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Publié par Edouard Boulogne

Les chemins de notre école.

 

 

Memini, je me souviens, oui, je me souviens : memini !

Je me souviens de la Guadeloupe des années 1940, et même encore de celle des années 1950, jusqu'à 1958, où avec l'arrivée au pouvoir du général de Gaulle, les choses commencèrent à bouger, ici, et alors. Et dès lors, commencèrent chez nous les bienfaits matériels de la départementalisation. Oui, matériels. Ceux-là même qu'exaltaient sur RFO, en 1996, dans une assez belle émission sur cette départementalisation, l'ancien député, Rosan Girard, pourtant communiste et un peu ( beaucoup, mon cousin ) révolutionnaire sur les bords. Avec exaltation ( il était comme ça! ) Rosan Girard, mais aussi monsieur Jules Boisel, qui avait été conseiller général de Pointe-à-Pitre, communiste un temps, et qui fut mon ami, au point de faire le coup de poing, un soir, pour ma défense, ( moi; qui ne suis, ni n'ai jamais été tellement communiste – c'est un euphémisme - ) sur la place de la Victoire à Pointe-à-Pitre. C'était en 1984.

Girard, Boisel, bien plus que moi, qui aurait pu être leur fils, avaient connu une Guadeloupe bien plus démunie ( il en était de même d'ailleurs en métropole à cette époque, en dehors de Paris et des grandes villes, dans la France profonde de ce monde d'avant ).

J'ai connu aussi, vers 1950, l'époque où il fallait une heure trente pour parcourir la quarantaine de kilomètres qui séparent P-A-P de la toute petite commune ( alors ! ) de St-François, par des routes en tuf ( au delà du Gosier ) crevassées, défoncées, indescriptibles, et inimaginables pour les jeunes d'aujourd'hui. Et plus de deux heures pour aller de P-à-P à St-Claude, à condition que des pannes de pneus n'aient pas ralenti la course, qu'il fallait réparer soi-même sur le bord de chemins il est vrai bien moins fréquentés qu'aujourd'hui.

Pour aller à l'école, cette fameuse invention du « sacré Charlemagne ( http://www.youtube.com/watch?v=HZTPz3Gi0BQ ), les enfants de la campagne devaient se donner bien du mal.

J'ai connu un instituteur qui en 1950 exerçait, son « sacerdoce » ( ainsi parlait-on volontiers en ces temps vénérables, in illo tempore ), à l'Anse Bertrand.

Il me racontait que dépourvus de moyens de locomotion ( pas de services de transports scolaires, presque pas d'automobiles ) les enfants d'origine rurale devaient « se taper » chaque matin de nombreux kilomètres avant d'arriver à l'école du bourg, et autant, le soir pour rentrer à la maison, y étudier à la lumière d'une bougie. Il me disait avoir vu des enfants arriver leurs chaussures reliées par une ficelle autour du cou, pour les épargner ( l'argent était rare ), et les mettre seulement pour rentrer en classe. On avait sa fierté.

En 2014, les petits enfants de ces garçons et filles des temps héroïques, tannent, et pères, et mères, pour porter des vêtements de marques, et l'exhaussement de soi par l'instruction, et mieux la culture, n'est plus l'impératif catégorique.

Non ! Je ne suis pas vieux ! Je ne vais pas jouer au vieux radoteur pour qui « c'est toujours mieux avant » ( Laudator tempori acti ).

Vraiment ce rôle ne me convient pas, mais pas du tout! Je ne vais charger les jeunes actuels d'une vilaine opprobre.

Il n'y a pas longtemps que je les ai quittés, et je ne regrette en rien d'avoir consacré des milliers d'heures de vie à près de 4000 jeunes ( mais ils n'étaient pas des « djeunes » ! ) en 40 ans de carrière de prof. Et je ne crois pas avoir rien perdu de mon énergie, de mon energeia ( en grec : la force en action ), vitale et pédagogique.

Mais comment ne pas constater qu'un ressort est sinon brisé, du moins fêlé. Tout se passe comme si, le progrès matériel et technique avait engendré une érosion du désir, du désir d'apprendre, pour se dépasser en vue d'affermir en soi l'humanité. ( Noter, que la classe de première, « in illo tempore » était dite la « classe des humanités » ).

