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Publié par Edouard Boulogne

Les articles sur le transhumanisme publiés dans Le Scrutateur, ont passionné plus d'un de nos lecteurs, qui me l'ont dit, ou écrit. L'un d'eux m'a transmis ce lien dont j'ai gardé le titre pour cet article, et qui m'a vivement intéressé.

Vivement intéressé, mais non séduit. Je le propose à votre méditation, ainsi que quelques éléments d'appréciation que vous trouverez après le lien.

L'homme qui nous parle est un conférencier de talent. Il nous parle du monde de demain ( où tel qu'il pourrait être demain, très vite, dès les années 2030 et suivantes ).

Ce monde sera ( serait ) le produit du développement de la science et des techniques, tel que l'évoquait la Revue Philosophie d'octobre dernier, qui m'avait suggéré de réfléchir avec vous sur le devenir de l'homme dans le monde ultra technicisé, qui se développe à la vitesse grand V .

Je me permet de vous renvoyer à ces articles récents, et à nos échanges.

La conférence de ce jour est faite par un homme passionné, au fait de l'état de la question, mais inquiet. Il est passionnant de l'entendre.

Mais une conférence n'est pas une leçon qu'il faudrait apprendre et répéter, comme des perroquets, stupéfiés par le nouveau Dieu LA science et LA technique. C'est la tentation de beaucoup de nos contemporains qui quand on leur dit « LA science prouve que... » tombent dans un état de sidération tel que celui qui dut connaître Moïse sur le Mont Sinaï devant le buisson ardent.

Mais qu'est-ce que LA science? Qu'est-ce que l'intelligence?

Chacun croit le savoir qui reste pourtant bouche bée quand on lui pose la question. Pour ma part c'est l'une des questions que j'aurais posées à notre conférencier, qui parle sans cesse de l'intelligence, mais sans jamais la définir.

Or dans une discussion savoir le sens des mots que l'on utilise est capital pour éviter que la conversation ne tombe dans la pure battologie, ou la pire confusion du café du commerce.

Ce sont là des questions qui relèvent de la philosophie. Et la philosophie n'est pas comme le croient tant de gens une suite d'aimable professions de foi, sentimentales, affectives, et bien entendu « huuumaniiistes », une succession de maximes plus ou moins pieuses que l'on égrène pour prouver son érudition. Elle est une discipline rationnelle critique, extrêmement critique, sceptique même, d'un scepticisme méthodique, à la Socrate ou à la Descartes, consacrée à la recherche de la vérité et des fins d'une humanité digne de ce nom.

Notre conférencier, se montre philosophe chaque fois qu'il manifeste son inquiétude devant le monde qui vient, et qui pourtant le fascine et l'éblouit.

De quoi est-il inquiet quand il le manifeste? Par exemple devant la perspective d'une élimination de tous les embryons humains qui ne présenteraient pas les capacités à s'intégrer à un monde où la cybernétique définirait les critères de l'acceptable ou de l'inacceptable. D'une élimination de tous ceux qui ne seraient pas reçus dans un monde où la moyenne du QI acceptable s'élèverait à 130. Etc.

Tout cela mérite d'être pensé, pendant qu'il en est ( peut-être ) encore temps. La discipline qui manque le plus actuellement est la philosophie, ( non les idéologies, qui prolifèrent ).

Je voudrais donc, vous proposer, de lire, après l'écoute de la conférence quelques textes extraits d'un livre du Professeur Louis Millet, ( philosophe ) ancien doyen de l'Institut de psychologie à l'Université de Grenoble. Il s'agit de l'ouvrage intitulé : Des ordinateurs intelligents. ( EditionS Tequi )

Bonne écoute, et bonne lecture.

 

Le Scrutateur.

Nos enfants iront-ils demain dans des écoles eugénistes ?

 

http://www.youtube.com/watch?v=wWF7R2vs3qM&feature=em-share_video_user

 

 

 

Qu'est-ce qu'être intelligent?L'animal; l'homme; l'ordinateur

 

Les spécialistes de psychologie animale rangent dans la catégorie intelligence les comportements où, face à une difficulté nouvelle pour lui \'animal découvre une solution : - devant un sujet placé dans une enceinte, grillagée sur trois côtés (le quatrième, derrière lui, étant ouvert), on dispose une nourriture ; la poule va et vient indéfiniment; mais un chien, après plusieurs courses vers la proie, cesse de s'agiter, s'arrête, tourne la tête à droite et à gauche, aperçoit l'issue, et file allègrement : il a vu qu'il faut d'abord s'éloigner, faire le détour, pour revenir vers ce qu'il convoite; c'est l'intelligence pra­tique, disent les expérimentateurs ; - un chimpanzé voit une banane suspendue - mais elle est trop haut; des morceaux de bambous se trouvent non loin ; après avoir sauté, vainement, il regarde ces bâtons, en prend un, et tente de décrocher le fruit - mais le bois est trop court, même si le singe saute ; alors, il en prend deux, qu'il tient de part et d'autre de sa main - ce qui ne permet pas plus de réussir qu'avant (il est victime d'une sorte d'illusion; Koehler parle d'infirmité visuelle, dans son livre sur L'Intelligence des singes supérieurs) ; enfin notre chimpanzé s'avise que les morceaux peuvent s'emboîter - et il réussit.

