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Publié par Edouard Boulogne

M. Jean Rivier est mort à l'âge de 85 ans. Il est l'objet de la célébration rituelle dans cette circonstance, douloureuse pour ses proches, mais inéluctable pour chacun. «  Et la garde qui veille aux barrières du Louvre, n'en défend point nos rois ».

Mais c'est surtout l'homme d'affaires, l'ancien président de chambre de commerce, du Port autonome de la Guadeloupe, du Rotary qui est célébré, et certes à très juste titre.

Mais Jean Rivier était plus que tout cela, et c'est la raison de l'émotion sincère qui étreint de très nombreux Guadeloupéens.

C'était un homme honnête, donc une perle rare. C'était un sage. Sa sagesse lui était inspirée par son appartenance à une famille ancienne et connue pour sa rigueur, sa probité, sa générosité. C'était une sagesse inspirée du christianisme vécu, quoique discret, en prise directe avec les Evangiles : «  quand tu fais du bien, ne fais sonner de la trompette » ( aujourd'hui le Christ aurait dit, « ne convoque pas les chaines de TV » )

J'ai d'abord connu Jean Rivier en 1955, j'avais treize ans, et lui, je crois, 26 ans. J'étais un jeune scout de France, et lui, ainsi que M. Ginet Brument, présidait aux destinées du scoutisme en Guadeloupe.

Devenu une notabilité guadeloupéenne, il n'avait jamais trahi son idéal de jeunesse. Il est vrai que sollicité de faire de la politique, il s'y refusa, estimant, sans doute, que le degré de maturité du milieu ne prêtait pas encore à une action vraiment positive sans risque de perdition et de compromission pour ceux qui ont l'autre rôle, - politique aussi, - mais sur un autre plan de rappeler au public, qu'il y a dans une société où grouillent au nom du bien public (certes! certes! ) trop d'affairistes, et de gens d'abord préoccupés de leur promotion personnelle, et de leur fortune.

Jean Rivier restera dans la mémoire de ceux qui l'ont connu, et pour ceux des jeunes qui chercheront qui fut cet homme là, un exemple de ce dont la Guadeloupe a besoin ( et pas seulement la Guadeloupe ) : un père de famille aimant et responsable, un notable qui ne sera pas laissé engluer dans les faux prestiges de la notabilité, un chrétien soucieux de la jeunesse, et de laisser un modèle d'intégrité.

A son épouse, à ses enfants dont plusieurs ont été mes élèves, j'adresse mes condoléances dans la peine où ils se trouvent aujourd'hui.

 

Edouard Boulogne.

 

Mardi 16 septembre. 

 

J'ajoute au sujet de Jean Rivier deux rémoignages.( I )  L'un qui émane de Jea-Claude Halley sur son blog Guadeloupe Attitude ( http://halleyjc.blog.lemonde.fr/2014/09/12/jean-rivier-nous-a-quitte/ ) 

 

Jean RIVIER nous a quitté !

Une bien triste nouvelle pour la Guadeloupe toute entière.

Un souvenir parmi bien d'autre : Jean-Rivier a présidé le Conseil d'administration du port Autonome de la Guadeloupe. Voici un mot de Jean sur ces 20 ans ! On notera la modestie légendaire de ce grand personnage

« À partir du 1er novembre 1975, les choses ont d’abord évolué sur le plan des financements. Les équipes du Port Autonome, dont c’était la tâche essentielle, ont préparé des dossiers de projets très bien construits ce qui nous a permis d’obtenir de nombreuses subventions : si le Feder, pour l’Europe, accordait 60%, on savait que l’État mettait 20 %, la Région 10% et le Port fournissait le complément. Ce changement radical a permis d’aboutir en 1980 à la conteneurisation ce qui a eu pour conséquence la globalisation du trafic, modifiant complètement les données portuaires.
De 1976 à 1980, il a fallu argumenter, expliquer et préparer les esprits à cette mini révolution. »

« On est passé d’un port qui était essentiellement administratif au niveau des structures portuaires et pour lequel le Conseil Général avait d’autres préoccupations, à un outil économique avec des projets de modernisation, qui vont aboutir à la conteneurisation en 1980. Ce projet et les autres qui ont suivi, ont pu voir le jour dans la mesure où nous disposions désormais de dossiers bien « ficelés » permettant d’obtenir des subventions de l’État, et aussi de l’Europe qui a toujours été favorable à l’expansion de l’Outre Mer. »

« À chaque inspection, et ce, pendant une dizaine d’années, les représentants de la Cour des Comptes de Paris ouvraient de grands yeux : « Pourquoi avez-vous un port de plaisance ? Ça n’est pas votre vocation. » Nous, on ne disait rien car on avait la bénédiction du Ministère ! »

« En ouvrant le Port par les réaménagements du quartier Saint-John Perse, la population s’est sentie plus proche des activités portuaires »

Jean RIVIER,
2ème Président de Guadeloupe Port Caraïbes de 1977 à 1995

 

( II ) L'autre est le témoignage de Claude Rivier, fils du défunt, à l'occasion de la cérémonie des obsèques en la Cathédrale St-Pierre et St-Paul, en présence de l'évêque de la Guadeloupe, Mgr Jean-Yves Riocreux. Ledit témoignage vient d'être publié sur le Site diocésain Eglise en Guadeloupe, accompagné de nombreuses photos. ( http://www.catholique-guadeloupe.info/actualites/breves/42/0/4411/index.html ) 

 


Quelle belle vie !

Une vie remplie d’amour et de partage.

