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Publié par Edouard Boulogne

Au ministère des champs, de la nature et des petits oiseaux, une lettre a été déposée à l'intention du ministre, par une femme voilée, qui n'a pas dit son nom et qu'on n'a pas revu. 

Cette dame, dont le courrier, par une indiscrétion, est tombé entre les mains du Scrutateur, est une marquise, cela au moins est certain. Comme est certain aussi qu'elle appartient à la cour, ou, si vous préférez, au sérail. Cela découle de l'extrême cruauté de l'épître, car la cour, - relisons La Bruyère -, est un des milieux les plus redoutables, où les crotales, les aspics, et surtout les crocodiles, grouillent bien plus dangereusement que dans les marigots les plus réputés de la vieille Afrique. 

Les amateurs de batailles feutrées entre gens qui "s'aiment" attendront avec impatience la riposte de la belle Ségo. Car elle répondra, c'est certain.

Un indice de ses intentions? 

La même indiscrétion que j'indiquais tout à l'heure, m'affirme que le ministre des fleurs a demandé à ses conseillers, de lui procurer un exemplaire du Misanthrope de Molière. A cause sans aucun doute de la passe-d'arme entre Célimène et Arsinoë, qu'elle considère comme un modèle de vacherie entre membre de l'ancien sexe faible, où le rôle de Célimène lui conviendrait mieux que tout autre. 

Attendons la suite, et pour l'heure attribuons les premiers points. 

LS. 

 

 

Paris, le 3 avril, 
 
Madame, 

 Vous voici donc presque reine de France ! Rayonnante de votre beauté académique, (après chirurgie esthétique et soins onéreux) vous avancez, distribuant vos éclatants sourires comme autant d'aumônes, prête à guérir les écrouelles, à soulager les scrofuleux. Votre retour en grâce est un triomphe ! Vous dégustez, savourez sans barguigner cette éclatante revanche. Vous interdisez les décolletés, vous obligez qu’on se lève à votre passage, lorsque vous déjeunez il est interdit de faire du bruit etc. dans votre ministère. 

 Un temps, fort long selon votre goût, car la Cour vous a proscrite, reléguée,  bannie, pestiférée. Elle s'est moquée, gaussée de la litanie de vos malheurs. Stoïque, vous n'en avez rien laissé paraître, Madame, vous montrant fort aimable sans jamais grincer sur le sort qui vous était réservé, insensible que vous fûtes aux vilénies que l'ancienne favorite du roi s'employa à ourdir à des fins de causer votre perte. Quant vint le temps de sa disgrâce, vous vous tîntes coite : mais votre cœur s'emballa à l'idée de connaître la fin d'un pesant exil.

L'avenir, radieux, vous sourit à nouveau : le roi vous a adoubée en faisant de vous sa ministre des Fleurs des champs et des Petits oiseaux, une charge que les Pastoureaux de  la Mère Duflot  ont dédaigneusement rejetée. 
 
 A vous donc, Madame, gloire et beauté : vous voici à présent ointe des huiles les plus raffinées, des onguents les plus rares, ceux qui vous confèrent ce teint éclatant adorné de ce ravissant chignon qui sied à ravir. 
 
 Vous ne manquerez pas de poser aux côtés du roi .... Quel couple de vitrail ! Lui, précédé de sa petite bedaine d'oyer-rôtisseur, toujours aussi boudin de figure, hésitant, tremblotant dans ses surtouts si tristement et maladroitement coupés. Vous, Madame, lumineuse telle une madone de transept, nimbée de votre gloire de Niquée. 
 
 Mais vous avez trop souffert, Madame, pour ignorer que ce délicieux madrigal dissimule une réalité où le noir le dispute âprement au rose. 

 Souffrez donc, Madame, qu'une marquise un peu décatie, rafraîchisse votre esprit de quelques vérités que vous serez si prompte à oublier tant votre audace et vos emportements viennent à troubler votre vue. 
 
