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Publié par Edouard Boulogne

C'est par le blog de Jean-Claude Halley, Guadeloupe Attitude, que j'avais appris, il y a trois semaines, le projet d'inauguration imminent d'une stèle en souvenir du débarquement en Guadeloupe, en 1635, des premiers colons, comme on dit, à la pointe Allègre, su le territoire de la commune de Sainte Rose.

Et c'est au début de cette semaine, par la voie postale, que j'ai reçu une invitation personnelle, à me rendre à l'inauguration du Mémorial, le samedi 31 janvier 2015, à...14 heures.

Je m'y serais rendu, par piété pour les cérémonies où l'on rend hommage, aux pionniers et aux bâtisseurs de toutes origines, et de toutes les teintes de la palette des couleurs ( dès lors que j'y suis invité ).

J'ai évité depuis lundi dernier de rendre public le projet, parait-il déjà ancien, de personnes où je compte quelques amis, car je sentais quelque chose d'inachevé dans la préparation. Et puis, je n'étais même pas certain que les pionniers européens de la construction de la Guadeloupe avaient besoin d'une telle stèle du souvenir, tant leur terrassement initial, et leurs travaux postérieurs de soutènement (pour le meilleur, et aussi pour moins positif, comme il en est dans toutes institutions de peuples ) est évident pour quiconque réfléchit à partir d'une connaissance, même élémentaire ( mais honnête, de l'histoire ).

Effectivement, les membres du Cercle Auguste Lacour, dont l'intention est louable, et l'ardeur généreuse incontestable, ont peut-être ignoré certains paramètres de notre société guadeloupéenne actuelle, et se voient menacés par quelques hurluberlus connus en Guadeloupe pour vivre à défauts d'autres talents, de l'entretien de plaies anciennes, dues à l'esclavage qui a malheureusement déparé notre île pendant deux siècle, jusqu'en 1848. Alors, en effet, les descendants des premiers colons blancs ont maintenu les noirs que leur avaient vendus les esclavagistes africains, dans l'esclavage où ils avaient vécu sur le territoire même de la vieille Afrique ( Pour en savoir plus : http://www.lescrutateur.com/article-esclavage-histoire-memoire-et-fonds-de-commerce-dossier-scrutateur-112664832.html ).

Le but du Cercle Auguste Lacour ( et cette fois, le Scrutateur en a été, téléphoniquement, dûment informé ) n'étant pas d'être à l'origine d'incidents et de troubles à l'ordre public, a décidé d'annuler l'inauguration du 31 janvier. Et j'approuve cette sage décision.

Cette manifestation pourrait être reportée, si ses initiateurs en ont l'intention, et ce ne serait pas une mauvaise chose. Mais cette fois, sur des bases plus solides, après avoir consulté les « grandes personnes », comme on dit chez nous avec le grand sourire créole devant lequel les criailleries des « racleurs de grattelles, et amateurs de fétidités enfouies », s'égayent comme des vols de corbeaux.

 

Le Scrutateur.

 

Pour ceux qui ne situeraient pas bien les « blancs créoles », dans l'histoire passée et contemporaines de la Guadeloupe, je réédite, ci-dessous l'interview que j'avais accordée en 2008, au journal Le Mika déchainé.

 

Le Scrutateur.

Blog destiné à commenter l'actualité, politique, économique, culturelle, sportive, etc, dans un esprit de critique philosophique, d'esprit chrétien et français.La collaboration des lecteurs est souhaitée, de même que la courtoisie, et l'esprit de tolérance.

Le milieu des blancs créoles de la Guadeloupe, par Edouard Boulogne.

23 août 2008.