Elle a commencée ici, à Pointe-à-Pitre, le 30 novembre 1929. Papa a grandi à la rue Frébault, au-dessus du magasin familial. Il nous racontait que petit, il aimait tellement les bananes, qu’il faisait des compétitions avec son père pour savoir qui en mangerait le plus. Sa sœur, Tante Nénette, ajoutait que quand on voulait qu’il reste sage sur une photo…on lui donnait une banane !
A 9 ans, il rejoint les louveteaux : il restera chez les scouts pendant près de 50 ans, en occupant le poste d’animateur et commissaire de District des Scouts de Grande-Terre pendant une vingtaine d’années tandis que son ami Michel Feuillard était son homologue pour la Guadeloupe proprement dite.


C’est à Petit-Bourg, à l’occasion d’un week-end de fête chez des amis, qu’il rencontrera le véritable amour de sa vie. Ce fût le coup de foudre immédiat.
Ainsi, le 22 janvier 1956, à la Cathédrale de Basse-Terre, commence une merveilleuse aventure qui durera 58 ans. Certes, elle est faite de haut et de bas : la vie est faite de haut et de bas.
Dans le même temps, le petit écolier du Lycée Carnot était devenu Secrétaire administratif de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Pointe-à-Pitre après avoir obtenu le diplôme de l’Ecole Supérieure de Commerce de Marseille et sa licence en droit.
Il aimait se donner à fond dans son travail. Et cela était reconnu car on lui proposait de plus en plus de responsabilités. Et comme un scout est toujours prêt, il les acceptait : membre du bureau de la CCI de Pointe-à-Pitre de 1963 à 1974 ; Président de la Chambre de 1974 à 1976 ; Président du Conseil d’administration du Port Autonome de la Guadeloupe de 1976 à 1995 (souvenez-vous de l’arrivée de la 1ère Route du Rhum à la marina de Pointe-à-Pitre en 1978); Administrateur de la Compagnie nationale Air France de 1976 à 1982; Président de la Société de crédit pour le développement de la Guadeloupe (SODEGA – une société d’économie mixte) de 1972 à 1999 ; Administrateur de la Compagnie Maritime et Financière de 1994 à 1999; Administrateur du Crédit Guadeloupéen devenu Banque Populaire de la Guadeloupe pendant 5 ans jusqu’à son acquisition par la BRED ; Administrateur de la Banque des Antilles Françaises de 1991 à 2010 ; Consul honoraire de la République d’Equateur pour les Antilles/Guyane de 1960 à 1999. Cette énumération ferait presqu’oublier que son unique métier, celui qui faisait vivre sa famille, était gérant des Ets Rivier, le célèbre « Bonheur des Dames », magasin familial créé par son père Léonel, qui fût successivement géré par Léo, Jean et Rémi RIVIER.


Pourtant dans ce tourbillon d’activités, il y avait une constante : la prière quotidienne en famille, et la messe du dimanche (quelque soit le lieu ou la langue de l’église la plus proche ce jour là). C’est que la foi occupe une place capitale dans sa vie. Elle est le ciment de son couple, la base de la cohésion familiale, elle irradie les relations avec ses amis. D’ailleurs, Jean et Line avaient à peine un an de mariage quand ils intègrent la toute première « Equipe Notre Dame » de la Guadeloupe. Notre enfance a été bercée par ces rencontres régulières à la plage ou à la rivière avec ces foyers, par les marches pénitentielles à Pâques… Les liens avec ces amis sont si solides qu’ils ont traversé les décennies.


Cependant, il faut croire que son amour pour son prochain était si grand que tout cela ne lui suffisait pas. Il lui fallait aussi s’investir dans des clubs services ou des associations pour partager plus encore : membre fondateur puis Président de la Jeune Chambre Economique de la Guadeloupe en 1960 ; membre fondateur, puis Président de la première Maison des Jeunes et de la Culture de Pointe-à-Pitre ; membre et Président du Rotary Club doyen ; membre du Comité de la Culture, de l’Education et de l’Environnement aux côtés du Conseil Régional pendant deux mandats ; Président de l’association « Le Soleil levant » gestionnaire d’un Foyer de jour recevant 42 adultes handicapés de 1991 à 2010 ; Econome diocésain de l’Evêché de la Guadeloupe de 1999 à 2004 ; membre fondateur de la Commission Justice et Paix ; membre fondateur en 1981 et vice-président de Radio Massabielle.


J’espère que je n’ai rien oublié, car lors de la dénomination de la rue Jean Rivier, à Baie-Mahault le 4 décembre 2010, il tenait à associer à l’hommage qu’on lui rendait toutes les personnes avec qui il avait travaillé. Bon nombre d’entre elles sont présentes aujourd’hui. Vous nous donnez la force, l’immense force générée par la réunion de deux, trois, cent ou deux cent personnes rassemblées par amour. Tout l’amour et les moments de bonheur partagés avec Jean, vous nous les renvoyez aujourd’hui multipliés. Nous ne pouvons alors qu’être reconnaissants et remercier le Seigneur de nous avoir donné ce merveilleux mari, père, grand-père, arrière grand-père, beau-frère, beau-père, oncle, parrain, patron, confrère, ami…
Il fût tout cela, comme l’a si bien immortalisé Robert Timodent à l’occasion des noces d’or de Line et Jean, en partageant dans la bonne humeur avec tous, son amour de la « banane », symbole de son sourire légendaire !

Jean Rivier est mort. ( Hommage du Scrutateur et de plusieurs amis ).
Jean Rivier est mort. ( Hommage du Scrutateur et de plusieurs amis ).
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