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Publié par Edouard Boulogne

Un article intéressant du journal Le Monde, sur le Code Noir. ( Par Jean-Louis Harouel, Jacky Dahomay et Marcel Dorigny )

Cet article récemment paru dans le journal Le Monde est d'autant plus intéressant qu'il a été édité par un organe de presse insoupçonnable de « droitisme » et sous l'autorité de trois personnes également insoupçonnables à cet égard, dont le philosophe guadeloupéen Jacky Dahomay. L'auteur du livre sur le code noir, M. Jean-François Niort, l'est encore moins.

Je le publie, persuadé qu'il sera utile à nos lecteurs, soucieux de bonne information, et d'un avenir apaisé pour l'avenir de la Guadeloupe.

 

Le Scrutateur.

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11 juillet 2015

Les travaux sur le Code noir ne doivent pas se plier aux dogmes.

 

Ce recueil du XVIIe siècle qui rassemble les dispositions encadrant la vie des esclaves fait l'objet de tabous dans le monde universitaire ou un courant d'opinion prétend interdire l'étude scientifique de l'édit de mars 1685, dit Code noir.

 

Maître de conférences d'histoire du droit à l'université des Antilles, Jean-François Niort vient d'en faire l'expérience à ses dépens. Cet universitaire unanimement reconnu par ses pairs vient de subir des attaques diffamantes et des menaces intolérables de la part de groupuscules guadeloupéens le traitant de " révisionniste et négationniste " et le sommant de " s'en aller ". Faute de pouvoir faire entendre raison à cet obscurantisme haineux, il s'est adressé au MIR France (Mouvement international pour les réparations), où il lui a été opposé une fin de non-recevoir, au prétexte qu'il procéderait à une " reconstruction de l'Histoire ".

Cela veut dire en clair que Jean-François Niort a commis la faute impardonnable d'utiliser son impeccable rigueur scientifique pour étudier le texte de l'édit de mars 1685 dans son contexte historique et de lui consacrer deux livres récents.

 

Identifié au mal absolu

 

Le MIR France voudrait croire que l'histoire du Code noir a été écrite une fois pour toutes par le philosophe Louis Sala Molins dans un ouvrage publié en 1987, Le Code noir ou le calvaire de Canaan.

Ce livre outrancier est l'objet d'un véritable culte de la part des diffamateurs de Jean-François Niort : ils en ont fait leur bible en affirmant fermement qu'il est " indépassable ".

Louis Sala Molins identifiant le Code noir au mal absolu, ce dogme interdit de faire état des articles de cette loi royale qui reconnaissent l'humanité de l'esclave et lui confèrent des effets juridiques. Or, ces articles existent et chacun peut les voir !

D'ailleurs, avant Jean-François Niort, bien d'autres auteurs éminents – à commencer par Jean Gaudemet, Jean Carbonnier ou Antoine Gisler – ont souligné que dans le Code noir, même si l'esclave est juridiquement traité comme une " chose ", il se voit aussi reconnaître dans plusieurs domaines le statut d'un être humain.

Mais le " sala-molinsisme " nie cette évidence. Pour avoir osé lire ce qui figure en toutes lettres dans ce texte historique et juridique qu'est le Code noir, tout en soulignant par ailleurs amplement son caractère odieux, Jean-François Niort a fait l'objet d'un lynchage moral.

Les dévots de Louis Sala Molins prétendent justifier son infaillibilité en invoquant un compte rendu louangeur publié en juin 1987 dans LeNouvel Observateur par Robert Badinter. Or, celui-ci n'en notait pas moins que l'auteur, emporté par sa démarche passionnelle, avait méconnu " l'intensité et les difficultés du combat mené par l'abbé Grégoire, Condorcet, Brissot et leurs compagnons pour la libération des Noirs ". Il aurait pu ajouter que Louis Sala Molins avait méconnu l'existence dans le Code noir de dispositions reconnaissant l'humanité de l'esclave.

Il ne l'a pas fait en ces termes, mais le résultat est le même, puisqu'il évoque l'existence d'articles qui " tendent à protéger l'esclave " et voit dans le Code noir " une tentative illusoire du pouvoir royal pour maîtriser les pratiques

esclavagistes ". Tentative illusoire peut-être, mais tentative tout de même d'assurer une reconnaissance juridique de l'humanité de l'esclave. Jean-François Niort ne dit pas autre chose, et le compte rendu de Robert Badinter lui donne en définitive raison contre Louis Sala Molins.

Le MIR France affaiblit grandement sa crédibilité en se fiant aveuglément à un auteur qui prétend faire dire au Code noir ce qu'il n'a pas dit. Excessif et passionnel, l'ouvrage de Louis Sala Molins sur le Code noir n'est guère pris en compte par les universitaires.

Parmi les historiens des facultés de droit, il avait fait l'objet des critiques de Philippe Hesse et de Jean Imbert, lequel lui avait consacré une recension très sévère dans la Revue historique de droit français et étranger, soulignant qu'il manquait entièrement de la rigueur indispensable à un travail scientifique.

