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Publié par Edouard Boulogne

On aurait tort de nier a priori, et sans autre examen, l'existence du DIABLE. Comme disait Charles Baudelaire, « la meilleure ruse du diable c'est de nous faire croire qu'il n'existe pas ». Je ne prétends rien imposer à nos lecteurs incrédules. Moi-même, dois-je l'avouer, je suis sujet à la tentation et j'avoue mes moments d'incrédulité.

Mais un regard, un moment d'écoute de la radio ( je commence ma journée par l'écoute de....RCI, « la radio de la vie » ), de la TV me ramène à « la réalité qui est ce qu'elle est », disait le général de Gaulle, dont certaines mauvaises langues affirment qu'il était...sous influence. ( Pour d'autres, avec plus de probabilité ,ce serait plutôt le cas de....! Je censure pour ne pas effaroucher certains « croyants », un peu niais, - Gniais! Gniais! comme on « dit » dans les premières minutes - en la personne de F – nouvelle censure ).

Quoiqu'il en soit, et pour nourrir la réflexion je propose deux articles que j'ai la faiblesse de considérer comme crédibles, et non crédules!

Le premier émane de notre confrère Causeur, ce 19 mai 2014.

Le second est extrait de mon livre Libres paroles. On peut le trouver aussi dans la rubrique La Chrestomatie du Scrutateur, qui figure juste au-dessous du logo de notre blog, parmi beaucoup d'autres choses, plus ( ou moins, selon les goûts ), par ordre alphabétique.

 

Le Scrutateur.

 

 

( I ) Qui a dit que le diable n’existait pas?

Tactique du diable, une leçon de catéchisme par Lucifer lui-même

http://www.causeur.fr/tactique-diable-lewis-27608.html

 

La plupart des mortels font deux erreurs majeures au sujet du diable. D’abord, ils ne croient pas en son existence, ce qui, sachez-le, est son astuce suprême, car, qui croit en lui, croit en l’Autre… et à ce jeu-là il est sûr de perdre. La deuxième consiste à penser qu’il a l’allure, au choix, d’un vieux bouc, fourchu, cornu, puant, d’une jeune adolescente scarifiée aux yeux rouges ou de Lord Voldemort.

La pièce Tactique du diable, adaptée de l’œuvre de C.S Lewis par Michel-Olivier Michel et jouée à l’espace Bernanos jusqu’au 24 mai, ne tombe pas dans ces travers dignes du premier premier communiant venu. L’adaptation sur scène des « lettres d’un vétéran de la tentation à un novice » imaginées par l’écrivain n’est donc pas seulement une réussite dramaturgique, c’est une parfaite leçon de catéchisme, joyeuse et incarnée.

Car le diable existe. On le rencontre, au gré des romans, chez Boulgakov, sous les traits d’un magicien farceur ou chez Bernanos sous ceux d’un maquignon jovial. ( Là encore, aucune allusion à l'actualité politique en France en ce mois de mai, ce mois de Marie, le mois le plus beau! Note du Scrutateur ).Chez Lewis, c’est tout sauf un clown. C’est le plus « beau des anges ». Il est froid, distant, calculateur. Mais tellement séduisant. Un dandy arrogant qui donne des cours de tentation à un diablotin fraîchement émoulu du Collège de formation, dont la mission est de faire basculer une âme du coté obscur de la force.

L’auteur du Monde de Narnia est plus connu pour ses romans d’heroic fantasy que pour son œuvre théologique. Sous l’influence de son ami Tolkien et à la lecture de Chesterton, il se convertit au christianisme en 1929. « Surpris par la joie » -c’est ainsi qu’il a titré son autobiographie- il se fera dès lors l’apologiste infatigable de la religion qu’il a embrassé. Mais foin d’un catéchisme rasoir et austère, la joie sera au cœur de ce christianisme incarné, empirique et tout chestertonien. Une joie que savent nous faire partager les quatre comédiens. Accompagnés magistralement d’un pianiste qui alterne jazz et cartoon et donne à la pièce tantôt l’ambiance d’un cabaret, tantôt celle d’une église, ils nous emmènent au fond de l’âme humaine en toute légèreté.

