Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Pages

Archives

Publié par Edouard Boulogne

C'est la première des photographies illustrant cet article, trouvée sur facebook, qui m'a donné l'idée de sortir de l'oubli un auteur africain, Yambo Ouologem, qui, jadis, fut l'un des premiers, précurseur d'hommes intelligents, sains et courageux ( tel Alain Mabanckou, Le sanglot de l'homme noir. Voir en archives l'article que lui a consacré Le Scrutateur ), à oser jeter l'opprobre sur la malhonnêteté d'idéologues, névrosés ( ou agitateurs conscients, et d'autant plus impardonnables ) et acharnés à transmettre leur névrose, enfoncant chaque jour un peu plus, l'Afrique, et ses diasporas, dans la misère, le délire, et l'esclavage par rapport à ses pseudos élites « post-coloniales ».

Ouologem, obtint en 1968 un prix Renaudot pour son livre le plus célèbre, ce pourquoi il fut ostrascisé et tenu la tête sous l'eau pour l'étouffer par des légions de « critiques » politiquement corrects, noirs, mais aussi, et ce sont peut-être les plus acharnés, caucasiens aux cheveux blonds et aux yeux bleus.

J'offre cet article à ces gens-là, bien que je doute fort qu'ils puissent s'en étouffer de rage, tant, par une longue habitude, ils ont su se faire un front qui ne rougit jamais ( Pour les caucasiens, of course! Pour les autres il s'agit d'une figure de style. ).

 

Le Scrutateur.

 

( I ) Yambo OUOLOGEM.

 

( A ) Yambo OUOLOGEM vu par Wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Yambo_Ouologuem

 

( B ) Yambo Ouologuem - Le Devoir de violence

Publié le 5 juin 2012 par Mapero

Récompensé du prix Renaudot en 1968, "Le Devoir de violence" est l'unique œuvre romanesque d'un natif de Bandiagara au Mali. Un titre que les indications répétées d'Alain Mbanckou m'ont poussé à lire. On commence par survoler l'histoire sanglante d'un empire imaginaire du Sahel, le Nakem, depuis les années 1200 jusqu'à la conquête coloniale vers 1900. La dynastie des Saïf — pratiquant l'Islam tout en portant maints noms juifs — n'a été qu'une succession de tristes sires, esclavagistes et assassins. Ouologuem.jpegSous le règne de Saïf ben Isaac El Héït : « La négraille, sauvée de l'esclavage, accueillit, heureuse, l'homme blanc, qui, souhait-elle, lui ferait oublier la cruauté de Saïf aussi puissant que redoutablement organisé.» En fait, l'infâme Saïf se débrouille pour paraître soumis aux gouverneurs successifs — qu'il fait assassiner — et n'envoyer à l'école et à l'église des blancs que des fils de serfs et d'esclaves. Duplicité et magie sont ses armes : en particulier des vipères dressées ! Ses témoins et hommes de main sont éliminés les uns après les autres. La brutalité vaut particulièrement sur les femmes, violées, torturées. Raymond, un fils d'esclaves, jadis moqué pour fréquenter l'école des Blancs, est cependant envoyé faire des études en France. Il connaîtra la honte de sa vie dans un bordel parisien en se trouvant face à face avec sa sœur au cours d'une orgie de sexe et de champagne. Après la 2è Guerre mondiale, la décolonisation est en marche, et le vieil aristocrate a besoin d'un Nègre-blanc pour que rien ne change ; Raymond rentre au Nakem, avec une épouse européenne.

Bien que le roman et l'histoire ne soient pas toujours à l'unisson et qu'il ne soit pas du goût de tous de les rapprocher, comment ne pas songer, avec ce livre très peu "politiquement correct" à l'essai de Stephen Smith "Négrologie" qui a suscité des critiques parfois indignées ? Bien sûr, le roman de Oualoguem ne se limite pas à l'apologie du crime ; il met quelquefois les rieurs de son côté avec le portrait-charge de l'ethnologue débarqué en terre africaine : on y reconnaît Leo Frobenius, l'avide collectionneur des masques, tellement intéressé que Saïf lance une production de masques rien que pour leurrer les amateurs d'art nègre authentique. Par ailleurs, tous les lecteurs pourront apprécier les passages porteurs de "couleur locale", les incantations magiques, et notamment les rites dont voici un exemple :