 Ce retour à la Cour est une comédie bouffe ! Les gazetiers étrangers ont ainsi trempé leurs plumes dans une encre d'une âcreté sans égale pour se gausser, jaboter, ironiser sur l'étrangeté de votre élévation. Après avoir chassé du Château son encombrante et rétive favorite d'alors, le roi s'est donc pris de faire revenir près de lui la mère de ses enfants qu'il avait répudiée pour s'enfuir dans le lit d'une audacieuse courtisane dépourvue de scrupules. Ces mêmes gazetiers, ha!!! les impudents que voici ! ne craignent pas un instant écrire qu'une telle pièce de boulevard n'aurait jamais été donnée pour cause de ridicule et de bouffonnerie. 
 
 Mais le Flou a tant de choses à se faire pardonner : il n'a, pas un moment, songé au caractère fantasque, saugrenu, inédit et pour tout dire, désinvolte de sa décision. Car il s'agit bien de sa décision, et non celle du comte Valls, son nouveau Grand chambellan, qui ne vous souffre guère. A l'instar du comte Fabius de Pomponné qui vous moqua cruellement quand vous briguâtes la couronne de France.

Sachant la tradition des sans culottes de s'entre-dévorer même et surtout en place publique, voici qui nous promet de belles heures, même si, à présent, personne ne se prend de moufter : pardonnez, Madame, la trivialité de mon propos. 
 
 Le roi et son Grand chambellan n'auront guère le loisir de connaître la sérénité qui commande l'exercice du pouvoir. Vous êtes, Madame, impétueuse, parfois irréfléchie ; vous êtes rebelle à toute forme d'autorité et personne ne peut se targuer d'avoir un jour réussi à vous faire entendre raison. Si la comparaison n'était pas si peu flatteuse, l'on vous verrait telle une vachette landaise, grattant le sol avec frénésie, prête à encorner le premier des culs qui s'offre. 
 
 C'est bien là l'un des nombreux cauchemars qui troublera bientôt le sommeil du comte de Catalogne. Le voici qui va devoir encore toréer sans fin pour apaiser les conflits qui ne manqueront pas d'éclater entre le duc de Montebourg et Monsieur de Monbeausapin désormais cousus aux finances, tels deux chats entiers jetés dans un sac de jute. 
 
 Ce portrait d'une famille un temps décomposée puis recomposée sous les plus sombres augures serait incomplet si l'on ne faisait ici état de la bouderie de la duchesse de Flandre qui, si elle en avait l'heur, vous ferait servir, Madame, le plus expéditif des bouillons de onze heures. L'on l'imagine à grogner, pester, ronchonner, clouer ses ennemis au pilori. Ha!!!! Le roi n'est pas son cousin. Vous n'êtes pas non plus sa cousine, Madame. 
 
 Sur ordre du roi, à n'en point douter, vous avez du renoncer à votre duché du Poitou ! Au fond, peu vous chaut. L'affaire semblait perdue. Vous êtes à présent ministre et tout laisse à croire que vous ne ferez pas longtemps votre content de la charge qui vous échoit. Votre charmant sourire trahit votre nature carnassière ... C'est votre seul point commun avec le comte Valls. 
 
 Si fait, Madame, une dernière question : qui de vous-même ou du Grand chambellan se fera servir la tête du roi ? Puisque nous vivons des temps assez irréels, imaginons qu'il vous vienne à l'esprit de réserver au roi le sort du tsar Pierre III ? Convaincue de son incapacité à régner, la tsarine Catherine, la grande Catherine, le fit égorger et monta alors sur le trône de l'empire russe. Vint alors un règne que Madame de Staël qualifia de "despotisme tempéré par strangulation."

Misanthrope Acte III, Scène IV : 
 
 

Le Misanthrope

 

Scène IV

ARSINOÉ, CÉLIMÈNE.

CÉLIMÈNE

Ah! quel heureux sort en ce lieu vous amène?
Madame, sans mentir, j'étais de vous en peine.

ARSINOÉ

Je viens pour quelque avis que j'ai cru vous devoir.

CÉLIMÈNE

Ah, mon Dieu! que je suis contente de vous voir!

ARSINOÉ

Leur départ ne pouvait plus à propos se faire.

CÉLIMÈNE

Voulons-nous nous asseoir?

