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Publié par Edouard Boulogne

Haïti, la première nation noire comme on dit souvent, est depuis son indépendance en 1804, en état de disette, de misère, et de faillite permanente.

Ah! si Bonaparte avait su s'entendre avec Toussaint Louverture (ou l'inverse ), peut-être Haïti serait-elle aujourd'hui, une riche région française de la Caraïbe, regroupant 3 ou 4 départements, possédant son UGTH ( cousine germaine de l'IGTG gwadloupenne ) et l'on entendrait l'Haïtien moyen y aller envers l'UGTH de son Tchiiiip cabochard. Si....?

Mais avec de « si », n'est-ce pas!

D'où vient le malheur d'Haïti? Il convient de constater qu'il est contemporain de la lutte menée contre la métropole, dès le début des années 1781, par les dirigeants noirs, y compris Toussaint Louverture.

Même madame Catherine Eve Roupert, dans sa récente Histoire d'Haïti ( qui est pourtant bien davantage un hymne amoureux, et fort partial en l'honneur de la première république noire, qu'un livre d'historien, selon les canons du genre ), en convient.

Quand, de Paris, où, 1er Consul, aux prises avec les difficultés énormes, intérieures et extérieures, engendrées par la Révolution, Bonaparte entreprend de reprendre en mains, par personnes interposées,  la grande île, perle des Caraïbes, il se heurte à Toussaint qui agit et intrigue en sens inverse.

Catherine Eve Roupert est bien obligée d'écrire :

« Le moment de l'affrontement est proche. Louverture réagit en mettant l'île sur le pied de guerre. Il rompt ses fiançailles de circonstance avec les colons métropolitains qu'il avait fait revenir, afin de se dissocier, dans l'esprit de son peuple, des Blancs dont il n'a plus rien à attendre dans un face-à-face avec la France. Puis il tente de se rapprocher des hommes de couleur. Mais peu accourent à son appel. Il continue pourtant à aller de l'avant et détermine une stratégie pour résister à l'envahisseur. L'ordre qu'il donne est sans appel : il faut brûler systématiquement les villes incapables de se défendre, pour priver l'ennemi de ressources. Puis il sillonne le pays, ordonnant à ses lieutenants de massacrer les Blancs et d'exciter les gens de couleur à s'armer en sa faveur si les Français venaient à attaquer. Enfin, dans les derniers jours de 1801, il proclame la mobilisation générale. Mais il est déjà trop tard. Pendant l'année qui vient de s'écouler, alors qu'il organisait Saint-Domingue et tentait de développer ses ressources et sa production, il a négligé de confier aux Nègres la responsabilité de l'avenir économique- et politique de l'île ( Mais de toute façon, les Nègres, comme écrit, avec une majuscule, madame Eve Roupert, étaient-ils, alors, du point de vue de la culture politique, économique, et administrative, capables de répondre à l'attente tardive de Toussaint. Note du Scrutateur )  ; il n'a pas opéré sur un peuple, divisé, qu'il a lassé par ses exigences, et qu'il ne va plus pouvoir convaincre de le suivre dans ce combat capital ». ( pp. 142-143 ).

On sait que Toussaint Louverture, qui triomphe en un premier temps du général Leclerc, beau frère de Bonaparte, est finalement vaincu, ( 1802 ) et déporté en France métropolitaine, où il mourra en 1803, au Fort de Joux ( sa figure, en ces jours du début du XXIème siècle oscille entre l'histoire et la légende ).

De 1802 à 1804, victimes de la fièvre jaune, les troupes françaises en Haïti, et le général Leclerc lui-même en meurt ), sont vaincus par la rébellion, et en 1804, l'indépendance d'Haïti est proclamée. ( Nous n'entrerons pas dans les détails, renvoyant au livre de madame Eve Roupert, malgré sa propension à décrire l'histoire sous l'angle de l'épopée plus que de l'histoire, et pour les lecteurs plus pressés à la notice de Wikipédia sur le même sujet. ( http://fr.wikipedia.org/wiki/Ha%C3%AFti#Des_origines_.C3.A0_1804 ).

Toujours est-il, que l'élite des planteurs blancs a été massacrée, ou à dû se résigner à l'exil définitif, ce qui n'est peut-être pas entièrement étranger à la suite de l'histoire.

Et d'autre part, les successeurs de Toussaint ne sont pas exactement les Sages, que l'on pouvait espérer pour fonder une nation saine, équilibrée, et rationnelle.

