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Publié par Edouard Boulogne

Régis Debray vient de la gauche, et même de l'extrême gauche. Dans l'ambiance particulière qui précéda l'explosion méphitique de mai 68, M. Debray, alors très jeune, ancien normalien ( de la rue d'Ulm ), et agrégé de philosophie, s'engagea dans ce qu'il y avait de plus extrême dans les révolutions de ces années là en Amérique latine, dans la mouvance de Fidel Castro, et surtout de Che Guévara.

Capturé par un gouvernement qu'il combattait, en Bolivie, Régis Debray, grâce à sa qualité de Français, ne fut condamné « qu'à trente ans de prison ». Il semble que l'activité inlassable de sa mère madame Janine Alexandre-Debray, auteur d'une belle biographie de Victor Schoelcher ( Perrin ), et la bienveillance du général de Gaulle ne furent pas pour rien dans sa libération anticipée, après trois ans, seulement de détention.

Régis Debray avait muri, vu de près les délices de la révolution. Mais il restait de gauche. A partir de 1981 il frayait dans les eaux du mitterrandisme, et un soir à l'aéroport du Raizet, ou ( en 1974 ) Mitterrand premier secrétaire du parti socialiste donnait une conférence de presse, et où je me permis de l'importuner par deux questions, qui l'intéressèrent visiblement, mais eurent le don d'exaspérer sa cour guadeloupéenne ( militants tous reconvertis dans les « affaires » ) qui m'abreuva d'insultes, je pus observer Régis Debray ( conseiller de François M ) marchant d'un air inspiré autour de notre groupe, en se frottant les moustaches ( tout le monde a été jeune! ).

Debray, comme Bérégovoy, comme François de Grossouvre, apprit à mieux juger l'homme de Jarnac. Il murissait aussi, et chez un homme intelligent cela peut donner de bons résultats.

Bref, peu à peu M. Debray évolua loin des milieux de sa jeunesse. Si on l'interroge aujourd'hui, il dira qu'il est de gauche. Tout comme moi, je dirai que je suis de droite.

Mais nous avons mûri. Et si je suis toujours gaulliste, si je suis toujours fidèle, sur beaucoup de points à un Pierre Boutang, je ne me dirai pas de droite au sens de l'UMP,

Nonobstant sa célébrité, et toutes nos autres différences, Régis et moi ( en toute modestie, n'est-ce pas! ) nous confluons désormais vers une politique de gauche, dira l'un, de droite, dira l'autre, mais qui apparaissent bien plus proches qu'on ne pourrait le croire.

Ainsi pourra-t-on en juger par la publication ci-dessous d'une récente interview de Régis Debray, dont les termes auraient pu aussi bien être ceux du Scrutateur.

A vous de juger.

 

LS.

Régis Debray a encore frappé, comme toujours avec force. ( Les passages soulignés dans cette interview l'ont été par le Scrutateur ).

 

Le Front National a progressé, explique-t-il, certes... Faut-il s'en inquiéter ? Peut-être.

Les français sont-ils pour autant des fascistes. Ne mélangeons pas tout assure-t-il.

Derrière la victoire du Front National aux élections européennes se cache évidemment l'effondrement intellectuel des partis traditionnels ; celui de la droite de l'argent, celui de la gauche jetset, l'abandon terrible de ce qu'il ne fallait pas abandonner : la Nation.

Invité des Matins de France Culture jeudi 29 mai 2014, il dressait, dans la droite ligne de son ouvrage l'Eloge des frontières, le bilan d'une gauche au fond du trou.

 

Extraits.

 

Régis Debray - [...] ne dramatisons pas trop, le Front National c'est 10% des inscrits et puis n'en faisons pas trop vite, ce serait de la paresse intellectuelle, un repaire de fascistes ou même d'extrême droite, les choses sont plus compliquées. Non, moi je crois que ce qui se passe aujourd'hui, c'est que la classe dirigeante reçoit la monnaie de sa pièce. C'est-à-dire qu'elle a démissionné de ses missions fondamentales et je trouve ça un peu bête de vitupérer les conséquences sans envisager les causes de cette victoire relative du Front National. Je dirais que la classe dirigeante, et j'entends par là la classe politico-médiatique, je devrais d'ailleurs dire la classe médiatico-politique puisqu'on démocratie de l'opinion, c'est l'opinion qui dirige et la fabrication de l'opinion dirige non seulement la perception des choses mais le gouvernement des hommes. En tout cas, il y une classe...

 

Marc Volnchet- Enfin vous nous mettez dans le même sac quoi, si j'ai bien compris...