La description de la casuistique démoniaque est moins là pour nous apprendre à lui résister que pour nous faire découvrir la richesse et la profondeur de la théologie chrétienne. À son apprenti qui se croit habile de proposer la tentation sexuelle pour détourner sa proie de « l’Ennemi », le maître tentateur répond en ricanant : « N’oublie pas qu’il fut créé par l’Ennemi, le sexe, pour sa plus grande gloire ! ». Et les plaisirs ? Idem : «  C’est lui qui l’a inventé le plaisir, non pas nous. Il est à l’origine de tous les plaisirs ; malgré toutes nos recherches nous n’avons pas su en produire un seul ! »

Sagesse de la chair. Perversité de l’esprit. C’est par l’intelligence et l’imagination bien plus que par les sens que le doute pénètre le cœur. Les perversions brusques ne sont pas les plus efficaces, et il faut travailler l’âme jusqu’à ce qu’elle tombe comme un fruit mur.

De professeur de tentation, le Malin finit par se faire catéchiste, l’exposition des méthodes lucifériennes devenant le prétexte du dévoilement de la stratégie de celui d’en haut. « Mais il les aime vraiment ? » demande le diablotin, tentateur tenté de déserter pour le camp des anges. Screwtape finira par lâcher le morceau et dire le secret qui vit Satan tomber comme l’éclair : « Oui il les aime vraiment et pour leur apprendre à l’aimer librement, à marcher vers lui, à voler de leurs propres ailes, il doit retirer sa main. »

Incompréhensible folie de l’amour. Pour les hommes, le diable a une tactique là où Dieu a un plan.

Tactique du diable, d’après le roman de C.S Lewis. Mise en scène de Michel-Olivier Michel. Du 8 au 24 mai les jeudis, vendredis, samedis à 20h30, à l’espace Bernanos.


 

( II ) Satané Satan, prince de l'embrouille et de mille et un tours, ( sans compter les autres ). par E.Boulogne.

 

(2004) : Satan :


( Cet article est l'un des chapitres de mon livre "Libres paroles" paru aux éditions Guadeloupe 2000, en 2004).


« Le sceptique est le désespoir du diable. C’est que le sceptique, n’étant l’allié de personne, ne pourra aider ni au bien ni surtout au mal. Il ne coopère avec rien, même pas avec soi ».

CIORAN.


* Deux approches du diable.