 

 

( Un  jeune journal Guadeloupéen « Le Mika déchaîné » publie dans son numéro 11 de septembre 2008, un dossier sur les blancs de la Guadeloupe : les « blancs péyi ». Ces jeunes coordonnés par Gladys Démocrite, m’ont rencontré, et je leur ai accordé un entretien. Cet entretien a été fidèlement publié. Mais les nécessités de la mise en page ont entraîné des coupures. En voici l’intégralité pour les lecteurs du Scrutateur. Le dossier est intéressant, même s’il s’adonne parfois, concessions peut-être inévitables à l’esprit du temps, à un certain persiflage. On lira aussi avec intérêt, quitte à ne pas en partager toutes les positions les déclarations de M. Bernard Petitjean Roget (pour les blancs de la Martinique), et sur des questions connexes les propos de l’historien Frédéric Régent, et ceux de M. Jean-Pierre Sainton. EB).

 

 

Déclaration préliminaire.

Tout ce que je dirai ici n'engage que moi. Mon propos reflète la pensée et l'analyse, d'un «blanc créole» de la Guadeloupe, dont les ancêtres sont arrivés en Guadeloupe, et plus précisément à Marie Galante dès le 17è siècle. Le premier était Germain Boulogne en 1658, alors âgé de 35 ans, natif de la paroisse  Dandelier, archevêché de Paris. Son épouse Madeleine (née Sergeant) était native de Rouen. J'ai été professeur de philosophie et accessoirement journaliste. Je ne prétend pas que mes propos, mûrement et longuement réfléchis, engagent chaque membre de la « communauté » (mot que je n'aime pas à cause de la « clôture », de l'idée fermeture qu'il connote, et parce que je me méfie des communautarismes). Je me définis comme Guadeloupéen et Français, et aussi chrétien de confession catholique. Je ne parle pas au nom de quelque association que ce soit, à connotation ethnique ou non. Mes propos n'engagent donc que moi, même si, évidemment, je crois à leur pertinence.

 

•  Qu'est-ce qu'un blanc créole ?

 

 

 C'est un homme de race blanche, né en Guadeloupe, et d'autant plus créole qu'il y a vécu plus longtemps.

Les métropolitains simplement de passage dans l’île ne sont pas des blancs créoles.

Les enfants de métropolitains, nés dans le département, qui aiment le pays, qui pensent s'y installer, qui fréquentent les diverses « communautés », qui ont appris à parler le créole, sont des Guadeloupéens et peuvent être considérés comme des blancs créoles. Beaucoup d'entre eux se présentant, par exemple,  à  des  concours  sportifs  comme  Guadeloupéens, peuvent être considérés comme des blanc créoles, de lamême façon qu'un Thierry Henry, d'origine guadeloupéenne, peut être considéré comme un métropolitain (« négropolitain », comme

nous disons, avec notre humour particulier).

Les blancs créoles ont une longue familiarité avec la Guadeloupe. Ils en sont à l'origine. Les Caraïbes, derniers « propriétaires » de l'île avant la colonisation, et qui en furent les victimes incontestables, étaient des guerriers, et des navigateurs. Ils ne cultivaient la terre qu'autour de leurs villages côtiers, dans leurs jardins, pour les besoins immédiats de leurs communautés.

A l'arrivée des premiers européens, et en ce qui nous concerne, des premiers Français, (pour simplifier à partir de 1635) la Guadeloupe est une terre vierge, sur sa plus grande surface.

Ces premiers européens relèvent de plusieurs catégories.

Il y a des gens, une petite minorité, qui ont de l'argent ou du prestige social lié à leur qualité d'aristocrates. Ces « grands blancs », parfois des bourgeois, ont de  l'argent qu'ils veulent faire fructifier en l'investissant   dans   un   « nouveau   monde »,   moins   soumis   aux contraintes de la France métropolitaine d'alors.

Il y a des cadets de familles nobles qui cherchent à prospérer, ce qui ne leur est pas possible en Europe, l'essentiel du patrimoine familial échéant à l'aîné de la famille.

Il y aussi des nobles qui, par suite de fautes diverses, ont été mis au ban de la société métropolitaine, et qui comptent sur le caractère plus « ouvert » à cet égard du « nouveau monde », pour se refaire une sorte de « virginité », et pensent s'appuyer sur le prestige de leur nom, pour y « prospérer ».

