retour des caractères divers et changeants.
[...] Nous nous proposons le projet d'étudier, sur trois ans la guerre dans toutes ses dimensions repérables, politiques, économiques, techniques, organisationnelles, religieuses, éthiques, mais aussi psychiques, rationnelles, culturelles, artistiques, et ce en conjoignant toujours les points de vue de la philosophie, de l'histoire et de la sociologie, d'une part, et, de l'autre, en incluant les expériences des sociétés primitives et des grandes aires culturelles de l'ancien et du nouveau monde, depuis la naissance de la guerre, il y a dix à douze mille ans, jusqu'à aujourd'hui. Notre ambition ne va pas à la compilation et encore moins à l'exhaustivité, mais à la problématicité : faire de la guerre, un objet total s'il en est, un sujet central des sciences de l'homme et de la société et le faire de telle manière que soit inauguré un courant de pensée et de recherche original et fécond sur le long terme. »

Extrait la présentation du programme d'étude et de recherche « Guerre et société », par Jean Baechler, consultable in extenso sur le
site internet du programme.

 

Pensée matutinale ( Mardi 04 08 2015 ) : Aimez-vous la guerre ?
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Kerlou 04/08/2015 22:49

Cher Scrutateur,
Une modeste contribution susceptible d’animer un débat entre vos lecteurs.
Je suis un officier supérieur de la marine, en retraite.
Merci encore pour toutes vos actions.
Amicalement

Kerlou.

A propos de « Aimez-vous la guerre ? »
 
lonLa pensée matutinale du 4 août 2015 m’amène à vous proposer plusieurs observations qui mériteraient sûrement de plus amples développements, compte tenu de la complexité et de la sensibilité du sujet.
J’ai tenu à rester concret ; mais il est clair que les réflexions des universitaires, des  philosophes ou de tous ceux qui réfléchissent dans le calme sont hautement utiles aux décideurs comme aux électeurs. 
 
-       Il conviendrait d’éviter l’amalgame entre violence et force, l’un étant l’abus de l’autre. Bien que l’usage de la force ait été réglementé et confié à des « professionnels », il reste, depuis des millénaires, au cœur des activités humaines souvent peu pacifiques.
-       La frontière entre ces deux notions, si essentielle soit elle,  est incertaine. Légiférer sur l’usage de la force reste théorique dans la mesure où une telle loi  est difficilement applicable et incontrôlable.
-       Le soldat sert son pays de qui il reçoit une mission. Au premier commandant de SNLE (« sous-marin lanceur d’engins » … nucléaires) à qui un journaliste demandait si il mesurait la gravité de son acte au moment d’appuyer sur le bouton, il répondit « Ce sont soixante millions de Français qui appuient sur le bouton »
-       La guerre a largement débordé le domaine du conflit armé. Ses ravages font couler moins de sang  mais engendrent probablement encore plus de  souffrances et d’injustices … qui peuvent conduire au conflit armé.
-       Ainsi en est il de la guerre économique qui vise  à établir une domination ou à préserver une situation confortable grâce à l’utilisation d’armes non militaires : argent, influence, information, manipulations de masse, etc.
-       Par exemple la vente de navires Mistral à la Russie a montré le poids des pressions qui  ne visaient pas à nuire à  ce pays mais à supprimer une concurrence.  Concurrence commerciale concernant les trois seuls pays à fabriquer toute la gamme des matériels militaires (USA, Russie, France).
-       Alors, que peut inspirer le mot « guerre » : amour utilité, peur … ? A mon sens, aucun « sentiment » mais une lucidité courageuse. La violence est une réalité qui nous cerne. Restons assez armés pour dissuader un éventuel agresseur militaire. Soyons assez forts pour affronter l’adversaire multiforme qui nous a choisis comme ennemi. « Je suis fort parce que je suis pur » (Godefroy de Bouillon).