« L'esclave Kassoumi, comme le veut la coutume, afin de s'assurer par la magie l'amour de Tambira, s'était muni d'une salamandre, d'une blatte et d'un vieux morceau de tissu avec lequel sa fiancée s'était essuyée du temps de leurs rapports. Séchant et pilant le tout, il le mélangea aux aliments qu'il devait servir à sa femme, après que Saïf eut exercé son droit [de cuissage]. Brûlant ensuite, comme le conseillent les vieux, rognures d'ongles, trois cils, sept cheveux, sept poils de ses parties génitales et de ses aisselles, il fit du tout une poudre , qu'il assaisonna de piment, et en saupoudra les mets de noces de l'épousée. Enfin pour être vigoureux pendant les sept jours du mariage, il écrasa trois verges de lion, des spermes de bouc, et trois testicules de coq, qu'il absorba avec des ignames, dans une sauce rouge d'épices fortes.»

En revanche, ce qui peut plutôt mal "passer" auprès du public actuel est sans conteste l'écriture de l'auteur. Je ne parle pas des accusations de plagiat qui ont fait retirer l'ouvrage de la vente en 1970, mais du style excessivement imagé, alourdi de métaphores jusqu'à être indigeste, qui s'impose de temps à autre.

Yambo OUOLOGUEM  -  Le Devoir de violence. Editions du Seuil, 1968, 207 pages. (Réédité au Serpent à plumes en 2003.)

 

( C ) Yambo Ouologuem, Nègre d'écrivains célèbres

par Kathleen Gyssels

 

http://www.lehman.cuny.edu/ile.en.ile/paroles/schwarz-bart_ouloguem.html

 

