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Publié par Edouard Boulogne

Le dispositif d'aide aux départements d'outre-mer est un désastre total.

Louis Dessout nous adresse cet article paru dans le Figaro, et en assure la présentation critique.

LS.

 

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Cet article est un nouvel exemple de la manipulation de l’opinion,à partir de la crise structurelle profonde des micro économies insulaires des DOM français face à la mondialisation et à la non prise en compte des chômeurs de leurs territoires dans les statistiques nationales de l’emploi. Les statistiques nationales visent à mesurer l’efficacité des dispositifs nationaux visant à assurer le plein emploi. Tandis que les statistiques outremer imposées et exigées par l’Union Européenne (UE) ont, seulement pour but, dans chaque territoire, de mesurer l’efficacité des mesures d’accompagnement de l’UE. En résumé pouvoirs publics et syndicats ont chacun leurs raisons inavouables d’être les complices passifs pour que les travailleurs d’outremer continuent à être considérés comme les “zombies de la République”. Car, bien que citoyens, ils sont absents du dispositif national de lutte contre le chômage. Pourquoi les Syndicats ne saisissent- ils pas le Bureau International du Travail (BIT) pour que cesse cette flagrante discrimination ? 
L.D.
 
LA CHRONIQUE DE JEAN-PIERRE ROBIN -

 

Le dispositif d'aide aux départements d'outre-mer est un désastre total.

 

Chaque mois, la publication des statistiques du chômage met le pays en émoi. Mais curieusement elles portent exclusivement sur la «France métropolitaine» (sic), soit 3,510 millions de demandeurs d'emploi en mars 2015. Pôle emploi et le ministère du Travail connaissent pourtant les chiffres de l'ensemble du pays, départements d'outre-mer (DOM) compris. Mais ils ne communiquent que sur «la métropole».

Cette distinction est doublement choquante. Sur la forme, il s'agit d'un relent de colonialisme. Le terme «métropole» désigne en effet «le territoire d'un État considéré par rapport à ses colonies», dixit le Littré. Et sur le fond, les pouvoirs publics entendent ainsi minimiser un bilan qui serait plus noir encore avec les DOM, traités de facto comme des colonies. Ces territoires, principalement les Antilles françaises et la Réunion, dont les populations ne dépassent pas 2,1 millions au total, comptent 258.500 chômeurs. Ce qui est énorme: alors que la «France métropolitaine» a une démographie 31 fois plus élevée (64,2 millions), le chômage s'y établirait à 8 millions s'il était aussi répandu que dans les DOM!

«Dans les départements d'outre-mer, seulement une personne sur deux, âgée de 15 ans et plus, est en activité»

Dans une étude récente de l'Insee

C'est dire combien est calamiteuse la situation de ces régions que le président de la République a décidé de toutes visiter pendant son quinquennat. On rappelle à l'Élysée que la Guyane a voté à 71 % François Hollande en 2012, record absolu des 106 départements. L'hôte de l'Élysée, qui a débarqué à Fort-de-France ce week-end, a peut-être emporté avec lui Tristes tropiques, le livre culte de Claude Lévi-Strauss publié en 1955 dans lequel l'ethnologue exprimait le désarroi de ces territoires face au monde moderne: rien n'a changé. Et le déphasage n'est pas près de se résoudre.

«Dans les départements d'outre-mer, seulement une personne sur deux, âgée de 15 ans et plus, est en activité», note une étude récente de l'Insee portant sur la Guyane, la Guadeloupe, la Martinique et la Réunion. La population active regroupe, selon la définition usuelle, les gens ayant effectivement un travail et ceux qui en recherchent. En réalité, à peine 42 % des personnes en âge de travailler ont effectivement un emploi en Guyane, et c'est pire ailleurs. Quant au chômage, il frappe 21,3 % de la population active guyanaise et va jusqu'à 29 % à la Réunion. Ce dernier taux est d'autant plus pitoyable que dans l'île Maurice, la voisine de l'océan Indien indépendante depuis 1968, le chômage ne dépasse pas 8 %.

Compléments de rémunération

Et pourtant les emplois publics se déversent à flot dans les «confettis de la République» comme on les appelle parfois. L'Insee souligne que «le secteur public concentre 42 % du total des salariés martiniquais». Et alors que l'Hexagone est réputé pour ses bataillons de fonctionnaires (2,54 pour 100 habitants), le taux est encore plus élevé dans les DOM, 3,31 en moyenne selon la Cour des comptes.

L'administration publique coûte en outre extrêmement cher du fait «des compléments de rémunération des fonctionnaires d'État outre-mer», primes d'éloignement, de vie chère, d'installation, etc. La Cour des comptes, dans son rapport 2015, a dénoncé vertement ce dispositif datant de 1950, quand il fallait six jours pour se rendre en paquebot dans les Caraïbes. Selon les sages de la rue Cambon, les surrémunérations vont de 40 % dans les Antilles à 53,6 % à la Réunion. Pour les 91.000 fonctionnaires civils de l'État concernés, la note des finances publiques s'est élevée à 1,18 milliard d'euros en 2012.

