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Publié par Edouard Boulogne

 

L'habitude, cette manière d'être, cette disposition permanente acquise par éducation ou effort personnel est quelque chose de très commode. Grâce à elle je n'ai plus besoin de décomposer les mouvements de la conduite de mon automobile, de la maîtrise de mon ordinateur, etc.

Que de temps gagné dans tous les domaines, par cette acquisition de mécanismes comportementaux, qui me permettent de faire plusieurs choses à la fois, et même de composer mon prochain article en faisant mon jogging.

« Sed contra », ( cependant ) comme disaient les philosophes et théologiens médiévaux, toute chose comporte ses inconvénients. L'habitude tourne facilement en routine, elle peut entraver l'innovation, stériliser la recherche intellectuelle, la vitalité de l'esprit. « Ils s'endorment dans l'habitude, voisine de l'anéantissement », disait je crois Miguel de Unamuno.

Les maîtres du conditionnement mental ont parfaitement constaté ( et maîtrisé à des fins de manipulations commerciales ou politiques ) l'importance de la répétition incessante, et obsessionnelle de formules toutes faites, de slogans, qui sur les foules moutonnières engendre la « pensée mécanique », c'est-à-dire en vérité, l'absence de pensée : « le mariage tue l'amour », « Paic lave plus blanc », «  surtout pas d'amalgames », «  la lepénisation des esprits progresse » quand nous évoquons l'importance inquiétante d'une immigration incontrôlée, etc, etc.

Ainsi en est-il quand nous écoutons la radio, la télévision, et les slogans que débitent les meilleurs esprits ( en apparence ), sur les « valeurs de la République » qui seraient menacées, comme chacun sait !

Le Scrutateur évoquait, récemment, ce sujet, non sans le grain de scepticisme qui s'impose à tout esprit qui veut penser librement.

J'ai donc le plaisir de vous communiquer, le stimulant article de l'écrivain Denis Tillinac dans Valeurs actuelles.

 

LS.

 

http://www.valeursactuelles.com/societe-denis-tillinac-limposture-des-valeurs-republicaines-50824

 

Vu de ma fenetre. À trop confondre “république” et civilisation, on risque de ne rien comprendre aux enjeux de notre époque.

Depuis les attentats du mois dernier à Paris, l’invocation aux “valeurs républicaines” tourne au moulin à prières. Gauche et droite s’en gargarisent pour légitimer leur mise au rebut du FN, mais Marine Le Pen ne s’en réclame pas moins.

Tous les éditos, tous les sermons politiques soulignent la nécessité de resserrer les rangs sur les “valeurs républicaines”, talisman pour nous prémunir du communautarisme, panacée pour forger l’armature morale de notre jeunesse. Or, n’en déplaise à la gent prédicatrice, les “valeurs républicaines”, ça n’existe pas. On confond indûment valeur et principe.

L’honneur, la liberté, l’altruisme, le courage, la probité, la pudeur, l’équité, le respect de soi et d’autrui, la bonté, le discernement, la générosité sont des valeurs, et il serait opportun qu’on les inculquât à l’école. À la fois universelles et modulées par la culture de chaque peuple, elles ne sauraient être l’apanage d’un régime politique déterminé.

Elles sont aussi enracinées dans les monarchies européennes que dans notre République. Les sujets de Sa Majesté la reine d’Angleterre jouissent de la même liberté que les citoyens français. Ceux des républiques d’Iran, du Soudan, du Pakistan ou de l’ancien empire soviétique en sont privés. Bref, le mot “république” ne recèle en soi aucune “valeur”, et en conséquence il n’a pas la moindre vertu morale.

Les aléas de notre histoire ont abouti pour l’heure à un consensus sur la forme républicaine de nos institutions et personne n’en conteste la légitimité. Mais c’est juste un principe, héritage lointain de Rome, recyclé à partir de la Révolution et pas très assuré sur ses bases, car enfin, depuis la fin de l’Ancien Régime, la France a déjà consommé cinq républiques, plus deux empires, deux restaurations et deux régimes bâtards imputables à deux défaites face aux Allemands. Notre attachement à la Marseillaise ne doit pas occulter dans notre imaginaire collectif l’oeuvre patiente des Capétiens, des Valois et des Bourbons. Faute de quoi la promotion d’inexistantes “valeurs républicaines” se résumerait à une propagande sectaire visant à éradiquer nos racines.

À cet égard, le baratin ambiant sur “l’esprit du 11 janvier” inspire quelque suspicion. Le pouvoir socialiste a usé et abusé de l’émotion populaire pour se refaire la cerise. C’est de bonne guerre, et la droite a donné dans le panneau d’une “unité nationale” téléguidée par des idéologues à l’enseigne de “Je suis Charlie” et pimentée à la “laïcité”, autre principe (louable) confondu avec une valeur.

Ces confusions sont pernicieuses, et pas forcément innocentes. Ce qui manque à tous les étages de la société française, depuis l’école jusqu’aux “élites”, c’est bel et bien une architecture morale reposant sur un socle de valeurs. Des vraies. Les velléités pédagogiques que l’on voit poindre ici et là ne s’y réfèrent nullement, on n’y distingue en filigrane qu’un catéchisme “républicain” de gauche, autant dire une fiction maquillant un déni de mémoire à des fins bassement partisanes. Rien de probant n’en résultera.

Dans une société aussi matérialiste, où tout incite la jeunesse à ne convoiter que des choses consommables, où les politiques nous parlent exclusivement de taux de croissance, où la vulgarité médiatique menace d’engendrer des fauves amoraux, amnésiques et avides, il serait urgent de renouer avec les valeurs cardinales. Elles ont toutes en commun une exigence d’élévation, comme c’était le cas dans toutes les civilisations quand les modèles du saint, du héros ou du sage équilibraient les pulsions inhérentes à la nature humaine. Aussi longtemps qu’on mettra la barre des aspirations à l’altitude zéro du mercantilisme, “républicain” ou autre, on lâchera dans une jungle sans foi ni loi des êtres intellectuellement, psychiquement, spirituellement invertébrés. Et on verra surgir de partout des candidats au djihad.

 

Denis Tillinac.

Denis Tillinac: « L’imposture des valeurs “républicaines”»
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