(Auguste Bébian).

Et puis il y a une autre catégorie (le singulier est un peu simplificateur, car cette catégorie est elle-même assez hétérogène), de très loin la plus nombreuse,   celle   des   « petits   blancs » :   amateurs   d'aventures, individus misérables qui cherchent, un « nouveau monde », dans l'espoir d'une vie nouvelle, parfois des repris de justice, qui espèrent aussi à se refaire loin des lieux de leurs turpitudes, etc.

Ces gens, étaient qualifiés « d'engagés », ou encore de « trente six

mois », car ils s'engageaient à travailler aux Isles, pour une durée de trois ans éventuellement renouvelable.

Ils furent les gros bataillons des débuts de la colonisation.

Ils furent ceux qui défrichèrent la Guadeloupe, édifièrent les premières agglomérations,    tracèrent    les    premières    routes,    inaugurèrent l'agriculture.

Très exploités par les planteurs riches (la minorité) ils vécurent dans des conditions extrêmement dures, misérables. Les chroniqueurs de l'époque en témoignent.

Par exemple Gabriel Debien cite un correspondant de Colbert qui écrit à ce dernier en 1669 : « II est à propos de dire et de savoir que cet engagement de service pour trois ans estoit une espèce d'esclavage, et mesme quelque chose de plus quand l'engagé tombe entre les mains d'un mauvais maître ».

Et le père Du Tertre, dans son Histoire générale des Antilles, écrit : « II y a eu autrefois des maistres si cruels qu'on a esté obligé de leur deffendre d'en acheter jamais, et j'en ai connu un à la Guadeloupe qui en a enterré plus de cinquante sur la place, qu'il avait fait mourir à force de travailler, et pour ne pas les avoir assistés dans leurs maladies. Cette dureté vient sans doute de ce qu'ils ne les ont que pour trois ans, ce qui fait qu'ils ont plus de soin d'épargner leurs Nègres que ces pauvres gens ».

On est loin, on le voit, de l'image du blanc créole, au ventre proéminant, richement vêtu, le cigare au bec, et le fouet à la main, promenant son arrogance cruelle au milieu des champs de cannes, même si de tels « maîtres » ont parfois existé, certes. Mais cette image d'Epinal, surtout forgée dans le cadre   de la campagne justifiée des abolitionnistes des 18è et 19è siècles, ne donne pas une idée exacte de la réalité d'alors.

Ce qui différencie la vie des premiers colons blancs, les « engagés » des esclaves noirs qui arrivent peu à peu et deviennent majoritaires dès la fin du 17è siècle, c'est moins la dureté de la vie, que leur statut d'hommes « libres » (statut tout formel, mais malgré tout) pour les « engagés », quelle que soit leur humilité sociale, et d'esclaves pour les noirs, c'est-à-dire de biens meubles, achetables et disponibles à merci.

Ce sont les « nécessités » des politiques économiques européennes, à cette  époque  qui  ont  engendré  ce  retour  à  l'esclavage   (aboli progressivement en Europe tout au long du moyen âge) en Amérique, et aux isles. C'est, rétrospectivement, une tragédie.

C'est cette législation distinguant les hommes libres, et les esclaves ( pas tout à fait hommes) qui créa une hiérarchie fondée sur la couleur, qui ne fut pas sans engendrer des conséquences néfastes et durables.

Ainsi les « engagés » dont les conditions d'exploitation par des blancs comme  eux étaient équivalentes,  sinon pires,  à celles  de leurs compagnons de misère, noirs, vont se désolidariser de ceux-ci, ne voulant pas être assimilés à des esclaves.

C'est ce  qui explique,  en partie,  le tarissement progressif des « engagements », réduit à presque rien dès la fin du 17è siècle, et officiellement aboli en 1774.

Les engagés devinrent alors les forces d'encadrement des esclaves sur les habitations, commandeurs, etc. Les plus intelligents réussirent à se faire une place au soleil (si j'ose dire) en se hissant jusque dans la hiérarchie des grands blancs. Tel le célèbre La Ramée, qui se trouva à la tête d'une des plus grandes fortunes de l'île.

