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Publié par Edouard Boulogne

Faisons connaissance avec Jean Tirole, le nouveau prix Nobel français de l'économie, en compagnie du Figaro-Vox.

LS.

 

FIGAROVOX/CHRONIQUE - Charles Wyplosz revient sur la personnalité et l'œuvre de l'économiste français Jean Tirole, Prix Nobel d'économie 2014 pour ses travaux sur «la puissance du marché et de la régulation».


Charles Wyplosz est professeur d'économie internationale à l'Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID) à Genève et directeur du Centre international d'études monétaires et bancaires. Ses principaux domaines de recherche sont les crises financières, l'intégration monétaire européenne, les politiques monétaires et budgétaires ainsi que l'intégration monétaire régionale. Il intervient fréquemment comme expert auprès d'organisations internationales.

 

Quel est le bon niveau du prix de l'abonnement à une carte de crédit? Ce service est fourni par un tout petit nombre d'entreprises qui sont en position d'extraire des prix excessifs. Faut-il alors plafonner les prix? Et à quel niveau? Si on se base sur les coûts subis par ces entreprises, on accepte de faire payer par le consommateur les campagnes de publicité avec acteurs très glamour, qui ne servent pas l'intérêt général. Un prix trop bas, et ces entreprises n'auront plus les moyens de constamment innover en proposant de nouveaux services rendus possibles par l'évolution rapide de la technologie. Une question simple devient rapidement plus compliquée que prévu et demande des études beaucoup plus fines pour arriver à la bonne réponse. Voilà un exemple, parmi des dizaines, des sujets sur lesquels s'est penché Jean Tirole, le deuxième français à recevoir le prix Nobel d'économie après Maurice Allais en 1988. Cette distinction, précoce dans le domaine, ne surprendra personne dans la profession. Il faisait clairement partie de la liste des chercheurs destinés à être reconnus un jour ou l'autre.

( Ce n'est pas parce que les marchés sont bien imparfaits que l'on doit jeter le bébé avec l'eau du bain et inventer un nouveau modèle économique ).

Ses travaux portent tous sur la question de l'utilisation de l'information dans les marchés. Contrairement à ce que croient beaucoup de personnes, les économistes ont depuis très longtemps abandonné la fiction que les marchés fonctionnent à merveille, animés par des entreprises et des consommateurs omniscients. Et contrairement à ce que pensent de nombreuses autres personnes, ce n'est pas parce que les marchés sont bien imparfaits que l'on doit jeter le bébé avec l'eau du bain et inventer un nouveau modèle économique. Jean Tirole et ses collègues se posent une question différente: étant donné que les marchés sont imparfaits, comment doit-on les réguler pour en corriger les imperfections ou, au moins, pour en atténuer les effets. Autrement dit, il ne s'agit pas d'imaginer une révolution, mais de conduire des réformes. Plus précisément, les réformes ne doivent pas être conduites au sabre d'abordage, mais avec un scalpel délicat qui s'attaque directement aux imperfections de marché, et uniquement aux imperfections soigneusement détectées et analysées. C'est peut-être moins glorieux que les grandes décisions spectaculaires que savourent les politiques, mais infiniment plus efficace et utile.

Au cœur des travaux de Jean Tirole se trouve une observation évidente: la plupart des gens ne savent pas précisément ce qui se passe autour d'eux. Ils en sont conscients et cherchent à s'organiser en conséquence. Une conséquence est que chacun dispose d'informations que d'autres n'ont pas. Ceci peut conduire à des erreurs d'appréciation mais aussi à des avantages qui peuvent être exploités de manière contraire à ce qui est sain pour la société. C'est une observation très générale, que Jean Tirole a appliquée dans un grand nombre de cas, avec des implications pratiques très immédiates.

Le comité du prix Nobel a souligné ses travaux sur la concurrence entre entreprises. Rares sont les marchés qui ne sont pas régentés par un nombre limité de grosses entreprises, qui exploitent, chacune, des positions dominantes. C'est évidemment malsain, même si la pression des concurrents limite certains excès. Chacune doit donc imaginer comment ses concurrents réagiront à ses actions, sans jamais être sûre de rien. Jean Tirole a montré que les mesures anti-trust habituelles peuvent être inefficaces dans cette situation complexe, comme le cas des cartes de crédit. Il a établi, cependant, des résultats généraux qui, paradoxalement, montrent que la bonne régulation varie d'une industrie à une autre. Le scalpel, pas le sabre d'abordage.