En cette fin d’un 20è siècle de progrès, de lumières, de science, comme chacun sait ( ! ), est-il possible, encore, de croire au Diable. Satan ne serait-il pas plutôt le résidu d’un Moyen âge enténébré, religieux, obscurantiste en diable (si j’ose dire) comme nul esprit « moderne » ne devrait l’ignorer ?
C’est ce qu’affirme et s’efforce de démontrer dans son « Histoire générale du Diable » parrue récemment aux éditions Robert Laffont, Gérard Messadié. Quatre cent quatre-vingt dix pages, à vrai dire fort décevantes, tant Messadié réduit la problématique de son sujet à l’esprit d’une loge maçonnique de sous-préfecture quant au fond, et à l’humour discutable d’une « sœur Florence des petits pieds », du Canard Enchaîné, quant au style. On dirait d’un Charasse reconverti dans l’étude de l’histoire ; même verve hoquetante, même esprit empuanti de vapeurs noires. « Le Diable, écrit notre auteur dans son introduction, est même scandaleusement absent des grands moments de ces derniers siècles. On n’a jamais vu sa queue, ni ses cornes, lors de la Révolution française (sic), ne de celle d’octobre 1917. On ne l’a vu ni à Hiroschima, ni sur la lune, pas plus qu’on ne l’avait vu dans le laboratoire de Pasteur, ni dans le bunker de Hitler (resic). On l’eut attendu au Cambodge, quand y sévissait Pol Pot, et à Sarajevo, quand des femmes et des enfants se faisaient fusiller par des francs-tireurs de la même ville. On n’a vu là que l’expression des passions humaines. ».
Que le Diable puisse être pour quelque chose dans ce déchaînement de passions humaines, voici qui n’effleure pas monsieur Messadié. Jamais vit-on esprit plus enfoncé dans la matière, historien plus aveugle et sourd ? C’est dans sa conclusion que notre homme donne toute sa mesure. Le Diable qui n’existe pas, est encore invoqué, évoqué aujourd’hui. Par qui ? Pour quoi ? Quelle est sa fonction ? Je vous le donne en cent ! Je vous le donne en mille ? Par Jean-Paul 2, voyons, et par ses séides, et…. pour « brider la sexualité » ! Voilà pourquoi votre fille est muette ! Fermez le ban Lisez plutôt la prose de notre vénérable de sous préfecture : « chez les chrétiens, on le sait depuis Saint Paul, avorton comme il se définit lui-même, l’usage du système génital n’est autorisé que dans le cadre du mariage, et encore à la condition que ce soit em….bêtant (sic). Il faut bien qu’à la fin on le reconnaisse, le grand souci des Eglises a été de contrôler et codifier l’acte sexuel, et jusqu’aux positions licites. (… ). C’est donc pour cela qu’on maintient Satan en vie, (….) c’est l’épouvantail qui sert à brider la sexualité ».
Après ces pages de pesant et tout à fait classique anticléricalisme, résurgence du temps de Zola et du petit père Combe, il faut faire une cure de Frossard.De-Pierre-Boulle.jpg ( Pierre Boulle est un romancier français contemporain, auteur - entre autres - de l'immortel "Pont de la rivière Kwai, et de "un métier de seigneur"). Ce livre "A nous deux Satan", n'est qu'un roman, mais fort documenté, et je crois pouvoir en recommander la lecture à ceux qui s'intéressent au sujet de l'article ci-contre).
Le livre de poche vient de rééditer de cet auteur Les 36 preuves de l’existence du diable que je relis à l’occasion de cette petite étude, dans sa première édition de 1978.
Il s’agit d’un livre éblouissant et profond à la fois, où Frossard, loin du bazar fracassant et nauséabond où se complait trop souvent le « prince de ce monde », nous présente, sous la fiction de 36 lettres à lui adressées par le Diable, les preuves évidentes de l’action satanique dans le monde contemporain. Le malicieux Frossard réussit, l’exploit n’et par mince, à capter un temps la confiance du Malin, qui, un peu vantard, lui confie quelques uns de ses tours, de ses horribles farces et attrapes, avant de se découvrir trompé, dans une 36è lettre aigrie. Frossard nous rappelle Que ? tout déchu qu’il est, Satan est aussi Lucifer, l’ange de lumière capable, mieux qu’Ulysse, de mille et une diableries, plus subtiles les unes que les autres. Dans ses lettres, Lucifer nous apparaît avec, tour à tour, la subtilité perverse d’un maître Jacques Vergès, et la coquetterie un peu fofolle du serpent Kaa dans le « Livre de la jungle » de Walt Disney. Il révèle, par exemple, à Frossard son insidieuse et pénétrante action sur une partie importante de l’Eglise post conciliaire, sur nombre de nos révérends pères « modernes » et dans le vent. Jugez plutôt (11è lettre) : Je les félicite aussi de vous faire chanter tous les dimanches « Nous proclamons ta mort, Seigneur Jésus, nous célébrons ta résurrection, » etc. Sous le coup de la révélation, les chrétiens des premiers temps eussent probablement inversé l’ordre des verbes, et célébré la mort pour proclamer la résurrection, tant il leur semblait que celle-ci fût l’annonce la plus intéressante qu’ils eussent à faire. Il faut dire qu’ils y croyaient encore. Vous préférez « proclamer » la mauvaise nouvelle, en vous contentant de « célébrer » la bonne : vous pensez bien que je n’y vois aucun inconvénient. Après « la mort de Dieu », celle de Jésus-Christ est une proclamation bien agréable à entendre. Lorsque vous aurez joint le Saint-Esprit au convoi, je m’estimerai comblé ».
Je ne peux résister au plaisir de transcrire encore la 24è preuve qui me requiert particulièrement en cette période de synode diocésain(cf l’article Foi et politique), où la politique interpelle si fort la foi des catholiques de Guadeloupe (à moins que ce ne soit ce qui en tient lieu à une fraction « marchante » de leur clergé) : « 24è preuve : vos évêques ont décrété naguère que la politique s’inscrivait désormais « parmi les fins dernières de l’humanité » (assemblée des évêques de France, à Lourdes, 1972, note de l’auteur). Inutile de vous dire combien j’ai apprécié la formule. J’avais eu bien du regret à me séparer, in extremis, de Charles Maurras qui, sur la fin de sa vie, m’avait indignement lâché pour faire sa soumission à l’Eglise catholique, apostolique, et romaine. J’ai vu avec plaisir l’institution qui l’avait jadis rejeté, reprendre à son compte le « politique d’abord » qui avait été le motif principal de sa condamnation. Car je pense que vous ne vous y trompez pas : c’est bien de « politique d’abord » qu’il s’agit ; car dans l’ordre de la pensée religieuse, les fins dernières sont au commencement ». 1
A regret, quittons Frossard –qu’il faut lire intégralement (Albin Michel, et le Livre de poche)- pour aborder la question du Diable sous une face non davantage sérieuse (sous son badinage apparent, Frossard est sérieux), mais à la fois plus analogique, plus traditionnelle et plus sombre.