La cabale odieuse dirigée contre Jean-François Niort vise à lui interdire de mettre en cause la vision de Louis Sala Molins ( http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20150711/html/1209825.html[14/07/2015 17:08:07] ) érigée en vérité absolue. C'est la négation de la liberté scientifique de la recherche, laquelle exige que soit secouée la chape de plomb du " sala-molinisme ".

 

Par Jean-Louis Harouel, Jacky Dahomay et Marcel Dorigny

© Le Monde

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Ci-dessous, l'une des sections du long chapitre que j'écrivis en 1999, sur la question de l'esclavage ( qui figure dans mon livre Libres paroles ). Cette section porte sur la question du Code noir, et l'on verra qu'elle recoupe sur plusieurs points l'analyse de M. Jean-François Niort:

 

*L'esclavage en Amérique et aux Antilles.

        

                            Je voudrais maintenant dire quelques mots de l'esclavage lui-même.Quelques mots,car là non plus il n'est pas possible d'être exhaustif sur une institution complexe et multiforme,qui a beaucoup varié dans l'espace et dans le temps,qui ne fut pas la même aux Etats-Unis,en terre espagnole,britannique,ou française.Il existe d'ailleurs,au milieu d'une littérature fantaisiste,et/ou

militante,des ouvrages rigoureux et bien fait comme la thèse de monsieur Gabriel Debien sur Les esclaves aux antilles françaises6.

         L'esprit de vérité oblige à dire que la vie dans les plantations n'était pas tous les jours à tout moment et pour tous,ce que nous en montrent les images d'Epinal des abolitionistes,justifiées certes par la noblesse de la fin poursuivie,mais qui enfin sont des images de combat,non des reportages sur le quotidien,pas plus que les textes de Montesquieu de Voltaire(lequel avait d'ailleurs des actions dans le commerce triangulaire),du père Dutertre,de Schoelcher,etc.Si vénérables soient-ils,par la finalité de leur engagement,ces textes sont des textes de combat,que l'historien épris de vérité doit donc lire comme tels.

         Qu'un maître ait pu fouetter son esclave au sang,saler et pimenter les plaies,lui chauffer le dos et lui faire crever les pustules par un chat,cela est possible,atroce,mais porte la marque d'un esprit déréglé.On a vu pire dans les camps nazis et le Goulag communiste.

         Mais que tous les maîtres aient agi ainsi quotidiennement relève du délire.Le simple calcul économique les eut empêchés de saborder leur matériel de travail.Ils raisonnaient au moins comme Caton l'ancien dont on disait "il est doux et humain avec ses esclaves par spéculation".Et c'est Victor Schoelcher,si justement sévère pour l'esclavagisme,qui tempère son propos par cette remarque que : "l'idée générale de la douceur relative avec laquelle les Français traitaient leurs esclaves est admise par tous ceux qui se sont préoccupés de ces questions".

         Dans un ouvrage publié en 1948,l'historien Gaston Martin,professeur à la faculté des lettres de Bordeaux,écrit : "il est malaisé d'atteindre à la vérité sur le sort habituel des esclaves.Les mémoires des Chambres et généraux de commerce sont délibérément optimistes.Les réquisitoires des anti esclavagistes,qui se multiplieront à partir de la paix de Paris,ont tendance à ériger en règles des cas extrêmes de sévices,dont certains correspondent à des récits exacts,mais cités par les narrateurs de première main comme des cas isolés,particulièrement odieux et frappants,non comme des pratiques habituelles".7

         Il existe un texte extrêmement instructif,sur l'esclavage,du moins dans les anciennes colonies françaises,publiée en 1685,rédigé sur les instructions et le contrôle de Colbert,c'est le Code Noir.

                   Lisons-en quelques articles.

         L'article 2 d'abord : Tous les esclaves qui seront dans nos îles seront baptisés et instruits dans la religion catholique apostolique et romaine"ils seront "instruits et baptisés dans le temps convenable".

         Notons au passage que l'Eglise ne pouvait pas à la fois considérer les esclaves comme des bêtes,ainsi que l'affirmait le journaliste que j'ai cité en commençant,et,en même temps les baptiser et les instruire.

         L'article 9 enjoint le respect du dimanche et interdit le travail des esclaves ce jour là.

         L'article 9 prescrit de lourdes amendes pour les hommes libres et mariés qui auront eu des enfants d'une concubine esclave.Les enfants leurs seront confisqués et ne pourront être affranchis.Le même article toutefois précise : "N'entendons toutefois  le présent article avoir lieu,lorsque l'homme libre qui n'était point marié à une autre personne durant son concubinage  avec son esclave,épousera dans les formes observées par l'Eglise sa dite esclave,qui sera affranchie par ce moyen,et les esclaves rendues libres et légitimes".

         Les articles 22  à 25 précisent avec minutie les devoirs des maîtres envers leurs esclaves en matière de nourriture et de vêtements.