Ce sont là des expérimentations classiques : le détour, l'utilisation d'outils rudimentaires. Ces actes sont intelli­gents parce que l'animal les a inventés, après s'être trouvé devant une difficulté, nouvelle pour lui, qu'il ne pouvait pas surmonter.

Il y a mieux encore : dans un livre publié en 1997 chez le même éditeur (La vie a-t-elle un sens ?), j'ai décrit des dressages de grands anthropoïdes (gorilles, chim­panzés), à qui on apprend un langage (par exemple le langage des sourds-muets : ces animaux sont incapables d'articuler, n'ayant pas de pharynx) ; par exemple Washoe, une fois longuement « éduquée », sera capable de faire le geste « jus d'orange » ; on lui répond par le geste : « il n'y en a pas » ; alors elle fait le geste « voiture » : elle a compris qu'il faut prendre la voiture pour avoir du jus d'orange.

Ces cas sont typiques; voyons quelle forme d'intelli­gence ils manifestent.

Dans les deux premières catégories, l'animal veut satisfaire un besoin ; or, comme le dit fort bien le grand spécialiste de psychologie animale, F.-J.-J. Buytendijck : l'homme vit dans un monde qu'il considère comme fait d'objets ayant des propriétés qu'il peut découvrir, puis utiliser s'il le veut : « monde donné objectivement » ; au contraire, chez les animaux, il n'y a « ni culture, ni lan­gage, ni intelligence vraie », car « ces attributs sont indépendants d'un but biologique, ils sont sans intérêt pour l'animal vivant dans l'univers de son milieu qui l'enveloppe comme sa peau, et qu'il connaît comme ses membres... » (Psychologie des animaux, p. 274-5). C'est pour­quoi on emploie pour cette fonction les mots : « intelli­gence pratique », en l'opposant à l'« intelligence conceptuelle » des hommes.

Quant au langage de Washoe, et d'autres anthro­poïdes, les gestes accomplis sont du même ordre que le dressage d'un animal de cirque ; de plus, cette guenon avait déjà accompagné en voiture une personne qui allait chercher du jus d'orange. D'où ces deux conclusions : « II y a un fossé substantiel et infranchissable entre le langage humain et n'importe quel moyen d'expres­sion ou de communication animale... On peut ajouter que même l'acquisition de signes enseignés à l'animal captif par son dresseur et l'attitude du singe dompté envers leur apprentissage et leur utilisation, diffèrent totalement de la manière libre et impatiente avec laquelle les enfants s'approprient le langage et de leur maîtrise de la communication verbale » (Roman Jakobson, L'Arc, n°60) ; « Le langage humain représente la forme la plus haute d'une faculté humaine, la faculté de symboliser; il suppose une attitude cognitive... qui se manifeste par la capacité de former des concepts et de les communi­quer par des signes. L'absence de pensée conceptuelle et réfléchie chez l'animal supérieur explique qu'il lui soit impossible de parler... » (Michel Goustard, Le Psychisme des primates, p. 146).

Notons bien que la formation du concept par l'esprit précède l'expression dans la parole (ou l'écrit) : la for­mule intelligence conceptuelle dit bien ce qui met l'homme à part de tous les autres animaux.

Mais les ordinateurs ? Ne manipulent-ils pas des sym­boles ? Ne construisent-ils pas des phrases ? Ne dit-on pas parfois que l'on dialogue avec l'ordinateur?

Pour les tenants de la thèse forte de l'intelligence artificielle, dont nous allons" parler (§ 5), l'être humain est un animal particulier non pas parce qu'il aurait une âme spirituelle, mais parce que son hardware7 est plus performant que ceux des autres espèces. Ainsi la scien­ce des ordinateurs donnerait une base unique permettant d'expliquer tous les comportements appelés intelli­gents. La première partie de ce livre va examiner cette affirmation (§3 à 7).

