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Publié par Edouard Boulogne

Lecture en deux temps. D'abord la transcription d'un terrible « fait divers » qui afflige la ville lorraine de Nancy, tel que nous le rapporte le journal Valeurs Actuelles. Ensuite, une tentative d'interprétation de ce fait divers par par le Scrutateur.

LS.

Nancy: l'agression filmée d'une jeune fille provoque un tollé et fait réagir la justice

 

http://www.valeursactuelles.com/soci%C3%A9t%C3%A9/nancy-lagression-film%C3%A9e-dune-jeune-fille-provoque-toll%C3%A9-fait-r%C3%A9agir-justice

 

Agression. La publication d’une vidéo montrant l’agression d’une jeune fille par quatre adolescentes a provoqué un véritable tollé sur les réseaux sociaux depuis vendredi. La justice a fini par s’intéresser à l’affaire, et a condamné les jeunes filles.

Une vidéo d’une rare violence

Postée vendredi sur youtube, la vidéo n’a pas tardé à faire le tour des réseaux sociaux. Dans cette vidéo de 2 minutes 40 qui laisse sans voix, une jeune adolescente, apparemment meneuse d’un groupe de jeunes filles, prend à partie une jeune fille, souffrant d’un handicap physique, qui est seule sur un banc. «Pourquoi tu me regardes de travers ? T’as un problème avec nous ?» lance la meneuse du groupe. «Lève-toi, tu vas avoir moins mal… lève-toi, sinon je te lève par les cheveux… T’as peur ? Mets-toi bien droite» continue l’adolescente, violente.

Elle humilie alors la jeune victime en lui mettant deux violentes gifles, à tel point qu’elle tombe sur le bac. La meneuse semble y prendre du plaisir, tout comme ses comparses, qui rient et filment la scène à l’aide d’un smartphone, dans le but affiché de la diffuser sur les réseaux sociaux.

Indignation sur internet

La vidéo affichait plus de 130 000 vues hier sur youtube. Un véritable déchaînement de violence s’en est suivi sur les réseaux sociaux : l’auteur de la vidéo y est lynchée, insultée : les internautes veulent que la justice intervienne.

La justice intervient

La justice a rapidement identifié la meneuse ainsi que les autres membres du groupe. La jeune adolescente qui assène les coups est âgée de seulement 15 ans. C’est une lycéenne, originaire de Lunéville. Elle a été interpellée et placée en garde à vue vendredi. Hier soir, elle a été mise en examen à Nancy pour «violences volontaires en réunion et sur personne vulnérable». L’adolescente a été placée en «liberté surveillée préjudicielle» sous la surveillance d’un éducateur. Les trois amies, toutes âgées de 15 ans, ont été placées en garde à vue. Elles sont ressorties libres samedi avant une comparution devant le juge des enfants.

 

La signification d'un fait divers.

 

Que nous révèle cette sauvage agression qui a eu lieu en France, il y a quelques heures? Probablement bien plus qu'un vulgaire fait divers. D'autant plus qu'il se situe parmi une multitude d'actes analogues, qui se produisent partout mais qui n'ont pas eu le « privilège » d'être filmés et d'être largement diffusés sur les réseaux sociaux.

Il paraît que la video dont nous parle l'article a été vue par des centaines de milliers de personnes ( et ce n'est pas fini ). Suscite-t-elle l'horreur comme on pourrait l'espérer? Pour une minorité, peut-être. Mais je ne peux m'empêcher de craindre qu'il n'y ait dans cet intérêt de masse, beaucoup plus de curiosité malsaine, de voyeurisme pathologique, comme lorsque l'on se précipite pour « voir » les dégâts occasionnés lors d'accidents automobiles ou autres, ou le désespoir  d'un être en proie au malheur, quand ce dernier a pu être « capté » par l'objectif avide et malsain d'une caméra voyeuse.

Je crains encore, que même chez ceux qui ne tireraient pas une jouissance plus ou moins retenue devant la scène abjecte, l'on n'en reste à la surface des choses.

Or, la multiplication de tels faits, et chez nous en Guadeloupe, comme ailleurs, est révélatrice d'une crise grave de société, de civilisation même.