La Cour des comptes regrette par ailleurs que «les surrémunérations ont été élargies au fil du temps aux agents de la fonction publique territoriale». Le pire est que cette générosité plombe l'ensemble du secteur privé: «Les caractéristiques propres aux rémunérations et retraites versées outre-mer contribuent à entretenir un niveau élevé des prix et des coûts salariaux et nuisent donc à leur compétitivité», expliquait déjà en 2012 Christian Noyer, le gouverneur de la Banque de France.

Le système économique des DOM est fondé sur la subvention, l'exonération et ladéfiscalisation, les trois mamelles de l'assistanat. Le dispositif d'incitation fiscale à l'investissement «Girardin» (du nom d'une ministre de l'Outre-mer de Jacques Chirac) a coûté 1,1 milliard d'euros en 2013 «pour des investissements réels de l'ordre de 2 milliards d'euros», fustige la Cour des comptes. Elle préconise vainement d'année en année sa suppression. Par ailleurs, les exonérations de cotisations sociales des entreprises, que la France est autorisée à accorder, sous le contrôle de Bruxelles, se montent à 973 millions d'euros l'an.

Industrie touristique sous-compétitive

Quant au smic, le même qu'en métropole, sans aucun rapport avec le niveau de productivité des DOM deux fois moindre que la moyenne française, il n'est pas pour rien dans le chômage vertigineux des jeunes. Près de 70 % des Martiniquais de moins de 25 ans (source Insee) sont à la recherche d'un emploi. Ce qui explique aussi pourquoi l'industrie touristique antillaise, sous-compétitive, est incapable d'attirer les visiteurs américains (à peine 1 % des touristes en Guadeloupe).

«Diviser pour régner»: tel était l'adage de la Rome ancienne pour gérer ses colonies, laissant à chacune toute latitude pour s'adapter à son environnement spécifique. La France centralisatrice et égalisatrice fait exactement le contraire avec ses DOM. Et nous ne sommes pas près d'apprendre la leçon des Romains, puisque Mme Vallaud-Belkacem, ministre de l'Éducation nationale, a décidé de dévitaliser l'enseignement du latin. Au nom de ce même égalitarisme borné qui fait tellement de ravages aux Antilles, nos tristes tropiques.

Cet article est publié dans l'édition du Figaro du 11/05/2015.

 

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L
Singulière argumentation juridique, sociale et politique.Afin de ne pas aggraver la cruelle réalité des statistiques nationales. Il convient d'exclure des citoyens du dispositif national permettant de les conduire vers l'emploi.
Au prétexte que" n'étant pas le nombril du monde", ils devraient, en silence, se contenter d'une citoyenneté de seconde zone de simples collecteurs de médailles sportives internationales. Après l'impôt du sang payé par leur ancêtres pour libérer le sol de la patrie occupé par l'ennemi ???
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J
Pas de problèmes..
La Guadeloupe n'est pas le nombril du monde et les termes excessifs n'ont jamais résolu les problèmes.Je donne donc mes arguments
Les statistiques sont publiés pour les DOM et n'entrent pas dans les chiffres nationaux.parce qu'ils agraveraient le résultats
Il est illusoire de penser que cela pourrait avoir la moindre influence sur l'action de l'état qui se montre déjà trés nul dans l'hexagone(oui,il parait que metropole a une connotation colonialiste)
Non L.D,l"état n'aime pas moins les Gouadeloupéens que qui que ce soit .Il y en a autant en métropole qu'ici..Enfin,regardons qui crée les emplois.Ceci dit je partage votre avis sur les responsabilités des politiques.
Sans rancune.
Jacques Guillou
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L
J G (?) gagnerait à avoir le courage de signer son commentaire à propos du notre au sujet de cet article du Figaro et à notre permanente et vive réaction à la "zombification " (terme créole utilisé par moi) pour m'insurger contre l'absence des citoyens français des DOM des statistiques nationales permettant d'assurer le plein emploi, à partir de la connaissance de leur existence. Comment justifier, expliquer et accepter le silence complice des syndicats et des responsables publics et politiques devant ce qui correspond dans la langue française à une discrimination ? L.D
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J
La présentation de L.D est pour le moins surprenante!
Zombies de la République...Flagrante discrimination!!!!!! C'est du n'importe quoi.Et en plus,il faudrait que les syndicats s'en occupent,et puis quoi encore?
Evitons de mettre à plat ce qui mine la Guadeloupe;lorsqu'il faut 3 personnes pour le travail d'une seule,il ne faut pas être surpris du résultat!
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