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Publié par Edouard Boulogne

M. Michel Rogers.

M. Michel Rogers.

Je publie cette interview de M. Michel Rogers, parue dans Paris-Match. Elle vient en contrepoint au récit d'Aug. de Lauréal que l'on a lu hier. Cette dernière ( ou ce dernier ) a décrit la vie de sa plantation telle qu'il la voyait avec bonne foi, je crois, avec sincérité, dans la mentalité de son époque, et dans l'esprit des gens de la catégorie sociale à laquelle il appartenait assuré sans doute que les inégalités criantes, pour nous aujourd'hui, et le statut d'esclave étaient conformes à un ordre des choses. Je crois qu'il faut réfléchir à cela ( si cela se peut ) pour ne pas juger les gens à partir d'un monde de valeurs dont ils n'avaient pas une pleine conscience, pour ne pas commettre d'anachronisme, ce péché capital en histoire, dès lors que dans cette discipline on s'efforce d'accéder à un niveau d'étude supérieur à celui de l'école communale.

Et ce que je dis de l'état d'esprit des blancs de l'époque, vaut aussi pour « leurs »esclaves, ( et leurs vendeurs africains, dont la plupart ne pouvaient, pour les mêmes raisons d'époque, partager sur leur sort, et sur leurs rapports avec les « maîtres blancs » les idées de noirs ( antillais ) en 2015. Cela est si vrai que ceux des esclaves affranchis qui en trouvaient les moyens financiers, devenaient propriétaires d'esclaves, qu'ils traitaient selon les termes du Code Noir alors en vigueur. Ainsi de Toussaint Louverture , en Haïti, de Delgrès, ou Ignace, chez nous, qui étaient métis et hommes libres de couleur.

Je voulais faire ces précisions que je crois utiles, avant de publier le texte fort intéressant de Michel Rogers, que je ne commenterai pas davantage, sauf sur un point, résumé dans ces quelques lignes de l'interview : « Nous sommes un peuple malade, traumatisé. On a perdu notre dignité, dans cette histoire. C’est ce qui nous a rendu amnésiques ! La France a connu les nazis pendant quatre ans. Si vous interrogez les vieux, ils ne se rappellent de rien. Beaucoup de Français ont été collabos, alors on préfère ne pas en parler. C’est le phénomène du “cul sale”. Dans la France profonde, on dit : “Quand on a le cul sale, on ferme sa gueule.” Ils ont fait un black-out sur quatre années seulement. Nous, on a connu trois cents ans d’esclavage… ».

Je dois dire que je n'aime pas tellement l'affirmation selon laquelle nous « sommes un peuple malade, traumatisé ».

D'abord parce que la maladie en question est, en grande partie, de l'ordre du ressenti ( disons de la psychologie, pour simplifier ).

Tant au plan individuel que collectif, il est extrêmement facile d'induire un homme, ou des groupes, des peuples mêmes, non pas en tentation, mais en dépression. Plus facile certes que d'expliquer brièvement, la technique d'asservissement de l'âme. J'ai déjà eu l'occasion d'en parler, à propos des techniques d'avilissement et d'asservissement connues ( ? Pas assez, hélas! ) sous le nom de lavage de cerveau. Et de façon très répandue, que de personnes tombent dans le dégoût d'elles-mêmes ( par exemple dans une vie conjugale ) sous l'action perverse d'individus très bien analysée par Marie-France Hirigoyen dans son livre Le harcèlement moral ( Syros ).

La stratification sociale, fondée sur la couleur de la peau au temps de l'esclavage, a bien contribué au développement de malaises identitaires ( Molière dans le Bourgeois gentilhomme, montre de façon spirituelle, l'existence de tels malaises au Grand siècle, mais ou la couleur épidermique n'est pas en question ). Et des relents de ce temps là subsistent de nos jours aux Antilles ( et ailleurs dans le monde, dans d'autres contextes ).