Ces considérations historiques, un peu longues peut-être pour une interview, me paraissent indispensables pour bien comprendre la personnalité de base du Guadeloupéen et celle du blanc créole en particulier.

On peut donc dire, que s'est créée au fil des siècles une stratification sociale, où les blancs, et pas seulement les riches, mais aussi les « petits blancs » ont constitué une aristocratie sociale (elle-même hiérarchisée en son sein), où la couleur de la peau était le critère de visibilité.

Un système économique et juridique a enserré, tous ces hommes, quelle que soit leur place dans la hiérarchie, dans un filet où la liberté individuelle ne disposait que d'un champ très réduit. La Révolution française viendra bouleverser cet ordre (ou ce désordre si l'on se place sur le plan d’une morale de la transcendance), en deux temps, 1794 et 1848 (continuité de 1789). Les blancs de la Guadeloupe, dont beaucoup furent massacrés, davantage par les révolutionnaires de l'hexagone d'ailleurs, que par les esclaves, furent ruinés. La Martinique « épargnée par la tourmente révolutionnaire » connut dès lors un devenir parallèle, mais différent de celui de la Guadeloupe. Et c'est pourquoi ce que je dis des Blancs créoles de la Guadeloupe, ne s'applique pas (ou plus) tout à fait aux Békés, les blancs de la Martinique, après 1789.

Même affaiblis, les créoles Guadeloupéens ont continué à être une élite sociale, morale, culturelle tout au long du I9eme siècle, et au 20è siècle, au moins jusqu'à la seconde guerre mondiale. Et ils demeurent, aujourd'hui, un groupe social respecté, et je crois pouvoir le dire estimé (même s'il a des défauts, comme les autres groupes !). Mais son pouvoir économique a diminué au profit des grandes sociétés métropolitaines ou martiniquaises, tandis que l'on voit monter et s'affirmer d'autres groupes, y compris dans l'ordre de l'économie, issus des milieux « de couleur » (mot qui découle de notre histoire singulière évoquée plus haut).

 

2) Les blancs créoles sont-ils racistes ?

 

Tout dépend de ce que l'on place sous ce mot de « racisme ».

Si je  me  réfère  à un  dictionnaire  reconnu  comme  le  Robert, « racisme » désigne  la croyance à une hiérarchie des races, à l'existence d'une race supérieure, et à l'hostilité à l’encontre des groupes ethniques considérés comme inférieurs.

Le « vrai » racisme paradoxalement s'est développé avec l'apparition de la science moderne, au 18è mais surtout au 19è siècle.

Dans les tout débuts de la colonisation aux Antilles il n'y a pas eu de racisme en ce sens. Les mariages inter raciaux étaient fréquents.

Comme il a été dit plus haut, le développement de l'esclavage comme institution, compliqué chez nous par la publication du Code Noir, a développé une idéologie raciste, et il ne fait pas de doute que les blancs créoles à cette époque ont été racistes. Ce racisme n'a jamais eu le caractère hystérique qu'il a pu prendre à certaines époques en Europe, chez les Nazis par exemple, entre 1924 et 1945.

Il a été tempéré d'abord par la vie en commun, je dirai la promiscuité des communautés, dans le cadre de l'économie de plantation.

Avec les noirs nous avons vécu en osmose, affrontant ensemble les événements heureux mais aussi les peurs liés aux épidémies qui frappaient indistinctement les uns et les autres, les phénomènes naturels : cyclones, tremblements de terre, éruptions volcaniques, etc.

Il y avait aussi la vie affective et sentimentale qui rapprochait ces gens que la loi de l'époque et les intérêts opposaient par ailleurs.