 Pour Henry Louis Gates, Jr., la littérature de la diaspora noire aux Amériques est profondément intertextuelle, comme il le démontre dans son essai The Signifying Monkey. A Theory of Afro-American Literary Criticism.
     Signifyin(g) revient à écrire entre les lignes, à « déterritorialiser » des traditions et des formes littéraires : « mastery of form and deformation of mastery » (Niesen 6). Pour Kwame Anthony Appiah le dialogisme entre Le Devoir de violence (1968) de Ouologuem et Le Dernier des Justes d'André Schwarz-Bart (1959) incite à prêter un troisième sens au préfixe postcolonial : à côté du sens temporel et oppositionnel (anti-colonialiste/anti-impérialiste), il désignerait l'auto-procès de postcolonies (Achille Mbembé) par le biais de réécriture et d'emprunts intertextuels à des œuvres canoniques (les « masterpieces » de la littérature américaine, par exemple, Hawthorne, Faulkner, deux noms importants pour les Antillais et Africains Américains qui effectivement répliquent via leur œuvre à leurs fondements éthiques et esthétiques) [*]. Ceci afin d'accuser les débâcles des nations indépendantes africaines. Désenchanté des régimes postcoloniaux, Ouologuem plagie André Schwarz-Bart et Graham Greene dans un roman qui fait figure d'« anti-dote meurtrier à Roots ». D'un même mouvement, il en finir avec la nostalgie du passé et le besoin d'édifier de nouveaux mythes d'une Afrique qui aimerait bien paraître unifiée, pure, autochtone et autonome, s'opposant en bloc à un Occident tout aussi monolithique. (Appiah 434) Edward Saïd avait également mis en garde contre des simplifications binaires telles que l'Orient versus l'Occident et par le plagiat du début du Dernier des Justes, Ouologuem prépare son lecteur à un démantèlement d'un mythe très résistant, l'Afrique précoloniale comme continent unifié, harmonieusement pacifique et sans luttes ethniques ou guerres tribales, ainsi que l'Afrique postcoloniale comme libérée de ce genre de déchirements internes. Le Devoir de violence dessine un holocauste africain imputable aux leaders des jeunes pays sous le « Soleil des indépendances » : les dirigeants de Nakem, descendants en droite lignée d'Abraham El Heït, « le Juif noir ». Ils sont tout sauf des « Justes » et leur corruption, le chaos qu'ils engendrent crée un continent à la dérive. Pour Ouologuem, il s'agit de désavouer tout projet nationaliste, de fustiger les prétentions d'une bourgeoisie postcoloniale qui inaugure un néocolonialisme postnativiste. Dès lors, le post- se lit, par le biais d'une intertextualité généralement plus subversive que mimétique.
     Pour l'Africain, le « plagiat » est une manière d'accuser le rendez-vous tardif avec la littérature, le « pillage » en retour selon Calixte Beyala. De fait, dans un continent bricolé (Affergan appelait les Antilles des sociétés « bricolées ») où tout doit être réinventé et recréé, recyclé et recomposé avec de l'ancien, de l'usé, la littérature aussi s'assemble. Faisant du neuf avec de l'ancien, Beyala bafoue toutes les demandes du marché livresque euro-américain, lézardant avec plaisir l'édifice littéraire blanc. Autrement dit, le playarisme (Miller) est une façon de déjouer un nouvel impéralisme culturel. Loin de l'émulation des Anciens, l'intertextualité postcoloniale sert un but idéologique tout illustrant la dimension « cross-cultural » (Wilson Harris) propre à des auteurs qui mé-tissent différentes traditions littéraires (et orales).
     Ainsi, pour le Malien comme pour la Camerounaise (Beyala), il s'agit de dénoncer, comme l'illustrent les diatribes du premier contre toutes les formes de colonialisme français, un esclavage littéraire : dans Lettre à la France nègre, Yambo Ouologuem traitait les émules noirs de « Nègres d'écrivains célèbres » (Huannou 67-8) De créer à copier, il n'y aurait qu'un pas vite franchi par l'Africain qui se préoccuperait moins de l'authenticité de l'œuvre, plus ouvert aux « variantes » puisqu'il est formé dans une tradition séculaire où les répétitions et les improvisations sont la règle.
     Rebuté par l'obéissance jugée évidente de la part d'un écrivain tiersmondiste à l'égard de la norme en matière littéraire, insoumis devant les impératifs de l'édition européenne. Ainsi, la rumeur court que Ouologuem aurait reçu de son éditeur (Seuil) le conseil de s'inspirer du Dernier des Justes, chef-d'œuvre qui devait servir de modèle à l'auteur africain ! Propulsé sur la scène internationale, le prix Renaudot bénéficia d'une attention spectaculaire aux Etats-Unis en large partie à cause de l' « affaire Ouologuem ».
     La réaction d'André Schwarz-Bart : lui-même ayant péniblement écrit Le Dernier des Justes, avec beaucoup de peine et de difficultés quant à la genèse et la signification du roman (cf. Kaufmann), reconnaît aisément les problèmes qu'a confrontés le Malien. Au lieu de l'accuser, risquant ce qu'il a vécu lui-même comme une dissuasion collective et très forte, une désapprobation du système littéraire, l'auteur antillais d'adoption va l'encourager. Il se dit honoré que son roman ait servi au Malien :
     Je ne m'inquiète en aucune façon de l'usage qui a été fait du Dernier des Justes... J'ai toujours considéré mes livres comme des pommiers, heureux que mes pommes soient mangées et heureux que l'un de mes pommiers soit désormais transplanté dans un sol différent. Je suis donc touché, bouleversé même, qu'un écrivain noir se soit inspiré duDernier des Justes pour écrire un livre tel que Le Devoir de violence. Ce n'est donc pas M. Ouologuem qui m'est redevable, mais c'est moi qui lui suis redevable » (Huannou 65).
     Quel ne serait pas son étonnement d'entendre que Cien años de Solitad du Colombien Garcia Márquez contiendrait de « merveilleux » échos au Dernier des Justes ?  Selon Seymour Menton, « los muertos hombres, los muertos mujeres, los muertos niños » aurait été emprunté au Dernier des Justes. Elie « souleva la dépouille du gamin et la déposa avec une douceur infinie au-dessus du monceau grandissant d'hommes juifs, de femmes juives, d'enfants juifs que les cahots du train bringuebalaient dans leur dernier sommeil" (André Schwarz-Bart 1959: 366-7) (Menton 517) ? Que le Ghanéen Ayi Kwei Armah en vrai iconoclaste démolit à son tour toute prétention de supériorité quant il s'agit de comparer cultures et religions (Soyinka 126), détruisant la fierté qu'engendra le mouvement de la négritude en dévoilant l'Afrique.réelle dans Two Thousand Seasons (Lang 387, 397).
     En réagissant de manière extrêmement positive, André Schwarz-Bart s'est donc montré compréhensif et « postcolonial » : l'enjeu étant de détourner les sources de manière originale et bien méditée. Ouologuem « transpos[e] dans une trame pré-établie des morceaux d'œuvres préexistantes et la technique des écrivains qui composent leurs œuvres "dans le style" d'un auteur qu'ils admirent et dont ils ont subi l'influence », jugea Wolitz dans « L'art du plagiat » (cité par Huannou 63-4). L'intentionnalité du procédé est donc la même, et au lieu de rapt, de trahison de la paternité du texte, le plagiat devrait s'analyser comme une technique bien méditée, comme un véritable « art ».
 