*Le témoignage des exorcistes.

Auteur de plusieurs ouvrages, journaliste, spécialiste des questions religieuses, François Dunois-Cassette, qui collabore à Pèlerin Magazine, à Vermeil, et Femme Actuelle, a publié en 1993, chez Robert Laffont, une enquête bien documentée et fort intéressante sous le titre : Les prêtres exorcistes. Exorcistes.jpg
Satan existe-t-il ? Qu’en est-il des cas dits de possession diaboliques, ou, comme dans le film célèbre L’exorciste, Satan s’installe en quelqu’un, pour le faire souffrir et se l’approprier ? S’agit-il de superstitions, de phénomènes relevant de la psychiatrie, ou au contraire de tristes et sinistres réalités ?
L’accent mis sur le satanisme a beaucoup varié selon les époques. Après le Concile Vatican 2, pour des raisons nombreuses et complexes, qui ne sont pas toutes médiocres, sinon l’Eglise catholique, du moins une partie de son clergé – disons, au sens large, moderniste- avait mis ces questions sous le boisseau. L’Eglise semblait avoir abandonné celle de ses fonctions à laquelle rendait hommage, dans les années 30, un célèbre médecin psychiatre, athée pourtant, celle d’une utile « police du merveilleux ».
En 1993, pourtant (ou à cause de cela ?), magnétiseurs de toutes sortes, sorciers et marabouts pullulent, en même temps que se multiplient les phénomènes étranges, autrefois attribués au Diable. Et comme dans le fascinant film de Polanski, « Rosemary’ s Baby » sévissent les sectes sataniques.
Comme l’écrit Dunois-Cassette, « au siècle des ordinateurs et des psychiatres, le diable est plus populaire que jamais. Le Malin est de retour, c’est un fait. Nos sociétés modernes l’avaient mis à la porte, il est revenu par la fenêtre ». 40.000 voyants et sorciers exercent actuellement en France, 500 pratiqueraient la magie noire à Paris. Dix millions de Français consultent chaque année les mages et les voyants.
Du coup, l’Eglise catholique se penche à nouveau sur une question qu’elle avait peut-être trop légèrement considérée, pour éviter les sarcasmes d’une intelligentzia snob et superficielle, coupée des réalités.
Il y avait moins de 10 exorcistes en France en 1970, ils sont une centaine actuellement. L’exorciste est un prêtre nommé dans un diocèse par l’ordinaire du lieu (c’est-à-dire l’évêque), dit le Code du Droit canonique, qui précise (Canon 1272, alinea 2) : Cette permission ne sera accordée par l’ordinaire du lieu qu’à un prêtre pieux, éclairé, prudent, et de vie intègre ».
Il a pour charge de recevoir les possédés ou supposés tels, d’examiner leur cas, de discerner s’il s’agit bien de possédés de possédés du diable ou s’ils relèvent de la médecine classique et de la psychiatrie.Tonqu--dec.jpg
Le discernement, difficile, s’opère au moyen de critères précis, dégagés peu à peu de l’expérience. Dans un suggestif petit livre dont nous reparlerons plus loin, un spécialiste, le père Joseph de Tonquèdec, en 1938, en énumérait les principaux : Que l’exorciste sache quels signes distinguent le possédé des sujets que travaille la mélancolie ou quelque autre maladie. Les signes de la présence du démon sont les suivants : parler une langue inconnue, en employant plusieurs mots de cette langue, ou comprendre quelqu’un qui la parle, découvrir ce qui se passe à distance ou est caché ; déployer des forces disproportionnées à l’âge ou à l’état naturel du sujet, et autres choses du même genre. Et quand ces signes s’accumulent, ils font une preuve plus forte ».
L’exorcisme, c’est la prière, et l’exhortation faite au Malin, au nom de l’Eglise, de quitter et de libérer sa victime. On en trouvera des exemples détaillés dans le livre de monseigneur Christiani Présence de Satan dans le monde moderne (éditions France Empire) et, dans une moindre mesure, dans le livre de Dunois Cassette dont nous parlons présentement.