Le métissage constant ne fut pas seulement, ni principalement, à mon sens, le résultat du viol et de la force, mais le fruit du rapprochement  plus ou moins secret de gens de races différentes que des usages sociaux, renforcés par la loi contraignaient par ailleurs à la discrétion dans leurs rapports privés. Ces usages rendaient difficiles ensuite la reconnaissance légale des enfants nés de ces rencontres. Même quand les pères suivaient ensuite leur progéniture, leur assurant sur les plantations des postes gratifiants, commandeurs de plantation par exemple, ces enfants naturels connaissaient le malaise de ceux qui sont entre deux, ni tout à fait d'un milieu, ni tout à fait d'un autre. Et cette ambiguïté a engendré des troubles d'ordre moral et psychologique fort dommageables à l'équilibre de la société créole, dont les conséquences se font encore sentir dans la vie politique et sociale actuelle.

Il y a longtemps (j'avais vingt ans !) j'ai eu une conversation avec un professeur antillais, noir, qui fut assez engagé dans les mouvements sinon séparatistes, du moins autonomistes de l'époque. Cet homme estimable, qui vit encore (je l'ai vu pour la dernière fois, à la télévision, à l'occasion de la veillée de Gérard Lauriette, papa Yaya) me dit tout de go, et sur le ton de la confiance (l'estime était partagée entre nous) qu'il était parfaitement opposé aux mariages inter raciaux. Sur le moment, suffoqué, je n'osai lui demander ses raisons, et je le regrette. Je suppose, qu'en homme d'une génération ancienne, il pensait à ces conséquences fâcheuses d'union « illégitimes » dans un milieu façonné par l'histoire.

Mais le temps passe, les mentalités évoluent, rien n'est définitivement figé.

Précisément, à cet égard, l'opinion des blancs créoles a profondément évolué en Guadeloupe sur ces questions, et sauf rares exceptions il n'y en a plus qui se réfèrent à je ne sais quel « racisme scientifique ». Cela c'est fini, terminé.

Sur le plan intellectuel, et sur tous les plans, les noirs, et les indiens antillais, côtoyés, non plus seulement dans l'univers de la plantation, mais sur les bancs des écoles, et dans les lieux de décisions et de responsabilité où ils ont accédé de plus en plus nombreux, surtout depuis 1946 et la loi de départementalisation, apparaissent pour ce qu'ils sont, des partenaires à part entière, partageant tous les caractères de l'humaine condition comme disait le philosophe. Est-ce à dire que le mariage inter racial est sur le point d'apparaître comme une vieille lune ? Là, je ne le crois pas. Mais il ne s'agit plus  de racisme. Les blancs créoles constituent un milieu, façonné par l'histoire. Ce milieu a sa sensibilité particulière, ses rites, son humour propre, ses souvenirs, son « mode d'être ensemble », pour parler un peu « pédant », où le sens de la famille est particulièrement développé. On descend de tel ou tel, on a pour ancêtre commun « tante Yvonne », ou « l'oncle Hyppolyte ». On constitue un être collectif vivant, qui répugne à s'incorporer des individualités aux références autres. ( Fortuné Chalumeau a su rendre avec beaucoup de délicatesse la sensibilité familiale blanche créole dans son beau roman « La maison du Bois-Debout, ou l'enfance de St-John Perse », aux éditions Daniel Radford). Ce n'est pas du racisme. En métropole des familles aristocratiques désargentées (elles sont majoritaires) réagissent de la même façon à l'égard de bourgeois par ailleurs estimables et fortunés. L'achat par M. Edmond Giscard, (le père de Valéry) du nom et des titres de la vieille famille d'Estaing, n'a pas plu à tout le monde dans ce milieu. Ceci, n'est-ce pas, toutes choses égales, et pour aider à faire comprendre ce que peut être l'attitude des blancs créoles à l'égard du mariage inter racial : un certain esprit de corps, qui malheureusement, chez nous, l'histoire, toujours l'histoire, prend une .... teinte épidermique.

Cela dit il y a désormais des mariages inter raciaux, j'en connais ; je suis invité dans ces familles, et « l'événement » n'a entraîné aucune tourmente comme sûrement, jadis, il en eut été.

 

3) Les blancs créoles participent-ils à la culture ?

