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Publié par Edouard Boulogne

Nous nous sommes peut-être davantage intéressés, récemment à l'occasion du championnat du monde de football, aux cavalcades, dribbles et autres tours des jeunes « stars » du ballon rond, sans parler des oreilles arrachées, des côtes enfoncées, etc, de certaines d'entre elles, qu'à d'autres aspects de l'environnement qui pouvaient donner matières à des méditations philosophiques. En découvrant ce lien tout à fait fascinant, je n'ai pu m'empêcher de penser aux réflexions de Montaigne – et de Blaise Pascal – sur le thème du vertige, et la nécessaire humilité des philosophes conscients de leur finitude ( https://www.youtube.com/embed/VxlKZereog0#t=107 ).

J'ai retenu, ci-dessous, ce texte de Montaigne. Il est facile à lire, et hautement édifiant.

 

LS.

 

 

Montaigne, Essais, II, 12, Pléiade, p. 578. « Qu’on loge un philosophe dans une cage de menus filets de fer clairsemés, qui soit suspendue au haut des tours Notre-Dame de Paris ; il verra par raison évidente qu’il est impossible qu’il en tombe ; et si ne se saurait garder (s’il n’a accoutumé le métier des couvreurs) que la vue de cette hauteur extrême, ne l’épouvante et ne le transisse. Car nous avons assez affaire de nous assurer aux galeries, qui sont en nos clochers, si elles sont façonnées à jour, encore qu’elles soient de pierre. Il y en a qui n’en peuvent pas seulement porter la pensée. Qu’on jette une poutre entre ces deux tours d’une grosseur telle qu’il nous la faut à nous promener dessus, il n’y a sagesse philosophique de si grande fermeté qui puisse nous donner courage d’y marcher, comme nous ferions si elle était à terre. J’ai souvent essayé cela, en nos montagnes de deçà, et si suis de ceux qui ne s’effrayent que médiocrement de telles choses, que je ne pouvais souffrir la vue de cette profondeur infinie sans horreur et tremblement de jarrets et de cuisses, encore qu’il s’en fallut bien ma longueur, que je ne fusse du tout au bord, et n’eusse su choir, si je ne me fusse porté à escient au danger. J’y remarquai aussi, quelque hauteur qu’il y eût, pourvu qu’en cette pente il s’y présentât un arbre, ou bosse de rocher, pour soutenir un peu la vue, et la diviser, que cela nous allège et donne assurance ; comme si c’était chose de quoi à la chute nous pussions recevoir secours : mais que les précipices coupés et unis, nous ne les pouvons pas seulement regarder sans tournoiement de teste : ut despici sine vertigine simul oculorum animique non possit : qui est une évidente imposture de la vue. » Le caractère d’expérience concrète a dû retenir l’attention de Pascal. L’éd. Ferreyrolles ne reproduit pas la remarque que Pascal reprend presque textuellement : « Il y en a qui n’en peuvent pas seulement porter la pensée ». 

 

( Michel ( Eyquem, Seigneur de Montaigne ) et moi ( en toute modestie ) nous excusons auprès de vous, si nous vous avons fait endêver, avec nos références philosophiques ! ). LS 

Brésil : Ce que les spectateurs du « mundial » de football n'ont, peut-être, pas vu.
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A
Il a raison, le Montaigne : il y a des cas où l'intelligence ne sert à rien et même des cas où elle ne peut servir à rien. Le contrechamp du vertige, ce doit être cette ivresse égotique qu'éprouvent les petits de ce monde, une fois qu'ils se croient devenus grands parce que la faveur populaire les a hissés sur de hautes marches.
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