         L'article 26 prescrit : "Les esclaves qui ne seront point nourris,vêtus et entretenus par leurs maîtres selon que nous l'avons ordonné par ces présentes pourront en donner l'avis à notre procureur général et mettre les mémoires entre ses mains,sur lesquels et même d'office,si les avis lui en viennent d'ailleurs,les maîtres seront poursuivis  à sa requête  et sans frais,ce que nous voulons être observé pour les crimes et traitements barbares et inhumains des maîtres envers leurs esclaves".

         Et l'article 27 stipule : "Les esclaves infirmes par vieillesse,maladie ou autrement ,soit que la maladie soit incurable ou non,seront nourris et entretenus par leur maître;et en cas qu'ils les eussent abandonnés,les dits esclaves seront adjugés à l'hôpital;auquel les maîtres seront condamnés de payer six sols par chacun jour pour la nourriture et entretien de chaque esclave".

         On voit donc que les esclaves du moins en territoire français n'étaient pas livrés à l'arbitraire le plus complet.A quoi l'on peut objecter qu'il eut mieux valu qu'il n'y eut pas d'esclavage,(ce qui pour nous aujourd'hui en 1999,est certes une belle évidence),et que de la coupe au lèvre il y a une certaine distance.La justice des hommes est ce qu'elle est et les plus beaux textes ne sont pas tous toujours appliqués à la lettre.

         Et puis il y a d'autres articles du Code Noir.

         Par exemple l'article 33 "L'esclave qui aura frappé son maître,sa maîtresse ou le mari de sa maîtresse ou leurs enfants avec contusion ou effusion de sang,ou au visage,sera puni de mort".

         L'article 38 est lui aussi très dur : "L'esclave fugitif qui aura été en fuite pendant un mois à compter du jour que son maître l'aura dénoncé en justice,aura les oreilles coupées et sera marqué d'une fleur de lis sur une épaule;et s'il récidive une autre fois à compter pareillement du jour de la dénonciation,aura le jarret coupé et il sera marqué d'une fleur de lis sur l'autre épaule;et la troisième fois il sera puni de mort."

         Le tableau on le voit est contrasté,et la vie n'est pas toujours très douce au royaume des plantations.mais enfin il faut situer les excès eux-mêmes dans leur

temps,-non pour les excuser-mais pour mieux comprendre et éviter cette faute grave de méthode,le péché capital en histoire : l'anachronisme.

         Par exemple,en France,le supplice atroce de la roue est alors encore pratiqué.En Angleterre,sous le règne de Georges 3,qui s'acheva en 1810,pas moins de 170 délits étaient passibles de la peine de mort.En 1735,dans le Middlesex,Mary Bottom,âgée de huit ans est condamnée à mort et exécutée parce que soupçonnée de vol.En 1531,le Parlement donne son accord pour faire bouillir vivants certains criminels.Les flagellations publiques sont encore fréquentes en Europe et en Angleterre en 18388 Il s'agit là des châtiments exercés en Europe par des blancs sur d'autres blancs.Une connaissance non idéologique de l'histoire aide à relativiser,et en même temps libère des fantasmes aliénants et du fanatisme.

 


 


 

 

Un article intéressant du journal Le Monde, sur le Code Noir. ( Par Jean-Louis Harouel, Jacky Dahomay et Marcel Dorigny )
Un article intéressant du journal Le Monde, sur le Code Noir. ( Par Jean-Louis Harouel, Jacky Dahomay et Marcel Dorigny )
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Hector Partager 15/07/2015 08:17

Qu'il est difficile pour l'intelligence, et même pour le plus élémentaire bon sens, d'avoir droit de cité dans un environnement qui débouche sur 87 % de bacheliers et qui produit tant de docteurs, de doctorants et même de doctorisants, sans compter une foison de zintélectyels loko.

castets 15/07/2015 06:48

Bonjour Mr Boulogne,
Si l'on remet en perspective, hygiène, travail (esclavage), domicile dans les populations agricoles de nos régions tempérées et catholiques de la France profonde, même après l'abolition de l'esclavage, il est possible de faire un parallèle étonnant et bien moins honni ou décrié par la bienpensance que le code noir !
Si je me réfère à mes lectures sur le sujet, exceptée la couleur de peau, les journaliers , rouliers et autres personnels domestiques agricoles étaient souvent moins bien traités que les animaux ; ils n'étaient pas toujours libres de quitter l'exploitation et seule la force de travail comptait aux yeux des maîtres souvent violent et maniant le fouet des attelages avec dextérité.
Le code noir n'est plus d'actualité, l'esclavage est pourtant toujours en vigueur dans de nombreux pays et je n'entends pas un seul cri pour le dénoncer !
Il faut attendre 1841 pour s'intéresser au Droit des enfants, beau résultat , qu'avons nous fait depuis... La GPA et les mères porteuses sont mises à l'honneur par la bienpensance anti-esclavagiste !
Est-ce une revanche historique ou la folie des Hommes qui n'arrive pas à raisonner clairement ?
Bonne journée, cordialement Cjj