Contentons nous d'une page d'Eve Roupert ( peu soupçonnable d'hostilité a priori à la première république noire )  évoquant Henri Christophe qui d'abord se proclame Président à vie en janvier 1807, puis, en mars 1811 se fait proclamer Roi d'Haïti sous le nom d'Henri 1er ( c'est le fameux roi Christophe, auquel Aimé Césaire a consacré la pièce théâtrale que l'on sait:

«  Henri Ier est un bâtisseur. Il est le seul à laisser sur le sol d'Haïti des traces palpables de son passage au pouvoir. Son ambition, c'est d'obliger son peuple à devenir l'égal des autres nations. Pour cela, il est convaincu qu'il lui faut réaliser une œuvre d'importance qui l'imposera aux yeux du monde. Il fait donc construire partout dans son royaume des édifices qui témoignent de sa grandeur et de celle de son peuple. Ils lui permettent aussi de faire vivre ses rêves et de construire sa légende. En fait, il n'en fera bâtir que sept, dont les trois plus connus sont le palais aux 365 portes, le palais Sans-Souci et la citadelle La Ferrière. Sept, c'est peu en regard de ses ambitions ; mais ces sept-là ont coûté la vie à des dizaines de milliers d'Haïtiens. Car, pour parvenir à ses fins, Henri Ier réduit son peuple au travail forcé ; il reprend le fouet ou le pistolet pour contraindre ceux qui oseraient résister.

Dans le palais Sans-Souci, il établit son lieu principal de rési­dence. Le bâtiment est construit sur le modèle exact du palais de Sans-Souci du roi de Prusse à Potsdam. Il est situé à l'intérieur des terres, près de Cap-Haïtien (ex-Cap-Français), dans une végétation luxuriante. La construction est d'avant-garde : Henri Ier fait installer une sorte d'air conditionné en détournant le cours des ruisseaux des montagnes avoisinantes et en faisant circuler cette eau glacée sous les dalles de marbre du sol ! Autour de ce fantastique palais, il établit sa capitale. Il se constitue également une cour qu'il crée lui-même en décernant des titres : duc de Limonade, comte de Marmelade. On porte perruque blanche malgré la chaleur, et costume chamarré à la française. Le soir on danse le menuet et la pavane.

Au-dessus du palais Sans-Souci, sur un piton abrupt qui domine la petite capitale et toute la plaine de Cap-Haïtien, Henri fait construire la citadelle La Perrière. Cet édifice en forme de navire au sommet d'une pointe escarpée quasi inaccessible est son défi, et celui de tous les Nègres, à tous les Blancs. Là, il installe la garnison de son armée. Il craint, tout comme Dessalines en son temps, le retour des Français, et veut avoir à portée de main des troupes prêtes au combat dans un est également un excellent poste d'observation. C'est un Français, La Perrière, qui en conçoit les plans : il en fait une véritable cité parfaitement autonome, dont le socle est truffé de souterrains qui permettent de la quitter sans alerter l'éventuel assiégeant, et de s'éloigner de plus de dix kilomètres dans toutes les directions. Le ciment qui assemble les pierres est formé de blocs concassés mélangés, dit-on, à du lait et du sang d'animaux : ces substances vivantes devraient assurer sa longévité et sa solidité. Mais le sang humain coule aussi à flots, car cette véritable pyramide d'Haïti coûtera plus de vingt mille hommes, femmes et enfants pour prix de sa construction. Parmi les victimes, le malheureux La Perrière qui a eu l'imprudence de faire confiance au roi : une fois la citadelle achevée, rêvant de se débarrasser de ce dangereux architecte qui pourrait en communiquer les plans aux Français, Henri Ier lui demande un beau matin d'aller au bord de la baie de Cap-Haïtien pour constater de ses propres yeux si les boulets des canons tirés de la citadelle arrivent jusque-là. Henri Ier vise simplement La Perrière et enterre ainsi son secret. ». ( pp 204 et 205 ).

 

Le creuset du Bois.Caïman.

 

Puisque nous évoquons quelques-uns des actes fondateurs de la nation haïtienne, du point de vue qui est le nôtre dans cet article, et qui n'a pas prétention à l'exhaustivité ) il faut évoquer le rôle du Vaudou, tel qu'il s'affirme, dès 1791, dans la fameuse cérémonie dite du Bois Caïman. Aux pages 92 et 93 de son Histoire d'Haïti, Catherine Eve Roupert en parle en ces termes :

 

« Le vif désir de se libérer du joug qui les ( les esclaves ) oppresse et une détermination féroce pour y parvenir sont désormais ancrés en eux. Néan­moins, la crainte des représailles en cas d'échec est encore forte. Il faut un puissant stimulant, une force aveugle pour vaincre ces craintes et ces hésitations. C'est cet office que rem­plira le vaudou. Il servira de support à l'insurrection, permettra de faire croire à l'invulnérabilité des chefs et créera l'auto­suggestion de la victoire. Il ne reste plus qu'à enfoncer un tison ardent dans l'imaginaire des Nègres à demi libérés de l'influence séculaire de la servitude : c'est la gigantesque cérémonie vaudoue du Bois-Caïman au Morne Rouge, Avec elle commence, le 14 août 1791, dans le serment du sauf., la longue nuit d'Haïti.

