Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Pages

Archives

Publié par Edouard Boulogne

Pensée matutinale ( S.01 08 2015 ) : Êtes-vous insomniaque?

Petite rubrique matinale, qui à partir d'un texte, d'un événement, d’une œuvre d’art, etc, s'efforce de dégager une signification, un effort à faire, une direction à prendre, que l'on partage ou non cette analyse. Il s'agit de butiner, et d'élaborer son propre miel.

 

Le Scrutateur.

 

L'insomnie, nous dit le dictionnaire Robert est « une privation anormale de sommeil ». Je n'en suis heureusement pas un familier, sauf à une période déjà ancienne de ma vie, vers mes 40 ans. Mais le mal est ancien, pénible, angoissant. Et ceux qui savent écrire nous en ont laissé des descriptions émouvantes, et révélatrices sur la nature humaine par ce phénomène cruel.

Je ne m'étendrai pas sur sa nature, ses causes, etc, car tel n'est pas le but de cette petite chronique matutinale, qui est, plutôt de susciter l'admiration, et pourquoi pas la réflexion personnelle, sur des textes révélateurs de beauté.

L'un des auteurs qui en a écrit est le grand dramaturge de l'antiquité grecque, Sophocle, dans sa pièce Philoctète.

Je ne dispose pas sur mon ordinateur des caractères grecs anciens qui me permettraient de vous reproduire ici le texte même de Sophocle. De toutes façons nous sommes de moins en moins nombreux à avoir fait du grec, et la traduction par la plupart des survivants, dont moi, s'apparente davantage au déchiffrement laborieux, qu'à la traduction sinon fidèle ( tradutore, traditore ) qu'à la recréation artistique d'un chef d'oeuvre étranger. Ceux que cela intéresse trouveront cependant plus bas en photographie la reproduction du chef d'oeuvre, en Grec du V ème siècle avant JC.

Je vous propose trois traductions réputées, en Français de l'oeuvre en question.

 

( I ) La première est de Robert Brasillach, celle que je préfère, dans son Anthologie de la poésie grecque :

 

Sommeil ignorant de la peine,

Ô sommeil, et de la douleur,

Souffle sur nous de la douce haleine,

Prince, ô prince des belles heures!

 

Sur ces paupières malades,

Permets bien de garder encor

Toute cette douceur qui dort.

 

Ô sommeil, toi qui sait guérir

Toutes les peines des malades,

Hâte-toi de nous secourir.

 

( II ) La seconde est de Pierre Boutang. Boutang fut philosophe, poète, traducteur réputé en plusieurs langues, en particulier le grec ancien, l'anglais, l'italien. Sa traduction de Philoctète, perd un peu, en charme, par rapport à celle de Brasillach, ce qu'elle gagne en fidélité au texte original.

 

1 Sommeil non instruit du chagrin, ni des douleurs,

Bien conduit, Sommeil, viens vers nous,

Bien de l'Être, l'être du Bien,

Seigneur! Retiens aussi devant ses yeux

5 La clarté asteure étendue.

Vite Vite ô mon sauveur.

 

Toi, fils, vois bien où tu en es,

Où tu vas, et ce qui doit suivre,

Qu'en dois-je penser? Vois, déjà...

10 Pourquoi restons-nous sans agir?

Occasion, de tout décidant,

Obtient grand'force sur-le-champ.

 

( III ) La troisième, fort libre, se présente sous la forme d'un sonnet. Elle est l'oeuvre de Pontus de Thyard, un poète du XVI ème siècle, contemporain de Du Bellay.

 

Père du doux repos, Sommeil, père du Songe,

Maintenant que la nuit, d'une grande ombre obscure,

Fait à cet air serein humide couverture,

Viens, Sommeil désiré et dans mes yeux te plonge.

 

Ton absence, Sommeil, languissamment allonge

Et me fait plus sentir la peine que j'endure.

Viens, Sommeil, l'assoupir et la rendre moins dure,

Viens abuser mon mal de quelque doux mensonge.

 

Ja le muet silence un escadron conduit

De fantômes ballants dessous l'aveugle nuit :

Tu me dédaignes seul qui te suis tant dévot.

 

Viens, Sommeil désiré, m'environner la tête,

Car, d'un vœu non menteur, un bouquet je t'apprête

De ta chère morelle et de ton cher pavot.

 

Vous le voyez, lecteur, à partir d'un certain niveau de compétence, et pour peu que l'auteur soit quelque peu poète, voire tout simplement poète, la traduction n'est pas l'ennuyeux pensum qu'il est pour tant et tant et tant de garnements ( au fait pourquoi ne féminise-t-on pas ce nom masculin. Cé pô juste ! Je trouve que la féminisation, à la mode, conviendrait fort bien à certaines, et « garnemente », ou « galopine » s'appliqueraient fort bien à des aucunes qui s'appellent Najat Valaud Belle-Kacem, ou à la maman de Paris, dont le nom, seul, ne facilite évidemment pas la chose, l'ineffable madame Hidalgo, ou encore à la Ségolène. Mais pour la Taubirette.......AWA !!! ), mais une véritable oeuvre d'art où il faut convenablement équilibrer la fidélité au texte, et l'idiosyncrasie de chacun qui personnalise, et signe.

 

Le Scrutateur.

 

PS : Aujourd'hui nous avons évoqué l'insomnie. Mais la fin de ma présentation me donne à penser que nous pourrions bientôt évoquer ...le cauchemar.

Pensée matutinale ( S.01 08 2015 ) : Êtes-vous insomniaque?
Pensée matutinale ( S.01 08 2015 ) : Êtes-vous insomniaque?
Pensée matutinale ( S.01 08 2015 ) : Êtes-vous insomniaque?
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article