 

Sans aucun doute. Et à toute époque. Les premiers noms qui viennent à l'esprit sont ceux d'Alexis Léger, plus connu sous son pseudonyme de St-John-Perse, ou encore Gilbert de Chambertrand. Mais il y en a beaucoup d'autres. Je pense par exemple à Auguste Bébian, grand pédagogue, spécialiste reconnu des questions d'éducation, qui exerça longtemps ses activités en métropole et fut même un moment invité par le Tsar de Russie à prendre la direction à Moscou d'un institut pour sourds-muets. De retour au pays il fonda une école mutuelle pour enfants de familles modestes, à Pointe-à-Pitre, rue de la Loi, devenue la rue Bébian. Je pense à Louis-Daniel Beauperthuy, savant éminent, spécialistes des maladies tropicales, dont les travaux contre la fièvre jaune, et la lèpre firent autorité au 19è siècle (un hôpital porte son nom   aujourd'hui dans la commune de Pointe-Noire). Je pense au docteur Cabre dont Arlette Blandin-Pauvert a tracé un portrait si vivant dans son livre « Au temps des mabos », publié chez Desormeaux. Et il y en a bien d'autres.

Mais les blancs créoles ne sont pas la classe de l'intelligentsia. Ils ont joué, davantage et longtemps, un rôle important dans la politique, mais aussi, principalement, dans la vie économique. L'intelligentsia a plutôt été l'apanage de la classe des hommes de couleurs, des métis. Aujourd'hui les noirs les rejoignent dans ce domaine si important.

 

4) Quel avenir voyez vous à la communauté blanche-créole ? Va-t-elle disparaître ?

 

Les blancs créoles, en Guadeloupe représentent un pour cent à peu près, de la population. C'est leur principale faiblesse, due là encore à des causes historiques, au système économique qui structura notre île autrefois. Il serait trop long, ici, d'entrer dans les détails.

Je ne vois pas pourquoi notre groupe humain disparaîtrait s'il sait, tout en  restant fidèle  à ce  qu'il y  a  de  valable  dans  ses valeurs traditionnelles,   s'adapter  aux  nouvelles   donnes   de   la  politique nationale et internationale.

Ce milieu est parfaitement accepté, estimé, et même aimé de la population. Il y a bien sûr les criailleries de certains politiciens extrémistes, les vociférations syndicales à de certains moments un peu chauds de la vie sociale. Mais tout cela n'est pas grave, fait partie du jeu, du cinéma politicien, ici, comme ailleurs.

C'est qu'il y a entre nous et les autres membres de la collectivité guadeloupéenne, une cohabitation, une connivence de bientôt quatre siècles. Nous sommes tous Français, à un certain niveau, et très peu de gens le contestent désormais, sauf quelques hurluberlus : « pawol pou ri »!

Mais  nous   sommes,  en  profondeur  Guadeloupéens.  Nous  nous connaissons parfaitement, avec nos qualités et nos défauts, nos forces et nos faiblesses, nos motifs de fierté, et nos ridicules : ki blan, ki nèg, ki zindien ! Moun a kaze !

Sans doute la réponse à votre question dépend-elle des jeunes créoles, plus que de moi, qui commence à passer de la catégorie des acteurs à celle des témoins d'an tan lontan.

