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Publié par Edouard Boulogne

Philippe Bilger : le débat démocratique est en danger

Ce titre du Point.fr, je le reprend à mon compte. Quiconque s'efforce d'analyser la situation politique en France, en s'appuyant sur le minimum requis pour cela en matière de culture politique, d'honnêteté et de rigueur morale ne peut qu'être très inquiet de l'évolution dramatique de l'orientation générale du gouvernement de François Hollande, que ce soit, hier, sous l'apparence somnolente du style de Jean-Marc Hérault, ou, aujourd'hui, de l'excitation frénétique de Manuel Valls.

Le peuple français commence à en prendre conscience. Oui, nous nous acheminons, lentement mais sûrement, vers une variété de totalitarisme si l'on désigne ainsi, l'entreprise de contrôle total des esprits et des âmes par une entité politique ( actuellement le parti socialiste, et les différentes composante de ce que l'on appelle la gauche ).

Totalitarisme est-il un mot trop fort?

Oui, pour l'instant, si le totalitarisme s'identifie aux méthodes et au bilan des grandes dictatures du XXème siècle, le nazisme d'Adolphe Hitler, les variantes du communisme criminel qui s'imposa à coups de dizaines de millions de victimes, en URSS, en Chine populaire, à Cuba, etc.

Non, si l'on considère que le pire, peut-être des totalitarismes est sa version douce, où les citoyens sont, subrepticement, réduits au statut d'esclaves consentants, et si j'ose dire volontairement asservi, par leur paresse intellectuelle, et ce désir de vivoter au gré du bon vouloir de profiteurs qui n'ont que les mots de liberté, de progrès, de « république » à la bouche, mais qui ne sont mus que par leur appétit de puissance, et leur frénésie de partage des richesses à leur seul avantage de profiteur. Tel est la nature du régime qui s'installe lentement en France, sous la férule benête mais redoutable du locataire élyséen. ( ce totalitarisme « doux » a été parfaitement analysé par Alexis de Tocqueville dans un ouvrage fameux, dont je propose en annexe de cet article, un extrait suggestif de l'analyse ).

La chronique ( ci-dessous ) de M. Philippe Bliger, publié par Le Point.fr, est d'une grande lucidité. Monsieur Bilger fut en 20O7 un ardent supporter de Nicolas Sarkozy. Il fut, non le seul, déçu par ce dernier et en 2012, et ne s'engagea pas pour le président de l'UMP, sans pour autant rallier la candidature du candidat de la gauche.

Certains de nos lecteurs demeurent méfiants à son égard à cause de ce qu'ils considèrent comme une désertion.

Sans accabler Sarkozy, ( il y a très peu de véritables hommes d'Etat en France actuellement, parmi ceux que l'on considère comme éligibles ), je suis de ceux qui comprennent la déception de Philippe Bilger.

Cette Tribune du Point devrait faire réfléchir ceux qui le peuvent.

 

Le Scrutateur .

 

Tribune de M. Philippe Bilger :

 

Philippe Bilger : le débat démocratique est en danger

Le Point - Publié le 19/05/2015 à 11:44 - Modifié le 19/05/2015 à 12:31

VIDÉO. Pour sa première intervention sur Le Point.fr, Bilger s'interroge sur l'impossibilité pour nos hommes et femmes politiques de débattre sereinement...

 

 

 

http://www.lepoint.fr/societe/philippe-bilger-le-debat-democratique-est-en-danger-19-05-2015-1929432_23.php#xtor=EPR-6-[Newsletter-Mi-journee]-20150519

 

 

Le totalitarisme doux, ( dans son langage, il parle plutôt de « despostisme ».

 

« Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde: je vois une foule innombrable d'hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme. Chacun d'eux, retiré à l'écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres: ses enfants et ses amis particuliers forment pour lui toute l'espèce humaine; quant au demeurant de ses concitoyens, il est à côté d'eux, mais il ne les voit pas; il les touche et ne les sent point; il n'existe qu'en lui-même et pour lui seul, et s'il lui reste encore une famille, on peut dire du moins qu'il n'a plus de patrie.

Au-dessus de ceux-la s'élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d'assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. Il est absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux. Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l'âge viril; mais il ne cherche, au contraire, qu'à les fixer irrévocablement dans l'enfance; il aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu'ils ne songent qu'à se réjouir. Il travaille volontiers à leur bonheur; mais il veut en être l'unique agent et le seul arbitre; il pourvoit à leur sécurité, prévoit et assure leurs besoins, facilite leurs plaisirs, conduit leurs principales affaires, dirige leur industrie, règle leurs successions, divise leurs héritages; que ne peut-il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre?

C'est ainsi que tous les jours il rend moins utile et plus rare l'emploi du libre arbitre; qu'il renferme l'action de la volonté dans un plus petit espace, et dérobe peu a peu chaque citoyen jusqu'à l'usage de lui-même. L'égalité a préparé les hommes à toutes ces choses: elle les a disposés à les souffrir et souvent même à les regarder comme un bienfait.

