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Publié par Edouard Boulogne

Pensée matutinale :  ( 18 août 2015 ) : Enfance.

Petite rubrique matinale, qui à partir d'un texte, d'un événement, d’une œuvre d’art, etc, s'efforce de dégager une signification, un effort à faire, une direction à prendre, que l'on partage ou non cette analyse. Il s'agit de butiner, et d'élaborer son propre miel.

 

Le Scrutateur.

 

Sur l'enfance, dans notre culture, on pense souvent très vite aux paroles du Christ : « si vous n'êtes pas comme un de ces petits, vous n'entrerez pas dans le royaume des cieux ». Ou encore « celui qui scandalise un de ces petits enfants, il vaudroit mieux pour lui qu'il ne soit pas né. Qu'on lui attache une meule au cou, et qu'il soit jeté dans la Géhenne » ( Je m'excuse, mais je restitue le sens, et pas la lettre, car l'insidieuse paresse m'insinue : tu es fatigué, ne va pas te fatiguer à chercher l'original dans le texte ).

Je crois comprendre ce que veut dire J-C qui crée un modèle fort utile pour nous instruire sur l'état d'innocence. Car en ce qui concerne la bonté?!

Considérons les toisons, souples ou crépues, blondes, brunes ou rousses de nos chers bambins, gazouillants, babillants, souriants, et tout à fait charmants, mais ….. se sachant observés, admirés, et dès lors déjà cabotins!

Ce sont les mêmes, mais ceux-là que l'on n'entend pas depuis un instant, dont il faut s'inquiéter, en toute priorité. L'un s'amuse à observer cliniquement, ( futur professeur de sciences naturelles ! ) les réactions de l'insecte capturé qu'il dépèce, lentement, consciencieusement, silencieusement, pour voir.

Et cet autre, futur dentiste probablement, que j'ai connu ( une crème d'adulte pourtant, et « j'vous le jure, c'est pas moi m'sieur le commissaire! C'est pas moi ! ) appliqué, mé-tho-di-que-ment, à arracher, en les frottant méthodiquement contre une marche de l'escalier, les dernières dents, passablement « lochantes » de ce vieux chat de 17 ans, qui n'a plus la force de lutter contre cette curiosité mortelle.

Ah l'enfance, ce vert paradis selon le poète.

Oh! c'est que nous l'aimons, c'est le cas de celui qui écrit, en soulevant sûrement ( et il le regrette. Mais, vérité oblige, ) des tempêtes dans les âmes ( surtout maternelles ) qui frémissent d'horreur devant ce matutinal camouflet au mythe.

Nous l'aimons, surtout par dégoût de ce que si souvent nous découvrons de nous mêmes quand par hasard nous jetons un regard sur nos abîmes.

Giraudoux, un jour où il s'adonnait à l'humour noir écrivit en ce ce sens : «  Adorer l'enfance, c'est la pire hérésie. Songez à ce qui vous restera dans quelques années de votre divinité : un homme ».

Pour ne pas aggraver mon cas, déjà pendable, en ce matin d'août, j'avouerai que le mythe, au demeurant fécond et nécessaire pour tout pédagogue, parent ou maître d'école ( comme on ne dit plus ) que ce mythe donc recueille aussi ma vive sympathie.

J'ai été, je suis, un admirateur ( presque ) inconditionnel du Petit Prince, de St-Exupéry : « S'il te plait, dessine moi un mouton ».

J'ai bien reçu le propos de Gérard de Nerval : « Le monde qui se crée dans la tête des enfants est si riche et si beau qu'on ne sait s'il est le résultat exagéré d'idées apprises ou si c'est un souvenir d'une existence antérieure et la géographie magique d'une planète inconnue ».

Ou bien cette exhortation du grand Georges Bernanos : «  Restez fidèle à l'enfance. Ne devenez jamais une grande personne. Il y a un complot des grandes personnes contre l'enfance, et il suffit de lire l'Evangile pour s'en rendre compte. Le bon Dieu a dit aux cardinaux, théologiens, essayistes, historiens, romanciers, à tous enfin : « devenez semblables aux enfants ». Et les cardinaux, théologiens, historiens, romanciers, essayistes répètent de siècle en siècle à l'enfance trahie : «  Devenez semblables à nous ». ».

Là encore, je ne peux m'empêcher de penser que ce qu'exalte Bernanos, c'est « l'esprit d'enfance », un « modèle » spirituel, et pédagogique, bâti à partir de l'observation d' une certaine candeur enfantine, modèle normatif destiné à hausser l'humanité au dessus de sa médiocrité naturelle.

C'est beau, cela a donné des résultats, mais il ne faut pas se voiler la réalité, me semble-t-il. En tout cas si l'on se pique de sagesse, et de philosophie, qui en serait la voie.

Et j'ai été très impressionné, il y a quarante ans quand j'ai lu pour la première fois cette dure, et si vraie pensée de Stendhal : «  Pour être philosophe, il faut être clair, sec, sans illusion. Un banquier qui a fait fortune a une partie des caractères requis pour faire des découvertes en philosophie, c'est-à-dire pour voir clair dans ce qui est ».

On entrevoit ce qu'il voulait dire, et tout banquier, certes, n'est pas philosophe!

Je voudrais rassurer, si besoin est, mon lecteur. Je n'ai jamais été cynique, ni désabusé. Et j'aime les enfants, plus que « l'enfance ». J'ai tenté d'être un pédagogue. Sur cette voie, je n'ai pas connu que des échecs. Or pour « réussir » en pédagogie, en matière éducative, il faut aimer ce se que l'on fait, et ceux pour qui on le fait ( même quand ce sont d'abominables jeunes morveux, - et morveuses – je précise à cause de l'exigence de parité! ).

Mais enfin, il faut tenter de voir clair, de ne pas tomber dans les mièvreries habituelles sur les premiers pas des moufflets et...gnnnn! Gnnnn! Gneeeetssss !!!

C'est cela qui explique que j'ai souvent recours aux humoristes. Ils rendent respirables les conversations.

Ainsi sur notre thème de ce jour, le cher Alphonse Allais se laissant aller à murmurer «  Il y a des moments où l'absence d'ogre se fait cruellement sentir ».

Allons, allons, cé pouw wir ou.

Ou bien cet abominable petite annonce parue dans les journaux, et que je crois ( quoique... ) l'initiative d'un mauvais plaisant : « un enfant a tué son père et sa mère. Il voulait aller à la fête des petits orphelins ».

Sur ce, et pour ne pas aggraver mon cas, déjà bien compliqué, je vais regarder un Maigret à la TV, donc j'abrège, et je signe

 

Votre Scrutateur.

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