Ce livre rapporte les témoignages, sur leurs expériences dans la France contemporaine, de neuf exorcistes, dont on découvre qu’ils sont loin de procéder aux mêmes analyses du phénomène. En simplifiant forcément, je distinguerai parmi eux deux courants, l’un « traditionnels », l’autre plus « moderniste ».
Les modernistes ont tendance à minimiser, voire à évacuer le « diabolisme », et à médicaliser, à « psychiatriser » le vécu pathétique de leurs patients. « Quand une personne ne se sent plus maître chez elle, ni de ses pensées, déclare par exemple le père G, ni de son comportement, elle se pense habitée par quelqu’un d’autre, par un démon qui agit à sa place, manipule ses gestes, ses paroles. Les progrès de la médecine nous ont aidé à comprendre le phénomène, à démystifier l’inexplicable et le diable par la même occasion ».
Frappent dans les propos du père G (pp : 231 à 239) une réelle générosité, une sensibilité extrême, peut être même, m’a t-il semblé une dangereuse fragilité affective. Il est aumônier d’hôpital psychiatrique, et il multiple les anecdotes : « Au cours d’une célébration, je parlais de la trinité. De l’amour de Dieu, présent dans nos cœurs… Une malade, au premier rang, les cheveux sur le visage, la démarche raide, s’approche de l’autel. Je lui tend la main. Elle me sourit, vient contre moi et pose la tête au creux de mon épaule. Et j’ai continué ainsi mon homélie, j’ai continué à parler de l’amour de Dieu, de l’amour des frères, avec cette femme, la tête posée contre ma joue, vêtue d’un méchant peignoir, le visage abîmé, défiguré par la maladie ».
Image touchante et belle dont on aurait tort de sourire, mais qui , confrontée au reste du témoignage du père G, me laisse le sentiment qu’il n’est pas taillé pour ce ministère là. Et qu’il confond aussi la maladie mentale et la possession, influencé qu’il est par certains médecins de son entourage et certaines modes intellectuelles.
« Le reproche, dit-il, que je fais à l’Eglise, c’est ce doute, cette méfiance qu’elle entretient à l’égard des sciences humaines ». Or ce reproche est en grande partie injustifié. Je possède un petit ouvrage édité dès 1938 (éditeur Beauschesne), par le père Joseph de Tonquèdec, éminent jésuite, exorciste du diocèse de Paris, et aumônier durant 20 ans de l’hôpital psychiatrique de Sainte Anne, ouvrage intitulé : Les maladies nerveuses ou mentales et les manifestations diaboliques, . Dans sa préface, l’auteur écrit : « En lisant la description qui précède, tout médecin psychiatre ou neurologue, toute personne tant soit peu au courant de la pathologie mentale pensera naturellement à des phénomènes morbides, à ce que l’on observe journellement dans les psychoses ou dans les névroses ? Entre le tableau de la possession et certains tableaux cliniques, les ressemblances sont frappantes. (…)Il importe aussi bien à la théologie, qu’à la médecine de ne pas confondre les deux aspects du phénomène. Ce serait une erreur de croire que l’Eglise ne s’en préoccupe pas et range aveuglément dans la catégorie des possessions ce qui est susceptible d’une explication médicale ».
Les 240 pages de l’ouvrage constituent un remarquable petit traité de psychopathologie à l’usage du clergé et des chrétiens cultivés. Il est dommage que le père G semble ignorer de tels travaux. Comme trop de prêtres « dans le vent », pour se faire accepter de gens qui les vomissent, ils dénigrent leur famille spirituelle et vouent un culte à des théories des sciences humaines qu’ils ignorent le plus souvent, et dont ils verraient bien dans le cas contraire que leurs principes trop souvent excluent a priori toute spiritualité.
