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Publié par Edouard Boulogne

François Hollande en Algérie : entre realpolitik et auto humiliation
François Hollande en Algérie : entre realpolitik et auto humiliation

La Grande Nation Algérienne, est au bord du gouffre. La malhonnêteté des ses dirigeants, et la conjoncture internationale expliquent cette catastrophe économique et humaine. On compte certes à Alger sur la France pour éviter le pire. Mais comment solliciter de l'aide à l'ancienne puissance « coloniale »sans s'humilier, après tant de rodomontades et d'effets guerriers? La vieille recette, un mélange d'appels à la repentance, et d'exigences « réparatrices »est connue. Elle a fait ses preuves. ( ! )

Fonctionnera-t-elle encore lors du prochain voyage officiel de François Hollande à Alger? Avec un tel interlocuteur, le président algérien ( pourtant moribond ) Bouteflicka garde toutes ses chances.

Bernard Lugan explique clairement la situation de l'ex riche province française d'outre méditerranée.

 

LS.

 

François Hollande en Algérie : entre realpolitik et auto humiliation

 

Lundi  15 juin, durant quelques heures, François Hollande sera en Algérie, pays en état de pré-faillite, "dirigé" par un président moribond et gouverné par l' "alliance des baïonnettes et des coffres-forts"[1].

 

L'Algérie est en effet au bord du précipice économique, politique, social et moral. Elle est dévastée par des avalanches successives  de scandales comme ceux des détournements de fonds du programme de l'autoroute trans-algérienne (5 milliards de dollars de dessous de table pour un chantier de 17 milliards...), de la Sonatrach ou encore de la banque Khalifa; or, il ne s'agit là que des plus médiatisés.

L’équilibre politique algérien repose sur un modus vivendi entre plusieurs clans régionaux et politiques qui se partagent les fruits du pouvoir au sein des deux piliers de l’Etat qui sont l’ANP (Armée nationale populaire) et la DRS (Département du renseignement et de la sécurité). Quant à l'ordre social national, il résulte d'un singulier consensus :

- à l'intérieur, les dirigeants  qui vivent de la corruption et des trafics en tous genres achètent le silence d'une population qui n'ignore rien de leurs agissements, par de multiples subventions,

- à l'extérieur, ils entretiennent des mercenaires, journalistes et hommes politiques stipendiés, qui font fonctionner d'efficaces réseaux de communication permettant de donner une image rassurante du pays.

 

Or, ce système qui fonctionnait grâce à la rente pétrogazière est aujourd'hui bloqué par l'effondrement des cours du pétrole. En un an, le prix du Sahara blend algérien est ainsi passé de 110 dollars le baril  à moins de 60; or, selon le FMI ( mai 2015), dans l'état actuel de l'économie de l'Algérie, le prix d'équilibre budgétaire de son pétrole devrait être de 111 dollars le baril.

Résultat: au premier trimestre 2015, les recettes cumulées du budget de l'Etat  ont baissé de 13% par rapport à la même période de 2014; quant aux recettes de la fiscalité pétrolière, leur recul fut de 28%. Dans ces conditions, les 200 milliards de dollars de réserves de change dont disposait l'Algérie avant la chute des cours du pétrole fondent comme neige au soleil et  le Fonds de régulation des recettes (FRR) alimenté par les ventes des hydrocarbures et dans lequel l'Etat puise pour tenter de prolonger la paix sociale n'est plus alimenté.

 

La situation est donc gravissime[2]. D'autant plus que les parts de marché de la Sonatrach en Europe  vont baisser en raison de la concurrence de Gazprom qui fournit le gaz russe entre 10 à 15% moins cher que celui produit par l'Algérie. Sans compter que depuis 2014, devenu autonome grâce à ses gisements non conventionnels, le client américain qui représentait  entre 30 et 35% des recettes de la Sonatrach a disparu...

Autre phénomène angoissant pour les autorités algériennes, le prix du gaz naturel liquéfié lié au prix du pétrole et des produits raffinés va de plus en plus être aligné sur le prix du gaz naturel américain, ce qui, selon les experts devrait mettre le GNL algérien entre 30 et 40% de ses prix antérieurs. L'Algérie est donc bien au bord du précipice.

