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Publié par Edouard Boulogne

Un jeune, François-Joseph? Je le connais depuis une bonne trentaine d'années, et il est papa de quatre jeunes garçons, dont le plus vieux doit être un grand lascar maintenant. Mais la jeunesse est une notion relative. Pour le « vieux » Scrutateur, F-J O est un petit jeune ( d'une exagération à l'autre ! ) et ( voir photo plus bas ) le général Mac-Arthur a dit ce qu'il fallait dire de la jeunesse.

Ousselin, un des piliers de Guadeloupe 1ère, qui en comporte, certes, de plus...faibles. Guadeloupe-Magazine ( la seule édition hebdomadaire de France-Antilles, dont le lectorat est plus important que celui du Scrutateur – à cause des programmes TV qu'elle diffuse ! ) lui consacre une double page, et une belle interview.

De toutes ces déclarations, j'en ai retenu une, qui n'a l'air de rien, et qui est la plus importante et la plus profonde.

Quand on lui demande quelle est sa « dernière séance ciné », F-J O répond : «  Avec mes garçons bien-aimés, je ne vais même plus au cinéma. On regarde des films à la maison. C'est convivial de regarder tous les cinq le même film à la maison. Mais plus que le film, c'est l'ambiance qui m'intéresse ».

Cette incise m'apparait digne d'être méditée.

On parle de la déconfiture de la jeunesse, de son manque de repères, de sa légèreté, et de bien autre choses encore « plus pires » ! et pardon pour le pléonasme.

Mais où trouverait-elle ses repères quand l'individualisme hédoniste, est diffusé par dix mille canaux, dont la télévision, et le plus grand nombre des « réseaux sociaux », qui en sont les propagateurs continus. Un individualisme hédoniste qui réduit tout au dénominateur commun le plus bas, et notamment la famille traditionnelle ( un adjectif qui est devenu synonyme de « ringard » ou « réactionnaire » ).

 

Je me souviens d'avoir été invité, - c'était il y a une bonne trentaine d'années, par une association de parents d'élèves du Lycée de Baimbridge, en compagnie du père du père Lasserre, aujourd'hui décédé, - à conférer sur le problème de la drogue et des jeunes qui était déjà un fléau en Guadeloupe.

Nous avions l'un et l'autre, dit ce que nous avions à dire, en fonction de nos spécialités professionnelles. Le moment du débat était arrivé. Je me souviens particulièrement d'une anecdote du père Lasserre. Il disait comment il avait été en contact avec un jeune homme en pleine déshérence, non loin de plonger dans l'abîme.

Ils avaient parlé, l'un et l'autre. Le vrai problème de ce garçon était son sentiment de ne pas être aimé par ses parents, de compter pour rien, pour du beurre.

Crise de la famille, confusion de l'amour avec ce que l'on appelle ainsi dans notre société, trop souvent, à savoir l'exaltation d'une sensibilité tout individuelle, et qui passe aussi vite qu'elle est venue, quand s'est dissipé le trompeur attrait du désir.

L'amour, dont manquait ce jeune homme, et dont manquaient ses parents, l'un pour l'autre, n'était pas le véritable amour, tout autre que l'amour passion, qui flambe et meurt aussi vite qu'une flambée sur la plage, lors d'un méchoui, quand le combustible ( les petites sécrétions d'hormones titillantes ) est épuisé, ou qu'un autre « objet » de désir est apparu. Un excellent philosophe a profondément parlé de tout cela. Il s'agit de Denis de Rougemont dans un livre qui a fait date ( L'amour et l'occident, collection 10/18 ). « l'amour ( passion ) est le mortel ennemi du bonheur ». . Ou encore : « La fidélité dans le mariage ne peut pas être cette attitude négative qu’on imagine habituellement ; elle ne peut être qu’une action. Se contenter de ne pas tromper sa femme serait une preuve d’indigence et non d’amour. La fidélité veut bien plus : elle veut le bien de l’être aimé, et lorsqu’elle agit pour ce bien, elle crée devant elle le prochain. Et c’est alors par ce détour, à travers l’autre, que le moi rejoint sa personne – au-delà de son propre bonheur. ».

Comme on peut le voir, nous sommes aux antipodes de l'idéologie en cours, sur le bonheur et l'amour, et peut-être aussi, faut-il voir dans l'amour de « l'amour passion » l'une des causes du désastre de nos moeurs, de la famille, et la croissance du désarroi, chez les jeunes, quand sous le mot « d'amour » on met tout, et n'importe quoi, et souvent son contraire.