Pour ne parler que de psychologie, à quel courant se réfère le père G. pour comprendre les phénomènes de possession dont il est censé être un spécialiste ? Au courant behavioriste et expérimentaliste ? Mais cette tendance réduit le comportement au couple stimulus-réponse et la psychologie est une simple réflexologie.
A la psychanalyse freudienne ? A cet égard un ouvrage de Peter Gay, professeur à Yale, qui vient d’être édité aux presses universitaires de France Un juif sans Dieu – Freud et la naissance de la psychanalyse pourrait l’éclairer. On peut lire dans la présentation de ce livre : « en un temps où une tendance à la religiosité – avec son corollaire, le fanatisme- se manifeste en divers points du globe et n’épargne point le mouvement psychanalytique, l’essai de Peter Gay apparaît nécessaire : c’est en tant qu’athée que Freud a pu développer la psychanalyse ; c’est à partir de cette position qu’il a écartée comme vaine toute tentative d trouver un point commun entre foi et incroyance ; c’est enfin parce qu’il était juif athée qu’il a pu faire ses découvertes ».
Dans son enquête, François Dunois Cassette rencontre d’autres prêtres exorcistes aux points de vue bien différents, dont beaucoup travaillent d’ailleurs avec des psychiatres ou des psychologues, et en équipe, mais sans perdre leur liberté de mouvement. Ce sera pour le lecteur l’occasion de découvrir des faits extraordinaires et effrayants que je ne peux qu’évoquer ici, telle cette maison de M. F. Claude « qui a brûlé de l’intérieur, sans flammes. Rien qu’un énorme dégagement de chaleur. Sans raison. La maison s’est consumée, ou plus exactement elle a fondu ». Phénomène attesté, parmi beaucoup d’autres, et comparable aux phénomènes paranormaux montrés dans le célèbre film « L’exorciste ». On pourra les découvrir en lisant l’ouvrage. Pour ma part, je préfère insister sur les succès, ( guérisons, délivrances) des exorcismes dans les cas de possessions avérés, et sur ces propos qui reviennent chez tous ces prêtres, par delà leurs divergences, comme un leitmotiv : « La première tâche du prêtre exorciste est de libérer les gens de la peur » (père C, page 159), ou encore « l’action du démon est habituellement liés au péché. Cependant, il existe d’autres causes particulièrement pernicieuses, favorisant l’infestation : les pratiques occultes, les dépendances aliénantes (drogue, alcool) , les dépravations sexuelles, la divination, l’ésotérisme, un certain athéisme militant et sectaire, les pactes sataniques, ainsi que la magie noire et la sorcellerie ». (Idem, page 143).
Le point de vue qui m’a paru le plus équilibré, le plus proche de ce que personnellement je crois ou espère, est celui du père Leneuf, exorciste du diocèse de Dijon. Pour lui, la religion n’est pas la magie. L’écoute est, sans doute, le besoin le plus urgent de notre temps. Faut-il personnaliser le démon ? Question difficile, impossible à résoudre en quelques pages, et peut-être à résoudre tout simplement. L’important est de rappeler que Jésus est le plus fort. Le démon est le plus souvent dans la banalité de la haine, de la jalousie, de la médiocrité quotidiennes. L’exorcisme pour les cas extrêmes, mais surtout exalter le désir de se battre pour développer le courage, l’espérance, la confiance, les vertus évangéliques, dans la prière notamment.
« On ne peut faire totalement abstraction des forces obscures qui travaillent le monde et l’homme. C’est très mystérieux, mais ces forces sont présentes. Certains veulent personnaliser le démon. C’est plus facile pour en parler, mais cela gène. Je préfère parler de forces. (….). Je ne crois en l’existence du diable que parce que sa présence est attestée dans l’Evangile. Jésus l’a rencontré… Quant à savoir s’il exerce aujourd’hui une présence quantifiable, mesurable, je ne sais pas. En fait, je n’exclus rien ».
Ce point de vue d’un homme de terrain me paraît judicieux et sain..