 

Dans ces conditions, face au double phénomène de baisse de la production et de baisse des cours, l'Etat-providence algérien est condamné à prendre des mesures impopulaires: suspension des recrutements de fonctionnaires, abandon de projets sociaux indispensables, de projets transport comme de nouvelles lignes de tramway ou la réfection de voies ferrées. Il est également condamné à  rétablir les licences d'importation afin de limiter les achats à l'étranger, ce qui va encore amplifier les trafics. Le coût des produits importés n'est en effet plus supportable; d'autant que, même les productions traditionnelles (dattes, oranges, semoule pour le couscous) étant insuffisantes, leur volume d'importation est toujours en augmentation. Pour ce qui est des seuls  biens de consommation, la facture est ainsi passée de 10 milliards de dollars en 2000 à une prévision de plus de 65 milliards de dollars pour 2015. Quant aux subventions et aux transferts sociaux, ils atteignent 70 milliards de dollars par an, soit environ 30% du PIB.

L'Algérie va donc devoir procéder à des choix économiquement vitaux mais politiquement explosifs. Le matelas de 80 milliards de dollars de son fonds de régulation (FFR) et ses réserves de change  qui étaient tombées à un peu plus de 180 milliards de dollars au mois de janvier 2015, ne lui permettront en effet de faire face que durant deux années puisque les dépenses inscrites au budget 2015 sont de 100 milliards de dollars...

L'Algérie est donc dans la nasse car, elle qui ne produit rien est pourtant condamnée à continuer d'importer afin de nourrir, soigner et habiller sa population. Comme dans les années 1980, l'explosion sociale semble donc inévitable. Avec en toile de fond les incertitudes liées à la succession du président Bouteflika.

 

C'est donc dans un pays en faillite dans lequel les islamistes sont en embuscade et dont l'équilibre est vital pour notre sécurité, que se rend François Hollande, porteur d'un singulier message rédigé par des associations dont la représentativité prêterait à sourire si elles ne constituaient pas le noyau dur de l'actuel régime français. Pour l'Association des anciens appelés en Algérie et leurs amis contre la guerre (4ACG), pour l'Association nationale des pieds-noirs progressistes et leurs amis (ANPNPA) et pour l'Association des réfractaires non violents (ARNV) " le moment est venu pour la France de reconnaître, du plus haut niveau politique (...) les crimes et les horreurs commis pendant les 132 ans que dura la colonisation de l'Algérie".

Au mois de décembre 2012, lors de son précédent voyage à Alger, François Hollande était déjà allé à Canossa mais, comme les Bourgeois de Calais, il avait tout de même gardé sa chemise. La conservera-t-il aujourd'hui alors que, candidat aux prochaines élections présidentielles, il est prêt à tout afin de tenter de regagner les précieux suffrages des électeurs franco-algériens qui s'étaient détournés de lui avec le « mariage pour tous »?

  

NB : Les rentiers de l'indépendance qui forment le noyau dur du régime prélèvent, à travers le ministère des anciens combattants, 6% du budget de l'Etat algérien, soit plus que ceux des ministères de l'Agriculture (5%) et de la Justice (2%)...

 

Bernard Lugan

14/06/2015

 


[1] L'expression est d'Omar Benderra (Algeria-Watch, décembre 2014). En ligne.

[2] Pour plus de détails, on se reportera au dossier cont

 

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M
Merci Edouard pour cet article qui analyse parfaitement les 53 ans qui nous sépare du cruel arrachement de la communauté pied-noire /harki du pays qu'elle a construit et aimé pendant 132 ans.
Le vent de l'histoire a soufflé et souffle , il faut croire dans le mauvais sens , du sud au nord ,les populations sont toujours chassées par la violence et l'incompétence d'une dictature qui arrive à son terme et laissera la place à une autre surement plus dure .
Hollande et ses tribulations n'y pourront rien.
Merci aussi aux deux commentateurs ,Castets et Maxime du 16/6/15 , qui prouvent par leur avis que seule la vérité historique sans passion est incontournable et reprendra tot ou tard le dessus .
Vous l'aurez compris je suis originaire des Iles Baléares , par mon ascendance , et de la Mitidja de mon vécu et de surcroit Algérianniste depuis les années 80 , alors je suis comme vous attentif à la suite...
Bon dimanche
JPM
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C
Bonjour Mr Boulogne,