C'est pourquoi cette simple confidence de notre ami F-J O me paraît devoir être méditée. Avec les jeunes, avec les gosses, il ne s'agit pas de faire de la philosophie, il s'agit peut-être de les « aimer » mais véritablement, et simplement, à la table familiale, en regardant un film, une émission télévisée ( même de Gwadeloup 1ère ! ) etc.

Merci F-J O.

 

LS.

 

Pour prolonger la réflexion, ce beau texte de Saint Augustin dans un de ses livres les plus fameux : Les Confessions. ( A l'époque dont il parle ici dans son livre les Confessions, Augustin est étudiant à Carthage, et il a 16 ans. Sa vie n'est pas très "sage" et de ses vagabondages, naîtra un fils Adeodat, qu'il élèvera, en compagnie de sa concubine, la mère de l'enfant, jusqu'à la mort de celle-ci. Ce n'est que bien plus tard qu'Augustin deviendra prêtre puis évêque ).

 

" Je vins à Carthage, et partout autour de moi bouillait à gros bouillons la chaudière des amours honteuses. Je n'aimais pas encore, et j'aimais à aimer; dévoré du désir secret de l'amour, je m'en voulais de ne l'être pas plus encore. Comme j'aimais à aimer, je cherchais un objet à mon amour, j'avais horreur de la paix d'une voie sans embûches. Mon âme avait faim, privée qu'elle était de la nourriture de l'âme, de vous-même, mon Dieu, mais je ne sentais pas cette faim. « J'étais sans appétit pour les aliments incorruptibles, non par satiété, mais plus j'en étais privé, plus j'en avais le dégoût. Et c'est pourquoi mon âme était malade et, rongée d'ulcères, se jetait hors d'elle-même, avec une misérable et ardente envie de se frotter aux créatures sensibles. Mais si ces créatures n'avaient pas une âme, à coup sûr, on ne les aimerait pis. Aimer et être aimé m'était bien plus doux, quand je jouissais du corps de l'objet aimé. Je souillais donc la source de l'amitié des ordures de la concupiscence; j'en ternissais la pureté des vapeurs infernales de la débauche. Repoussant et infâme, je brûlais dans mon extrême vanité de faire l'élégant et le mondain. Je me ruai à l'amour où je souhaitais être pris. Mon Dieu, qui m'avez fait miséricorde, de quel fiel, dans votre bonté, vous en avez arrosé pour moi la douceur ! Je fus aimé, j'en vins secrètement aux liens de la possession ».

 

St-Augustin.

 

Toujours dans le même ordre d'idée, un aphorisme superbe du poète médiéval arabe IBN ASHM «  L'amour est une maladie, mortelle, mais délectable. Celui qui n'en est pas atteint souhaite la contracter, et celui en est atteint ne voudrait pour rien au monde en être guéri ».

Cette phrase, je l'avais entendue, à Vanves, en 1973, au cours d'une radioscopie de Rougemont, par Jacques Chancel.

Une ou deux heures plus tard, je l'avais notée sur un de mes carnets. Elle n'est donc pas littérale, mais le sens y est.

Elle va dans le sens de l'article : l'amour passion n'est pas le véritable amour. Il est un mythe qui a, peu à peu, par l'intermédiaire des arts, notamment de la littérature, et de la musique ( en particulier l'Opéra ) pénétré les consciences, et les moeurs. Nous nous délectons des amours impossibles, des amours brisés, etc. Nous en souffrons, nous en mourrons parfois. Mais rien ne pourrait nous en détourner.

Thèse discutable, peut-être. A vous de jouer, philosophes scrutateurs. Fantasmez, et phosphorez surtout.

 

Parmi les photographies, celle de l'une des pages de Charles Maurras au tome III de ses Oeuvres Capitales , dans l'ouvrage Les amants de Venise, où il analyse « l'amour romantique » à partir des relations de Georges Sand et d'Alfred de Musset. Intéressant.

Un « jeune » sage : François-Joseph Ousselin.
Un « jeune » sage : François-Joseph Ousselin.
Un « jeune » sage : François-Joseph Ousselin.
Un « jeune » sage : François-Joseph Ousselin.
Un « jeune » sage : François-Joseph Ousselin.
Un « jeune » sage : François-Joseph Ousselin.
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