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Publié par Edouard Boulogne

Bien que par caractère, autant que par réflexion, je sois très réservé sur les expressions de « solidarité fraternelle » et les slogans du genre « Je suis Charlie » ( hier soir, j'avais pensé publier un billet intitulé «  Suis-je Charlie? ». Je ne l'ai pas fait. C'est mon petit côté janséniste. Je ne l'ai pas fait car j'aurais été incompris, alors que ma peine est réelle pour la mort de ces 12 victimes des fanatiques. Je n'aurais pas été compris, car à chaud, il est vain de lutter par le raisonnement contre l'émotion? La même manifestation aurait pu être organisée sous une bannière moins ambigüe. Cette émotion soigneusement observée et nourrie par les esprits froids qui jouent des émotions et des passions humaines, et trop souvent s'en servent à des fins dont s'indigneront, plus tard, ceux-là même qui, manipulés, auront, sans le vouloir, contribué à leur succès. ), en lisant cette chronique de Gérard Leclerc, directeur de l'hebdomadaire La France Catholique, avec lequel je suis si souvent d'accord, j'ai décidé de la communiquer à mes lecteurs. Je me sens en phase avec son propos.

 

Le Scrutateur.

Charlie Hebdo : mon contraire, mon frère

 

http://www.france-catholique.fr/Charlie-Hebdo-mon-contraire-mon.html

 

L’horreur, la stupéfaction, la tristesse… L’attentat meurtrier qui a eu lieu hier dans les locaux de Charlie Hebdo suscite les sentiments les plus à vif. La tête d’un journal décapitée en quelques instants par des meurtriers qui ont agi avec un sang froid glaçant, cela nous atteint, notamment nous les journalistes, directement au cœur. Avant toute réflexion un peu élaborée sur le sens d’un tel événement, il y a une sorte de tristesse profonde qui vous envahit et qui ressemble à l’expression d’une fraternité souterraine et élémentaire. C’est peu de dire que la ligne éditoriale de Charlie hebdo ne rejoignait pas souvent mes convictions, elle les a heurtées plus d’une fois. Cela n’empêche pas que ce qui se détache d’abord en moi, ce sont des visages qui me sont fraternels au-delà de toutes nos différences.

Demain, ce qui sera le plus insupportable, justement, ce sera de ne plus avoir en face de soi ces visages, ne serait-ce que pour les interpeller, éventuellement pour s’engueuler avec eux. Mon frère, ce peut être aussi mon contraire. Cette expression me revient spontanément, elle était familière au philosophe Jean Guitton, qui vous accueillait dans son bureau entre les deux portraits de Pascal et de Spinoza. L’auteur des Pensées c’était le visage aimé de l’inspirateur, mais Spinoza c’était l’interlocuteur indispensable auquel s’opposer pour dépasser les certitudes superficielles et rebondir dans d’autres espaces. Équivalemment, il peut se produire le même type de relation avec des journalistes adversaires et avec des caricaturistes. Nous ne pouvons, littéralement, pas vivre sans eux.

Parmi les morts de Charlie hebdo, que je ne puis évoquer tous, il y a cette figure emblématique du doyen, Georges Wolinski, lié à toute la culture soixante-huitarde et post soixante-huitarde avec toutes ses contradictions et ses impasses. Je porte une attention particulière à Bernard Maris [1], économiste très indépendant et qui avait publié récemment un essai très original sur Houellebecq économiste. Mais je ne veux oublier personne [2], et sûrement pas les deux policiers qui ont donné leur vie pour protéger leur prochain, et aussi la liberté de l’esprit.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 8 janvier 2015.

Notes

[1] Il nous était proche notamment par la fidèle et généreuse amitié qu’il avait pour Angèle de Radkowski, la fille de Stanislas Fumet, et la veuve de l’économiste génial, et si peu reconnu, Georges-Hubert de Radkowski

[2] Comment ne pas avoir de tendresse pour ce "Grand Duduche" de Cabu, lycéen chahuteur prolongé que j’ai aimé dans l’hebdomadaire Pilote de Gosciny dans les années 60, et que bien des enfants de ma famille ont aimé dans les émissions pour enfants avec Dorothée à la télévision ? Et comment ne pas reconnaître la vertu de modestie de cet athée hyper-doué de Charb - qui portait la responsabilité de faire travailler toute une équipe de joyeux drilles - ? J’associe à leur mémoire, celle de Cavanna bien plus profond et spirituel qu’il n’y laissait paraître...

 

Charlie Hebdo : mon contraire, mon frère, par Gérard Leclerc.
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