Peut-être la civilisation est-elle, par delà les concrétions matérielles, ( ce qui reste visible de l'histoire passée : monuments, œuvres diverses, et d'une certaine façon, mêlé au meilleur ce qu'il y a de pire : les guerres de religions, l'esclavage, les massacres républicains atroces de Vendée en 1793-98, etc ) , peut-être donc est-elle, davantage, essentiellement le projet vital qui sous-tend la vie collective, et que contrarie hélas, constamment ce que Freüd appelait l'instinct de mort, tapi au fond de notre être, et toujours prêt à frapper. Kant, pour sa part, évoquait la possibilité d'un « mal radical » inscrit au coeur de l'homme, ce qui ne le poussait pas à désespérer, puisqu'il consacra sa vie à chercher, par la raison philosophique, les moyens d'améliorer le cours des choses. Les chrétiens évoquent la blessure du péché originel qui consiste pour l'humanité à vouloir se passer de Dieu. Péché d'origine qui aurait entrainé aux chaos que nous avons vu se déployer si l'on en croit le personnage de Shakespeare : «  une histoire de fou, pleine de bruit et de fureur », etc ).

Les périodes de vraie civilisation sont celles où, au-delà des réalisations scientifiques, artistiques, etc, une maîtrise des instincts ou des pulsions dangereuses qui circulent constamment en chacun d'entre nous, sont tenues en respects, utilisées, et même composées, pour le bien public, par de vrais hommes d'Etat inspirés par des sagesses incarnées dans des institutions telles que, vaille que vaille, l'Eglise catholique.

Force est de constater, me semble-t-il, que la dégradation actuelle est la résultante d'une disparition de ces « sagesses » que j'évoquais, au profit d'idéologies de camelote, et qu'au lieu d'hommes d'Etat nous avons, et pas seulement en France, des ludions sans vision spirituelle, épris seulement de leurs petites personnes, et de leurs intérêts mesquins, pénétrés, d'ailleurs superficiellement, de principes faux comme celui de la « bonté naturelle de l'homme » et autres fariboles, qui ne résistent pas à l'analyse. ( Il suffit d'écouter, pour en être convaincu, nos princes de carnaval, tous les jours, sur toutes les télévisions ).

J'évoquais tout à l'heure le pessimisme d'un Kant, d'un Freüd ( par ailleurs si éloignés l'un de l'autre ). Tout aussi animés du même pessimisme, ( mais non résigné ) est la grande philosophe Simone Weil ( avec un W, et ce n'est pas donc l'autre Simone, avec un V, ancien ministre de Giscard ) qui disait la nécessité « de tirer au clair les monstres qu'il y a en nous ».

Donc répudions le rousseauisme inepte d'un Jean-Jacques Rousseau pour qui « l'homme est innocent par nature », mais seulement corrompu par la société, qui constitue le fondement de l'idéologie au pouvoir.

Réfléchissons à ces remarques si profondes du grand psychologue, Carl-Gustav Jung ( bien plus profond qu'un Freüd ), dans son livre L'homme à la recherche de son âme, ( chez Payot. pp. 339-340 )

«  Je suis convaincu que l'étude scientifique de l'âme est la science de l'avenir. La psychologie est la plus jeune des sciences naturelles et son développement n'a pas encore franchi le stade des premiers pas. Elle n'en constitue pas moins la science qui nous est la plus indispensable; il apparaît, en effet, avec une clarté toujours plus aveuglante, que ce ne sont ni la famine, ni les tremblements de terre, ni les mi­crobes, ni le cancer, mais que c'est bel et bien l'homme qui constitue pour l'homme le plus grand des dangers. La cause en est simple : il n'existe encore aucune protection efficace contre les épidémies psychiques; or, ces épidémies-là sont infiniment plus dévastatrices que les pires catastrophes de la nature! Le suprême danger qui menace aussi bien l'être individuel que les peuples pris dans leur ensemble, c'est le danger psychique. A son égard, la raison a fait preuve d'une impuissance totale, explicable par le fait que ses arguments agissent sur la conscience, mais sur la conscience seule, sans avoir la moindre prise sur l'inconscient. Par suite, un danger majeur pour l'homme émane de la masse, au sein de laquelle les effets de l'inconscient s'accumulent, bâillon­nant alors, étouffant les instances raisonnables de la con­science. Toute organisation de masse constitue un danger latent, au même titre qu'un entassement de dynamite. Car il s'en dégage des effets que personne n'a voulus, mais que personne n'est en état de suspendre! ».

Par delà le fait divers nancéïen au moment où l'islamisme radical est en train de mettre en péril la planète tout entière, il est urgent de redécouvrir les conditions du salut pour nos sociétés percluses.