Oeuvres citées
  • Appiah, Anthony. "Is the Post- in Post modernism the Post- in Post colonial?” Critical Inquiry 17 (1991): 336-357. Reprint in Dangerous Liaisons. Gender, Nation and Postcolonial Perspectives. Anne McClintock, Aamir Mufti, Ella Shoha, eds. Minneapolis: University of Minnesota Press, 1997: 420-444.
  • Gates, Henry Louis, Jr. The Signifying Monkey. A Theory of Afro-American Literary Criticism. New York: Oxford University Press, 1988.
  • Huannou, Adrien. La critique et l'enseignement de la littérature africaine aux Etats-Unis d'Amérique. Paris : L'Harmattan, 1993.
  • Kaufmann, Francine. "Le Dernier des Justes: Genèse, Structure et Signification". Paris: Université de Paris X, Thèse de 3e cycle, 1976.
  • Lang, George. "Text, Identity and Difference: Yambo Ouologuem's Le Devoir de violence and Ayi Kwei Armah's Two Thousand Seasons". Comparative Literature Studies 24.4 (December 1987): 387-402.
  • Menton, Seymour. "The Last of the Just: Between Borges and Marquez". World Literature Today 59 (Autumn 1985), 517-524.
  • Miller, Christopher L. "Trait d'union: Injunction and Dismemberment in Y. Ouologuem's Le Devoir de Violence". L'Esprit créateur 23 (Winter 1983): 62-73.
  • Niesen, Aldon L. Writing between the Lines. Race and Intertextuality. Athens/London: Georgia University Press, 1994.
  • Ouologuem, Yambo. Le Devoir de violence. Paris, Seuil, 1968; Paris: Le Serpent à Plumes, 2003.
  • Ouologuem, Yambo. Lettre à la France nègre. Paris: Nalis, 1969; Paris: Le Serpent à Plumes, 2003.
 
* Morrison et Condé signifient toutes les deux sur un même grand auteur américain, Nathaniel Hawthorne (né en 1804 à Salem, Massachusetts), quoique de manière fort différente. Pendant que Morrison s'en prend à l'alter ego de l'auteur par le biais de la création du personnage Maître d'École, Condé introduit directement la protagoniste de l'œuvre maîtresse de Hawthorne, à savoir The Scarlet Letter (1850). L'intertextualité est probablement la meilleure figure d'interférence ou de « métissage » entre le postmodernisme et le postcolonialisme : croisement osé, audacieux, qui attire les foudres des Académiciens. Toujours est-il qu'un grand critique africain, établi aux E.U., – un des seuls à explorer les connexions entre ces deux mouvements –, se penche sur la première affaire de plagiat postcolonial qui ait retenti en France, brusquant la bonne conscience des Académiciens. [retour au texte]
Ce texte, « Yambo Ouologuem, Nègre d'écrivains célèbres », par Kathleen Gyssels, est offert par son auteure aux lecteurs du site « île en île », où il est publié pour la première fois.
 
( II ) Les illustrations :
 
1 ) Négationistes nègres : En Afrique pré-coloniale on n'a vendu que des noix ( de coco? ).
2 ) Négationistes caucasiens : A Auschiitz, on n'a gazé que des poux !
3 ) Yambo Ouologem, il y a quelques années, au moment de son prix Renaudot.
4 ) En Guadeloupe, affiche de l'antiracisme ( humaniste ! ) de névrosés militants de leur délire.
 

 

 
Yambo Ouologem : Un caillou dans le cloaque de l'idéologie négationniste du racisme autorisé.
Yambo Ouologem : Un caillou dans le cloaque de l'idéologie négationniste du racisme autorisé.
Yambo Ouologem : Un caillou dans le cloaque de l'idéologie négationniste du racisme autorisé.
Yambo Ouologem : Un caillou dans le cloaque de l'idéologie négationniste du racisme autorisé.
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
P
impossible de débattre sur ces thèmes là ce sont des sujets tabous et non autorisés.
forçément censurés par le modérateur.
c'est peut-être pour cela qu'il n'y a pas de commentaires sur ces questions dites "sensibles"
Répondre