ARSINOÉ

Il n'est pas nécessaire,
Madame. L'amitié doit surtout éclater
Aux choses qui le plus nous peuvent importer;
Et comme il n'en est point de plus grande importance
Que celles de l'honneur et de la bienséance,
Je viens, par un avis qui touche votre honneur,
Témoigner l'amitié que pour vous a mon cœur.
Hier j'étais chez des gens de vertu singulière,
Où sur vous du discours on tourna la matière;
Et là, votre conduite, avec ses grands éclats,
Madame, eut le malheur qu'on ne la loua pas.
Cette foule de gens dont vous souffrez visite,
Votre galanterie, et les bruits qu'elle excite
Trouvèrent des censeurs plus qu'il n'aurait fallu,
Et bien plus rigoureux que je n'eusse voulu.
Vous pouvez bien penser quel parti je sus prendre:
Je fis ce que je pus pour vous pouvoir défendre,
Je vous excusai fort sur votre intention,
Et voulus de votre âme être la caution.
Mais vous savez qu'il est des choses dans la vie
Qu'on ne peut excuser, quoiqu'on en ait envie;
Et je me vis contrainte à demeurer d'accord
Que l'air dont vous vivez vous faisait un peu tort,
Qu'il prenait dans le monde une méchante face,
Qu'il n'est conte fâcheux que partout on n'en fasse,
Et que, si vous vouliez, tous vos déportements
Pourraient moins donner prise aux mauvais jugements.
Non que j'y croie, au fond, l'honnêteté blessée:
Me préserve le Ciel d'en avoir la pensée!
Mais aux ombres du crime on prête aisément foi,
Et ce n'est pas assez de bien vivre pour soi.
Madame, je vous crois l'âme trop raisonnable,
Pour ne pas prendre bien cet avis profitable,
Et pour l'attribuer qu'aux mouvements secrets
D'un zèle qui m'attache à tous vos intérêts.

CÉLIMÈNE

Madame, j'ai beaucoup de grâces à vous rendre:
Un tel avis m'oblige, et loin de le mal prendre,
J'en prétends reconnaître, à l'instant, la faveur,
Par un avis aussi qui touche votre honneur;
Et comme je vous vois vous montrer mon amie
En m'apprenant les bruits que de moi l'on publie,
Je veux suivre, à mon tour, un exemple si doux,
En vous avertissant de ce qu'on dit de vous.
En un lieu, l'autre jour, où je faisais visite,
Je trouvai quelques gens d'un très rare mérite,
Qui, parlant des vrais soins d'une âme qui vit bien,
Firent tomber sur vous, Madame, l'entretien.
Là, votre pruderie et vos éclats de zèle
Ne furent pas cités comme un fort bon modèle:
Cette affectation d'un grave extérieur,
Vos discours éternels de sagesse et d'honneur,
Vos mines et vos cris aux ombres d'indécence
Que d'un mot ambigu peut avoir l'innocence,
Cette hauteur d'estime où vous êtes de vous,
Et ces yeux de pitié que vous jetez sur tous,
Vos fréquentes leçons, et vos aigres censures
Sur des choses qui sont innocentes et pures,
Tout cela, si je puis vous parler franchement,
Madame, fut blâmé d'un commun sentiment.
À quoi bon, disaient-ils, cette mine modeste,
Et ce sage dehors que dément tout le reste?
Elle est à bien prier exacte au dernier point;
Mais elle bat ses gens, et ne les paye point.
Dans tous les lieux dévots elle étale un grand zèle;
Mais elle met du blanc et veut paraître belle.
Elle fait des tableaux couvrir les nudités;
Mais elle a de l'amour pour les réalités.
Pour moi, contre chacun je pris votre défense,
Et leur assurai fort que c'était médisance;
Mais tous les sentiments combattirent le mien;
Et leur conclusion fut que vous feriez bien
De prendre moins de soin des actions des autres,
Et de vous mettre un peu plus en peine des vôtres;
Qu'on doit se regarder soi-même un fort long temps,
Avant que de songer à condamner les gens;
Qu'il faut mettre le poids d'une vie exemplaire
Dans les corrections qu'aux autres on veut faire;
Et qu'encor vaut-il mieux s'en remettre, au besoin,
À ceux à qui le Ciel en a commis le soin.
Madame, je vous crois aussi trop raisonnable,
Pour ne pas prendre bien cet avis profitable,
Et pour l'attribuer qu'aux mouvements secrets
D'un zèle qui m'attache à tous vos intérêts.

