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Publié par Edouard Boulogne

Cet article n'enfonce pas une porte ouverte. Il dénonce l'arrière pensée, qui parfois même s'annonce clairement pour ce qu'elle est : réintégrer l'homme dans la nature, prétendre qu'entre l'animal et l'homme, les différences ne sont pas de nature, mais de simple degré. Dans son livre Le nouvel ordre écologique, dont je proposais récemment, ici même, une analyse critique, Luc Ferry montrait comment certains penseurs vont même jusqu'à affirmer que l'être humain est un animal comme un autre, plutôt moins sympathique que les autres, représentant un danger tel pour la planète, que pouvait dès lors se justifier le projet, dans un souci d'équilibre écologique, d'en réduire le nombre des trois quarts, par rapport à la population existante. Hitler lui-même n'avait osé d'aller jusque là. Et comme une telle idéologie, de façon feutrée, est proposée au grand public, dans d'innombrables émissions télévisées, la lecture de l'article suivant dans le Figaro, est loin d'être inutile. On pourra encore pour ce familiariser avec le monde animal, si séduisant par ailleurs, se référer à d'autres ouvrages comme ceux de Rémy Chauvin ( professeur en Sorbonne, - de au laboratoire de sociologie animale ) : La biologie de l'esprit ( Editions du Rocher ) et Les sociétés animales ( Editions PLON ).

 

LS.

 

Le singe n'est pas l'égal de l'homme

 

