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Publié par Edouard Boulogne

Dans une chronique jubilatoire face au ministre, l’ancienn prof de physique devenu comédienne met le système à plat !

 

http://www.soseducation.org/_sites_annexes/blog/nicole-ferroni-benoit-hamon/?utm_source=20140513_news04&utm_medium=lien_simple&utm_campaign=newsletter&IdTis=XTC-FZHX-AFPWHW-FF-GOVCV-IV4

 

« Vous savez Monsieur Hamon, je ne vais pas vous le cacher, vous étiez mon fantasme il y a quelques années !

Moi, il y a quelques années, je rêvais que ça fasse comme ça à ma porte :
-toc toc toc- « Madame Feronni bonjour, je suis le nouveau ministre de l’Éducation nationale, est-ce que ça vous dérange si je prends vos troisièmes 1 en cours à votre place pendant 1h ? »

Je rêvais de ça ! D’un ministre qui vienne comme ça, voir ce que c’était vraiment qu’être enseignant. Parce que, comme l’a dit Monsieur Cohen, oui, j’ai été effectivement enseignante. Donc je faisais partie de ces planqués-là, qui font trois mois de vacances et neuf mois grève.

Et c’est vrai que j’étais plutôt bien planquée puisque j’étais au fond du trou. On le dit souvent ça, faire son trou dans la boîte, moi, je m’étais enterrée vivante ! Et là où j’ai eu beaucoup de chance, c’est que dans mon terrier, tout de suite, très vite, ça sentait très fort le roussi, vous savez cette espèce d’odeur de soufre, de souffrance parce qu’on m’avait affecté dès la première année en Zone Ambition Réussite.

Alors zone ambition réussite, ça n’existe plus, c’était la ZAR. C’est comme le gratin de la ZEP. C’est ZEP, mais c’est aussi ZS, ZV (Zone Sensible, Zone Violente). Et comme après ils n’ont pas quand même osé rajouter ZA (Zone Apocalyptique) ou ZB( Zone qui Brûle), maintenant ça s’appelle Établissement Éclair. Éclair comme la durée de vie d’un enseignant là-bas.

Donc suite à cette première mutation, j’ai ensuite eu le droit à ma première affectation. J’avais demandé la Guadeloupe, on m’a donné l’Essonne. Ensuite, j’ai eu une suppression de poste, et là vraiment, c’est devenu irrespirable. Du coup, j’ai fait comme le renard, dont on enfume le terrier, j’ai fui. Vous voyez, j’ai posé ma lettre de démission et je suis partie. Et puis une fois que j’étais hors du brasier, j’ai regardé l’incendie et je me suis dit : « mais c’est un petit peu normal quand même si ça brûle, y a plein de courts-circuits. »

Court-circuit, programme de physique actuel de 5e. Donc c’est quand, dans un circuit électrique, vous avez un contact comme ça, entre deux points de potentiels finalement très différents, par un conducteur de faible résistance. Et là, du coup ça pète !

Alors le conducteur de faible résistance, c’est qui ? Bha, c’est le prof, parce qu’il conduit les classes, parce qu’il a du mal à résister.

Pourquoi il pète les plombs ? Parce qu’on lui demande effectivement de faire le lien entre deux mondes très différents. Entre l’image de branleur qui se traîne, la lutte qu’il a. Entre les concepts qu’on construit pour l’école, la réalité de terrain. Entre l’urgence de la situation et les réponses absurdes.

Je donnais un exemple à Mr Peillon la dernière fois : « Voilà, moi dans ma classe, j’avais un tiers d’élèves qui ne parlaient pas français, à qui on me demandait d’enseigner : les chromosomes sont le support du programme génétique. D’autres qui me demandaient, pourquoi la fille ne tombe pas enceinte quand ils sont cinq ? Et pendant ce temps-là, la priorité du rectorat, c’était de savoir où c’est qu’on met les tableaux blancs interactifs pour l’éveil aux nouvelles technologies ».

On peut se dire « Oui, c’était il y a cinq ans ! ». Donc moi, pour cette chronique, j’ai fait quand même l’effort de demander à mes collègues, enfin, à mes anciens collègues : en ce moment comment ça va ?

Alors Anthony, me dit « Bha oui », que son lycée est une fabrique d’élèves pitoyables de première S. Plutôt que de faire des bons BAC Pro. Peut-être parce que 35 élèves en seconde générale ça coûte plus que 5 en ébénisterie. Ou parce que c’est plus beau de dire : « Jessica est en terminale S » plutôt de dire qu’elle était en BEP. Parce qu’en France, c’est comme ça : on devient avocat, mais on finit plombier.

Au collège, Rémi me dit qu’un élève de sixième sur deux ne sait pas écrire, mais il ne comprend pas du coup pourquoi on réforme le périscolaire en primaire, plutôt que de réformer le scolaire.

Alors ma copine Julie qui est instit, me dit : « Ben moi j’aimerais bien faire plus de lecture. Mais tu comprends, faut déjà que j’apprenne à l’AVS à poser une addition ! » Alors l’expliquer aux élèves …

Bref, il y a le feu à tous les étages. Alors tout le monde hurle : « Monsieur le ministre, y a le feu ! ». Et puis nous, on voit les ministres qui se succèdent et qui font : « Ha mais c’est vrai ça dites donc, ça noirçit la façade ! Ho, je vais aller racheter du crépi ».

Donc pour que vous vous posiez du coup les bonnes questions, à savoir où sont passés les tuyaux, les lances, la grande échelle, je vous ai fait une copie des mails que m’ont envoyés, et qui ont eu la gentillesse de m’écrire tous mes anciens collègues, dans lesquels ils vous expliquent la vraie vie des enseignants. Et faute d’avoir traité les problèmes en amont, j’espère qu’on les fera traiter par Hamon et pour ceux qui sont encore dans le naufrage, bon courage ! »

 

Jubilons un moment, quand Nicole Ferroni se paie le petit Hamon ( « ministre de l'éducation » ( sic ).
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