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Publié par Edouard Boulogne

Je publie l'article de Bruno Bertez, dont je ne contresignerais pas chaque ligne, mais dont je partage, globalement, l'orientation. C'est lui qui me suggère le titre de cet article.

Suis-je téméraire? Ou inconscient?

Je réponds : ni l'un ni l'autre, et j'aurais envie de dire que je suis plutôt...courageux!

Mais, en définitive, je préfère m'abstenir, à cause de....maman !

Oui, ma mère me disait parfois, il y a longtemps, très longtemps ( hélas! ) «  Ne sois pas vantard, ce n'est pas bien, et puis ce n'est pas élégant ». Et mon père approuvait d'un silence souriant.

C'est pour cela que j'ai laissé un blanc à remplir.

 

Dans son article, Bruno Bertez écrit : «  La démarche de Charlie Hebdo, qui a toujours été de lutter contre le troupeau, contre la bien-pensance, s’est trouvée trahie dès l’instant même de l’assassinat ».

Dieu sait que je suis, politiquement, philosophiquement, mé-ta-phy-si-que-ment, éloigné de Charlie-Hebdo, et pourtant ces lignes m'interpellent et m'expliquent pourquoi dès le début, sans aucune sentimentalité, ( La Rochefoucauld et Nietzsche m'ont depuis longtemps préservé de la sentimentalité dégoutante des gens « bien » ), j'ai été affligé par le meurtre de la semaine dernière, et d'une certaine façon solidaire, pas par les idées, mais en profondeur, dans la substance, comme dirait St-Exupéry, avec ces confrères dévoyés, tenté, aussitôt, de prononcer les paroles sacramentelles du Livre de la jungle de Kipling : « nous sommes du même sang toi et moi ».

Nous n'étions pas du même bord, le Scrutateur et Charb et ses acolytes, c'est le moins que je puisse dire. Mais, plus profondément, face au débondage du discours officiel, j'ai su, avant que l'agence de communication n'ait lancé le slogan, que je ne serais pas Charlie.

Plein de « braves gens, au sens de Brassens, ont défilé, se sont débondés. Malgré les spécialistes de la Com, chargé de filtrer, insinuer, pénétrer, rassurer, exalter, sans peine et sans réflexion les Charlie ( et les Charlyses ! ), malgré ces mercenaires de l'écran ça sentait pas bon , m'sieurs zé dames ». ça sentait pas bon!

Charlie-Hebdo avait beau être nihiliste en diable ( évidemment ! ), je crois que par leur génération Charb et les siens avaient, comme moi, lu Ovide ( un poète de la Rome antique ) dont j'ai fait mien l'aphorisme, dès les temps de ma lointaine adolescence : «  Odi profanum vulgus, et arceo », Je hais le profane vulgaire et je m'en écarte.

J'ai aimé plus tard dans le même sens, le mot de Vigny ( Alfred ) : «  les animaux lâches vont en troupes. Le lion va seul dans le désert ».

Hier, je n'ai pas défilé, je travaillais et Jean de La Fontaine ne m'eut pas désavoué.

Alors ? Inconscient? Téméraire ? ( …..) ?

 

Le Scrutateur .

 

Je ne suis pas Charlie Par Bruno Bertez

 

http://leblogalupus.com/2015/01/09/je-ne-suis-pas-charlie-par-bruno-bertez/

 

Comme vous vous en doutez, j’ai longuement hésité avant d’écrire ces quelques lignes. Prendre le contre-pied, s’opposer frontalement à un mouvement de masse, c’est être plus que téméraire, c’est être inconscient. 

Certains diraient même que le titre que je choisis est une provocation. Je ne le conteste pas car, comme les caricaturistes et journalistes de Charlie Hebdo, je pratique moi-même la caricature. Je force le trait, j’exagère, je grossis, pour frapper, pour retenir l’attention et ainsi, mieux convaincre. 

Le grand mouvement « Je suis Charlie » a quelque chose de dégoûtant. Qu’est-ce que cela veut dire « Je suis Charlie » ? Cela veut dire, je me prends, je me mets à la place de ceux qui ont mené un combat. Je ne précise pas le combat car ce combat était multiple. Ce qui est sûr, c’est que c’était un combat contre l’esprit dominant, contre la bêtise, contre la pensée unique, contre le conformisme. Je ne retiens pas des gens de Charlie Hebdo qu’ils étaient journalistes car je n’ai pas le sentiment, mais je peux me tromper, que leur intention première était d’informer. Je pense, qu’avant tout, ils voulaient bousculer, démystifier, chambouler, ils voulaient renverser des statues, faire bouger. C’était des iconoclastes. Pour moi, plus que des journalistes, c’était des combattants. Des combattants d’une certaine forme de liberté que je confonds pas avec la liberté de la presse. Certains propos de leurs dirigeants vont dans ce sens. 