Les jeunes blancs guadeloupéens, comme les autres jeunes ont à affronter une modernité arrogante, destructrice des valeurs spirituelles, niveleuse de tout ce qui n'est pas immédiatement consommable ou jetable. Il faut se rappeler que dans la mesure où nous avons contribué à la construction de la Guadeloupe, cela n'a pas été dans la perspective de ces pseudos valeurs. Nous avons été des constructeurs, des travailleurs, résistants et entêtés, pas des glandeurs. Malgré nos défauts, parfois grands, nous nous sommes accrochés à des principes moraux et spirituels (je sais toute l'ironie qu'on pourrait, que JE pourrais faire, à cet égard. Mais qui est sans péché ?). Aux jeunes de ma communauté (parce que c'est de celle-ci qu'il s'agit dans cette interview, mais je pourrais en dire autant aux autres pour les leurs) je dis : « vous êtes appelé à innover, mais dans la fidélité à la tradition, une tradition vivante, donc critique, mais fidèle. A cette condition vous continuerez à servir la Guadeloupe, sans renier votre milieu d'origine, sans repli sur vous-même ; dans un esprit d'ouverture, sans oubli des fondamentaux. Vous êtes appelés par les sirènes de la modernité, très matérialiste, à oublier les valeurs spirituelles sans lesquelles une communauté humaine s'avilit et sombre dans la médiocrité. Mais ce n'est pas dans la possession des derniers gadgets, d'un bateau, d'un 4/4, qu'on se découvre comme homme. Il faut trouver les moyens d'ÊTRE, et savoir que l'Être ne se trouve pas dans le seul AVOIR. Je vous incite à méditer cet aphorisme du grand poète Goethe : « ce que tu as hérité de tes pères, conquiers le, afin de le mériter ». ».

 

Edouard Boulogne.

 

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Publié le 10/09/2008 à 19h58 dans Société

3 commentaires

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DOCUMENTS :

 

( Document n° I ) : Grave et inacceptable insulte à la mémoire de tous nos ancêtres !

 

- See more at: http://www.caraibcreolenews.com/index.php?option=com_k2&view=item&id=1254:grave-et-inacceptable-insulte-a-la-memoire-de-tous-nos-ancetres&Itemid=214&lang#sthash.AfSClkn6.dpuf

 

 

 

 

( Document n° II ) : Guadeloupe. Apologie de l’esclavage : Elie Domota (LKP) interpelle le Président des français François Hollande -

See more at: http://www.caraibcreolenews.com/index.php/focus/item/1274-guadeloupe-apologie-de-l-esclavage-elie-domota-lkp-interpelle-le-president-des-francais-francois-hollande#sthash.rCwW0zbi.dpuf

 

 

Photographies :

 

1 ) La stèle qui fait débat.

 

Quelques figures de blancs créoles :

 

2 ) Auguste Lacour : auteur d'une célèbre Histoire de la Guadeloupe, en quatre volumes, plus un cinquième de documents.

 

3 ) Le général Emile Ruillier, ( qui compte parmi les ancêtres du Scrutateur, dans la branche maternelle.

 

4 ) Auguste Bébian, ( voir le concernant, la rubrique « Figures » sur le blog du Scrutateur ).

 

5 ) Louis-Daniel Beauperthuis : Grands chercheur et médecin ( voir aussi la rubrique – ou catégorie – Figures, sur ce blog ). Egalement la plque apposée sur une maison où il a vécu à Paris, rue des Francs Bourgeois. 

 

6 ) Alexis léger, diplomate. Et poète, prix Nobel de littérature, plus connu sous le nom de Saint-John-Perse.

 

7 ) En 1984, deux jeunes Guadeloupéens, Place de la Victoire à Pointe-à-Pitre, rendent hommage à Félix Eboué au cpours d'une manifestation organisée par le journal Guadeloupe 2000, à laquelles participaient tot ce que le monde politique guadeloupéen comptait de personnalités importantes, dont M. Lucien Bernier.

Egalement , trois enfants guadeloupéens, illustrant la couverture du journal Guadeloupe 2000, à la parution de son centième numéro. 

 

8 ) PSC ( ou Petit Sourire en Coin ).

