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Publié par Edouard Boulogne

La culture ( http://www.lescrutateur.com/article-la-pensee-du-jour-vraie-et-fausse-culture-par-edouard-boulogne-98743572.html ) est dans une tradition occidentale, qui remonte à Socrate et à Platon ( nul ne serait méchant volontairement mais seulement par ignorance ), et qui s'est prolongée jusqu'à nos jours en passant par la philosophie des lumières.

Le rationalisme d'un Platon peut cependant être mis en question par l'expérience tragique de l'histoire humaine. Et c'est peut-être l'apôtre Paul, qui a raison en constatant l'expérience de tout un chacun : «  Hélas! Je ne fais pas le bien que je veux, et je fais le mal que je ne veux pas » ( citation de mémoire. Mais le sens y est ).

La vie politique et sociale est en tout cas une constatation que la culture elle-même peut être subvertie, et servir au contraire de la sagesse à laquelle elle est sensée nous conduire.

Hélas! Il y a du mal au coeur de l'homme. La tradition biblique traduit ce fait par le « mythe » du péché originel . Le philosophe Kant évoquait la possibilité de l'existence dans le coeur de l'homme d'un « mal radical ».

Toujours est-il que la culture sert trop souvent à attiser des conflits, voire à les susciter, en travaillant à attiser les passions tristes, rageuses, ravageuses. J'évoquais, il y a quelques jours, le roman de Dostoïevski Les possédés, dans lequel le travail de la subversion atteint son quasi point de perfection.

Cette subversion est toujours à l'oeuvre.

L'évocation gauchie ( par anti christianisme bête ) de l'histoire biblique de Cham, en est un exemple typique.

L'analyse qui suit est un désamorçage d'une mine ravageuse. Dans le même sens, on en trouvera d'analogues dans Le Dictionnaire de la Bible ( sous la direction d'André-Marie Gérard. Robert Laffont. Collection Bouquins ) et dans L'Histoire de l'esclavage racontée en famille, par Olivier Pétré-Grenouilleau. Plon ).

 

LS.

 

http://www.une-autre-histoire.org/la-malediction-de-cham/

 

La malédiction de Cham est un mythe qui a servi, au 17e siècle, à tenter de justifier l’esclavage des Africains et le racisme par l’interprétation abusive d’un épisode de la Bible (Ancien Testament) qui suit le déluge.

L’histoire  telle qu’elle est rapportée par la Bible :

Noé plante de la vigne et, ayant voulu goûter son vin, s’endort nu et ivre mort sous sa tente.

Cham, le plus jeune des trois fils de Noé, entre dans la tente et découvre son père dans cette situation peu valorisante : ivre, impudique, inconscient. Il s’empresse d’aller raconter ce qu’il a vu à ses deux frères aînés, Sem et Japhet.

Sem et Japhet, par respect pour leur père qu’ils n’ont pas envie de voir ainsi, entrent dans la tente à reculons et ils le protègent d’une couverture.

Lorsque Noé se réveille, il apprend que son cadet est entré dans sa tente et qu’il l’a vu.

Alors il se met en colère et maudit non pas Cham, mais l’un de ses fils, Canaan.

« Maudit soit Canaan ! Qu’il soit l’esclave des esclaves de ses frères ! »

Le texte ajoute que Canaan est également voué à être l’esclave de ses oncles (Sem et Japhet).

L’épisode de la malédiction de Canaan, qui ne fait aucune allusion à la couleur de peau des protagonistes, va être l’objet de nombreux commentaires liés aux traditions juives et musulmanes.

S’interrogeant surtout sur la nature de la faute de Cham, les commentateurs de la tradition juive en ont tiré des interprétations variées et parfois surprenantes:

1. Cham a tout simplement eu tort d’être indiscret, de ne pas recouvrir son père sans en parler à personne et sans se moquer de lui (sens littéral du texte).

2. Cham a couché avec sa mère.

3. Cham a eu une relation sexuelle avec son père.

4. Cham l’a castré.

Tous s’accordent sur le fait qu’en représailles Noé ait maudit non pas Cham mais Canaan et ses descendants.

Certains commentateurs isolés, dont il est difficile de savoir s’ils sont juifs ou musulmans, auraient tenté, avant le 15e siècle, de justifier l’esclavage des Africains et leur couleur par cet épisode. S’agissant des musulmans, ils n’avaient pas à justifier particulièrement l’esclavage des Africains dans la mesure où les musulmans ne se préoccupaient guère de la couleur de peau ni de l’origine de leurs esclaves – mais plutôt de leur religion.

Jusqu’au 17e siècle, aucun commentaire chrétien sur le texte biblique n’est en tout cas lié à la couleur de peau des Africains ou à l’esclavage.

Mais c’est en 1666, en Hollande, que la légende tirée de la Bible prend une tout autre tournure.

Sous l’influence du Français La Peyrère, qui a suggéré, dès 1655, que les hommes ne seraient pas tous de même origine, et que certains (des êtres inférieurs, des sous-humains, les préadamites) auraient été créés avant Adam, de nouveaux commentateurs, Horn, Hanneman, vont tenter de fonder la séparation de l’humanité en « races », dont l’une, devenue noire du fait de cette malédiction de Noé, serait condamnée à l’esclavage sur l’autorité de la Bible.

Il est plus qu’évident que cette interprétation, qui fait de la couleur sombre de la peau la tare d’une « race » maudite et qui coïncide avec la mise en route du système de la traite atlantique, était destinée à la justifier.

Malheureusement, l’utilisation de cette propagande a porté certaines personnes, qui n’ont jamais lu l’épisode de la Bible relatif à la malédiction de Canaan, à croire qu’il y est écrit que Noé aurait condamné Canaan et ses descendants à avoir la peau noire et à être esclaves.

Ces absurdités sont très souvent colportées et donnent lieu aux interprétations les plus variées qui ont toutes en commun de troubler les esprits. Tel était bien le propos des « exégètes » hollandais.

Pourquoi avoir la peau sombre serait plus une malédiction qu’avoir la peau claire ? Et pourquoi la teinte de la peau – claire ou sombre- pourrait justifier qu’un homme puisse être la propriété d’un autre homme ?

Rien, dans la Bible ni ailleurs, ne saurait légitimer ni le racisme, ni l’esclavage, encore moins l’esclavage fondé sur le racisme (qui s’est avéré être une spécificité occidentale). ( Pour comprendre cette affirmation, lire L'invention du racisme, de Christian Delacampagne. Fayard. Le Scrutateur se promet de revenir prochainement sur cet ouvrage . Note du Scrutateur ).

Il est probable que l’intérêt du texte soit plus symbolique que littéral, pour montrer qu’un homme n’est véritablement un homme libre que lorsqu’il est parvenu à un degré de conscience assez élevé pour ne pas accorder une importance excessive à la sexualité ( et en particulier à celle de son père). La punition que la « malédiction » laisse entrevoir à Cham, c’est que son propre fils, Canaan, puisse se montrer aussi immature que lui dans la même situation.

Rien dans tout cela qui ne soit universel.

© Une Autre Histoire 2013

 

 

Deuxième image : Ivresse de Noé, de Bellini.
Deuxième image : Ivresse de Noé, de Bellini.
Deuxième image : Ivresse de Noé, de Bellini.
Deuxième image : Ivresse de Noé, de Bellini.
Deuxième image : Ivresse de Noé, de Bellini.

Deuxième image : Ivresse de Noé, de Bellini.

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