Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Pages

Archives

Publié par Edouard Boulogne

Avant de développer, ce matin ( 23 juin 2014 ) une courte réflexion ( promesse de scrutateur ! ) qui m'est suggérée par Paul Valéry, je voudrais rappeler que l'expression « bien-pensants » n'évoque pas celles et ceux qui pensent correctement, selon les règles de la logique et de syntaxe, et dans une perspective, de lucidité, et d'honnêteté philosophique. Je l'emploie bien au contraire, partiellement, au sens où l'exprimait Georges Bernanos dans son livre La grande peur des bien pensants, , ou comme l'indique le dictionnaire Robert désignant par là ceux « dont les idées sont conformistes, conventionnelles », proches en cela de ce que l'on appelle aujourd'hui le politiquement, ou moralement, ou esthétiquement ( etc ) correct.

Ce qui suscite mon ire de ce jour, c'est la lecture d'un article où un homme de gauche, en dépit de tout, s'obstine à voir en l'idéologie des princes qui nous gouvernent si mal, un germe de vertu et d'espoir, qui portera, un jour, des fruits plus doux que le lait et le miel qui, selon les Ecritures, devaient ruisseler en Canaan.

Notre homme se revendique de Jean-Jacques Rousseau pour qui l'homme « naturel » était bon par essence, et que c'est la société qui l'a corrompu, par l'institution de la propriété ( donc d'une certaine manière du « capitalisme » ).

Il y aurait donc deux catégories de pensée, celle qui ne perd pas de vue la pureté, et la bonté de l'homme primitif ( auquel nos gauchards s'identifient volontiers. Que l'on pense par exemple au mot du défunt premier ministre de F. Mitterrand, M. Pierre Mauroy, s'exclamant en 1981, à l'élection de son suzerain : «  nous serons le gouvernement des honnêtes gens » ( sic ), ou du pur Jack Lang, le même jour : «  Avec l'élection du président Mitterrand, nous venons de passer des ténèbres à la lumière » ( resic ).

Quoi ! ces gens ne se regardent-ils donc jamais dans d'autres miroirs que ceux que leur offrent, insondable, leur complaisance à eux-mêmes.

Là réside, plus que sur les façons plus ou moins efficaces de diriger des gouvernements qui se succèdent, la différence entre la droite et la gauche.

Pas plus que les gauchards, les gouvernants de droite ne sont de petits saints, et l'expérience le rappelle chaque jour.

Mais un homme de droite, tant qu'il n'a pas rallié, sans le dire, ( question de clientèle électorale à gérer ) le point de vue de ses supposés adversaires, n'aura pas l'impudence de se présenter comme le gouvernement des honnêtes gens, les tenants du BIEN.

En la pensée de Rousseau, je n'entre jamais qu'avec une prudence de chat, comme un James Bond explorant la demeure souterraine du docteur NO.

Jean-Jacques écrit bien, même très bien, et il faut lui rendre cette justice. Mais sa pensée m'est ennemie, comme, je le crois, elle est ennemie du genre humain.

Il y a eu des hommes de gauche avant Jean-Jacques, même si l'expression n'existait pas de son vivant, et n'a surgi ( de ses entrailles ) qu'après sa mort.

En revanche, et bien qu'il ne se soit engagé dans aucun parti politique, un Paul Valéry est « de droite ». Il suffit de le lire, une fois, de n'en lire qu'une ligne pour le percevoir immédiatement. Ainsi cette pensée où, en neuf mots, il voit plus clair en l'homme que mille légions de « psychologues expérimentaux » ( disent-ils ! ) : «  Il faut entrer en soi-même armé jusqu'aux dents ».

Ah! c'est court, c'est précis, sec et lumineux.

Valéry pratiquait l'introspection, ce que la pédagogie en Eglise catholique, est sensée apprendre aux tout jeunes enfants, dès l'âge de raison sous l'appellation « d'examen de conscience ».

Oui, entrer en soi-même est un exercice profitable, mais peu pratiqué de nos jours, où, pour reprendre le titre d'un film à succès ( et pourtant intéressant ) « Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil » ( ce dont voudraient nous persuader les enfumeurs ) où donc, le culte trompeur de la bonté universelle est devenu un dogme dont la transgression entraine de graves exclusions à l'encontre des « mal-pensants ».

Valéry n'est pas naturellement bon. Mais il le sait.
JE ne suis pas bon naturellement. Et je le sais.

Vous n'êtes pas meilleurs que nous, lecteurs. Le savez-vous?

Chaque fois, pour ne faire qu'effleurer une question océanique ( mais pas du tout pacifique ), que notre amour propre à été froissé, même par un « ami » ( mais comme disait PASCAL...Blaise : «  si nous savions ce que disent de nous nos amis, quand nous ne sommes pas là, ….il n'y aurait plus d'amis » ), nous le réduirions bien en bouillie. Et si nous ne le faisons pas, c'est, le plus souvent, par faiblesse, et crainte des représailles, ou de la force de la loi, …......si elle est juste, bien plus que par vertu autonome. L'amour propre offensé ne pardonne jamais, a-t-on dit. Et dans le même sens Georges Bernanos a pu écrire dans Les grands cimetières sous la lune ( oeuvre anti franquiste, écrite par un authentique homme de droite ) : «  L'homme est d'abord né orgueilleux, et l'amour propre toujours béant est plus affamé que le ventre ».