La gamme de sujets pratiques abordés par le nouveau Prix Nobel est gigantesque. Il s'est penché sur les marchés financiers, la lutte contre la pollution et le réchauffement climatique, le rôle des partis politiques, Internet, la distribution de l'électricité, la gouvernance des entreprises privées, et bien plus. Ses travaux (avec Olivier Blanchard, un autre français aujourd'hui économiste en chef du FMI) sur l'allocation de chômage viennent d'être mis en place en Italie. Au lieu d'avoir d'un côté des employés permanents, bien protégés, et de l'autre des employés précaires, mal protégés des aléas conjoncturels, il a proposé un contrat unique de travail évolutif: les allocations augmentent avec le temps passé dans l'entreprise.

( Si Jean Tirole a été formé au MIT aux États-Unis, point de passage obligé à son époque, les nouvelles générations peuvent désormais espérer accéder au sommet grâce à l'émergence de tels centres de recherche ).

Au-delà de ses prouesses intellectuelles, Jean Tirole est aussi un économiste particulièrement intégré dans la profession. Une grande part de ses publications sont le résultat de collaborations avec un nombre étourdissant de collègues, dont de nombreux Français. De plus, il a fait de l'université de Toulouse l'un des meilleurs centres de recherche au monde (Toulouse School of Economics). Il y a pris la tête de l'Institut d'économie industrielle créé par Jean-Jacques Laffont, prématurément disparu avant de recevoir lui aussi la consécration du Nobel. Il a su contourner les étroites limites de l'Éducation nationale en obtenant des financements privés, souvent en contrepartie de ses études d'avant-garde réalisées avec des jeunes chercheurs. Ce centre est une véritable pépinière dont on entendra encore parler. Si Jean Tirole a été formé au MIT aux États-Unis, point de passage obligé à son époque, les nouvelles générations peuvent désormais espérer accéder au sommet grâce à l'émergence de tels centres de recherche, même s'ils sont moins nombreux que les doigts d'une main pour l'instant.

Enfin, et ce n'est pas sans importance, sa gentillesse est légendaire. Ceci explique sans doute ses multiples collaborations et sa capacité à animer son centre de recherche. Si les économistes du monde entier se réjouissent de sa distinction, ce n'est pas seulement parce que Jean Tirole a profondément transformé la discipline.

 

Un prix Nobel français : Jean Tirole pour les nuls.
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Commenter cet article

pierre 15/10/2014 17:17

pourquoi mon commentaire a été censuré ?

pierre 14/10/2014 19:04

( "les grands groupes énergétiques ne seront pas conviés aux débats sur la transition énergétique" Laurence Parisot se dit "choquée"
c'est aussi à cette occasion que l'ex patronne des patrons commencera à faire du gaz de schiste son cheval de bataille : " le principe de précaution a introduit une confusion dans l'esprit des français. c'est comme si la France ne croyait plus au progrès. c'est pourtant le progrès qui a fait de la France ce qu'elle est. La loi de 2011 sur le gaz de schiste n'a pas seulement interdit la fracturation hydraulique, Elle a interdit le débat."
En juin 2013 Laurence Parisot, ira sur un plateau de BFMTV pour débattre avec la ministre de l'écologie, du développement durable et de l'énergie. le débat tournera court , Laurence Parisot accusera la ministre de ne pas croire au progrès et à la science . elle précise" nous nous empêchons de considérer une ressource qui pourrait tout changer pour la situation économique du pays." Laurence Parisot dira encore à propos du gaz de schiste "On est tous en train de rechercher la croissance. l'histoire économique démontre que ce qui permet la croissance, c'est le bon mix énergétique....celle qui permettra notamment d'exploiter le gaz de schiste dans notre pays. c'est incroyable de passer à côté de cette richesse qui est peut-être là sous nos pieds. c'est une erreur incroyable." )
j'ai tiré ce passage de " l'usine nouvelle " un site ou les groupes énergétiques que sont les industriels entendent s'inviter au débat sur la transition énergétique et que les questions du solaire, éolien ,gaz de schiste, nucléaire, hydrogène, pétrole, charbon, biomasse, énergies offshores, isolation des bâtiments sera dorénavant aussi l'affaire de l'industrie.
Enfin, il faut espérer que le monde de l'industrie se réveille pour recréer le travail.

je serais curieux de savoir ce que Mr TIROLE pense de cette nouvelle initiative de ceux qui font la croissance et la prospérité. mais peut- être qu'il ne lit pas LS .