ARSINOÉ

À quoi qu'en reprenant on soit assujettie,
Je ne m'attendais pas à cette repartie,
Madame, et je vois bien, par ce qu'elle a d'aigreur,
Que mon sincère avis vous a blessée au cœur.

CÉLIMÈNE

Au contraire, Madame; et si l'on était sage,
Ces avis mutuels seraient mis en usage:
On détruirait par là, traitant de bonne foi,
Ce grand aveuglement où chacun est pour soi.
Il ne tiendra qu'à vous qu'avec le même zèle
Nous ne continuions cet office fidèle,
Et ne prenions grand soin de nous dire, entre nous,
Ce que nous entendrons, vous de moi, moi de vous.

ARSINOÉ

Ah! Madame, de vous je ne puis rien entendre:
C'est en moi que l'on peut trouver fort à reprendre.

CÉLIMÈNE

Madame, on peut, je crois, louer et blâmer tout,
Et chacun a raison suivant l'âge ou le goût.
Il est une saison pour la galanterie;
Il en est une aussi propre à la pruderie.
On peut, par politique, en prendre le parti,
Quand de nos jeunes ans l'éclat est amorti:
Cela sert à couvrir de fâcheuses disgrâces.
Je ne dis pas qu'un jour je ne suive vos traces:
L'âge amènera tout, et ce n'est pas le temps,
Madame, comme on sait, d'être prude à vingt ans.

ARSINOÉ

Certes, vous vous targuez d'un bien faible avantage,
Et vous faites sonner terriblement votre âge.
Ce que de plus que vous on en pourrait avoir
N'est pas un si grand cas pour s'en tant prévaloir;
Et je ne sais pourquoi votre âme ainsi s'emporte,
Madame, à me pousser de cette étrange sorte.

CÉLIMÈNE

Et moi, je ne sais pas, Madame, aussi pourquoi
On vous voit, en tous lieux, vous déchaîner sur moi.
Faut-il de vos chagrins, sans cesse, à moi vous prendre?
Et puis-je mais des soins qu'on ne va pas vous rendre?
Si ma personne aux gens inspire de l'amour,
Et si l'on continue à m'offrir chaque jour
Des vœux que votre cœur peut souhaiter qu'on m'ôte,
Je n'y saurais que faire, et ce n'est pas ma faute:
Vous avez le champ libre, et je n'empêche pas
Que pour les attirer vous n'ayez des appas.

ARSINOÉ

Hélas! et croyez-vous que l'on se mette en peine
De ce nombre d'amants dont vous faites la vaine,
Et qu'il ne nous soit pas fort aisé de juger
À quel prix aujourd'hui l'on peut les engager?
Pensez-vous faire croire, à voir comme tout roule,
Que votre seul mérite attire cette foule?
Qu'ils ne brûlent pour vous que d'un honnête amour,
Et que pour vos vertus ils vous font tous la cour?
On ne s'aveugle point par de vaines défaites,
Le monde n'est point dupe; et j'en vois qui sont faites
À pouvoir inspirer de tendres sentiments,
Qui chez elles pourtant ne fixent point d'amants;
Et de là nous pouvons tirer des conséquences,
Qu'on n'acquiert point leurs cours sans de grandes avances,
Qu'aucun pour nos beaux yeux n'est notre soupirant,
Et qu'il faut acheter tous les soins qu'on nous rend.
Ne vous enflez donc point d'une si grande gloire
Pour les petits brillants d'une faible victoire;
Et corrigez un peu l'orgueil de vos appas,
De traiter pour cela les gens de haut en bas.
Si nos yeux enviaient les conquêtes des vôtres,
Je pense qu'on pourrait faire comme les autres,
Ne se point ménager, et vous faire bien voir
Que l'on a des amants quand on en veut avoir.

CÉLIMÈNE

Ayez-en donc, Madame, et voyons cette affaire:
Par ce rare secret efforcez-vous de plaire;
Et sans...