 

Régis Debray - Non, je ne vous mets pas dans le même sac, la preuve c'est que vous vouiez bien m'écouter et que vous voulez bien écouter Gabriel Robin, ce qui est tout à fait exceptionnel. Non, si vous voulez, c'est vrai que le personnel politique n'est pas très enthousiasmant, c'est lui qui disons, c'est lui qui tient le crachoir, à droite des voyous à gauche des médiocres, je ne parle pas des électeurs. Mais au-delà de ces considérations personnelles, voyons les choses en face, et c'est d'ailleurs pour ne pas se regarder dans un miroir que la classe dirigeante commence à, je dirais brandir le spectre du fascisme etc... La droite a bazardé le gaullisme, avocats d'affaires qui font du business, b gauche eUe, elle a bazardé et le socialisme et la République.

Qu'est-ce que la gauche ? C'est l'union du populaire et du régalien, le régalien c'est la puissance publique, l'Etat. On sait bien qu'avec l'Europe telle qu'elle est, machine à déréguler, machine à privatiser, la puissance publique est à quai comme on dit. Quant au peuple, écoutez le peuple, en 2005 il vote contre un traité intereuropéen, trois mois après la dite classe dirigeante considère que tout cela est nul et non avenu donc c'est plus en bas que ça se passe...

[..) La gauche me navre je dois avouer, elle était mariée avec l'Histoire et avec les idées, elle aujourd'hui est mariée avec Voici et avec la comm, mariée même pacsée au sens conjugal du mot souvent. Alors il faudrait peut-être incriminer le mode de recrutement, le mode de vie, le mode de formation, je ne sais pas mais il est certain qu'elle a perdu ses fondamentaux. Les fondamentaux, tant de la droite que de la gauche, ont été perdus, en sorte qu'on a laissé la Nation, idée de gauche, aux nationalistes et on a laissé le Peuple, idée motrice, aux démagogues. Le Peuple aux deux sens du mot, le peuple comme singularité collective, c'est-à-dire une nation, et le peuple comme classe, en gros exploitée ou déshéritée puisque dès qu'on parle du peuple, on est un populiste. Voilà ! La nature et l'Histoire, les sociétés ont horreur du vide...

 

Marc Volnchet - Mais tout de même, c'est comme ça que vous expliquez donc ce vote Front National. SI Je puis me permettre Régis Debray, quand vous dites : « à droite des voyous, à gauche des médiocres », ça pourrait être un slogan, une formule qu'emploierait Marine Le Pen ?

 

Régis Debray - Ecoutez, Je ne les mets pas tous dans le même sac et il y a des exceptions. Enfin avouez que ce qui se passe tout de même depuis quelques temps est un peu navrant. Je n'ai jamais vu tant d'inconsistance à la tête de l'Etat, je n'ai jamais vu...

 

Marc Voinchet - Et vous avez bien connu la tête de l'Etat puisqu'à une époque vous aviez vos bureaux, vous avez eu votre badge pour rentrer è l'Elysée. ( A l'époque de F. Mitterrand. Note du Scrutateur )

 

Régis Debray - Oui mais à l'époque, la gauche était encore la gauche, elle n'était pas francophobe, elle ne craignait pas le peuple, elle avait un mode de vie, elle habitait un peu partout, elle fréquentait les ouvriers, les employés, ce n'était pas encore une fraction de la jetset. Donc effectivement, c'est au nom de ce passé là qu'il m'arrive de regretter cette sorte de trou noir dans laquelle la France se trouve, avec l'Europe d'ailleurs qui est un trou noir dans le monde, et la France est un peu l'homme malade de ce trou noir. Cela ne veut pas dire que l'on ne se reprendra pas ! Mais je voudrais simplement rappeler puisque vous aviez parié tout à l'heure de (Paul) Valéry, non ? Un autre mot de Valéry : « La pire faute en politique consiste à laisser en l'état ce qui doit disparaître alors même qu'on s'attache à détruire ce dont la permanence est la raison d'être, est la marque d'une civilisation ». ( Be ne! Note du Scrutateur ). Détruire, détruire effectivement le principe d'indépendance d'une politique, détruire l'institution militaire, détruire l'institution scolaire, avoir honte de ce qu'on est, ne plus enseigner l'histoire dans les lycées, les collèges, abandonner la chronologie, se livrer aux sondages d'opinion et obéir aux marchés en tout. Alors voilà, un jour tout ça va reparaître. 

Régis Debray vient de la gauche, et même de l'extrême gauche. Dans l'ambiance particulière qui précéda l'explosion méphitique de mai 68, M. Debray, alors très jeune, ancien normalien ( de la rue d'Ulm ), et agrégé de philosophie, s'engagea dans ce qu'il y avait de plus extrême dans les révolutions de ces années là en Amérique latine, dans la mouvance de Fidel Castro, et surtout de Che Guévara.

