Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Pages

Archives

Publié par Edouard Boulogne

Le retour de Compè Lapin.

Longtemps un peu à la traîne d'autres activités artistiques, la bande dessinée guadeloupéenne s'éveille grâce à des conteurs et dessinateurs de talent.

Il y a trois mois je signalais la parution du délicieux album de Quincy Gane Le sourire de manmzelle Lune ( http://www.lescrutateur.com/search/Max%20Ganne/ ).

Je me dois aujourd'hui d'attirer l'attention sur le retour parmi nous de Compè Lapin.

Certes Missié Lapin n'avait jamais totalement disparu. Ceux qui connaissaient bien ce malicieux personnage, capable de mille et un tours ( donc supérieur à Ulysse, l'homme aux mille tours ), même d'avoir trompé le Diaaaable ( ! ), sans avoir eu besoin d'une longue cuillère, ne croyaient pas un mot sur cette « retraite paisible » du personnage, sirotant un sirop d'orgeat ( horribile dictu ), vautré dans un Relax en regardant la télé.

Car justement Lapin avait un compte à régler avec la télévision.

Jusqu'au milieu des années 1960, en effet, Compè Lapin avaient été le roi des animateurs de nos veillées enfantines aux Antilles, infatigable conteur, inimitable pitre, et bien davantage, auprès duquel, même un Stromae, même un Antony Drew auraient pu prendre des leçons ( et ce disant, je m'exprime sans aucune volonté sacrilège !!! Mieux vaut prendre des précautions ! ).

Mais, en 1965, la télévision ( qui, à côté d'incontestables qualités, comporte aussi quelques désavantages ) était apparue sous nos cieux, semblant devoir reléguer au magasin des accessoires maintes vedettes de panthéon de l'imaginaire. Un peu comme il advint des stars du muet à l'avènement du cinéma parlant.

Silencieux, les yeux mi-clos le mystificateur du Malin ( lui-même ) prit du recul, s'absorba devant les étranges petites lucarnes, distillant un p'tit Bologne, et murmurant : «  nou ké vouè sa nou ké vouè! An ké fann k.... a yo ! » ( censuré à cause du public jeune ).

De fait, s'appuyant sur la tradition ( de tradere : transmettre ), notre Janus aux mille visages revient régénéré par un esprit critique revitalisant. Nosthromme est de retour.

C'était en mars dernier à la Boutique de la presse, LS, visiteur irréductible en ces lieux le samedi, aperçut autour d'une table, très entourés, trois jeunes lascars, parmi lesquels un de ses anciens élèves. Ils étaient trois, comme dans la chanson, mais pas des militaires. Ou alors « soldats du rire » et de la tradition revivifiée : Nurber Titep, D.Duroc, et Diégo. Les trois bonshommes s'escrimaient fort, et dans la joie, sur leurs dédicaces, en images, aux acheteurs admirateurs, qui bruissaient,s'agitaient et tournoyaient autour de ces rameurs avec des remous et des rumeurs de vagues.

Je pris donc ma place au troisième ou quatrième rang de la couronne des admirateurs, en m'armant de patience.

Je décrochai ma dédicace, super cool, malgré quelques petites perfidies, notamment au bas de la page, à droite, montrant que ma réputation, ancienne de capitaine Haddock (totalement injustifiée, of course ) me colle à la peau comme une malédiction.

Il ne faut pas manquer cet Album secret de Compère Lapin, très « moderniste », et qui est la nouvelle façon du personnage de rester à l'avant garde, utilisant, « subvertissant » la bande dessinée, comme il est en train d'opérer avec la TV, « pou i rété mèt a savann la ».

 

Mais Lapin fait flèche de tout bois.« Si i ka mofwasé i  en modewnité gras a cé ti bougs là », il sait rappeler ses plus pures racines grâce à deux autres loustics qui ont noms Benzo et Charles Ridoré.

Benzo est connu de tous en Guadeloupe. Né à Capesterre belle-Eau, professeur des écoles, très attaché à l'étude et la préservation du patrimoine culturel, il est aussi un musicien pour des Chanté Noël.

Je l'ai entendu, une fois, s'adressant à des enfants de l'école primaire, et il m'a captivé, tant il est vrai que l'enfance est un mot à large connotation, englobant les gens de sept ( et en deçà ) à soixante dix-sept ans ( et au-delà ).

Quant à Charles Ridoré, l'Haïtien, il a beau être sociologue, sa qualité de poète le sauve et nous sauve.

Les deux compères, sauvent aussi la face classique, et « fondale-natale » de l'essentiel troisième.

Leur livre ( voir aussi notre album photo ) rassemble en bon français, et en quelques 140 pages, quelques-unes des aventures du plus vieux des trois compères.

Les créolophones n'auront pas de peine à transcrire en créole, langue essentiellement orale, ce petit trésor, qui enchanta, il s'en souvient émerveillé, les soirées du petit LS vers 1948-49-50, avant l'irruption de la TV.

Vers les 19 heures, ce n'était pas encore Nounours qui venait murmurer aux oreilles de Nicolas et Pimprenelle, de merveilleuses histoires.
C'était l'heure de Compè lapin; ( mais aussi de Blanche neige et des sept nains, des contes de Perrault, de certains contes de Grimm ).

La lumière électrique manquait parfois au rendez-vous. Mais jamais Lapin. Et autour, dans le jardin, il y avait les lumières tournoyantes et fascinantes des clindindins ( ou klendendens : petites lucioles dont les mâles clignotent lumineusement dans la nuit. Aujourd'hui devenues très rares. ).

 

Le Scrutateur.

Le retour de Compè Lapin.
Le retour de Compè Lapin.
Le retour de Compè Lapin.
Le retour de Compè Lapin.
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article