 

 

  1. La science, l'ordinateur et l'homme

     

Les ordinateurs, quelle que soit leur puissance, sont des machines qui combinent, à très grande vitesse, des suites de signes, selon les règles qui leur ont été pro­grammées, et qui sont activées par l'opérateur; celui-ci fait aussi « entrer » les signes. Ces machines nous libè­rent de ce qui peut être automatisable, c'est-à-dire, en définitive, calculable, selon les divers systèmes opéra­toires complexes, imaginés par des hommes. Ils ne pen­sent, ni ne comprennent, a fortiori, n'inventent-ils pas : les hommes ont constitué la science des ordinateurs, l'informatique; mais les ordinateurs ne produisent pas de science.

Notre cerveau, dans un volume très réduit, travaille d'une manière essentiellement différente des opéra­tions combinatoires séquentielles : il fonctionne comme un tout, dans chacune de ses activités; de plus, ce tout est un élément inséparable de la totalité de l'organisme143 : l'âme spirituelle n'est pas localisée dans le cerveau, elle anime le corps entier, dont elle est la vie unifiante144; le milieu intérieur est, physiologiquement, l'instrument de cette unité ; il baigne le cerveau comme les autres organes (glandes, appareils, etc.). Les neurosciences découvrent des propriétés admirables du cerveau (vicariance, fonctionnement par réseaux entrecroisés com­plexes, auto-réparations, etc.) ; elles découvrent aussi un complexité indéfiniment toujours plus profonde et plus extraordinaire ; les nombres biologiques (mesures numériques des constituants peu à peu découverts) dépassent les nombres astronomiques. De même que l'univers, dans son organisation si vaste et son indéfinité qui nous apparaît de mieux en mieux, suscite en nous l'admiration145, de même la connaissance de notre cer­veau, dans les emboîtements de plus en plus prodigieux de son anatomie, et, surtout, par la perfection de son fonc­tionnement harmonieux dans cette multiplicité de mul­tiplicités, doit nous conduire à l'idée d'une Origine, Intelligence infiniment parfaite : le mot hasard serait ici absurde146.

Le regard philosophique sur les découvertes scienti­fiques délivre de la crédulité. Il conduit à voir ce qu'est la science, quelle est sa place. Jacques Arsac, physicien et informaticien, se montre philosophe quand il écrit : « Le respect des phénomènes observables est la règle absolue du physicien : il est contraint par le monde extérieur. C'est parce qu'il respecte cette contrainte que ses théories sont efficaces : Newton émet l'hypothè­se de la gravitation universelle au XVIIe siècle, et, en 1958, les Russes font tourner un satellite autour de la terre. Dans les années 1980, on envoie une fusée dans la queue de la comète de Haley, et on n'apprend rien parce que toutes les valeurs observées avaient été pré­vues par la théorie. Mais si on ne les avait pas obtenues, on aurait été forcé de changer de théorie » 147.

Il rejoint les idées du philosophe Karl Popper, qui a critiqué impitoyablement, outre le marxisme et le freu­disme, toutes les idolâtries scientistes ; il a clairement montré que la science est un ensemble d'hypothèses humaines sur la réalité extérieure ; ces hypothèses doi­vent pouvoir être vérifiées ; elles permettent alors une connaissance progressante148. Rien n'est jamais définitif en science ; dans ce domaine, il y a des « non », des « peut-être », jamais de « oui »149.

Rechercher dans la science une confirmation des vérités philosophiques serait cesser d'être philosophe. De même, et réciproquement, la science ne peut jamais infirmer une vérité philosophique. La condition du théologien est semblable : vouloir prouver Dieu par quelque hypothèse scientifique, ou vouloir trouver dans la science quelque argument pour ou contre la Révélation, c'est une absurdité150. Cela revient à adorer la science, produit humain, au lieu de tourner son ado­ration vers le seul Être qui soit adorable151, le Créateur, Dieu infiniment intelligent, puissant et bon. Mais nous sommes toujours tentés d'adorer le Veau d'or, qui est notre fabrication.

Plus la science progresse, plus s'accroissent les pro­blèmes que ce monde et que notre propre être nous posent, à tel point que les spécialités scientifiques se rétrécissent, se subdivisent indéfiniment. Les savants du XIXe siècle, souvent « scientistes », ivres des découvertes faites depuis la Renaissance, croyaient qu'ils allaient enfin tout savoir, tout élucider, tout calculer. Aujourd'hui, ceux qui se consacrent à la recherche réel­le, recherche du réel, sont devenus plus modestes. Mais ceux qui sont grisés parce qu'ils fabriquent des machines hyper-puissantes ?....

 

Photographies : Les 5 ème et 6 ème photos, sont la reproduction des pages 66 à 68 du livre de Louis Millet : La psychologie, science réelle de l'homme.

 

 

 

 

Nos enfants iront-ils demain dans des écoles eugénistes ?
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