Capturé par un gouvernement qu'il combattait, en Bolivie, Régis Debray, grâce à sa qualité de Français, ne fut condamné « qu'à trente ans de prison ». Il semble que l'activité inlassable de sa mère madame Janine Alexandre-Debray, auteur d'une belle biographie de Victor Schoelcher ( Perrin ), et la bienveillance du général de Gaulle ne furent pas pour rien dans sa libération anticipée, après trois ans, seulement de détention.

Régis Debray avait muri, vu de près les délices de la révolution. Mais il restait de gauche. A partir de 1981 il frayait dans les eaux du mitterrandisme, et un soir à l'aéroport du Raizet, ou ( en 1974 ) Mitterrand premier secrétaire du parti socialiste donnait une conférence de presse, et où je me permis de l'importuner par deux questions, qui l'intéressèrent visiblement, mais eurent le don d'exaspérer sa cour guadeloupéenne ( militants tous reconvertis dans les « affaires » ) qui m'abreuva d'insultes, je pus observer Régis Debray ( conseiller de François M ) marchant d'un air inspiré autour de notre groupe, en se frottant les moustaches ( tout le monde a été jeune! ).

Debray, comme Bérégovoy, comme François de Grossouvre, apprit à mieux juger l'homme de Jarnac. Il murissait aussi, et chez un homme intelligent cela peut donner de bons résultats.

Bref, peu à peu M. Debray évolua loin des milieux de sa jeunesse. Si on l'interroge aujourd'hui, il dira qu'il est de gauche. Tout comme moi, je dirai que je suis de droite.

Mais nous avons mûri. Et si je suis toujours gaulliste, si je suis toujours fidèle, sur beaucoup de points à un Pierre Boutang, je ne me dirai pas de droite au sens de l'UMP,

Nonobstant sa célébrité, et toutes nos autres différences, Régis et moi ( en toute modestie, n'est-ce pas! ) nous confluons désormais vers une politique de gauche, dira l'un, de droite, dira l'autre, mais qui apparaissent bien plus proches qu'on ne pourrait le croire.

Ainsi pourra-t-on en juger par la publication ci-dessous d'une récente interview de Régis Debray, dont les termes auraient pu aussi bien être ceux du Scrutateur.

A vous de juger.

 

LS.

Régis Debray a encore frappé, comme toujours avec force. ( Les passages soulignés dans cette interview l'ont été par le Scrutateur ).

 

Le Front National a progressé, explique-t-il, certes... Faut-il s'en inquiéter ? Peut-être.

Les français sont-ils pour autant des fascistes. Ne mélangeons pas tout assure-t-il.

Derrière la victoire du Front National aux élections européennes se cache évidemment l'effondrement intellectuel des partis traditionnels ; celui de la droite de l'argent, celui de la gauche jetset, l'abandon terrible de ce qu'il ne fallait pas abandonner : la Nation.

Invité des Matins de France Culture jeudi 29 mai 2014, il dressait, dans la droite ligne de son ouvrage l'Eloge des frontières, le bilan d'une gauche au fond du trou.

 

Extraits.

 

Régis Debray - [...] ne dramatisons pas trop, le Front National c'est 10% des inscrits et puis n'en faisons pas trop vite, ce serait de la paresse intellectuelle, un repaire de fascistes ou même d'extrême droite, les choses sont plus compliquées. Non, moi je crois que ce qui se passe aujourd'hui, c'est que la classe dirigeante reçoit la monnaie de sa pièce. C'est-à-dire qu'elle a démissionné de ses missions fondamentales et je trouve ça un peu bête de vitupérer les conséquences sans envisager les causes de cette victoire relative du Front National. Je dirais que la classe dirigeante, et j'entends par là la classe politico-médiatique, je devrais d'ailleurs dire la classe médiatico-politique puisqu'on démocratie de l'opinion, c'est l'opinion qui dirige et la fabrication de l'opinion dirige non seulement la perception des choses mais le gouvernement des hommes. En tout cas, il y une classe...

 

Marc Volnchet- Enfin vous nous mettez dans le même sac quoi, si j'ai bien compris...

 

Régis Debray - Non, je ne vous mets pas dans le même sac, la preuve c'est que vous vouiez bien m'écouter et que vous voulez bien écouter Gabriel Robin, ce qui est tout à fait exceptionnel. Non, si vous voulez, c'est vrai que le personnel politique n'est pas très enthousiasmant, c'est lui qui disons, c'est lui qui tient le crachoir, à droite des voyous à gauche des médiocres, je ne parle pas des électeurs. Mais au-delà de ces considérations personnelles, voyons les choses en face, et c'est d'ailleurs pour ne pas se regarder dans un miroir que la classe dirigeante commence à, je dirais brandir le spectre du fascisme etc... La droite a bazardé le gaullisme, avocats d'affaires qui font du business, b gauche eUe, elle a bazardé et le socialisme et la République.

