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Publié par Edouard Boulogne

Henri Guaino: «Le terrorisme des bien-pensants est une calamité»

Henri Guaino dénonce dans cette interview au Figaro, une calamité grave, que nous subissons en France, depuis une période antérieure à 2012, mais qui s'est considérablement aggravée depuis l'arrivée à l'Elysée de Hollande et de sa tourbe idéologique.

Joignez vous, lecteurs, à ceux qui luttent contre le terrorisme des bien pensants. Aidez Le Scrutateur dans son combat de libération intellectuelle.

Partagez, partagez, partagez nos écrits. N'hésitez pas à nous fournir en informations. Je remercie ceux qui le font déjà.

 

LS.

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Publié le 05/06/2015 à 18h35

INTERVIEW - Coorganisateur de la journée de travail des Républicains sur l'islam, le député des Yvelines affirme qu'« il n'y a pas de place pour la reconnaissance des minorités et pour le multiculturalisme » en France.

LE FIGARO - Pourquoi avoir organisé à huis clos la réunion des Républicains sur l'islam?

Henri GUAINO - C'est un sujet qui doit être traité dans la sérénité avec sérieux, avec gravité, loin des jeux de rôles et des postures de la politique spectacle.

Pour la sérénité, c'est raté: il y a eu beaucoup de polémiques…

Une fois de plus, la bêtise à front de bœuf s'est mêlée au débat. En entendant les commentaires de certains responsables politiques et de certains éditorialistes, je n'ai pas pu m'empêcher de penser à Voltaire lorsqu'il disait des juges de l'ancien régime: «Bêtes comme des bœufs, féroces comme des tigres.»

Qu'est-ce qui vous a le plus choqué?

Le porte-parole du gouvernement qui a déclaré: «Je porte un regard extrêmement inquiet sur cette réunion sur l'islam à huis clos.» Ce gouvernement a perdu toute retenue démocratique. Il est entraîné dans une dérive autoritaire: il ne supporte plus la moindre critique, la moindre divergence. Il ne répond plus que par l'invective, les mouvements de menton, l'intimidation. Des participants à notre réunion ont fait l'objet de pressions inacceptables.

Quel genre de pressions?

Des pressions politiques venant des sphères gouvernementales comme il y en a eu lorsque Nicolas Sarkozy a été invité à déjeuner à la Grande Mosquée de Paris et des pressions de la part des extrémistes qui se montrent menaçants à chaque fois que se profile une possibilité de dialogue. J'observe aussi que certains médias se sont régalés à relayer les tentatives d'intimidation manifestes contenues dans les propos outranciers émanant de personnes connues pour ne représenter qu'elles-mêmes.

Vous critiquez aussi les médias…

Ils ont annoncé que les représentants du Conseil français du culte musulman ne viendraient pas. Ils sont venus. J'ai trouvé au cours de ces derniers jours que les bœufs tigres de Voltaire étaient particulièrement bien représentés dans la caste des commentateurs qui donnent à tout le monde des leçons qu'ils ne s'appliquent jamais à eux-mêmes. Un peu plus de rigueur morale et d'honnêteté intellectuelle: est-ce vraiment trop demander?

Faire passer en priorité la question de l'islam n'est-ce pas courir après le Front national et nourrir l'islamophobie?

Toujours la même rengaine: parler de l'immigration c'est être xénophobe, de la sécurité c'est être facho, de la filiation c'est être homophobe, de la nation c'est être nationaliste, de l'identité c'est être raciste… Le terrorisme des bien-pensants est une calamité de notre époque. Ces gens bouffis d'arrogance et de prétention feraient mieux de se taire: ils abîment les causes qu'ils prétendent servir!

La bonne conscience, c'est l'ennemi?

La bonne conscience, c'est terrifiant. C'est l'autojustification, le contentement de soi, l'absence totale de doute, la négation de la dimension tragique de la vie, de l'Histoire, de la politique. Elle enfante la pire des politiques: celle de l'autruche. La dignité de l'homme est dans le cas de conscience.

Ya-t-il un problème avec l'islam?

Il y a eu un problème avec le judaïsme, avec le protestantisme, avec le catholicisme. L'islam est en France un fait religieux et un fait culturel nouveau. Et il n'y aurait aucun problème, aucun sujet? Faire émerger un islam de France, ce n'est pas un sujet? Les laïques font la chasse aux crèches, les catholiques se sentent méprisés, les juifs menacés, les musulmans rejetés. Pas de sujet? Des jeunes Français partent faire le djihad, pas de sujet? On ne peut pas enseigner la Shoah dans certaines écoles. Pas de sujet? Le rapport du spirituel et du temporel, le statut de la femme, les lieux de culte, la formation des imams, pas de sujet? Une partie de la jeunesse ne croit plus à l'égalité des chances, pas de sujet? Et ne pas reconnaître que, sur fond d'insécurité économique et sociale, l'insécurité culturelle, éducative, morale, identitaire crée un contexte particulier est une lâcheté et une folie.

Les Républicains sont divisés sur l'assimilation. Alain Juppé estime que l'idée «d'assimiler les gens, d'effacer les différences, n'a pas de sens»…

Dans la conception française de la nation, il n'y a pas de place pour la reconnaissance des minorités et pour le multiculturalisme. La République ne veut exproprier personne de sa propre histoire, mais elle fonde le sentiment d'une destinée commune sur le partage d'une histoire, d'une civilisation, d'une politesse: c'est l'assimilation. C'est Senghor ou Césaire: une identité propre et le partage d'une identité commune. C'est une terrible faute d'avoir laissé le multiculturalisme prendre le pas sur l'assimilation. Résultat: chacun s'enferme et se durcit. Si la régression communautaire se poursuit dans les esprits, nous le payerons très cher en divisions et en affrontements. Refaire une nation, c'est le grand défi.

Mais personne ne fait campagne contre la nation!

Entre ceux qui confondent le libre-échange avec une religion qui interdit de défendre les intérêts économiques de la nation, les adeptes d'une Europe supranationale gouvernée par les juges et les bureaucrates, la réforme territoriale qui prépare le retour des principautés, le projet de ratification de la charte des langues régionales et minoritaires qui pour la première fois dans l'histoire de la République reconnaîtrait des droits juridiques particuliers aux minorités, la dévastation de l'école, la prolifération des zones de non droit, les revendications communautaires, vous trouvez que la nation est à l'honneur? Le premier secrétaire du PS tweete: «Je ne connais pas l'identité de la France, je connais l'identité de la République.» À part ça, tout le monde aime la France et il n'y a pas de sujet. Mais chut! Ne dérangeons pas les bonnes consciences!

Cet article est publié dans l'édition du Figaro du 06/06/2015.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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