Entre le voyage aux mille excuses et repentances du soi-disant représentant des Français et l'article clairvoyant et étayé comme à l'accoutumée de Bernard Lugan, il existe une population nostalgique de l'Algérie qui ne supporte pas ce comportement lâche de nos Elites irresponsables !
Entre vérité historique arrangée et omission volontaire visant à exciter les foules sous couvert de repentance piteuse et sans objets, de nombreux témoignages existent qui démontrent que depuis 1830, tout comme aux Antilles, de nombreux fondateurs de l'Algérie actuelle ont souffert dans leur chair, et ont donné le meilleur d'eux-même pour élever ce Pays nouveau et émergent au rang d'exportateur au cours du 20 ème siècle.
Je précise que je ne suis pas PN, mais j'ai ressenti douleur et désarroi à l'occasion de leur exil forcé auprès de mes camarades, nés dans les départements d'Algérie d'avant 62.
Plus tard, lors de mon séjour de plusieurs mois dans l'Oranais, j'ai ressenti viscéralement ce qu'ils avaient été forcés d'abandonner avec larmes et maigre bagage, sans compter l’accueil déplorable et honteux que divers syndicats et population idiote leur réservaient en Métropole en1962 !
Comme le rêve ne coûte pas cher, je me suis surpris, en suivant les événements du jour, à imaginer déguster à nouveau en terrasse une paire de brochettes d'agneau accompagnée de ce merveilleux rosé de Messerghin, qui hélas n'existe plus !
Heureusement, archives et témoignages existent, ils peuvent démontrer aux jeunes générations ouvertes d'esprit, éperdues de vérité mais gavées de mensonges et d'approximations, qu'ils sont maintenus dans l'ignorance volontairement !
On peut aisément imaginer que la colonisation n'a été un long fleuve tranquille pour aucun des protagonistes, les courants migratoires vers l'Afrique du Nord, qu'ils soient d'origine française, italienne ou espagnole, ont forgés l'Algérie telle qu'elle était au moment de l'indépendance, que reste-t-il 53 ans plus tard ?
Je n'ai hélas pas connue la Mitidja grenier et jardin de l'Algérie, j'ai par contre connu les environs de l'Oranais dont le secteur de Messerghin ; si l'absence de mon vin rosé préféré est bien sur anecdotique, elle est révélatrice d'un certain laisser aller et d'une transformation très inachevée, le rattachement d'une partie du Sahara avec son pétrole et son gaz était certainement un cadeau empoisonné, confirmé par l'article de Bernard Lugan.
Cette terre, conquise pour supprimer esclavage et razzias par les barbaresques en Méditerranée, initiant la conquête de 1830, nos colons européens y étaient très attachés par leur travail, le sang et la mort de nombre d'entre eux et je serai immensément heureux que nos malheureux déracinés des banlieues mettent autant d'ardeur à honorer la terre de leurs ancêtres qui nous ont aidés, tout au long de notre Histoire commune, en ayant un attachement indéfectible pour la France génitrice de ce beau pays ..." l'ALGERIE".
Rien n'est acquis, et rien ne s'est fait spontanément, il faut qu'ils en soient conscients et imprégnés afin de choisir une culture et de s'y tenir sur la terre correspondante !
J'adore cette histoire : 1962, La France et l'Algérie divorcent... Manifestement la garde des enfants est dévolue à la France ! Pourquoi ?

Ci-après, de bien belles histoires individuelles qui au travers des ages font l'Histoire des hommes.

http://www.cerclealgerianiste.fr/index.php/archives/encyclopedie-algerianiste/territoire/villes-et-villages-d-algerie/oranie/125-misserghin

Bonne fin de journée, cordialement CJJ.
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M
Mais l'Algérie dispose d'une richesse qui dépasse toutes les autres, c'est son indépendance. Maintenant que les maudits colons français sont partis laissant une base agricole prospère, après avoir développé cette colonie et l'avoir notamment équipé d'infrastructures particulièrement denses et performantes. Que s'est-il passé ? Et comment se fait-il que dans cette Algérie de rêve voulue par les égorgeurs du FLN et par leurs porteurs de valise français, politiquement corrects comme il se doit, et grands humanistes tiers-mondistes comme il se faut. Et pourquoi toutes ces chances pour l'Algérie se sont-elles transformées en chances pour la France au fil des ans ? Enfin le temps des colonies est révolu, comme se réjouissent toutes ces belles consciences qui demandrnt qu'on laisse entrer en Europe tous ces décolonisés qui viennent se placer sous la protection (et, théoriquement sous l'autorité souveraine) des États-colons d'antan après avoir milité pour quon chassât ceux cheez qui les réfugiés viennent se réfugier après que leurs pères eurent chassés ceux-là des terres qu'ils protégeaient et mettaient en valeur. Ah ! oui ! quel crime abominable que la colonisation. Bientôt, grâce à Domota, la Guadeloupe fera comme l'Algérie il y a soixante trois ans, et tous les patriotes pourront, comme en Algérie, se remplir les poches et exporter leurs réfugiés...
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