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Publié par Edouard Boulogne

Actuellement, en France, le désordre intellectuel est énorme. La baisse du niveau des études, surtout en philosophie, et dans les disciplines littéraires, le développement d'internet, contrairement à ceux qui confondent ce qui est avec le perçu qu'on en a à travers les discours médiatiques, et les vociférations qui remplacent de plus en plus les vrais débats, transforment les utilisateurs en échos de ceux qui possèdent mieux, en grande partie, voire en totalité, échos de la voix de leur maîtres, comme le montre le récent livre d'Obertone «  Big Brother ».

Ainsi des termes comme « démocratie », « République », « populisme », « fascisme », sont utilisés à tire larigo, par des gens qui croient savoir ce dont ils parlent, quand ils ne font que reprendre à leur compte les slogans de manipulateurs qui ne croient pas dans les valeurs qu'ils proclament Urbi et Orbi, et qui ne dénoncent le peuple ( démos ) que lorsque celui-ci lui échappe et se porte sur des concurrents qui leur font de l'ombre.

Sur le populisme, madame Chantal Delsol, philosophe, professeur d'université, le contraire d'une extrémiste vient de publier aux éditions Le Rocher, un ouvrage qui peut être fort utile à ceux qui ne contentent pas de papoter sur Internet : Populisme. Les demeurés de l'Histoire.

Elle a accordé à l'Action française 2000 l'intéressante interview qu'on va lire. ( http://fr.wikipedia.org/wiki/Chantal_Delsol ).

 

LS.

 

Philosophe, professeur des universités, membre de l'Institut, Chantal Delsol vient de consacrer un livre au "populisme", un courant d'opinion qu'il est convenu de vilipender, mais qui mériterait davantage de considération à ses yeux.

 

L'Action Française 2000 - Considérant qu'il est difficile d'évoquer une catégorie qui relève davan­tage de l'injure que de la politique, vous procédez à une généalogie du populisme qui vous conduit tout droit en Grèce antique. Peut-on dire que le populiste est à la démocratie moderne ce que le démagogue était à la démocratie athénienne ? s

 

Chantal Delsol - On peut dire que l'un et l'autre représentent le même symptôme : un problème que l'élite rencontre avec le peuple, dans un régime où, précisément, c'est le peuple qui est souverain. D'ailleurs ces catégories n'émergent que dans les démocraties. Mais tout mon livre consiste à montrer qu'il y a un abîme entre la démagogie antique et le populisme contemporain, parce qu'il y a eu un glissement à l'époque des Lumières, qui a transformé qualitative­ment les choses. Aujourd'hui, on traite les chefs popu­listes de démagogues, mais justement ils ne le sont pas du tout.

 

Selon vous, ce « saut qualitatif» qu'est « le pas­sage de la grande particularité » (la cité, le royaume) « à l'universel » (devenir un citoyen du monde devient un impératif catégorique) s'accomplit entre Rous­seau et Kant. Quelle est la responsabilité des Lumières dans ce passage de la politique à la morale ?

Le moment des Lumières est crucial. C'est le moment où le monde occidental se saisit de l'idéal émancipateur issu du christianisme, et le sépare de la transcen­dance : immanence et impatience qui vont ensemble -le ciel est fermé, tout doit donc s'accomplir tout de suite. C'est surtout vrai pour les Lumières françaises. Ce qui était promesse devient donc programme. Ce qui était un chemin, lent accomplissement dans l'histoire terrestre qui était en même temps l'histoire du Salut, devient utopie idéologique à accomplir radicalement et en tordant la réalité. Pour le dire autrement : deve­nir un citoyen du monde, c'était, pour Socrate (et pour Diogène, ce Socrate devenu fou), un idéal qui ne récu­sait pas l'amour de la cité proche (dont Socrate est mort pour ne pas contredire les lois). Être citoyen du monde, pour les chrétiens, c'était une promesse de commu­nion, la Pentecôte du Salut. Mais pour les révolutionnaires des Lumières, dont nos gouvernants sont les fils, être citoyen du monde signifie tout de suite commen­cer à ridiculiser la patrie terrestre et les appartenances particulières - la famille, le voisinage, etc. Lénine a bien décrit comment s'opère le passage dans Que faire ? - il veut faire le bien du peuple, mais il s'aper­çoit que le peuple est trade-unioniste, il veut simple­ment mieux vivre au sein de ses groupes d'apparte­nance, tandis que lui, Lénine, veut faire la révolution pour changer le monde et entrer dans l'universel : il va donc s'opposer au peuple, pour son bien, dit-il. C'est le cas de nos élites européennes, qui s'opposent constam­ment au peuple pour son bien (soi-disant). Pour voir à quel point l'enracinement est haï et l'universel porté aux nues, il suffit de voir la haine qui accompagne la phrase de Hume citée par Le Pen « Je préfère ma cou­sine à ma voisine, ma sœur à ma cousine, etc. », pen­dant qu'est portée aux nues la célèbre phrase de Mon­tesquieu : « Si je savais quelque chose utile à ma famille et qui ne le fût pas à ma patrie, je chercherais à l'ou­blier. Si je savais quelque chose utile à ma patrie, et qui fût préjudiciable à l'Europe, ou bien qui fût utile à l'Europe et préjudiciable au genre humain, je le regarderais comme un crime. » Or nous avons besoin des deux, car nous sommes des êtres à la fois incarnés et animés par la promesse de l'universel.