À l'occasion de la sortie sur nos écrans d'un nouvel épisode de La Planète des singes, d'aucuns vont nous servir le couplet habituel sur notre proximité confondante avec les primates. Depuis des décennies maintenant, l'argument est devenu rituel: on trouverait chez nos «cousins» des embryons de tous les comportements les plus typiques des humains. Des règles sociales, morales, esthétiques, linguistiques, voire des rituels funéraires si proches des nôtres qu'il faudrait rabaisser notre caquet, admettre enfin que nous sommes des animaux comme les autres, simplement un peu plus prétentieux et dévastateurs de la planète. Pour posséder une part de vérité, ce discours n'en est pas moins en dernière instance tout à fait fallacieux. Car, sur le plan éthique et scientifique, la différence reste et restera à jamais radicale. Disons les choses simplement: lorsque nous parlons de morale, de respect des droits de l'homme, par exemple, nous incluons toujours dans ces notions l'idée d'un devoir d'assistance réciproque. Ainsi, par-delà même l'action humanitaire proprement dite, il est fréquent de voir des hommes créer des associations pour protéger des animaux. Où a-t-on jamais vu la réciproque, sinon dans les contes de fées? Y a-t-il sur terre un seul grand singe pour se soucier du sort des enfants frappés par le virus Ebola en Afrique ou torturés en Syrie? Évidemment non, et rien ne laisse penser que cette situation dissymétrique puisse un jour changer. En quoi ce qu'on nous présente comme des «embryons» d'humanité n'a en réalité rien d'embryonnaire. Car l'embryon, justement, est fait pour se développer, pour s'épanouir et devenir adulte. Rien de tel dans la prétendue «culture» des animaux, parce qu'en dernière instance, c'est toujours la nature qui est en eux déterminante. Les humains, eux, disposent de cette faculté d'arrachement à la nature qu'on appelle la liberté, ce qui leur permet d'accéder à deux dimensions essentielles de l'humanité: l'historicité et la moralité. Pour les mêmes raisons qu'ils ne créent pas un monde moral opposé à celui de la nature, les animaux ignorent le progrès, la logique de l'innovation scientifique, qui est le propre de l'homme, leur est entièrement inconnue parce que c'est la nature et non la liberté qui dicte leurs comportements. Prenons encore l'exemple du langage. Ce qui frappe, en particulier dans les nombreuses recherches portant sur les chimpanzés, c'est le fait que les meilleurs spécialistes - et ce malgré la sympathie légitime que leur inspirent les grands singes - soulignent une différence cruciale, elle-même directement liée à la liberté, entre le chimpanzé et l'enfant: comme l'affirme David Premack (dans le livre Le Cerveau et la pensée), au contraire du second, le premier «n'éprouve pas le besoin de partager avec vous sa découverte du monde. Un jeune enfant, avant même de savoir parler, va traîner sa mère vers la fenêtre pour lui montrer tel ou tel objet - pas parce qu'il veut cet objet: simplement pour partager l'excitation de sa découverte avec elle. Cela, je ne l'ai jamais vu faire à un chimpanzé.» Dans le même ouvrage et dans le même sens, un autre spécialiste des grands singes, Jacques Vauclair, montre que leur langage, même chez les plus doués, comme la fameuse Kanzi, ne s'évade jamais des demandes adressées au «maître», à l'exclusion de toute forme de partage désintéressé d'une expérience avec autrui. Au contraire, «chez l'homme, en plus de cette modalité “impérative”, les mots sont aussi dotés d'une fonction déclarative qui a pour finalité de commenter le monde et de partager ses connaissances avec autrui». Cette limitation dans l'expression est sans doute liée au fait que «contrairement aux humains, il semble que les singes rencontrent en fait de sérieuses difficultés à doter les autres d'intentions». Bref, quelles que soient leur intelligence et leur capacité, parfois remarquable, à communiquer (Kanzi, morte il y a peu, comprenait environ 150 mots!), les bonobos ne maîtrisent pas cette relation au sens qui permet, non seulement de se faire comprendre, mais surtout de comprendre autrui, de saisir ce qu'il veut dire, de se distancier de soi afin de s'intéresser aux autres suffisamment en profondeur pour leur imputer des intentions et prendre plaisir à partager des expériences ou des connaissances avec eux. En clair: faute de décentrement suffisant, faute d'une liberté entendue comme faculté de s'écarter de soi en même temps que du monde dans lequel on est englué, le sens de la réciprocité leur fait défaut. Faut-il pour autant maltraiter ceux que Michelet nommait nos «frères inférieurs»? Évidemment non, car la question n'est pas de savoir s'ils parlent, s'ils fabriquent des outils ou s'ils ont une morale embryonnaire, mais s'ils éprouvent du plaisir et de la peine et sont capables d'affection. Or comme, d'évidence, c'est le cas, ce critère suffit largement à ce que nous nous souciions de leur bien-être sans qu'on ait besoin d'en rajouter dans une continuité fictive.

 

Luc Ferry. 

Le singe n'est pas l'égal de l'homme, selon Luc Ferry.
Le singe n'est pas l'égal de l'homme, selon Luc Ferry.
Le singe n'est pas l'égal de l'homme, selon Luc Ferry.
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pierre 11/09/2014 03:25

Si l'homme descend du singe selon la thèse de l'évolution, pourquoi les grands singes n'ont-ils jamais évolués pour devenir des humains.? selon certains partisans de "l'évolutionnisme" nos premiers ancêtres seraient les poissons . mais là aussi pourquoi les poissons n'ont pas plus évolués ? des scientifiques ont retrouvés des fossiles de poissons figés dans la roche depuis des millions d'années. ils sont restés donc ,au fil du temps, toujours des poissons !
Un ami écolo m'avait dit que l'homme est une erreur de la nature. Mais alors, si l'homme n'est qu'un animal qui s'est adapté à son milieu jusqu'à surpasser les autres espèces animales, pourquoi la multitude d'espèces vivantes n'a pas connu la même adaptation pour devenir elles aussi humaines ? la probabilité pour un animal d'évoluer vers l'humain est très infime voire inexistante par rapport aux millions d'autres espèces animales qui, elles, ne sont pas devenus humaines au fil des millénaires.
les lois de la probabilité mathématique renverse les meilleurs essais sur l'évolution animale vers l'humain . ces thèses sont à revoir.