Edouard Boulogne.

  ( Si l'on en croit l'exorciste monseigneur Jean Christiani, dans son livre "Présence de Satan dans le monde moderne", chaque fois que triomphent la haine, l'envie, la jalousie, chaque fois que le sang coule à flots, que le meurtre s'institue comme la banalité d'un moyen politique ordinaire, Satan est là. Force est de reconnaître alors qu'il est bien présent partout, et sous les formes les plus subtiles, les plus paradoxales. Et, l'écrivant, je m'exprime en toute lucidité, l'esprit libre de toute représentation terre à terre, ou infantile, une prière, pourtant au bord des lèvres.
La photographie ci-contre a été prise en avril 2006 lors d'une visite au Mémorial des morts de Verdun, sur les lieux même de la terrible bataille qui dura toute l'année 1916 et fit des centaines de milliers de morts, autant de blessés, du corps et de l'âme. En ce lieu aujourd'hui si calme, où flannent les touristes, des millions de tout jeunes gens, Français et Allemands, s'affrontèrent sans merci, dans la boue puante des tranchées, dans le sang, dans les larmes, dans la puanteur des cadavres des copains en décomposition, dans le vrombrissement des mouches. Oui, Satan était là!).

Pour approfondir.

* Gérard Messadié : Histoire générale du diable. (Robert Lafont).

* André Frossard : Les 36 preuves de l’existence du diable. (Albin Michel et Le livre de poche).

* François Dunois Cassette : Les prêtres exorcistes. (Robert Laffont).

* Joseph de Tonquèdec : Les manifestations nerveuses ou mentales et les manifestations diaboliques. (Beauschène).

* Monseigneur Cristiani : Présence de Satan dans le monde moderne. ( Editions France Empire ).


 

Une leçon de catéchisme par Lucifer lui-même.
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Ch Etzol 20/05/2014 07:21

Pater noster qui es in coelis...
Sed libera nos a malo