 

La catégorie de l'« idiotie » est centrale dans votre réflexion : le goût pour l'enracinement n'est pas forcément criminel, dites-vous, et ne conduit pas directement au nazisme...

 

Oui, la démagogie antique, qui est en quelque sorte un crime lèse-démocratie, commence par la rencontre avec l'idiot. Celui-ci, au sens grec, est un particulier englué dans sa particularité. Il ne s'occupe que de sa famille et ne pense qu'à cela ; les affaires de la cité ne l'intéressent pas : aussi, il n'est pas un citoyen - car le citoyen, c'est celui qui s'élève à l'universel pour vouloir le bien commun. Le chef démagogue est celui qui flatte les penchants de l'idiot. Aujourd'hui, un chef de parti démagogue serait celui, par exemple, qui exhor­terait les gens à ne pas payer leurs impôts, ou à ne pas aimer la France. Mais les chefs de partis populistes exhortent à aimer les entités proches et particulières, comme la France justement, et c'est tout à fait diffé­rent. Ils cultivent les penchants des citoyens pour l'en­racinement, alors que les élites sont dans l'émancipa­tion sans frein. Nous sommes dans un cas de figure très différcnt de celui de l'antiquité. Dans l'antiquité, les démagogues étaient susceptibles de détruire la démocratie (car lorsque les gens ne se comportent plus en citoyens, ils se mettent en situation de tyrannie). Mais aujourd'hui, les chefs populistes réclament que la démocratie prenne davantage en compte les valeurs d'enracinement et réfléchisse aux limites de l'éman­cipation tout azimut. Le besoin d'enracinement et le besoin d'émancipation font partie peut-être du destin humain, en tout cas certainement du destin occiden­tal - l'enracinement est un besoin spécifiquement humain, l'émancipation répond au temps fléché judéo-chrétien. On pourrait même dire, mais ce serait un autre sujet, qu'au fond l'invention de la démocratie répond à la nécessité de trouver à chaque époque un équilibre entre les deux, car ils se contredisent. Mais il est tout à fait faux de dire, comme le disent nos élites, que l'enracinement est une faute contre l'esprit, une faute contre la démocratie, et s'apparente au nazisme. Le nazisme a été la perversion de l'enracinement, comme le communisme a été la perversion de l'éman­cipation. Mais assimiler constamment un besoin (ce que Simone Weil appellerait un besoin de l'âme) à sa perversion, c'est une imposture.

 

Pour Sartre, dans Réflexions sur la question juive ( 1954 ), «si le Juif n'existait pas, l'antisémite l'in­venterait » ; il ajoutait que, finalement, « c'est l'an­tisémite qui crée le Juif», du moins tant que celui-ci ne revendique pas son authenticité. Ne pourrait-on pas dire, parallèlement, que ce sont les membres d'une élite mondialisée, déconnectée du pays réel, qui créent, parce qu'ils en ont besoin pour asseoir moralement leur pouvoir sur le peuple, cette « France moisie » dont le populiste serait le repré­sentant politique ? Comment dès lors rendre la parole au peuple ?

 

Je ne dirais pas cela, de même, d'ailleurs, que je tiens les paroles de Sartre pour de l'exagération. Il est de toute façon difficile de créer une réalité de cette manière ! Le peuple de l'enracinement décrit par nos élites haineuses existe bien, et on le rencontre ici ou là dans les médias où il s'exprime. Personnellement, je n'aimerais pas qu'il parvienne au pouvoir tel quel (on me confisquerait aussitôt mon stylo, en tant que femme !), et d'ailleurs je n'ai jamais voté pour ces par­tis. Mais je pense qu'il faut travailler à élever ces gens, à les civiliser en quelque sorte, et pour cela cesser d'abord de les injurier. De même qu'il faut travailler à élever l'élite en lui faisant comprendre les nécessi­tés de l'enracinement. Je ne dirais pas que les dits populistes sont une invention de l'élite qui aurait besoin d'un ennemi, mais qu'ils sont grandis et radicalisés par l'élite qui tente de biffer des composantes essen­tielles de l'humain.

 

Propos recueillis par François Marcilhac

 

/ Chantal Delsol, Populisme - Les demeurés de l'Histoire, Le Rocher, 220 p., 17,90 euros.

Pencher vers le « populisme »? Mais d'abord qu'est-ce que c'est?
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P
Hier extrémistes, racistes, infréquentables, indésirables, sentant le souffre ha!ha!ha!... Aujourd'hui Populistes pour ne pas dire populaires. Mais J'en connais qui ont déjà viré de bord à l'approche de la vague! ahhh si c'était la bonne!!
l'injure a toujours été l'arme des faibles. c'est d'ailleurs pour cela qu'ils sont faibles...d'esprit!
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