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Publié par Edouard Boulogne

( I ) Et pourquoi pas la littérature policière ?

 

La littérature antillaise depuis une trentaines d'années est riche de productions valables, et même parfois, remarquables. Je reproche toutefois à nos auteurs ( surtout martiniquais ) de ne pas suffisamment prendre en compte son lectorat indigène, en voulant passer d'un coup des historiettes, et des contes traditionnels à la « grande littérature ». Avant de lire, et, éventuellement, d'apprécier un Balzac, un Sthendal, les Français de Fwans ont lu des romans d'aventures, de capes et d'épées, des romans policiers, qui ne constituent pas un genre littéraire si mineur que cela puisqu'il a inspiré « des stars » aussi importantes qu'un Eugène Sue, ou un Alexandre Dumas pour nous en tenir à ces deux super nova.

Avant d'être reconnu par Saint-Germain des Prés, encore faut-il publier pour que Sosthène et Man Mawgrit, en vous lisant s'exclament spontanément, et sans avoir consulté le Who's who : "t'es d'chez nous »!

Ainsi la littérature policière, qu'honorent une Agatha Christie, un Georges Simenon, qui , autant qu'une autre, est de nature à refléter par delà les intrigues et les styles d'auteur, les moeurs d'un peuple, ses forces, ses faiblesses, ses subtilités et ses plouqueries, peut contribuer  en même temps, sans prêchi-prêcha, sans propagandes éhontées, à dresser une silhouette, un profil épuré de la psychologie générale.

Le genre policier est assez peu, - pour autant que je puisse trancher, bravant les susceptibilités d'auteurs, - promu chez nous.

Ces temps derniers j'ai lu pourtant Un autre soleil d'un certain Timothy Williams ( collection Rivages noirs ) dont l'action se déroule en Guadeloupe. En natif du Taureau que je suis, particulièrement tenace et obstiné, j'ai lu jusqu'au bout ce livre, le plus nul pourtant que j'ai jamais rencontré. Dégoulinant de vulgarité et d'idéologie. La seule excuse de l'auteur ( un pseudo ) est d'être américain, ancien professeur ici, pendant quelques années, et parfaitement étranger aux moeurs de notre île. Mais en marge de la copie je ne saurais avec la plus grande indulgence du monde qu'écrire : «  A revoir entièrement. Nul, et dépourvu de toute bonne volonté ».

A une autre altitude, le Bal masqué à Békéland ( Caraïbe-Editions). Il est vrai que l'auteur est Raphaël Confiant qui, quoiqu'on en pense, est un véritable écrivain.

Mais nosthromme a des tics, des manies, des boucs émissaires, par exemple les békés, et ne peut se retenir de petites provocations à leur égard, qui, je peux l'en assurer, les laissent parfaitement indifférents. Tchiiip!!! Dans ce roman qui, par ailleurs tient pourtant la route, ne manque pas de couleurs locales peintes sans ostentation, faire du plus grand criminel de l'oeuvre, - qui accable la Maharwwtinique ( et pas elle seule ) de cocaïne et de marie-jeanne ( pardon de marijuana ), - le plus riche béké de l'île soeur qu'il dénomme « le duc de la Martinique? ), c'est pousser la plaisanterie un peu loin

Donc, « nettement mieux, mais pas doit mieux faire », pour l'amour du peuple.

Il faudrait encore évoquer de Jypé Carraud ( un nom qui fleure bon les deux îles soeur ) le Tim-Tim Boissec publié par Rivages/mystère. Le livre, un peu plus ancien, est de qualité, et l'on se perd avec délices, dans les méandres d'une intrigue qui parcourt bien des registres de la sensibilité guadeloupéenne;

 

( II ) Et voici Boulevard maritime, de Michèle Robin-Clerc.

 

Michèle Robin-Clerc, architecte de son état, et romancière, à ses heures perdues ( en fait des heures sauvées, du moins pour ses lecteurs ) semble avoir réfléchi aux heurs et malheurs de notre littérature policière et voulu tenter d'apporter sa contribution au « progrès » ( le progrès en littérature, vaste sujet, et compliqué ) de nos lettres.