ARSINOÉ

Brisons, Madame, un pareil entretien:
Il pousserait trop loin votre esprit et le mien;
Et j'aurais pris déjà le congé qu'il faut prendre,
Si mon carrosse encor ne m'obligeait d'attendre.

CÉLIMÈNE

Autant qu'il vous plaira vous pouvez arrêter,
Madame, et là-dessus rien ne doit vous hâter;
Mais, sans vous fatiguer de ma cérémonie,
Je m'en vais vous donner meilleure compagnie;
Et Monsieur, qu'à propos le hasard fait venir,
Remplira mieux ma place à vous entretenir.
Alceste, il faut que j'aille écrire un mot de lettre,
Que, sans me faire tort, je ne saurais remettre.
Soyez avec Madame: elle aura la bonté
D'excuser aisément mon incivilité.

 
 

Le Misanthrope

 

Scène IV

ARSINOÉ, CÉLIMÈNE.

CÉLIMÈNE

Ah! quel heureux sort en ce lieu vous amène?
Madame, sans mentir, j'étais de vous en peine.

ARSINOÉ

Je viens pour quelque avis que j'ai cru vous devoir.

CÉLIMÈNE

Ah, mon Dieu! que je suis contente de vous voir!

ARSINOÉ

Leur départ ne pouvait plus à propos se faire.

CÉLIMÈNE

Voulons-nous nous asseoir?

ARSINOÉ

Il n'est pas nécessaire,
Madame. L'amitié doit surtout éclater
Aux choses qui le plus nous peuvent importer;
Et comme il n'en est point de plus grande importance
Que celles de l'honneur et de la bienséance,
Je viens, par un avis qui touche votre honneur,
Témoigner l'amitié que pour vous a mon cœur.
Hier j'étais chez des gens de vertu singulière,
Où sur vous du discours on tourna la matière;
Et là, votre conduite, avec ses grands éclats,
Madame, eut le malheur qu'on ne la loua pas.
Cette foule de gens dont vous souffrez visite,
Votre galanterie, et les bruits qu'elle excite
Trouvèrent des censeurs plus qu'il n'aurait fallu,
Et bien plus rigoureux que je n'eusse voulu.
Vous pouvez bien penser quel parti je sus prendre:
Je fis ce que je pus pour vous pouvoir défendre,
Je vous excusai fort sur votre intention,
Et voulus de votre âme être la caution.
Mais vous savez qu'il est des choses dans la vie
Qu'on ne peut excuser, quoiqu'on en ait envie;
Et je me vis contrainte à demeurer d'accord
Que l'air dont vous vivez vous faisait un peu tort,
Qu'il prenait dans le monde une méchante face,
Qu'il n'est conte fâcheux que partout on n'en fasse,
Et que, si vous vouliez, tous vos déportements
Pourraient moins donner prise aux mauvais jugements.
Non que j'y croie, au fond, l'honnêteté blessée:
Me préserve le Ciel d'en avoir la pensée!
Mais aux ombres du crime on prête aisément foi,
Et ce n'est pas assez de bien vivre pour soi.
Madame, je vous crois l'âme trop raisonnable,
Pour ne pas prendre bien cet avis profitable,
Et pour l'attribuer qu'aux mouvements secrets
D'un zèle qui m'attache à tous vos intérêts.