Blancs créoles de la Guadeloupe : une « affaire » de stèle!  par Edouard Boulogne.
Blancs créoles de la Guadeloupe : une « affaire » de stèle!  par Edouard Boulogne.
Blancs créoles de la Guadeloupe : une « affaire » de stèle!  par Edouard Boulogne.
Blancs créoles de la Guadeloupe : une « affaire » de stèle!  par Edouard Boulogne.
Blancs créoles de la Guadeloupe : une « affaire » de stèle!  par Edouard Boulogne.
Blancs créoles de la Guadeloupe : une « affaire » de stèle!  par Edouard Boulogne.
Blancs créoles de la Guadeloupe : une « affaire » de stèle!  par Edouard Boulogne.
Blancs créoles de la Guadeloupe : une « affaire » de stèle!  par Edouard Boulogne.
Blancs créoles de la Guadeloupe : une « affaire » de stèle!  par Edouard Boulogne.
Blancs créoles de la Guadeloupe : une « affaire » de stèle!  par Edouard Boulogne.
Blancs créoles de la Guadeloupe : une « affaire » de stèle!  par Edouard Boulogne.
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Jean Michel 24/01/2015 12:06

Bonjour Jean-Vincent et bonjour Mr le Scrutateur,
Jean-Vincent, je vous souhaite la curiosité, la patience et la réflexion qui vous permettront in fine d'aimer la Guadeloupe pour ses tripes plus que pour ses plages et sa température clémente.
Pour avoir atterri dans ce pays voici 41 ans (merci à mes amis Békés de Martinique qui, m'ayant invité à séjourner chez eux, ont donné au hasard le soin de me conduire à Marie Galante et d'y travailler dans le domaine de la santé).
Je n'ai rien d'un bisounours et l'angélisme ne m'est pas d'usage. Mais je voudrais simplement vous dire qu'au delà des considérations historiques qu'on traîne comme un boulet et qui freinent tout mouvement rectiligne orienté vers la construction nécessaire de ce qui est devenu mon pays de coeur, vous évoluerez (je le crois) dans votre réflexion profonde, comme peut évoluer dans sa maturation un bon vin de Bordeaux: prometteur, complexe puis enchanteur sur le tard.
Rassurez-vous, je n'ai aucune leçon à donner.
Simplement témoigner du fait que j'aime profondément l'écrivaine qui décrit en alternance la souffrance de son enfermement à Marie Galante (où je réside avec bonheur en bonne partie depuis si longtemps...) et celle de l'exclusion raciste et du regard idiot de ses camarades d'école (métropolitains de souche ou non).
La connerie humaine est incommensurable et son partage relève partout de la parfaite équité.
J'aime mon ami André, ancien distillateur de Port-Louis malheureusement défunté récemment.
Nous partagions mille soirées à parler de ces sujets qui vous passionnent et qui traversent les apparences.
J'aime sentir que de mes radicelles pénètrent lentement la terre chaude de cette île perdue.
J'aime répondre d'un revers de main au salut des gens croisés au hasard des chemins.
J'aime penser à tous ceux d'avant... Ceux dont les efforts ont été anéantis par seismes et cyclones; ceux dont la réussite témoigne du travail accompli.
Marie Galante est appelée aussi &amp;quot;Île aux cent moulins&amp;quot;... tous en ruines.
Et tous témoins d'échecs et de renoncements.
J'aime ceux qui, bien avant les avions et les navires rapides ont essayé.
J'aime peut-être un peu moins ces hommes politiques incompétents qui frétillent comme des gens de cour, et qui (démagogiquement) entretiennent la braise de la haine plutôt que le rapprochement constructif.
Rien qui valait vraiment le coup d'écrire ces quelques lignes, si ce n'est l'occasion de vous saluer et de remercier Mr le Scrutateur dont je partage l'amour d'une même terre.
Jean Michel

Jean-Vincent 23/01/2015 22:47

Bonjour,
nouvellement arrivé en Guadeloupe, je m'attache à découvrir cette dernière sous tous ses aspects et à en faire part à mes proches de métropole via mon site. Votre éclairage sur les blancs-péyi et sur leur histoire me permettront de revoir/préciser l'approche historique que j'en ai faite.
Merci à vous.
Quant à cette stèle, peut-être peut-elle répondre au besoin des Guadeloupéens de mieux comprendre et appréhender leur histoire (sans qu'il y ait nécessité de commémorer quoi que ce soit), besoin dont nous faisait dernièrement part un guide du fort Delgrès.
Cordialement.