Il y a quelques années elle avait publié Au vent des fleurs de canne. Elle nous donne maintenant aux éditions Jasor, un Boulevard Maritime, de bon aloi.

C'est rendre un mauvais service à un roman policier que d'en résumer l'intrigue, et d'en dévoiler l'issue. Aussi ne le ferai-je pas.

Sachez seulement que tout commence en la ville de Basse-Terre, où une gamine qui, de mauvais gré, se rend à l'école un beau matin, aperçoit, un bout de pied, dépassant d'une immense jarre décorative disposée à une extrémité du boulevard maritime, découvre ainsi l'occasion de manquer au cours, en se faisant témoin auprès de la police et des autorités judiciaires.

Ainsi débute une aventure palpitante, qui nous introduit dans divers milieux et activités, milieux politiques, du sport, des activités traditionnelles et sui generis de la Guadeloupe, telle la coutume des boeufs tirant, où évoluent comme poissons dans l'eau la victime et le criminel, et même le commissaire de police Boucher.

Au XIX ème siècle madame Robin-Clerc se fut rangée sans doute dans l'école littéraire des naturalistes, avec Zola, tant elle a le souci, par delà celui de ménager le suspense, d'expliquer et comprendre, par le lieu, les coutumes inviscérées par des siècles de vie en commun, les caractères, et les comportements de ses personnages.

Le lecteur appréciera la description minutieuse, et jamais ennuyeuse, des courses de boeufs tirant, des passions qui s'y déchainent, ou encore la pratique médicale, de la dissection d'un cadavre, autrement précise et instructive que dans Les Experts Manhattan, sans tomber dans l'exhibitionnisme ou distiller l'ennui.

Il faut aussi signaler les portraits finement, et humoristiquement, tracés de personnages qui sous un nom de roman, n'en existent pas moins dans la réalité, tel celui du savoureux Prosper Pipeau, niché quelque part à Sainte Rose, dans les hauteurs de Sofaïa

Une réserve toutefois de ma part ( mais légère ) portera sur le déroulement d'un léroz, à Baie-Mahault, où l'auteur n'a pas su transcender sa documentation, très sérieuse, et restituer une véritable ambiance.

Fines analyses des personnages aussi. Ma sympathie va particulièrement au commissaire Boucher, pour sa subtilité certes, mais aussi, ( j'ai parlé de sympathie. du grec « sun » avec, et « pathos » sentir avec. Autrement dit la sympathie est la possibilité d'éprouver les mêmes sentiments ). Boucher est un homme dans la force de l'âge, sérieux, subtil, avec ses tics ( comme un Hercule Poirot, une miss Marple ), ses manies qui témoignent d'une certaines culture, quand affleurent spontanément à sa conscience des réminiscences littéraires, de Chateaubriand, d'Hugo, de Leconte de Lisle.

Au dernier chapitre, quand tout s'est terminé au mieux pour la vérité et le commissaire, il se trouve avec Méguy, son épouse, et son adjoint, le sympathique Egata, pour un « bon petit repas » autour d'un colombo. Le whisky dispense son euphorie, mêlé à ces punchs au mombin devenu si rares en Guadeloupe, faute de distillateurs.

Boucher laisse alors échapper une citation de Montaigne, qui heureusement échappe à la maîtresse de maison, et qui est peut-être une petite « provoc » féministe de l'auteur : « la plus utile et honorable science et occupation à une femme , c'est la science du ménage ».

Il reste à espérer, pour Boucher, que les Femen ne lisent pas Le Scrutateur ( horresco referens ! ). Pour Boucher, mais aussi pour les descendants de Montaigne. Mémoire oblige !

 

Edouard Boulogne.

Boulevard Maritime, un roman policier de Michèle Robin-Clerc.
Boulevard Maritime, un roman policier de Michèle Robin-Clerc.
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C
Enfin Malesherbes vint...
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