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Publié par Edouard Boulogne

J'apprends à l'instant la mort de René Block de Friberg, survenue en métropole, à Clamart où il vivait depuis de nombreuses années. Il avait 93 ans. Elève brillant, notamment en mathématiques, au lycée Carnot de Pointe-à-Pitre où il avait fait ses études secondaires, il avait été par la suite un élève de l'Ecole Centrale de Paris, et les fonctions qu'il eut dès lors à assumer, dans le contexte des années d'après guerre, le conduisirent à construire sa carrière en France métropolitaine, où il se maria.

J'adresse à son épouse et ses enfants mes condoléances à l'occasion du départ de cet homme à la fois discret et généreux.

Il revenait assez souvent en Guadeloupe pour de courts séjours, notamment pour garder le contact avec les siens, en particulier les jeunes de Larroche, enfants de sa soeur Madeleine qui avait épousé l'industriel M. Roger de Larroche.

Il était parmi nous, il y a encore quelques mois. Il était venu revoir, et faire ses adieux à son frère Ernest Block de Friberg, très malade, et qui devait mourir peu après.

On les voit sur la photo, René à la droite de celle-ci.

René avait été dans sa jeunesse, un ami de M. Henri Bangou, ancien sénateur et maire de Pointe-à-Pitre.

Ce dernier en parle dans des pages ( 29 et 30 ) de son livre Mémoires du présent ( Editions Jasor ), émouvantes et chaleureuses, que je me permet de citer :

 

« Si le cloisonnement des classes et l'aristocratie du mérite scolaire limitaient le cercle des amitiés, ils n'interdisaient pas, au contraire, les relations inter-raciales.

Au groupe que nous formions, Paul Bertrand, Jean Vergier et moi-même, se joignirent très tôt trois condisciples, Blancs créoles : les deux frères Guy et Henri Camenen, René Block de Friberg dont la demeure, très belle maison coloniale moitié bois, moitié pierres de taille, faisait angle entre la rue Bébian et la rue Alsace Lorraine2.( C'est une image stylisée de cette demeure que l'on voit plus bas, et qui figure en page de couverture des Mémoires du docteur Bangou. EB )

Ce dernier y habitait avec ses deux frères aînés, ainsi qu'une sœur, sa cadette, aux côtés de leurs grands-parents maternels, et en l'absence de leur mère décédée et du père magistrat parisien. Celui-ci ne revint dans l'île qu'une fois admis à la retraite et se retira alors sur la vaste propriété familiale des hauteurs de Petit-Bourg. C'était une ancienne habitation coloniale de plantations où l'on pouvait encore voir la clo­che d'esclaves à proximité de la maison principale.

Quant à la magnifique demeure de la rue Bébian, d'où trois gar­çons sortaient aux heures d'ouverture du lycée pour s'y rendre, vêtus de blanc et coiffés du casque colonial, je ne pouvais dans les premiers temps l'admirer que du dehors jusqu'à ce que l'option des mathémati­ques élémentaires en deuxième année de baccalauréat, à laquelle nous nous inscrivions tous les deux, René de Friberg et moi, me permit par la force des choses d'y pénétrer. C'était en général pour des exercices en commun et pour que j'emprunte un des nombreux livres de mathé­matiques que mon père, privé d'emploi, n'avait pu m'acheter.

De la rue Bébian, après le repas du soir, on pouvait voir maître Ruiller, le grand-père, vêtu de son complet de drap noir et de sa che­mise blanche à col dur, arpenter le balcon du premier étage en compa­gnie de son épouse en robe d'intérieur longue et collet montant jusqu'au menton.

Leur sortie ne se faisait jamais autrement que dans la voiture remi­sée au garage adossé au mur limitrophe de la maison, et non loin des communs où s'activaient les gens de maison comprenant, outre la cui­sinière, un chauffeur d'origine indienne, il était rare de ne pas voir la femme de celui-ci à ses côtés avec dans les bras un nouveau-né s'ajou­tant à la nombreuse progéniture qu'on voyait accrochée au pan de sa robe.

Lorsque nos études en commun nous eurent rendus encore plus familiers, j'allais retrouver René de Friberg les après-midi dans son bureau du premier étage. Je m'y attardais chaque fois qu'un problème plus ardu que d'ordinaire requérait nos efforts combinés.

Comment, eu égard à ce passé et à l'aide décisive que je reçus alors de mon condisciple et ami blanc créole, ne pas retenir la noblesse du comportement plutôt que le fossé social qu'une histoire en mouve­ment tendait de toute façon à combler peu à peu ?

Le hasard voulut que nous partîmes, René et moi dans le même convoi, à bord de l'«Orégon», pour l'Afrique du Nord où je le perdis de vue.

Sorti ingénieur d'une des grandes écoles de Paris, il revint une quinzaine d'années plus tard en Guadeloupe pour un bref séjour. Le docteur Paul Bertrand, l'ingénieur René Block de Friberg, le pilote Guy Camenen et moi-même nous nous revîmes pour évoquer ces bons moments du lycée Carnot et posâmes pour la postérité après un repas «en célibataires» pris à la Pergola du Gosier, l'un des rares hôtels de l'époque ».

 

Une vie se termine. Celle-ci fut laborieuse et féconde. Elle incite à l'imitation inventive et productive. «  Ce que tu as reçu de tes pères, conquiers le afin de le mériter »

 

Edouard Boulogne.

 

Première photographie : René ( à droite ) et Ernest ( à gauche ) Block de Friberg, en Guadeloupe, il y a quelques mois.

M. René Block de Friberg n'est plus, par Edouard Boulogne.
M. René Block de Friberg n'est plus, par Edouard Boulogne.
M. René Block de Friberg n'est plus, par Edouard Boulogne.
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