CÉLIMÈNE

Madame, j'ai beaucoup de grâces à vous rendre:
Un tel avis m'oblige, et loin de le mal prendre,
J'en prétends reconnaître, à l'instant, la faveur,
Par un avis aussi qui touche votre honneur;
Et comme je vous vois vous montrer mon amie
En m'apprenant les bruits que de moi l'on publie,
Je veux suivre, à mon tour, un exemple si doux,
En vous avertissant de ce qu'on dit de vous.
En un lieu, l'autre jour, où je faisais visite,
Je trouvai quelques gens d'un très rare mérite,
Qui, parlant des vrais soins d'une âme qui vit bien,
Firent tomber sur vous, Madame, l'entretien.
Là, votre pruderie et vos éclats de zèle
Ne furent pas cités comme un fort bon modèle:
Cette affectation d'un grave extérieur,
Vos discours éternels de sagesse et d'honneur,
Vos mines et vos cris aux ombres d'indécence
Que d'un mot ambigu peut avoir l'innocence,
Cette hauteur d'estime où vous êtes de vous,
Et ces yeux de pitié que vous jetez sur tous,
Vos fréquentes leçons, et vos aigres censures
Sur des choses qui sont innocentes et pures,
Tout cela, si je puis vous parler franchement,
Madame, fut blâmé d'un commun sentiment.
À quoi bon, disaient-ils, cette mine modeste,
Et ce sage dehors que dément tout le reste?
Elle est à bien prier exacte au dernier point;
Mais elle bat ses gens, et ne les paye point.
Dans tous les lieux dévots elle étale un grand zèle;
Mais elle met du blanc et veut paraître belle.
Elle fait des tableaux couvrir les nudités;
Mais elle a de l'amour pour les réalités.
Pour moi, contre chacun je pris votre défense,
Et leur assurai fort que c'était médisance;
Mais tous les sentiments combattirent le mien;
Et leur conclusion fut que vous feriez bien
De prendre moins de soin des actions des autres,
Et de vous mettre un peu plus en peine des vôtres;
Qu'on doit se regarder soi-même un fort long temps,
Avant que de songer à condamner les gens;
Qu'il faut mettre le poids d'une vie exemplaire
Dans les corrections qu'aux autres on veut faire;
Et qu'encor vaut-il mieux s'en remettre, au besoin,
À ceux à qui le Ciel en a commis le soin.
Madame, je vous crois aussi trop raisonnable,
Pour ne pas prendre bien cet avis profitable,
Et pour l'attribuer qu'aux mouvements secrets
D'un zèle qui m'attache à tous vos intérêts.

ARSINOÉ

À quoi qu'en reprenant on soit assujettie,
Je ne m'attendais pas à cette repartie,
Madame, et je vois bien, par ce qu'elle a d'aigreur,
Que mon sincère avis vous a blessée au cœur.

CÉLIMÈNE

Au contraire, Madame; et si l'on était sage,
Ces avis mutuels seraient mis en usage:
On détruirait par là, traitant de bonne foi,
Ce grand aveuglement où chacun est pour soi.
Il ne tiendra qu'à vous qu'avec le même zèle
Nous ne continuions cet office fidèle,
Et ne prenions grand soin de nous dire, entre nous,
Ce que nous entendrons, vous de moi, moi de vous.

ARSINOÉ

Ah! Madame, de vous je ne puis rien entendre:
C'est en moi que l'on peut trouver fort à reprendre.

CÉLIMÈNE

Madame, on peut, je crois, louer et blâmer tout,
Et chacun a raison suivant l'âge ou le goût.
Il est une saison pour la galanterie;
Il en est une aussi propre à la pruderie.
On peut, par politique, en prendre le parti,
Quand de nos jeunes ans l'éclat est amorti:
Cela sert à couvrir de fâcheuses disgrâces.
Je ne dis pas qu'un jour je ne suive vos traces:
L'âge amènera tout, et ce n'est pas le temps,
Madame, comme on sait, d'être prude à vingt ans.

ARSINOÉ

Certes, vous vous targuez d'un bien faible avantage,
Et vous faites sonner terriblement votre âge.
Ce que de plus que vous on en pourrait avoir
N'est pas un si grand cas pour s'en tant prévaloir;
Et je ne sais pourquoi votre âme ainsi s'emporte,
Madame, à me pousser de cette étrange sorte.

CÉLIMÈNE

Et moi, je ne sais pas, Madame, aussi pourquoi
On vous voit, en tous lieux, vous déchaîner sur moi.
Faut-il de vos chagrins, sans cesse, à moi vous prendre?
Et puis-je mais des soins qu'on ne va pas vous rendre?
Si ma personne aux gens inspire de l'amour,
Et si l'on continue à m'offrir chaque jour
Des vœux que votre cœur peut souhaiter qu'on m'ôte,
Je n'y saurais que faire, et ce n'est pas ma faute:
Vous avez le champ libre, et je n'empêche pas
Que pour les attirer vous n'ayez des appas.