Je suis pour ma part persuadé que ce sont moins les peuples occidentaux qui sont perclus, que leurs pseudos « élites » bourrées ( ou beurrées, ou ivres, si vous préférez ) de principes faux et empoisonnés.

Les civilisations sont lentes à naître. Leurs destructions le sont tout autant. A Rome au temps de Virgile tout semblait perdu. Quelques années plus tard Tout était sauvé, pour quelques siècles encore. Voici ce qu'en dit l'historien de la pensée romaine Jacques Perret dans son livre consacré au grand poète. Puisque ce soir je suis en veine de citations, vous me pardonnerez celle-ci. Elle est un peu longue. Mais elle est tellement belle :

 

« Tandis qu'auprès d'eux tout s'écroule, il est des esprits, quelquefois, qui ne peuvent cesser d'espérer, mieux : d'affirmer. Ce n'est pas l'enthousiasme du prophète ; c'est la sécurité du voyant.

Plus rarement encore, il arrive qu'à ce voyant l'histoire donne, fût-ce pour quelque temps, raison : Virgile, né et grandi dans les plus sombres années de Rome, a vu de son vivant s'instaurer, s'affirmer, par le règne rayonnant d'Auguste, l'âge d'or qu'il avait toujours annoncé. Il a vu, dans l'univers réconcilié, s'ouvrir cette ère de plusieurs siècles où s'affirma, au-dehors et au-dedans, la paix immuable, féconde, bénéfique, la paix romaine.

D'ordinaire, la réalisation de ce qu'il a annoncé disqualifie le voyant comme voyant : puisque les choses ont été telles, disons-nous, il n'a sans doute pas eu grand mérite à les annoncer. Virgile n'échappe pas complètement à cette disgrâce ; on lui en voudrait, presque, d'avoir vu clair.

Mais voici où son cas apparaît décidément tout à fait rare : Auguste, son âge d'or et la paix romaine, ont disparu maintenant. Ils n'ont été dans l'immense histoire qu'un moment, malgré tout. Et pourtant l'annonce qui en a été faite nous semble demeurer toujours ; comme si la réalisation immédiate qu'elle avait premièrement pour objet n'en avait pas épuisé la substance. Il nous semble, il semble à beaucoup de ceux qui depuis quinze cents ans réfléchissent sur ces choses, que l'affirmation de Virgile portait au-delà, que lui-même, le sachant, ne le sachant pas, voyait plus loin.

Qu'a-t-il donc vu, qu'annonçait-il, qu'a-t-il saisi que nous-mêmes, avec deux mille ans en plus, n'entrevoyons qu'à grand-peine ? Il reste pour nous tel que l'a déduit et restitué le peintre du Romanus : entre son pupitre et cette sorte de carton à chapeaux où les gens de ce temps-là rangeaient leurs papiers, il est comme arc-bouté dans son fauteuil, tout le visage tendu dans son regard. Non pas les yeux perdus dans le vide ou qu'assiége l'horreur. C'est nous devant lui, c'est le monde qu'il regarde ; il semble discerner au travers quelque être réel et qui ne l'épouvante pas ».

 

Le Scrutateur.

 


 

Fait divers ? Ou fait de société ? par Edouard Boulogne.
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Castets 25/09/2014 09:22

Bonjour Mr Boulogne.
Les épisodes barbares de l' Histoire des peuples sont maintenant médiatisés et rencontrent un public friands de violences gratuites, malheureusement duplicables sans grand risque. Il n'est qu'à voir la percée et la multiplicité des sports dits de combat, réservés autrefois à une sélection d'individus programmés pour la guerre!
La banalisation et l'exposition télévisuelle des faits divers, rencontrent un public dans l'attente d'expériences toujours plus enclines à délivrer cette adrénaline tant recherchée de nos jours .
Dans cette période dédiée à la violence, sanguinolente de préférence, c'est bien plus porteur pour l'image chère à ces réseaux prétendument sociaux...
Il serait bien, pour un juste équilibre, que tous les média instillent une overdose de fraîcheur et de bonnes nouvelles, pourtant si peu médiatiques mais porteuses d'espoir, sont-ils prêts à le faire, j'en doute ?
Le temps de la barbarie est revenu et il faudra encore plus de violences et de victimes dans ce Monde en perte de repères pour tenter d'éradiquer son expansion !
Bonne journée,
Cjj