Approfondir ce que je me contente, ce soir d'évoquer, laconiquement, pourrait faire l'objet d'articles prochains.

Mon propos actuel m'est suggéré par la série de magnifiques photographies que j'ai reçues ce jour sur la façon dont se déroule, actuellement dans d'autres pays du monde, la scolarité d'enfants qui affrontent pour « s'humaniser », des conditions analogues, et probablement bien pires que celles qu'affrontèrent nos grands pères ( et grammaires, dirait la servante de Molière ). Dans cinquante ans auront-ils su conserver leur energeia? Et nous, retrouvé la nôtre?

Je vous propose de les regarder, lentement, pour y trouver matière à réflexion. Mais pour les admirer aussi, car elles sont vraiment très très belles.

 

Le Scrutateur.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

18 chemins périlleux que les enfants du monde empruntent pour aller à l'école au risque de leur vie

Beaucoup d’enfants n’ont pas la chance d’avoir un bus scolaire ou des parents pour les déposer à l’école. Dans certains endroits du monde, les écoliers doivent parfois affronter un rude et périlleux trajet… DGS partage avec vous cette série de photographies vertigineuses !

Les enfants de Gulu en Chine doivent cheminer jusqu’à 5 heures à flanc de falaise, sur un chemin qui fait parfois 50 centimètres de large pour atteindre leur école


 

Des enfants gravissent des échelles de bois sans attaches du village Zhang Jiawa en Chine


 

Des enfants et des parents empruntent un chemin de glace pour se rendre au pensionnat de Zanskar dans lHimalaya indien


 


 

Des écolières traversent un pont suspendu et délabré à Lebrak en Indonésie


 

Des enfants contraints de se rendre à l’école en tyrolienne à 800 mètres au-dessus de la rivière Rio Negro en Colombie


 

Les enfants de Riau en Indonésie partent à lécole en canoë


 

Une traversée sur des racines darbres géantes du côté de Mawsynram, le village le plus pluvieux du monde


 


 

Une petite fille part à dos de buffle rejoindre son école dans le Myanmar


 


 

Un tuk-tuk, un véhicule à 3 roues, ramasse des écoliers à Beldanga en Inde


 


 

Un père et sa fille traversent un pont cassé sous la neige à Dujiangyan dans la province du Sichuan en Chine


 

Des enfants voyagent sur le toit dun bateau à Pangururan en Indonésie


 


 

Des jeunes filles passent sur une planche posée sur un mur du XVIe siècle au Sri Lanka


 

Des enfants empruntent un bateau bondé dans le Kerala en Inde


 


 

Une charrette bondée d’écoliers à Delhi en Inde


 


 

Des jeunes filles traversent une rivière sur un radeau de bambou au village de Cilangkap en Indonésie


 

Des enfants et des adultes empruntent un chemin de près de 200 km dans la montagne pour rejoindre le pensionnat à Pili en Chine


 


 

Des écoliers franchissent une rivière avec une corde à Padang, sur l’île de Sumatra en Indonésie


 

Des enfants traversent une rivière sur des chambres à air à Rizal aux Philippines

Nous félicitons le travail des photographes pour ces superbes clichés et nous sommes fascinés par le courage dont font preuve ces enfants qui risquent leur vie pour se rendre sur les bancs de l’école. Avez-vous été impressionné par ces petits écoliers prêts à tout pour assouvir leur soif d’apprendre ?

 

Photographies :

 

1 ) La sortie de l'école au Lycée Carnot, à Pointe-à-Ptre en 1902.

 

2 ) Sur cette route de Dolé, ( et partout enGuadeloupe ) montueuse, et brûlée par le soleil, les enfants allaient à l'école l'âme toute en espérance, et les pieds sans souliers.

3 ) Le pensionnat de Versailles, à Basse Terre au début du XIX ème siècle.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les chemins de notre école.
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M
N'en déplaise à M. Domota, la vie à la Guadeloupe n'est pas si atroce...
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M
Passionnant et tellement vrai. Merci pour ce retour en arririere!
Répondre