L'analyse dépassionnée, le traitement par le rire, me paraissent des traitements bien plus efficaces, que le ressassement, et le raclage de grattelles.

Un autre point sur lequel je ne partage pas l'opinion de M Rogers est l'affirmation «  que la France a connu la collaboration entre 1940 et 1944 et qu'on préfère ne pas en parler ».

Il me semble au contraire qu'on ne cesse d'en parler. Les ouvrages, les films, les débats télévisés consacrés à cette période sont en nombre « incalculable » . Et la condamnation sans nuances de la « collaboration » est devenue un sport national si j'ose dire. Le jeu consiste à dénoncer, parfois contre toute vraisemblance ceux que l'on n'aime pas et que l'on voudrait déstabiliser, en leur rejetant la « patate chaude ».

Ainsi, une certaine gauche rejette tout homme de droite, comme ayant été collabo, ( ou fils de collabo ), alors qu'à Londres en juin-juillet, août 1940, il n'y avait auprès du général de Gaulle ( homme de droite s'il en est ) que des hommes de droite, ou d'Action Française, et ...des juifs qui ne pouvaient guère faire autrement ( à quelques exceptions près ).

Tandis qu'un ancien président de la République, décoré de la Francisque, et homme de gauche, déclaré ( et reconnu, du moins après 1958  ) avait frayé avec qui vous savez.

De la même façon il n’est pas sérieux de prétendre que les Guadeloupéens ( ou Martiniquais ) n’ont jamais connu leur histoire. Transparait là un mépris injustifié pour le « petit peuple », et souvent une arme psychologique de déstabilisation de nos îles. Les mêmes déplorent que les antillais n’aiment guère les africains, et ne souhaitent pas être identifiés à eux. Et c’est vrai. Peut-être peut-on voir là les marques orales de transmission  qui ont informé, à travers les générations, sur qui avaient vendu les esclaves africains aux négriers sur les côtes du continent vert. L’apprentissage de l’histoire ne s’effectue pas seulement sur les bancs de l’école. Et l’on peut même se demander, si l’on en juge par les projets pédagogiques des Vincent Peillon et autres Najat-Belkacem, si l’école n’est pas en train de devenir, de plus en plus, une vaste entreprise de désinformation et de mise en condition des enfants par de « petits maîtres » à lunettes, et en complets-vestons en attendant ( chez nous ) les boubous.

Je ne procède pas à ces rappels pour contredire M. Rogers. Je considère son interview, comme un texte intéressant à lire pour comprendre notre société. Non parce qu'il nous en livrerait une photographie parfaite, mais parce que « sa » vision vient compléter d'autres visions, tout aussi « vraie » ET « fausse ». Fausse dans la mesure ou chacune se prend pour la seule digne d'être prise en considération, alors que la réalité, dans sa complexité, déborde de toutes parts les grilles d'interprétation les plus larges et honnêtes ( « honnêtes », ce qui écarte les vociférations idéologiques qui empuantissent le forum ).

 

E.Boulogne.

 

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Avec sa méthode personnelle, Michel Rogers dessine et remplit à la main les arbres généalogiques de milliers de familles. © Daphné Mongibeaux

Le 28 juillet 2015 | Mise à jour le 28 juillet 2015
Reportage Daphné Mongibeaux

Michel Rogers 76 ans, généalogiste Guadeloupéen de 76 ans a entrepris, il y a douze ans, de répertorier les racines de tous ses concitoyens descendants d’esclaves. Avec son crayon, sa patience, il a reconstitué leurs arbres généalogiques. Et, du même coup, fait resurgir des ­souffrances ­refoulées et des t

 

http://www.parismatch.com/Actu/Societe/Guadeloupe-Hier-encore-nos-parents-etaient-des-esclaves-806242

 

Décapage : Michel Rogers : « Hier encore, nos parents étaient des esclaves », par.Marc Décap.
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