Dans le combat qu’ils ont mené, on ne peut pas dire qu’ils étaient bien nombreux. Non seulement, ils n’étaient qu’une poignée, mais leur journal était diffusé à 30.000 exemplaires, c’est peu. C’est peu pour vivre, c’est peu pour progresser, c’est peu pour influencer. Les gens de Charlie Hebdo étaient donc, pour moi, des combattants, mais des combattants relativement isolés. Qui leur a apporté du soutien dans leurs différents combats et, en particulier, dans celui qui a causé leur perte. Bien peu. La  masse, la foule, les politiques, tous ces gens ont plutôt eu tendance à prendre leurs distances avec Charlie Hebdo lorsqu’ils ont publié ces pages sacrilèges sur l’Islam. Bien peu l’ont soutenu ou popularisé son combat quand il s’en est pris à la Charia. 

Que dire sur leur protection. Inadéquate, réduite à un minimum. Leur protection était purement formelle, cosmétique, un peu comme pour faire semblant. Derrière le dispositif, si on peut le qualifier ainsi, il n’y avait nulle réflexion, nulle tentative de prévenir efficacement. 

Charlie Hebdo était bien seul quand il était vivant, mais ils sont tous là, maintenant qu’ils sont morts. Ils sont tous là, ceux qui, selon moi, ont contribué au triste destin de Charlie Hebdo. Si Charlie avait été soutenu par un milieu favorable, par une opinion publique courageuse, ils seraient certainement encore vivants. Il faut oser, me semble-t-il, trouver scandaleux ce reversement de l’opinion et des pouvoirs et dire que c’est quand on est en vie que l’on a besoin de soutien, et non pas quand on est mort. Malgré leur grande ampleur, les manifestations actuelles ont quelque chose de dérisoire et j’avoue que c’est en raison de la honte qu’elles m’inspirent que j’ai écrit ces quelques lignes. Les Français sont plus prompts à agiter des petits panneaux, ce qui ne leur coûte rien, qu’à se lever et à se battre pour les vraies libertés. 

Je suis étonné de la discrétion dont on fait preuve à l’égard de l’un des meilleurs d’entre eux, Bernard Maris, cet économiste non-conformiste. Bernard Maris était un économiste d’exceptionnelle qualité. La preuve, il s’était montré ces derniers temps capable de dépasser l’économisme et de l’intégrer dans une réflexion beaucoup plus vaste, philosophique et sociologique. Si l’on avait fait autour des travaux de Bernard Maris ou autour de ses chroniques signées « Oncle Bernard » autant de tapage que l’on en fait maintenant, le débat économique français aurait été porté à un niveau supérieur à ce qu’il est maintenant. On serait rentré dans le vif du sujet. Mais Bernard Maris, ses travaux d’économiste, la récente évolution de sa pensée, tout cela n’intéresse personne car ce n’est pas récupérable. En parler maintenant dérangerait ceux qui orchestrent la grande mystification en cours. 

La grande mystification en cours, c’est celle de l’Union Nationale. Quel rapport y a t’il entre ce qui est intervenu mercredi dernier et l’Union Nationale, Grand Dieu ? Aucun. Absolument aucun. L’appel à l’Union Nationale est une escroquerie de communiquant politique : il s’agit de saisir l’opportunité de faire oublier une politique désastreuse, aussi bien de droite que de gauche, une politique qui divise. C’est cette politique qui divise, qui fragmente, qui disloque le corps social qui, précisément, nourrit le terreau sur lequel on peut semer le terrorisme. Le terrorisme prospère si les conditions lui sont favorables. Or, précisément, les politiques actuelles isolent les gens, renforcent les égoïsmes, brisent les liens sociaux et les solidarités spontanées. Je ne vise pas cette solidarité de façade que les politiciens ne cessent d’invoquer pour justifier leurs politiques scélérates. La politique intérieure est désespérante au sens fort, elle tue tout espoir. La politique extérieure est encore pire ; elle fabrique des ennemis. Certains réels, d’autres imaginaires. Cette politique étrangère se confère le droit de bombarder, de tuer sans discernement, de démoniser des populations entières avec l’aide d’un vocabulaire et de discours irresponsables. 