Qu'est-ce que la gauche ? C'est l'union du populaire et du régalien, le régalien c'est la puissance publique, l'Etat. On sait bien qu'avec l'Europe telle qu'elle est, machine à déréguler, machine à privatiser, la puissance publique est à quai comme on dit. Quant au peuple, écoutez le peuple, en 2005 il vote contre un traité intereuropéen, trois mois après la dite classe dirigeante considère que tout cela est nul et non avenu donc c'est plus en bas que ça se passe...

[..) La gauche me navre je dois avouer, elle était mariée avec l'Histoire et avec les idées, elle aujourd'hui est mariée avec Voici et avec la comm, mariée même pacsée au sens conjugal du mot souvent. Alors il faudrait peut-être incriminer le mode de recrutement, le mode de vie, le mode de formation, je ne sais pas mais il est certain qu'elle a perdu ses fondamentaux. Les fondamentaux, tant de la droite que de la gauche, ont été perdus, en sorte qu'on a laissé la Nation, idée de gauche, aux nationalistes et on a laissé le Peuple, idée motrice, aux démagogues. Le Peuple aux deux sens du mot, le peuple comme singularité collective, c'est-à-dire une nation, et le peuple comme classe, en gros exploitée ou déshéritée puisque dès qu'on parle du peuple, on est un populiste. Voilà ! La nature et l'Histoire, les sociétés ont horreur du vide...

 

Marc Volnchet - Mais tout de même, c'est comme ça que vous expliquez donc ce vote Front National. SI Je puis me permettre Régis Debray, quand vous dites : « à droite des voyous, à gauche des médiocres », ça pourrait être un slogan, une formule qu'emploierait Marine Le Pen ?

 

Régis Debray - Ecoutez, Je ne les mets pas tous dans le même sac et il y a des exceptions. Enfin avouez que ce qui se passe tout de même depuis quelques temps est un peu navrant. Je n'ai jamais vu tant d'inconsistance à la tête de l'Etat, je n'ai jamais vu...

 

Marc Voinchet - Et vous avez bien connu la tête de l'Etat puisqu'à une époque vous aviez vos bureaux, vous avez eu votre badge pour rentrer è l'Elysée. ( A l'époque de F. Mitterrand. Note du Scrutateur )

 

Régis Debray - Oui mais à l'époque, la gauche était encore la gauche, elle n'était pas francophobe, elle ne craignait pas le peuple, elle avait un mode de vie, elle habitait un peu partout, elle fréquentait les ouvriers, les employés, ce n'était pas encore une fraction de la jetset. Donc effectivement, c'est au nom de ce passé là qu'il m'arrive de regretter cette sorte de trou noir dans laquelle la France se trouve, avec l'Europe d'ailleurs qui est un trou noir dans le monde, et la France est un peu l'homme malade de ce trou noir. Cela ne veut pas dire que l'on ne se reprendra pas ! Mais je voudrais simplement rappeler puisque vous aviez parié tout à l'heure de (Paul) Valéry, non ? Un autre mot de Valéry : « La pire faute en politique consiste à laisser en l'état ce qui doit disparaître alors même qu'on s'attache à détruire ce dont la permanence est la raison d'être, est la marque d'une civilisation ». ( Be ne! Note du Scrutateur ). Détruire, détruire effectivement le principe d'indépendance d'une politique, détruire l'institution militaire, détruire l'institution scolaire, avoir honte de ce qu'on est, ne plus enseigner l'histoire dans les lycées, les collèges, abandonner la chronologie, se livrer aux sondages d'opinion et obéir aux marchés en tout. Alors voilà, un jour tout ça va reparaître.

Régis Debray : «  A l'époque, la Gauche n'était pas francophobe ».
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L
il ya un certain temps que Debré m'intéresse. Bravo pour la nouvelle formule c'est digne d'un grand journal!!! à bientot bonnes vacances .Geneviève.
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M
DEBRAY, pas Debré; ne pas confondre.
L
Comme quoi tout dégénère, même la gauche. Mais n'est-ce pas, surtout, à cause de la gauche ? Non cette question n'est pas une provocation : c'est le constat que la gauche, dès son origine, persévère dans la négation et dans la destruction. Regardez, du reste, aujourd'hui en termes de négation combien ces chères élites dégoulinent d'autosatisfaction et multiplient les vantardises. En termes de résultat, la destruction est là et personne n'en doute, sauf la gauche qui parle de surprise, de fatalité, d'incompréhensible malédiction... L'incompréhensible malédiction étant celle qui s'abat sur les intelligences, au point d'élire des gens de gauche, évidemment.
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