Après avoir pris ainsi tour à tour dans ses puissantes mains chaque individu, et l'avoir pétri à sa guise, le souverain étend ses bras sur la société tout entière; il en couvre la surface d'un réseau de petites règles compliquées, minutieuses et uniformes, à travers lesquelles les esprits les plus originaux et les âmes les plus vigoureuses ne sauraient se faire jour pour dépasser la foule; il ne brise pas les volontés, mais il les amollit, les plie et les dirige; il force rarement d'agir, mais il s'oppose sans cesse à ce qu'on agisse; il ne détruit point, il empêche de naître; il ne tyrannise point, il gêne, il comprime, il énerve, il éteint, il hébète, et il réduit enfin chaque nation a n'être plus qu'un troupeau d'animaux timides et industrieux, dont le gouvernement est le berger.

J'ai toujours cru que cette sorte de servitude, réglée, douce et paisible, dont je viens de faire le tableau, pourrait se combiner mieux qu'on ne l'imagine avec quelques unes des formes extérieures de la liberté, et qu'il ne lui serait pas impossible de s'établir a l'ombre même de la souveraineté du peuple.

Nos contemporains sont incessamment travaillés par deux passions ennemies: ils sentent le besoin d'être conduits et l'envie de rester libres. Ne pouvant détruire ni l'un ni l'autre de ces instincts contraires, ils s'efforcent de les satisfaire à la fois tous les deux. Ils imaginent un pouvoir unique, tutélaire, tout-puissant, mais élu par les citoyens. Ils combinent la centralisation et la souveraineté du peuple. Cela leur donne quelque relâche. Ils se consolent d'être en tutelle, en songeant qu'ils ont eux mêmes choisi leurs tuteurs. Chaque individu souffre qu'on l'attache, parce qu'il voit que ce n'est pas un homme ni une classe, mais le peuple lui-même, qui tient le bout de la chaîne.
Dans ce système, les citoyens sortent un moment de la dépendance pour indiquer leur maître, et y rentrent.

Il y a, de nos jours, beaucoup de gens qui s'accommodent très aisément de cette espèce de compromis entre le despotisme administratif et la souveraineté du peuple, et qui pensent avoir assez garanti la liberté des individus, quand c'est au pouvoir national qu'ils la livrent. Cela ne me suffit point. La nature du maître m'importe bien moins que l'obéissance.

 

Alexis de Tocqueville ( In De la démocratie en Amérique, Livre II, chapitre 6 )

 

 

 

 

 

 

 

 

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Léon Dupan 22/05/2015 18:02

Ce que nous vivons fait étrangement penser à l'Allemagne des années 1930, après l'avènement "démocratique" de Hitler à la chancellerie du Reich. Même violecne institutionnelle, même désignation de cibles, même recours à la propagande massive et même scepticisme des observateurs de tout poil qui n'arrivent pas à décoder des événements pourtant d'une grande transparence. Jamais - sauf peut-être sous la Terreur - la République n'a montré masque plus hideux, et comme en ce temps-là, les profiteurs de tout poil et les idiots utiles se sont convertis en lèche-botte alors que le bruit des bottes devenait assourdissant.

castets 22/05/2015 09:33

Bonjour Mr boulogne,
Entre Tocqueville qui fait la démonstration du paradis, façon socialisme, en gestation chez nous ; Mr Bilger qui enfonce des clous pertinents et expose un constat que tout un chacun fait au quotidien mais que les médias masquent à qui mieux mieux avec forces parasites ou distractions, se débat la citoyenneté du Loisir " pour tous "... en rêve !
Que viendrait faire le Collège au milieu de cette colonie de vacances ?
L'opposition, engluée dans des pincipes éculés ou des voies impénétrables, comme la majorité, peine à voir le jour tant les dissentions sont efficaces et suicidaires. Elle est muselée avec force et je n'aperçois aucun homme providentiel qui se détache de cette mêlée ouverte pour faire rejaillir la France de ces lucioles tremblottantes issues soi disant des Lumières !
C'est l'âme de la France qui s'éteint progressivement, tant pis pour nous qui nous contentons avec joie et faible résistance du minimum syndical, la pente est glissante et nous y sommes vraiment engagés !
Dans le paradis socialiste, peu d'élus, mais si c'est l'enfer "pour tous" bientôt, nous y serons nombreux, y compris le nouveau peuplement en marche !
Bonne journée, cordialement Cjj.

Vince 22/05/2015 01:48

"...l'apparence somnolente du style de JEAN-MARC Hérault" (et non Michel), je pense...
"Monsieur Bilger fut en 2007 (et non 207) un ardent supporter de Nicolas Sarkozy."
Pour Info. Il n'est pas besoin de publier cela.

Sur le fond : la mise en place de systèmes parallèles (scolarité à la maison, maisons éco-autonomes, trocs de services, économies de proximité) n'est-elle pas la réponse à un système politique et économique décadent ?

Edouard Boulogne 22/05/2015 02:18

Je publie pour vous remercier de m'informer de deux erreurs, certes mineures, surtout la première, dues peut-être à un peu de fatigue. Et aussi surtout pour votre courtoisie.