Ce soir-là, le grand officiant est Dutty Boukman. Né à la Jamaïque, il est esclave sur l'habitation Turpin dans la plaine du Nord. Boukman est un houngan et il est devenu le chef des marrons.

Sa haute taille, sa force herculéenne l'avaient signalé au maître de l'habitation Turpin qui en avait fait tour à tour un commandeur puis un cocher. Sur tous les esclaves qui l'approchaient, Boukman exerçait un ascendant tenant du prodige.

Il a réuni un grand nombre d'esclaves au Bois-Caïman sur l'habitation Le Normand de Mézy, pour leur faire jurer fidélité en des circonstances propres à les impressionner.

Tous étaient assemblés quand un orage se déchaîna. La foudre zèbre de ses éclairs éblouissants un ciel de nuages bas et sombres. En quelques instants, une pluie torrentielle inonde le sol tandis que, sous les assauts répétés d'un vent furieux, les arbres de la forêt se tordent, se lamentent, et que leurs grosses branches mêmes, violemment arrachées, tombent avec fracas... Au milieu de ce décor impressionnant, les assistants, immobiles, saisis d'une horreur sacrée, voient une vieille négresse se dresser. Son corps est secoué de longs frissons ; elle chante, pirouette sur elle-même et fait tournoyer un grand coutelas au-dessus de sa tête. Une immobilité plus grande encore, une respiration plus courte, silencieuse, des yeux ardents, fixés sur la négresse, prouvent bientôt que l'assistance est fascinée. On introduit alors un cochon noir dont les grognements se perdent dans le rugissement de la tempête. D'un geste vif, la prêtresse, inspirée, plonge son coutelas dans la gorge de l'animal. Le sang gicle, il est recueilli fumant et distribué à la ronde aux esclaves ; tous en boivent, tous jurent d'exécuter les ordres de Boukman.

C'est cette nuit du 14 août 1791 que la Révolution a reçu dans la clairière du Bois-Caïman son dernier grain de poudre, son dernier couteau, sa dernière mèche, son dernier lambi. Elle a fouetté l'énergie des esclaves encore sceptiques ou hésitants, et les a persuadés que le triomphe était certain puisque Dieu les assisterait, dirigerait leur bras cl leur insufflerait une ardeur. » ( pp 92-93 ).

Peut-être le destin tragique d'Haïti est-il en partie lié, à ces actes et circonstances, particulières, et ne faut-il pas voir dans son destin pitoyable actuel, que le résultats d'intrigues, et de perfidies étrangères, particulièrement américaines et françaises.

Est-il possible pour cette nation de moduler son destin et de l'orienter sur des voies plus équilibrées, et plus rationnelles?

Il faudrait l'y aider. Mais l'aide est souvent entravée par des facteurs idéologiques, qui s'inspirent moins du désir positif de construction, d'élucidation des freins intérieurs du peuple haïtien, qui, deux siècles après ne peut plus être réintégré dans le sein de la nation française, que du désir de satisfaire de vieilles rancoeurs.

 

Le Scrutateur.

 

PS : un complément à notre propos sera fourni plus bas, dans la partie illustrée de cet article. En particulier par la reproduction photographique de deux pages du remarquable livre du philosophe Georges Gusdorf : Les révolutions de France et d'Amérique ( La violence et la sagesse ) . Editions Perrin.

 

Cliquer sur les photographies comportant du texte pour en faciliter la lisibilité. 

( 1 ) Henri 1er, le roi Christophe. ( 2 ) Etat actuel du Palais du roi Christophe. ( 3 ) Livre de Catherine Eve Roupert. ( 4 )
( 1 ) Henri 1er, le roi Christophe. ( 2 ) Etat actuel du Palais du roi Christophe. ( 3 ) Livre de Catherine Eve Roupert. ( 4 )
( 1 ) Henri 1er, le roi Christophe. ( 2 ) Etat actuel du Palais du roi Christophe. ( 3 ) Livre de Catherine Eve Roupert. ( 4 )
( 1 ) Henri 1er, le roi Christophe. ( 2 ) Etat actuel du Palais du roi Christophe. ( 3 ) Livre de Catherine Eve Roupert. ( 4 )
( 1 ) Henri 1er, le roi Christophe. ( 2 ) Etat actuel du Palais du roi Christophe. ( 3 ) Livre de Catherine Eve Roupert. ( 4 )

( 1 ) Henri 1er, le roi Christophe. ( 2 ) Etat actuel du Palais du roi Christophe. ( 3 ) Livre de Catherine Eve Roupert. ( 4 )

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