Je n’ai aucune idée de la personnalité des assassins. Ce sont eux qui ont tué, cela aurait pu en être d’autres. Les conditions sont prêtes, elles sont réunies pour que la barbarie se propage. Jusqu’à présent, les Français bien-pensants ont fermé les yeux ; pour eux, la barbarie, c’est ailleurs, mais l’action criminelle de ceux qui ont opéré devrait leur rappeler que la barbarie peut aussi faire ses ravages chez nous.  

Je ne vois personne dans les milieux responsables ou dans les médias qui comprenne que ces événements terribles devaient mériter mieux qu’une action publicitaire et qu’ils imposaient au contraire que l’on fasse progresser la conscience des Français, que l’on pose les vrais débats. Que l’on s’adresse à l’intelligence. Non. Ce qui a été choisi, c’est de massifier, de resserrer les rangs du troupeau. La démarche de Charlie Hebdo, qui a toujours été de lutter contre le troupeau, contre la bien-pensance, s’est trouvée trahie dès l’instant même de l’assassinat. Ils ont été assassinés une seconde fois. Politiciens de droite, de gauche, journalistes, commentateurs, ils sont tous complices pour dissimuler et enterrer les vraies questions, tous complices pour mettre le couvercle de l’émotionnel imbécile sur les questionnements qui s’imposent. 

Aux proches des victimes, à ceux qu’ils aimaient et qui les aimaient, je veux dire toute ma compassion. Je veux dire également toute mon admiration pour la démarche  qui animait l’équipe de Charlie Hebdo, sa révolte et son courage. Les contenus de leur journal, leurs idées, leur art, étaient le leur et ils avaient choisi d’aller jusqu’au bout.  Les admirer, ce n’est pas approuver toutes leurs idées et tous leurs choix, c’est saluer avec respect leur démarche.  Ils n’étaient pas inconscients, ils connaissaient les risques auxquels ils s’exposaient. Ils avaient décidé de monter sur les barricades. Ils en sont morts.

Bruno Bertez Le 9 Janvier 2015

 

Le Scrutateur est-il téméraire, inconscient, ou......( à remplir ) ? . ( avec Bruno Bertez ).
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castets 12/01/2015 18:07

Bonjour Mr Boulogne,
Pour une fois que, à l'occasion d'un rassemblement sur la voie publique, la Préfecture et les Organisateurs sont en accord sur le chiffre des participants, je ne vais pas bouder mon plaisir malgré la tristesse qui m'habite et l'horreur de l’événement, ce n'est hélas pas la première fois, mais c'est la première médiatisation de ce niveau !
La France en ébullition, en osmose, en communion... n'exagérons rien, environ et seulement 6 % de la population ; le reste, la majorité dite silencieuse habituellement était bien plus nombreuse à se recueillir à domicile ou à pratiquer les activités habituelles du week-end !
Le locataire, François le X ième ferait bien de relativiser la participation et l'adhésion à son fond de commerce ; j'ai été bien plus ému par la participation extra-hexagonale que je n'attendais pas, serait-ce un signe international de prise de conscience du problème actuel qui se présente à tous les Pays à tendance démocratique ?
Bonne soirée, cordialement Cjj.

Benoît Lemoine 12/01/2015 17:04

Troupeau ? Il a dit troupeau, Bruno Bertez ? Et il à même écrit : « La démarche de Charlie Hebdo, qui a troujours été de lutter contre le troupeu, contre la bien-pensance (...) » Ouaf ! Ouaf ! Ouaf ! Ô l'innocent, qui ne comprend sans doute pas ce qu'il dit. Car il n'a rien compris, ce grand niais à la bien-pensance, pas plus qu'à la troupeaulitude. Car de quel troupeau parle-t-il ? Tourpeau de gazelles, de hyènes, de moutons ? Ce monsieur n'a-t-il rien compris à la diversité ? Charlie Hebdo a lutté pour son troupeau qu'il ne m'appartient pas de qualifier, mais troupeau assurément. Quant à la bien-pensance ? Mais Charlie Hebdo l'incarnait, cette bien-pensance issue de 68. Alors stop les sottises ! Et pourtant, comme le Scrutateur - moi, je ne me cache pas d'être d'un troupeau - je salue cet article de Bruno Bertez dans ce qu'il a de pertinent et même d'intelligent. Comme quoi rien n'est jamais tout blanc ou tout noir.