Ici, ayant évoqué Bernanos, Pascal, je sens que j'ai besoin de recourir, pour objecter aux « bien pensants », quelques autorités dont ils se revendiquent souvent, sans doute parce qu'ils les ont peu, ou mal lu. Je veux parler d’abord de Sigmund Freüd, le fondateur de la psychanalyse, dans son ouvrage sur le Malaise dans la civilisation.

Freüd donc écrit : «  Le problème consiste à écarter l’obstacle le plus grand rencontré par la civilisation, à savoir l’agressivité constitutionnelle de l’être humain contre autrui : d’où l’intérêt tout particulier du plus récent des commandements du Surmoi collectif : «  aimes ton prochain comme toi-même ». L’étude des névroses, ainsi que leur traitement nous amène à formuler deux objections au Surmoi de l’individu : par la sévérité de ses ordres, et de ses interdictions, il se soucie trop peu du bonheur du Moi ( …… ) Ainsi sommes-nous très souvent obligés dans un but thérapeutique de lutter contre lui, et nous efforçons-nous de rabaisser ses prétentions (….) ».

Ce texte a le mérite de contester le préjugé trop répandu de la bonté naturelle de l’être humain. Mais aussitôt, Freüd, athée résolu, après avoir cité les paroles de Jésus de Nazareth «  aime ton prochain comme toi-même », semble faire litière de l’originalité radicale de ce qui est plus une invitation qu’un commandement du Surmoi ( le « Surmoi » désignant dans la terminologie freüdienne, ce que nous pouvons appeler en langage courant comme le poids de la conscience collective sur les individus, cette conscience collective, qui fait par exemple lapider la femme adultère, ou couper les mains au voleur de super marché, ou d’ailleurs, ce qui n’est pas du tout l’esprit de la morale chrétienne, si tant est qu’une telle « morale » existe, le christianisme étant, comme l’a admirablement montré Bergson une éthique de l’amour ( voir Les deux sources de la morale et de la religion, surtout le chapitre III ). « Aimez vos ennemis », «  si l’on vous frappe sur la joue gauche, tendez l’autre joue », tels sont les principes majeurs, et absolument originaux des Evangiles, que Freüd avait le toupet d’assimiler au Surmoi social de l’individu, par suite de sa méconnaissance de l’essence du phénomène religieux, et notamment chrétien.

Mais, pourquoi le reprocher au cher Sigmünd, enfermé dans son matérialisme très XIX ème siècle, le droit de se tromper, même si par ailleurs, comme on en a le droit, on décide de la ranger dans la catégorie des sages.

Mais ici, il faut en revenir à Valéry, Paul Valéry, mon cher Paul, le Valy de ma jeunesse, qui écrivit aussi, mais ici je cite de mémoire : «  Refuser aux sages le droit de se tromper, n’est-ce pas une atteinte aux droits de l’homme ? ».

Avant de conclure, car, cher ami lecteur, il y aurait encore beaucoup à dire sur notre sujet, - mais enfin, vous qui m’avez suivi jusqu’ici par amitié, je m’en voudrais de vous plonger dans un sommeil définitif, -  avant donc de conclure je voudrais m’appuyer sur deux autres penseurs qui font autorité ?

Kant d’abord, qui pencherait à gauche, certainement, mais qui ne pourrait être réduit à cette tendance dans les sociétés humaines. Kant donc, chercheur passionné et profond de la vérité, et du fondement d’une action vraiment morale, ne croyait pas à la bonté naturelle de l’homme, ce qui est le critère le plus sûr pour désigner la niaiserie gaucharde. Karl Jaspers le cite en sa magistrale étude du penseur de Koenigsberg : « D’un bois aussi tordu que celui dont l’homme est fait, on ne peut rien produire de tout à fait droit ». Mhhhh !!!

Et puis je voudrais citer Albert Camus, dans ses Carnets : «  Celui qui désespère des évènements est un lâche, mais celui qui espère en la condition humaine est un fou ».

Je ne voudrais pas trop tirer la couverture à moi, et baptiser «  de droite » ces deux grosses pointures.

Mais quand je pense que ni l’un ni l’autre n’avaient connu un Grosland, alors, je me dis que l’un et l’autre, s'ils l'eussent approché,  auraient basculés, et frappés à la porte de la maison du père.

Do you understand me ?

 

 

E.Boulogne.

 

 

Parmi les illustrations on trouvera une photo aisément identifiable de Freüd. La troisième photo est celle d’une image de Kant. Je regrette mais je n’en ai pas pu en trouver de plus glamour. Pour le « glamour » on pourra se référer à Bernard-Henti Lévy. Mais s’agit-il encore de philosophie ? 

 

 

Armez vous jusqu'aux dents! par Edouard Boulogne.
Armez vous jusqu'aux dents! par Edouard Boulogne.
Armez vous jusqu'aux dents! par Edouard Boulogne.
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
C
Bonjour Mr Boulogne.
L'Homme a-t-il encore le temps, la volonté et le loisir de s'aimer lui-même avant de penser à autrui ? Sur la roue de la Politique, il est bien difficile de distinguer et placer la Gauche, la Droite ou les extrêmes, sauf dans la volonté de se sauver du désastre et de conserver ses prébendes, où là, les positions sont identiques !
Dans un grand sursaut, l'Homme devrait avoir le courage et l'audace de couper les branches pourries... Même s'il est assis dessus !
Le rêve est-il encore ou toujours possible ?
Bonne journée.
Cjj
Répondre