ARSINOÉ

Hélas! et croyez-vous que l'on se mette en peine
De ce nombre d'amants dont vous faites la vaine,
Et qu'il ne nous soit pas fort aisé de juger
À quel prix aujourd'hui l'on peut les engager?
Pensez-vous faire croire, à voir comme tout roule,
Que votre seul mérite attire cette foule?
Qu'ils ne brûlent pour vous que d'un honnête amour,
Et que pour vos vertus ils vous font tous la cour?
On ne s'aveugle point par de vaines défaites,
Le monde n'est point dupe; et j'en vois qui sont faites
À pouvoir inspirer de tendres sentiments,
Qui chez elles pourtant ne fixent point d'amants;
Et de là nous pouvons tirer des conséquences,
Qu'on n'acquiert point leurs cours sans de grandes avances,
Qu'aucun pour nos beaux yeux n'est notre soupirant,
Et qu'il faut acheter tous les soins qu'on nous rend.
Ne vous enflez donc point d'une si grande gloire
Pour les petits brillants d'une faible victoire;
Et corrigez un peu l'orgueil de vos appas,
De traiter pour cela les gens de haut en bas.
Si nos yeux enviaient les conquêtes des vôtres,
Je pense qu'on pourrait faire comme les autres,
Ne se point ménager, et vous faire bien voir
Que l'on a des amants quand on en veut avoir.

CÉLIMÈNE

Ayez-en donc, Madame, et voyons cette affaire:
Par ce rare secret efforcez-vous de plaire;
Et sans...

ARSINOÉ

Brisons, Madame, un pareil entretien:
Il pousserait trop loin votre esprit et le mien;
Et j'aurais pris déjà le congé qu'il faut prendre,
Si mon carrosse encor ne m'obligeait d'attendre.

CÉLIMÈNE

Autant qu'il vous plaira vous pouvez arrêter,
Madame, et là-dessus rien ne doit vous hâter;
Mais, sans vous fatiguer de ma cérémonie,
Je m'en vais vous donner meilleure compagnie;
Et Monsieur, qu'à propos le hasard fait venir,
Remplira mieux ma place à vous entretenir.
Alceste, il faut que j'aille écrire un mot de lettre,
Que, sans me faire tort, je ne saurais remettre.
Soyez avec Madame: elle aura la bonté
D'excuser aisément mon incivilité.

 
( 1 ) Ségolène au moment où l'on prononce devant elle, un nom qu'il ne fallait pas. ( 2 ) Une spécialiste   en recyclitude." 3 ) Membre important de la Cour. ( ( 4 ) Le comte Valls et le sire de Monbeausapin. Voyez comme ils s'aiment!
( 1 ) Ségolène au moment où l'on prononce devant elle, un nom qu'il ne fallait pas. ( 2 ) Une spécialiste   en recyclitude." 3 ) Membre important de la Cour. ( ( 4 ) Le comte Valls et le sire de Monbeausapin. Voyez comme ils s'aiment!
( 1 ) Ségolène au moment où l'on prononce devant elle, un nom qu'il ne fallait pas. ( 2 ) Une spécialiste   en recyclitude." 3 ) Membre important de la Cour. ( ( 4 ) Le comte Valls et le sire de Monbeausapin. Voyez comme ils s'aiment!
( 1 ) Ségolène au moment où l'on prononce devant elle, un nom qu'il ne fallait pas. ( 2 ) Une spécialiste   en recyclitude." 3 ) Membre important de la Cour. ( ( 4 ) Le comte Valls et le sire de Monbeausapin. Voyez comme ils s'aiment!

( 1 ) Ségolène au moment où l'on prononce devant elle, un nom qu'il ne fallait pas. ( 2 ) Une spécialiste en recyclitude." 3 ) Membre important de la Cour. ( ( 4 ) Le comte Valls et le sire de Monbeausapin. Voyez comme ils s'aiment!

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Ch.Etzol 31/05/2014 22:30

Etrange n'est-ce-pas , qu'un même mot, galanterie, n'évoque pas la même chose selon qu'elle est ... masculine ou féminine. Ah, subtilités de la langue française et parité !!!